Il était une fois...

2217132743_1_.jpg"Etienne Gailly.

Si l'histoire ne se répète jamais, elle bégaie parfois fâcheusement. Après Dorando, le Belge Etienne Gailly fut le plus célèbre perdant des JO de 1948.

Né le 26 novembre 1922, à Beringen, Gailly avait à peine seize ans quand il adhéra au club de l'Union saint-gilloise. Ses qualités physiques n'avaient pourtant rien d'exceptionnel. Déjà, cependant, perçaient sous des dehors quelque peu raides une volonté à toute épreuve et une générosité peu commune dans l'effort.

Il vécut donc dans l'ombre des grands coureurs avant de participer à son premier marathon aux Jeux de Londres. Méthodique et trop sérieux pour rêver, Gailly ne se berçait pas d'illusions. 

C'est assez dire que notre homme, qui ne pouvait se prévaloir que de quelques bonnes performances nationales, était loin de prétendre aux rôles de premier plan. Une fois de plus, les noms des Finlandais revenaient dans toutes les bouches. Des français Josset, Cousin et Piesset, il n'était évidemment pas question.  Josset figura bien aux avants-postes vers le vingtième kilomètre, mais ce ne fut qu'un feu de paille.

Pourtant, ce fut bien Gailly qui fit la course en tête. Quand, environ au trente-deuxième kilomètre, le Coréen Yun-chil le dépassa, Gailly ne put cependant s'empêcher d'avoir un doute. Était-ce le Coréen qui allait trop vite ou lui qui baissait de régime ? Il ne tarda pas à être renseigné. Tandis que l'ombre du Coréen rapetissait devant, il fut rejoint tour à tour par Guinez et Cabrera, ainsi que par le modeste Gallois Richards, en regain de forme à trente-huit ans.

Sans perdre courage, Gailly rétablit le contact avec les Argentins et le Gallois. Il prit même de l'avance sur eux.

A l'avant, Yun-chil blessé, avait connu une défaillance terrible et s'était couché dans un fossé. Gailly se trouvait donc en tête, mais il l'ignorait. Il l'apprit à l'approche du stade par les escrimeurs belges accourus en grande hâte. Il allait gagner !

Enfin, il fut sur la piste et c'est alors que le drame éclata : soudain, Gailly eut des boulets aux pieds !

Les quatre-vingt milles spectateurs se dressèrent d'un bond, le coeur suspendu. Brisant cette chape de silence, une longue ovation monta. Il ne lui restait plus que 270 mètres à parcourir, et Gailly semblait hésiter sur la conduite à tenir. Allait-il s'arrêter ou avancer coûte que coûte ? Levant des genoux qui paressaient peser des tonnes, il reprit sa marche en avant de somnambule.

Déjà, Cabrera fondait sur lui. Un frisson avait parcouru l'assistance quand il était entré. C'était trop injuste ! Il n'allait tout de même pas arraché au pauvre Gailly une médaille d'or chèrement méritée ! Sans se soucier de la cruauté de la situation, bien en ligne, l'allure régulière et l'oeil lucide, l'Argentin ne cessait pourtant de se rapprocher. Un doux sourire assassin esquissé sous sa moustache drue, il dépassa Gailly à 250 mètres du fil.

Il avait franchi la ligne d'arrivée quand sa victime s'arrêta, stupide de douleur. Les secondes qui passèrent durèrent une éternité. Ces 150 mètres qui lui restaient maintenant à parcourir, Gailly en viendrait-il à bout ? La mécanique grinçante de son corps recommença à bouger. Encore 120 mètres !  A cet instant, Richards le dépassa à son tour. Le stade applaudit juste parce que c'était un britannique, mais le coeur n'y était pas.

Plus que 100 mètres, 80 mètres. La ligne droite qui s'ouvre sur une souffrance interminable. Le Belge s'arrêta encore. Serait-il jamais en mesure de franchir les trente derniers mètres le séparant de ce point qu'il fixait l'air extatique, comme hébété ?

Derrière la ligne d'arrivée, son coach faisait de grands signes éperdus. Ainsi appelé, Gailly repartit encore, à la vitesse d'un scaphandrier. Deux mètres à la seconde peut-être ! La scène était insoutenable. Quand elle prit fin, des milliers de poitrines libérèrent un soupir de soulagement. Il fut emporter sur une civière, raide momie ne laissant apparaître qu'un visage cireux.

