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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 14:40

Buvard-radiola.jpg"Souvenirs d'école.

 

 Un jour pourtant, je suis devenu prof, et là, avec toujours ma trouille d'en voir bâiller, je suis rentré dans la psychanalyse, les rêves. Et là, dans la classe, ça a explosé.

 En plein dans le mille : ils se sont passionnés pour leurs intérieurs. Les écoliers ont un intérieur ! Et ils aiment ça ! Parfois, il y en a deux qui se paient une tranche, la sentence - pour les cancres - est alors implacable :

 "Vous avez fini de rire dans le fond ?"

 Pour marqué le coup, j'ai puni Hervé : insolence.

 Collé deux heures.

 C'est un art la colle, pour que ça prenne bien, il faut la placer doucement et à froid, dans le calme, ça tombe alors. Floc. De toute sa hauteur.

 On note scrupuleusement, nom, motif, sanction.

 Un petit temps encore et on reprend le cours en faisant semblant d'être très légèrement ennuyé, navré d'avoir interrompu son cours tellement passionnant. 

 C'était un extrait du manuel du parfait petit salaud colleur.

Sur le coup, les chewing-gums avaient changé de joue, les omoplates remué sous les blousons et un costaud renversé sur la chaise, les pognes dans le Levis avait dit :

 "C'est toujours moi qui prend pour tout le monde."

 C'est l'avis du cancre, c'est la vie du cancre, s'il s'était tenu calme, il aurait eu droit à...

 "Alors, Machin, tu tires la tronche ?"

 On en voit comme ça dans les couloirs qui boxent lentement comme des noyés :

"Allez arrête quoi, arrête enfin..."

 Manque plus que les larmes. elles viennent parfois à des petits de première année, des pensionnaires qui passent leur vie à l'école, à leur place, moi, j'aurai fondu en liquide.

Tous ne pleurent pas, regardez : la plupart rient, s'amusent, sont heureux. Mais je me demande si vous ne forcez pas la note ou si vous ne faites pas assez attention : et le petit là-bas, derrière l'arbre, celui qui ne dit rien ?

 Un cas particulier ?

 Moi, c'est lui qui m'intéresse. Pourquoi ça ne colle pas avec lui ?

 On a tous des souvenirs là-dessus. Moi, c'est la symétrie qui me posait des problèmes. Je n'ai jamais su, je copiais tout sur tous mes voisins qui me copiaient eux-même, à la fin on mettait n'importe quoi.

 Et les chorales...

 Le plus emmerdant, c'était les canons, chanter en canon est une catastrophe, ça se mélange, c'est la cagade absolue, on est resté longtemps sur "l'hymne à la joie". Épouvantable, l'hymne à la joie, avec la première voix qui percute dans la seconde qui réverbère la troisième mélangée à la première...

 Il y en avait qui chantaient autre chose : "On chante dans mon quartier" ; "La guitare de Chiquita", personne s'en apercevait.

 C'est de là que doit mourir mon horreur des chorales.

 On en vois parfois à la télé. La caméra glisse sur les visages. J'imagine leur vie. Je me demande si la soprano rousse, la troisième à gauche, ne tringle pas avec le baryton du dernier rang.

 Certainement.

 Ils doivent se faire des répétitions terribles.

 La mezzo du milieu doit faire semblant de chanter, elle ouvre la bouche plus que les autres. Peut-être chante-t-elle "La guitare de Chiquita", gros succès d'après-guerre, "Dans les ranchos, les sierras..." Je m'en souviens encore.

 En résumé, je n'écoute pas.

 C'est bien dommage, évidemment, c'est certainement très beau, ils ont tous l'air  tellement recueillis. Même la rousse et son baryton d'amour. 

 Et le théâtre... Je me souviens des grands va-et-vient dans les travées, les types allaient pisser par vague, faisaient la chasse aux eskimos  ou se tiraient des clopes.

 Je pense et repense aux jours de grand froid, lorsque les oreilles sont rouges, Monsieur Blanquet, notre maître, posté derrière chacun d'entre nous, vise chaque lobe et expédie une pichenette sèche et précise dispensatrice d'irradiantes douleurs.

