"Je m’en remettrai jamais.
Les décors sentaient l’avant guerre, les costumes la poussière et la mise en scène devait remonter à Napoléon
III. Du sur-mesure, en somme, pour un spectacle ouvert à tout public à deux pas de chez
Mamie. Il n’en fallait pas plus pour que la salle se remplisse d’oncles, tantes, amis, parents, parents des amis. Il allait falloir assurer.
Chose pas si aisée qu’il n’y paraît puisque cette salle restait sur un échec retentissant suite à la programmation au mois
d’octobre de la troupe de Pipi et Caca. Bref rappel des faits :
Le dimanche 30 octobre, devant une salle comble, un malotru qui annonça le programme fut sifflé par quelques individus qui hurlèrent :
"Dehors les valets de l’Amérique" et le spectacle commença.
Ce fut assez court, Pipi parut la première, se planta au centre de la scène et fit pipi.
Devant le silence médusé des spectateurs, Pipi expliqua que l’unique façon de chasser de l’art théâtral le système oppressif qui en
avait perverti tous les gestes était de revenir aux fondamentaux, c’est à dire à la nature, à l’organique. Ce mot en particulier semblait lui plaire : "l’organique". Ingestion, digestion,
excrétion. C’est pour retrouver ces valeurs premières, injustement cataloguées dans le monde du sanitaire que Pipi restituait au pipi sa place première.
Pipi expliqua ces éléments philosophiques avec beaucoup de véhémence mais eut surtout tout le temps de conclure son discours par
une annonce brutale qu’elle effectua tournée vers les coulisses :
- Et maintenant, voici Caca !
La foule se leva et reflua d’un seul mouvement vers la sortie.
Un seul spectateur resta, pervers coprophage notoirement connu entre Carmaux et Tanus, et, une fois de plus, les deux filles
regagnèrent la coulisse, déçues.
Même les rares critiques n’osèrent pas parler du spectacle de Pipi et Caca. Quoi qu’il en soit, les deux femmes continuent de trimbaler
leur spectacle et ont même prévus quelques incursions en Angleterre et en Belgique flamande. Le fait est que, comme dit Papa, difficile de passer après Pipi et Caca.
Pourtant, l’obstacle a été franchi, et de quelle manière ! Ouf ! Applaudissons.
Et puis, il fallait voir ça, des compliments en quantité industrielle et un livre d’or pris d'assaut par un public
conquis.
On lit :
"Une féerie de l'instant." Christian
"Chef d’oeuvre !" Tati Jackie
"Continues, tu vas casser la baraque !" Tati Annie
"Le meilleur spectacle que j’ai jamais vu. De loin". Tonton Kiko
"C’est bien simple, je n’ai plus de Rimmel !" Claudine (seconde femme de Tonton Kiko)
"A ma grande surprise j'ai versé ma larme. Tu as atteint mon coeur. Bravo pour ces sentiments, ces émotions fortes, j'ai eu des
frissons par moment". Ta couse Céline
"Redge, encore un bon moment passé en ta présence. On était venu plus pour toi que pour le spectacle, mais quelle agréable surprise !
On est fier de toi, continues d'oser, de vivre !" Pascaline
"J'avais froid, un peu hagard, l'humeur moribonde et puis voilà, il y a toi avec toute ta générosité, l'intérêt, l'affection que tu as
toujours su apporter aux autres, à moi aussi et dieu sait si tu m'as rendu la vie belle depuis qu'on se connaît comme tu as su le faire une fois de plus". Jérôme
Rideau.