Plus tard le héros malheureux de Londres devait raconter ainsi sa mésaventure : "Je n'avais plus de forces pour lutter. Ce que je voulais par dessus-tout, c'était de sortir du gouffre de ma faiblesse pour atteindre cette maudite ligne d'arrivée qui semblait si lointaine."

Trois mois plus tard, il couru à Pragues le 10 000 mètres et finit second. Apparemment il avait retrouvé la forme.

Finalement, cet homme de caractère, qui avait affronté cent fois la mort depuis son engagement dans la Résistance et dont on a pu dire qu'il fut le "Saint-Exupery du marathon" mourut en 1971, renversé banalement par une voiture.

Fin de l'histoire.

2217132743_1_.jpg"Gabrielle Andersen-Schiess.

Quand elle se présenta sur la piste, les soixante-dix-sept milles spectateurs rassemblés au Coliseum de Los Angeles, au matin du dimanche 5 août 1984, en eurent le souffle coupé.

Ils étaient venus passer un moment doucement héroïque au soleil de la Californie. Et voilà que l'histoire hoquetait lamentablement ! Le drame faisait de nouveau irruption dans l'univers désormais bien policé de l'athlétisme.

Avec sa casquette de travers, ses jambes qui se dérobaient sous elle et son regard vitreux, non vraiment, elle n'était pas belle à voir, la Suissesse, à l'arrivée du premier marathon olympique féminin. Pendant d'interminables minutes d'une intensité dramatique suraiguë, la malheureuse allait tanguer comme un bouchon secoué par la houle. Ses genoux s'entrechoquant, la foulée cassée, elle divaguait d'un couloir à l'autre de la piste, sur laquelle des cônes rouges traçaient une rambarde dérisoire.

Trois juges l'escortaient, écartant les bras, comme pour la maintenir debout à distance quand elle s'arrêtait, stupide d'épuisement, avant de repartir cahin-caha. "J'ai pensé un instant abandonné, mais c'était tellement idiot, car la fin était si proche ! Et puis, il s'agissait d'un marathon pas comme les autres. L'instinct me dictait de continuer", raconta-t-elle plus tard.

Parmi les officiels, on s'interrogeait : fallait-il l'empêcher de continuer ou non ? Et l'on s'inquiétait. Autant à propos des dangers encourus que de l'image déplorable donnée. Des "Go on ! Go on !" s'échappaient de la foule, digne échantillon d'un pays d'anciens pionniers qui ne déteste rien tant que ceux qui abandonnent en cours de route. Surtout si près du but ! Au terme de son tour et demi en forme de chemin de croix, elle s'effondra dans les bras de deux juges. Secouristes et médecins s'affairèrent autour de la civière qui l'emporta sous un tonnerre d'applaudissements mêlant admiration et soulagement. "Lorsque j'ai fait mon entrée dans le stade, les encouragements que j'entendais par intermittence, m'ont redonné quelques forces. J'essayais d'aller droit. Vainement ! Mon corps était tellement chaud ! Je me souviens pas du tout de ce qui est arrivé", témoigna-t-elle quand elle eut retrouvé ses esprits.

A 39 ans, elle n'était pourtant pas une débutante. Mais il faisait chaud et elle n'avait pas suffisamment bu. De même, elle s'était levé une heure seulement avant la course et pris le départ le ventre vide. La chaleur allait faire le reste. L'obscurité et le froid relatif du tunnel conduisant à la piste lui portèrent le coup de grâce. Victime d'un coup de chaleur et d'une importante déshydratation, elle parvint tout de même à se traîner jusqu'à la ligne d'arrivée, qu'elle franchit à la 37ème place en 2 h 48, au terme d'un dernier tour pantelant de 400 mètres en un peu moins de six minutes.

Preuve de sa belle santé : deux heures après, elle était sur pied et courut encore par la suite plusieurs marathons sans encombre.

Fin de l'histoire.

2217132743_1_.jpg"Pietri Dorando

Né le 16 octobre 1885, à Mandrio, ce petit bonhomme haut de 1.59 m vécut longtemps à Carpi, et non pas à Capri, comme on l'écrit trop souvent. Si l'homme était petit, la personnalité de l'athlète était grande.