 Pourquoi ? Est-ce un simple rite d'initiation ? Un sadisme léger ? De la connerie pure ? Impossible de savoir.

 Robert raconte encore que son prof de maths commençait ses cours de géométrie avec la phrase suivante : "Si je tire un trait de l'oeil de Robert jusqu'à la tour Eiffel qu'est-ce que j'obtiens ?"Avec la lassitude qu'engendre la monotonie la classe répondait :

"Une ligne droite.

- C'est bien, interrogation orale. Robert au tableau..." 

 

 Guy se souvient d'avoir eu un instit qui à l'aide d'une gomme crayon remontait de la nuque rase des élèves jusqu'au sommet de leur crâne (c'était le temps des brosses) en produisant une sorte de frottement râpeux dot le crissement est resté dans son oreille.

 Que cherchait-il cet instit ? Peut-être n'aimait-il pas les cancres ? Il les aurait voulu savants, sans doute, ses loupiots, sages et réfléchis. Il voulait peut-être les voir chefs, ingénieurs, présidents, avocats...

 J'ai eu un prof d'anglais au rhume géant, permanent et absolu qui étalait ses mouchoirs sur le radiateur, des lessives entières, des torchons comme des voiles, c'était les classes bateaux, on naviguait à la morve, au crachat... C'était un violent celui-là, avec la mornifle facile. rare mais précise, il sonnait sec, ça pétait comme un 6,35.

 Trop facile, tout ça. Et les sympas ? Et ceux qui vous marquent en bien pour la vie ? Ceux dont on se souvient avec le rire à l'âme ?

 Pas tous maniaques, les profs. C'est vrai, j'en ai connu des bons. M. Granier, peut-être le meilleur.

 Il nous disait doucement des choses douces, il se penchait sur les cahiers, vers eux, dans la sollicitude et les garçons devenaient gentils. Certains l'appelaient par son prénom. Les gars l'appelaient Jésus.

 "T'as Jésus en Math ? T'as du pot."

 En 1988 une prof formidable, Mme Bernichou, elle nous passionnait : en fin de trimestre, elle trouvait sur son bureau un petit foulard, un paquet de blondes, des chocolats, elle s'est fait virer, l'administration lui a dit qu'elle portait des jupes trop courtes.

 Elle avait trop d'amoureux...

 Un jour, elle entre dans un monoprix pour ses biscottes, tout près de chez elle et elle voit un deuxième année qui verdit, elle s'amène Franco :

"Bonjour, vous habitez par là vous aussi ?"

 Le gars fait oui-oui, ils bavardent un peu et comme elle n'est pas bête, le lendemain elle va voir la liste, il habitait à des années-lumières et il l'avait suivie, c'est ça l'amour. Des petits mignons de première année qui craquaient pour elle et apprenaient la "Légende des Siècles" et Lamartine pour un quart de sourire...

 Je les imagine sur les bancs d'un lycée.

 La concurrence surgit entre eux, la compétition, l'examen, le concours, l'aura, l'aura pas...

"Tu es nul et tu fous rien, tu l'auras jamais ton bac !"

 Et voici que malgré les coiffures dans le vent, les walkman plein tube et les jupes courtes, la peur entre en eux...

 Une évidence : Plus on avance, plus ce sera dur. 

 Plus les places seront chères. Qui sera en tête ?

 Heureusement, de temps en temps, un magazine dont le rédacteur en chef doit avoir un fils ou une fille stressé par un examen fait passer un article sur des gens célèbres qui n'ont pas le bac. Ouf, on souffle un peu. On pourra espérer survivre même si on sait que c'est des exceptions, que sans bagages, comme on dit, on ne voyage pas longtemps ou alors il faut un talent exorbitant, un culot d'enfer, une voix d'or, une gueule d'ange, un shoot de rêve.

 Puis viens l'examen.

 Je vais me faire examiner, qui dira que c'est un bon moment à passer ?