Confiseur de profession, sa réputation prit une renommée internationale, avec un ensemble de performances qui en dit long sur ses qualités d'endurance. Qu'on en juge ! A Rome, il s'est classé deuxième du 1 000 mètres et premier du 5000 avant de gagner dans la foulée le titre des 20 kilomètres. Rien que ça.

Le voici au départ du marathon des Jeux de Londres où pour la première fois les concurrents auront à parcourir. 42 kilomètres, 194 mètres et 99 cm, distance qui, à un centimètre près, deviendra classique.

A trois kilomètres de l'arrivée quand on annonce l'arrivée du futur vainqueur, une immense clameur s'élève des gradins. C'est alors qu'apparaît Dorando en piteux état. Il reste un demi-tour de piste à parcourir quand Dorando, égaré, commence à s'engager dans la mauvaise direction.

On le remet dans le bon sens. Et voilà qu'il s'effondre. Il s'est évanoui, agité par des compulsions grotesques. Le public est à présent fasciné et horrifié. "Aidez-le !" "Aidez-le !", supplie-t-on là. "Pitié pour lui !", réclament ailleurs des voix indignées.

C'est l'hystérie collective lorsque Pietri, au prix d'un effort inouï, parvient à se dresser sur ses jambes flageolantes. Autour de lui, propulsés par la crainte du pire, tous ceux qui se trouvaient sur la pelouse sont accourus. L'histoire retiendra que parmi eux se trouvait l'écrivain Artur Conan Doyle, le célèbre créateur de Sherlock Holmes. Dorando, nom sous lequel on l'a inscrit par erreur apercevra alors à travers un brouillard opaque l'ombre de Hayes qui refaisait son retard.

Cinq fois, la même scène se reproduira. Alors rassemblant ses propres restes d'énergie, il rétabliera l'équilibre chancelant de son corps martyrisé. Il franchit alors la ligne d'arrivée, porté littéralement par le Docteur Burger et Jack Andrew. Ils viennent à peine de le lâcher qu'il s'écroule.

Son calvaire est terminé.

Il sera finalement disqualifié.

Immédiatement, il fallut transporter Pietri d'urgence à l'hopital sur une civière. Pendant de longues heures, il resta entre la vie et la mort.

Et quand il reprit connaissance, ce fut aussitôt pour protester contre sa disqualification et donner des évènements une version à... dormir debout :

"J'étais très bien quand j'ai fait mon entrée sur la piste. Quand j'ai entendu la foule crier et que j'ai su que j'avais pratiquement gagné, j'ai senti un frisson me parcourir et mes forces me quitter. Je suis tombé plusieurs fois mais je n'ai pas perdu conscience et si on ne m'avait pas aidé, je suis sûr que j'aurais pu terminer tout seul."

Le lendemain, dernier jour des jeux, eut lieu la cérémonie. Le défilé dura plus d'une heure quand, soudain, le comte Bosdari s'écria : "Dorando !"

Lorsqu'elle le reconnut, la foule lui fit un formidable triomphe. Pietri s'avança alors vers la reine Alexandra. On prononça au micro un simple mot : "Dorando", auquel répondit une ovation extraordinaire. Des milliers de poitrines libéraient d'un seul coup l'angoisse qui les avait oppressées la veille.

Le héros malheureux s'inclina respectueusement, sa casquette à la main, sans chercher à cacher son émotion. Ce qui suivit appartient à la légende dorée des jeux. Mais cela aurait tout aussi bien marquer la fin d'un conte de fées. "Je n'ai ni diplôme, ni médaille, ni lauriers à vous remettre, monsieur Dorando, dit en effet la reine. Mais voici une coupe d'or et j'espère que vous ne rapporterez paas de notre pays que des mauvais souvenirs de notre pays." Pietri s'en saisit et fit un long tour d'honneur qui déclencha des salves d'applaudissements."

L'histoire de la fin pathétique de cette course fit le tour du monde. Aux Etats-Unis, un jeune chanteur Irving Berlin, se tailla un beau succès en composant une chanson simplement intitulée Dorando.