 Combien de fois avez-vous entendu parler de ceux qui "perdent leurs moyens" à l'examen ?

 Après on vient bassiner les foules et parler de renouveau de l'alcoolisme chez les jeunes, de la drogue dans les lycées, de la délinquance en école primaire...

 Si je suis devenu ce que je suis c'est à cette permanente pétoche que je la dois, à cette phobie de la foule, cette vague impression d'être le plus con de tous, partout. Pour éviter de péter un plomb, j'ai bâti une vie qui roule entre quatre copains. L'amitié est alors entrée dans ma vie.

 C'était autour le silence, comme il est à Paris, avec un fond tenu comme un fil de chanson.

 

Collection "Souvenirs d'école"

 Je ne veux pas aller à l'école ;  La rentrée ;  L'écolier ; L'institutrice ;  Les cancres  

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Published by Régis IGLESIAS - dans Souvenirs d'école

Livre d'or

Première affiche

 

  "MA MAMIE M'A DIT"  

Spectacle nostalgique 

 

"On nous avait promis la magie, promesse tenue : un spectacle plein de féérie de souvenirs où chacun se retrouvait. Une belle énergie. Les résidents ont adoré. Merci." Marie ("La Clairière de Luci" - Bordeaux)
 
"Formidable ! Nous sommes tous remontés dans le temps, nous avons vingt ans, on a ri, on a presque pleuré et surtout on a chanté. Merci." Cathy (Arles)
 
"Un véritable petit chef d'oeuvre" ; "La légion d'honneur pour la créativité" "Un véritable artiste" ; "Après-midi formidable" ; "Absolument parfait" ; "Une rétrospective originale" ; "Un très bon moment d'évasion". Propos recueillis à la résidence Emera d'Angoulême  
 
"Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux... C'était magnifique. Nous avons revu toute notre jeunesse et notre enfance. Et c'est beau de redevenir jeune dans l'ambiance d'autrefois." Aimée et Janine
 
"Les chansons, les réclames et les anecdotes ont transporté les résidents dans leur enfance. Une après-midi de nostalgie mais aussi de chansons et de rires. Merci encore pour ce magnifique spectacle." Sandrine
 
"Spectacle complet, tellement agréable et thérapeutique pour nos personnes âgées, encore félicitations !" Docteur Souque
 
"Un choix extraordinaire de chansons, des moments magiques, des photos magnifiques, vous nous avez mis de la joie dans le coeur. Et retrouver sa jeunesse avec tous ces souvenirs, ça fait plaisir et j'espère que vous reviendrez nous voir." Mme Lorenzi (Juan-Les-Pins)
 
"Pour ma fête, par un pur hasard je me suis retrouvé dans un club de personnes âgées où j'ai pu assister à votre spectacle sur le passé. Cela m'a rappelé mes grands-parents et mes parents et c'était vraiment un moment magique." Josette, La Roque d'Antheron
 
"Bravo bravo bravo Regis, c'est le meilleur spectacle que j'ai vu depuis que je fais le métier d'animatrice." Bénédicte La Salette-Montval (Marseille)
 
"Je n'imaginais pas lorsque je vous ai accordé un rendez-vous que vous enchanteriez pendant 1 h 1/4 les personnes âgées d'une telle façon. Merci pour votre prestation qui a fait revivre les moments publicitaires, évènementiels et musicaux de leurs vies." Michelle, CCAS de Toulouse
 
"Un super voyage dans le temps pour le plus grand plaisir des résidents. Merci à Régis pour cette magie et à bientôt." Brigitte (Lunel)
 
"Enfin un retour à notre "époque". Quel bonheur, que de souvenirs, quelle belle époque ou l'amitié était de mise. Merci pour cette très belle après-midi, on s'est régalé avec ce très très beau spectacle". Danielle (Mirandol)
 
"Super - divinement bien -  tout le monde était enchanté même que M. Benaben a dit : "Vous nous avez donné l'envie de revivre notre vie"." Sylvie (Sainte Barthe)
 