Celui qui demeure le plus célèbre vaincu des jeux se fit surprendre par la mort le 17 février 1942, à San Remo. Sa gloire avait été telle en Italie qu'un usurpateur, s'emparant de son identité, avait eu des obsèques grandioses quelques années plus tôt. Lorsqu'il mourrut effectivement, le monde avait d'autres soucis, et il fut enterré discrètement.

Fin de l'histoire. 

2217132743_1_.jpg"Félix Carvajal dit Félix The Flyer, est un des personnages les plus truculents de l'histoire des marathons.

Personne n'avait entendu parler de lui avant le 30 août 1904, jour du marathon olympique de Saint-Louis, et personne n'entendit plus parler de lui après d'ailleurs.

Particulièrement fier de son endurance, il décida de participer à l'épreuve mythique lorsque la nouvelle parvint à Cuba. Comment ce petit homme filiforme très brun de peau, déjà âgé de 29 ans et haut de 1,52 m qui ignorait tout de l'athlétisme et vivait dans une île isolée, éprouva-t-il pour cette compétition encore sans grand prestige un attrait irrésistible ?
Mystère !

Quoi qu'il en soit, Carvajal dut résoudre un important problème pour mettre son projet à exécution. Un problème qui tenait en une seule question : comment se rendre à Saint-Louis ? Voici la solution que trouva notre facteur : son travail terminé, il visita les jardins publics de La Havane et décrivit des cercles en courant ; lorsqu'il jugeait le nombre des badauds intrigués par son manège, il montait sur une caisse de bois et déclaraît à la cantonade : "Je veux aller à Saint-Louis pour gagner le marathon ! Aidez-moi parce que je n'ai pas un peso !" Autre mystère, il parvint ainsi à ses fins.

Débarquant à la Nouvelle-Orléans, il se trouva rapidement impliqué dans une partie de dés au cours de laquelle il perdit le peu qu'il possédait. Vivant de combines et de mendicité, parcourant 1000 kilomètres en auto-stop pour parvenir à Saint-Louis, il toucha néanmoins au but à temps.

Une fois sur place, il devint la mascotte des lanceurs de l'équipe des États-Unis. Les géants américains partagèrent leur nourriture avec lui et hébergèrent le petit Cubain en essayant de lui inculquer quelques principes de vie saine et d'entraînement. La vérité oblige à dire que Carvajal ne fut pas un très bon sujet. Pour lui, courir était un acte instinctif. Il n'y avait pas à sortir de là et il ne voulait pas entendre parler de stratégie. En revanche, il ne se fit jamais prier pour échanger des plaisanteries avec ses hôtes et raconter des histoires dans un anglais rudimentaire. Bref, il continua de mener la même vie décousue et fantaisiste.

Et c'est avec une température de 32° et alors que le taux d'humidité atteignait 90% que Félix se présenta ensuite sur la ligne de départ curieusement accoutré. Porter une chemise de nuit avec de longues manches en guise de maillot, un pantalon au lieu d'un short et des chaussures de ville munies de gros talons n'est pas, on en conviendra, la meilleure façon d'aborder un marathon. Surtout par une chaleur pareille.

Pourtant, c'est tout juste  si le Cubain permit à un policier New-Yorkais de couper avec des ciseaux les jambes de son pantalon à hauteur des genoux. L'opération prit quelque temps, et il est généralement admis que Carvajal partit avec un léger retard sur le peloton, libéré à 15 h 03.

Il trotta en route avec désinvolture, exactement comme s'il accomplissait sa tournée habituelle dans les rues de la Havane. N'ayant pas d'entraîneur pour le conseiller, l'encourager ou réprimer sa fantaisie, il plaisanta avec les spectateurs et, comme on lui refusait quelques pêches, il en vola deux avant de s'enfuir en mangeant. Un peu plus loin, il grimpa dans un pommier et croqua plusieurs fruits verts.

Sur la fin de la course, ces pommes troublèrent l'estomac de Carvajal. Tourmenté par des coliques, pris de crampes. Il fut contraint de se reposer longuement sur le bas-côté du chemin, ce qui ne l'empêcha pas de se classer quatrième. Ce fut aussitôt pour disparaître de la scène sportive. Par la suite, on s'accorda à penser que le fantasque Cubain, qui possédait sans doute les meilleures qualités athlétiques parmi les engagés, aurait aisément gagné le marathon pour peu qu'il ait fait preuve d'un peu plus de sagesse.

Qu'importe, il avait réalisé son rêve...


Fin de l'histoire.

images-8--copie-1.jpg"Spiridon Louys, dit Louys le magnifique, est connu pour être le vainqueur de premier marathon aux JO d'Athènes en 1896. Agé de vingt trois ans, haut de 1,60 m, le regard un peu triste, de fières moustaches qui masquaient difficilement la timidité de ce parfait inconnu. Plus tard, la légende voudra qu'il ait entendu parler des jeux en faisant paître son troupeau de moutons dans la campagne ceinturant Athènes et qu'il se soit mis en condition de façon mystique, par le jeûne et la prière.

On prétendra, singulière préparation, qu'il passa la nuit précédant la course devant des icônes et des cierges. Et on trouvera à sa victoire des raisons évidentes, en soulignant la frugalité de son existence et l'excellence d'un entraînement naturel propre à cultiver son existence.

En vérité, on ne sait trop si Spiridon Louys passait l'essentiel de son temps à suivre son troupeau ou à courir les chemins pour porter des lettres. Une autre version plus plausible de sa biographie présente en effet cet habitant du petit village de Maroussi sous les traits prosaïques d'un facteur. Une troisième version prétend qu'il était porteur d'eau et qu'il prépara sa victoire en courant dès sa tendre enfance derrière un âne guidé par son père. Le fait que Pierre de Coubertin ait lui-même accrédité cette thèse bucolique du pauvre berger soudain couvert de gloire n'autorise pas à trancher dans ce sens. 

Alors, combien étaient-ils, en ce vendredi 10 avril 1896, à prendre le départ du premier marathon de l'histoire ? 16 ? 17 ? 18 ? 19 ? ou  25 ? Parmi tous les chiffres avancés, il faut sans doute retenir le dernier. Avertis des risques d'insolation qu'ils courraient et déjà effrayés par la légende maléfique du célèbre soldat de l'antiquité, sept d'entre eux se seraient esquivés à la faveur de la nuit. Un mystérieux Allemand se serait d'autre part perdu en cours de route dans les archives. Il est donc généralement admis que dix-sept athlètes auraient effectivement pris le départ.

Ces jeux furent un désastre pour les grecs, aussi, il était dit que  si seulement un enfant du pays gagnait le marathon, tout serait oublié ! Pour stimuler l'ardeur des concurrents grecs, les promesses de cadeaux s'étaient multipliées. Georges Averoff, un riche négociant avait promis une somme astronomique et la main de sa fille à celui de ses compatriotes qui serait vainqueur. Un certain Dr Theoflaxos avait offert des barriques de vin millésimé. Un tailleur s'était engagé à habillé gracieusement, et un barbier à raser gratis le sauveur de l'honneur national jusqu'à la fin de ses jours. Le propriétaire d'une chocolaterie avait offert 1000 kilos de chocolats, un boulanger du pain pour toute la vie, et des centaines d'autres gens ce qu'ils avaient de plus précieux, à commencer par leurs bijoux.

Ce jour-là des paysans arrivèrent avec des bovins et des moutons destinés au vainqueur, et la vie de la citée athénienne s'arrêta. A 14 heures précises,  quand le roi Georges et la reine eurent occupé leur loge, tout fut en place pour le drame sportif qui allait se jouer.

Mais voyons les frémissants acteurs de plus près. Dire qu'ils sont parfaitement préparés à l'épreuve qui les attends serait abusif. Un seul d'entre eux, le Hongrois Gyula Kellner est prêt. Quant aux autres, ils comptent sur leurs qualités physiques, leur volonté ou... leur bonne étoile. Comme André Tournois par exemple qui participait à deux épreuves : le 100 mètres et le marathon, sous prétexte que "un jour je parcours une petite distance très rapidement, le jour suivant une longue distance très lentement". Finalement, André Tournois renonça.

Ainsi les voilà partis ! Il est difficile de tenir compte du rapport officiel mais, toujours est-il que Flack, un comptable australien qui travaille à Londres, précède alors Blake, dont l'allure semble particulièrement aisée, et Kellner. Flack a demandé un congé pour se rendre à Athènes à ses frais. Il se signale par sa haute taille et par le fait qu'il est suivi à bicyclette par le très distingué maître d'hôtel de l'ambassade de Grande-Bretagne, qui porte... un chapeau melon. N'ayant jamais couru plus de dix miles auparavant, soit à peine plus de 16 km, sa double victoire dans le 800 mètres et le 1500 mètres lui a fait dire à propos des autres candidats du marathon : "Ils ont tous la trouille de moi !"