"Un grand merci pour ce bon moment et je crois, je suis sûre, qu'il a été partagé par mon mari." Mme Delbreil
 
"Une féérie de l'instant." Christian
 
"Beaucoup d'émotion dans ce spectacle plein de chaleur et d'humanité." Sylvie
 
"Une soirée inoubliable. Continuez à nous émerveiller et faites un long chemin." Claude
 
"Le meilleur spectacle que j'ai jamais vu. De loin." Tonton Kiko
 
"C'est bien simple, je n'ai plus de Rimmel !" Claudine (seconde femme de Tonton Kiko)
 
"A ma grande surprise, j'ai versé ma larme. Tu as atteint mon coeur. Bravo pour ces sentiments, ces émotions fortes, j'ai eu des frissons par moment." Ta couse Céline
 
"Redge, encore un bon moment passé en ta présence. On était venu plus pour toi que pour le spectacle, mais quelle agréable surprise ! On est fier de toi, continues d'oser, de vivre !" Pascale
 
"J'avais froid, un peu hagard, l'humeur moribonde et puis voilà, il y a toi avec toute ta générosité, l'intérêt, l'affection que tu as toujours su apporter aux autres, à moi aussi et Dieu sait si tu m'as rendu la vie belle depuis qu'on se connaît comme tu as su le faire une fois de plus." Jérôme
 
"Ce spectacle est nul à chier et je pèse mes mots." Gérard
 
memoria.viva@live.fr

Ma Mamie m'a dit...

Madka Regis 3-copie-1

 

COLLECTION "COMEDIE"

Mamie est sur Tweeter

Mamie n'a jamais été Zlatanée !

Mamie doit travailler plus pour gagner plus

Mamie, tu l'aimes ou tu la quittes

"Casse-toi pauvre Régis !"

Papi a été pris pour un Rom

Mamie est sur Facebook

Papi est sur Meetic

Il y a quelqu'un dans le ventre de Mamie

Mamie n'a pas la grippe A

La petite maison close dans la prairie

 

COLLECTION "THRILLER"

Landru a invité Mamie à la campagne...

Sacco et Vanzetti

Mamie a rendez-vous chez le docteur Petiot

La Gestapo française

Hiroshima

 

COLLECTION "SAGA"

Les Windsor

Mamie et les cigares du pharaon

Champollion, l'homme qui fit parler l'Egypte

Mamie à Tombouctou

 

COLLECTION "LES CHOSES DE MAMIE"

Mamie boit dans un verre Duralex

Le cadeau Bonux

Le bol de chocolat chaud

Super Cocotte

Mamie ne mange que des cachous Lajaunie

 

COLLECTION "COUP DE COEUR"

Mamie la gauloise

Mamie roule en DS

Mamie ne rate jamais un apéro

Mamie et le trésor de Rackham le Rouge

 

COLLECTION "DECOUVERTE"

Mamie va au bal

La fête de la Rosière

Mamie au music-hall

Mamie au Salon de l'auto

 

COLLECTION "SUR LA ROUTE DE MAMIE"

Quand Papi rencontre Mamie

Un Papi et une Mamie

Mamie fait de la résistance

Mamie au cimetière

24 heures dans la vie de Mamie

 

COLLECTION "MAMIE EXPLORE LE TEMPS"

Jaurès

Mamie embarque sur le Potemkine

Mamie et les poilus

Auschwitz

 

COLLECTION "FRISSONS"

Le regard de Guynemer

Mr et Mme Blériot

Lindbergh décroche la timbale

Nobile prend des risques

 

COLLECTION "MAMIE EN BALLADE"

Mamie chez les Bretons

Mamie voulait revoir sa Normandie !

La fouace Normande

La campagne, ça vous gagne...

Mamie à la salle des fêtes

Launaguet

La semaine bleue

Le monastère

 

COLLECTION "MAMIE AU TEMPS DES COURTISANES"

Lola Montès

Les lorettes

Mme M.

Napoléon III

Plonplon

La marquise de Païva

Mme de Pompadour

Générique de fin