Pour l'heure, Spiridon Louys passe avec plusieurs minutes de retard sur lui. Informé de l'ampleur effrayante de son handicap par les paysans qui se trouvaient là, le futur vainqueur aurait répondu : "Ne vous inquiétez pas. Je les rattraperai et les battrai tous."

Déjà quelques concurrents se sont évanouis et trois kilomètres supplémentaires suffiront pour dérégler la belle foulée de Blake : au 23ème, vidé de ses forces, l'américain abandonne.

Parti trop vite, le français Lermusiaux s'effondrera au 32ème km. Ramassé dans un état comateux, il reprendra ses sens dans une petite voiture tirée par deux poneys et versera des larmes sur ses espoirs anéantis. A ses côtés, gisait Flack évanoui, qui s'était pourtant juré d'accompagner le meilleur Grec au moins jusqu'à 4 km de l'arrivée.

Revenons à la course. Lermauniaux est éliminé et Flack a pris la tête. Pas pour longtemps ! Dans son sillage se profile en effet la gracile silhouette de Spiridon Louys. L'allure harmonieuse et efficace, le Grec progresse avec aisance. Encore un kilomètre et il est sur les talons de Flack. Puis il passe. Du 33ème au 36ème, l'australien se maintient à moins de 20 mètres. Pour parvenir à le lâcher, Louys devra sprinter brièvement. C'est alors que Flack commencera à vaciller dangereusement avant d'aller rejoindre Lermusiaux dans la position horizontale.

Il reste moins de 4 km à parcourir, et Louys précède de très loin son compatriote Vassiliakos et le Hongrois Kellner. Autant dire qu'il ne peut plus être battu. L'état de fraîcheur de ce futur vainqueur surgit de nulle part ne laisse pas d'étonner. A tel point qu'on a pu suggérer qu'il avait pris des raccourcis et même que le colonel Papadiamantopoulos, dans son ardeur patriotique, s'était laissé aller à lui faire un bout de chemin en croupe sur son cheval. Il est d'autant plus difficile de se faire une idée précise que Spiridon n'avait terminé que 5ème d'une épreuve de sélection et qu'il laissa loin derrière lui lors de sa victoire des compatriotes qui l'avaient alors précédé et qu'il ne courut jamais plus après. Impossible, dans ces conditions, de se faire une idée de sa vraie valeur athlétique !

Quoi qu'il en soit, selon certains témoignages, la foule rompit les barrières et envahit le stade. Des colombes furent lâchées. Un Grec avait gagné et le marathon olympique avait connu un succès colossal. Ce fut aussi le début d'une longue série de scandales. En effet, à peine avait-il franchi la ligne en 4ème position qu'il s'était plaint auprès du jury. Il en était certain : sur la fin de course, deux adversaires seulement le précédaient. Kellner ne pouvait en jurer, mais il lui semblait bien avoir vu  Spiridon Velokas, classé 3ème, descendre d'une charrette.  

Rapidement, on s'était aperçu que Velokas avait parcouru nombre de kilomètres caché dans une voiture tirée par des chevaux et qu'il n'avait fait usage de ses jambes qu'à l'approche du stade. Naturellement, il fut disqualifié.

"Dieu sait ce qu'il se serait passé si un Grec n'avait pas gagné !", dira Edwin Flack revenu à lui.

Spiridon Louys, quant à lui, devint un objet de vénération et un motif de réjouissance. Au soir de son triomphe, Athènes s'embrasa. Des feux d'artifice éclatèrent, on dansa tard à la lumière des lampions. Bref, ce fut du délire. Tout le monde voulait fêter le héros : un hôtelier lui signa des bons de repas pour chaque jour des dix années à venir ; une personne envoya une montre, une autre un étui à cigarettes en or ; une petite ferme lui aurait été offerte, ainsi que la main de plusieurs jeunes filles.

Entra-t-il en possession de tous ses cadeaux et de ceux qui avaient été promis avant la course ? Rien n'est moins sûr.

Une chose est certaine. Spiridon Louys n'épousa ni la fille de la famille Averoff, ni cette veuve américaine de vingt-cinq ans, riche de 4 millions de dollars, accourue en Grèce pour devenir la femme du vainqueur du marathon. Il n'accepta pas la main des demoiselles qu'on lui proposa et se maria un an plus tard avec sa promise, Eleni, qui lui donna trois fils avant de le laisser veuf en 1927.

Fin de l'histoire.








"
Nous avons eu le plaisir d'accueillir virtuellement dans nos locaux Marc Esposito, l'auteur de la duologie Le Coeur des hommes, il a accepté de revenir sur cette aventure pour notre plus grand plaisir et pour celui de nos lecteurs.

- Bonjour Mr Esposito, on ne va pas y aller par quatre chemins : Qui a eu l'idée ?

- J'étais avec Gérard Darmon qui était d'une humeur morose - "Je suis un acteur nul, pourquoi on me donnerait des beaux rôles ?" Moi, j'arpentais le salon et je pensais à haute voix : "Ce qu'il te faudrait, c'est un film choral, un film où vous seriez plusieurs à avoir le premier role. Tu vois, genre..." Et c'est parti. Une heure après, je me posais la question fatidique : " Et pourquoi, je ne le ferais pas moi, ce film ?"   

- Et le coeur des hommes est né...

- Au départ, le titre était L'amour est un bouquet de violettes, puis C'est beau l'amour, je n'ai trouvé Le Coeur des hommesque quelques semaines avant le tournage.

- Parlez-nous des "quatre", on commence par le génial Gérard Darmon...

- Avec Gérard tout à commencé un soir d'hiver en 84. Je traînais dans un restau, j'étais tombé sur lui, Jean-Pierre Bacri et leur petite bande. Dés les premières vannes, Darmon et Bacri ont vu que j'étais un bon client. Ils étaient étourdissant de drôlerie, je hurlais de rire. On a continué chez Gérard et au moment ou je la vivais, je savais que cette nuit resterait la plus hilarante de ma vie. On est devenue ami ensuite. C'est un acteur formidable.

- Le grand Jean-Pierre Daroussin...

- Il était celui que je connaissais le moins des quatre. Nous avons bien rattrapé le retard. Aujourd'hui, je sais que, même si nous sommes différents, nous avons en commun un trait de personnalité déterminant qui nous distingue des trois autres de la bande : nous sommes des heureuses natures, pas des inquiets, ni des anxieux. Rappelez-vous dans le 1 quand Alex dit a Jef pendant le mariage : "Je suis une heureuse nature, c'est ma force." Il aurait pu dire :
"C'est ma chance."

C'est lui qui dans le rôle de Manu est le plus loin de lui-même. Je me souviens sur le premier quand il avait hurlé pour la premiere fois "Qu'est ce que je ferais si j'étais moins con ?",j'avais été  a la fois sidéré et bouleversé. Jean-Pierre est un calme. C'est un doux, je ne l'ai jamais vu gueuler ou être en colère comme Manu. C'est cette nuit-là que Manu personnage du film est né pour de bon.

- L'immense Bernard Campan...

- Nous sommes les deux de la bande qui ont la larme facile. Il est arrivé dans le film quelques semaines après Jean-Pierre. Son rôle etait déjà attribué mais à chaque fois l'acteur en question se dérobait. Ça m'a agacé, alors je suis allé voir Se souvenir des belles chosesdans lequel Bernard étonnait tout le monde depuis plusieurs semaines. A la sortie du film, ma fille m'avait dit : "Ne va pas le voir, sinon tu vas changer d'avis, tu vas vouloir Campan dans le rôle d'Antoine que tu as promis à..." Elle avait raison. J'ai téléphoné a Bernard dés ma sortie de la salle de cinéma. 

- Le magnifique Marc Lavoine.

- Marc nous a rejoints le dernier. Nous sommes ami. Un an plus tôt, il m'avait dit : "Si tu veux que je sois dans ton film, je n'ai pas besoin de lire, je serai ravi d'en être même pour un petit truc."Ca m'avait touché. Mais je ne le trouvais pas crédible en charcutier ni en prof de gym trompé, et il était trop jeune pour jouer le rôle de Jef. Il ne pouvait jouer que le rôle d'Alex, et je n'arrivais pas a l'imaginer dans ce role de coureur, lui qui l'est si peu. Et en plus c'était le role de Gérard ! Mais l'acteur qui devait jouer Jeff a refusé au dernier moment, alors j'ai pris ma décision, que j'ai annoncé illico a Gérard : "C'est toi qui va jouer Jeff. C'est plus un rôle de ton âge. Tu vas être formidable." Le destin avait bien fait les choses. Marc a été exceptionnel. C'est décidément incompréhensible que j'ai mis tant de temps a voir qu'Alex lui était destiné, comme Jeff l'était a Gérard, Manu a Jean-Pierre, Antoine a Bernard.

- Parlez-nous de votre technique... 

- En général, tous les plans rapprochés sont joués par des acteurs qui jouent tout seuls puisque leur partenaire sait qu'il n'est pas filmé et qu'il ne fait que donner la réplique, hors champ. Sur mes films, les acteurs jouent toujours vraiment ensemble, et toute la scène d'un coup. Cela favorise la recherche du vrai, mon obsession.

- La musique est très présente dans vos films, il semble que...

- (il coupe) J'ai découvert mon amour pour la musique et les chansons dans les films dans les années 80. Quand ma fille avait deux ans et que je me retrouvais a dîner en tête a tête avec elle, je mettais le camescope sur un pied et je laissais tourner pour voir ce qu'elle faisait dans sa chaise. Après je m'amusais a mettre des chansons sur des images banalissimes d'une petite fille qui mange ou qui rêvasse. C'était magique : avec une chanson triste, on avait envie de pleurer, c'était bouleversant, avec une chanson gaie, ça devenait un hymne a la vie, au bonheur !Dans le Coeur, il n'y a aucune chanson de Keane, le film les refusait. A l'inverse, il y en a cinq de Katie Melua, le film les a aspirées, elles étaient faites pour lui.

- Vous n'êtes pas sans savoir que j'ai joué avec Valerie Kaprisky dans Jaurès, comment l'avez vous découvert ?

- J'ai pensé à elle dés la première version, mais je ne parvenais pas a l'imaginer dans les personnages  que j'avais écrits. Elle dégage un coté taureau de combat, une fierté, une détermination qui me plaisent. C'est une immense actrice.

- Claude Lelouch vénère le chiffre 13, avez-vous un chiffre
préféré ?

- Le 7. Pour un fana comme moi, l'année qui s'approche n'est pas anodine. 2007, c'est le plus beau nombre finissant par 7 depuis que je suis né, et je n'en vivrai jamais de plus beau. Ma fidélité au 7 vient de ma date de naissance a trois 7 : 16-7-52.

- Votre phrase préférée ?

- Louis Malle a dit un jour :
"Aller au cinéma, c'est s'asseoir devant le rêve d'un autre."

- Une révolte personnelle peut-être?

- Il n'y a que quand vous êtes avec des vedettes qu'on vous offre la tournée du patron !

- La suite ?

- Cendrillon. J'aurai à recréer un univers qui n'a rien a voir avec mes précédents films. Cela dit, il y sera encore question de sentiments, d'amour et de quête du bonheur.

- Un grand merci Mr Esposito. Le mot de la fin peut être...

- Avec les quatre, on vit un truc rare, c'est fou d'avoir construit si vite cette relation d'amitié. Pendant le tournage, un journaliste avait utilisé le mot recette, je l'avais coupé :
"Ce n'est pas une recette, c'est un miracle."

Le coeur des hommes...









"Qui mieux que Claude Lelouch pour nous parler du grand Jacques. On l'écoute:

"J'ai peur que le courant ne passe pas entre Jacques et Lino Ventura.  Au bout de quelques jours, toutes mes craintes se volatilisent. Mieux ils deviennent vite les meilleurs amis du monde. Ce sont leurs différences, précisément, qui les rapprochent. Jacques n'en revient pas de constater qu'on peut vivre d'une manière bourgeoisement organisée, comme le fait Lino. Et Lino est stupéfait de voir qu'il est possible de fonctionner dans la bohème la plus complète, comme le fait Jacques.

Nous tournons a Antigua et j'organise sur place des auditions destinées a dénicher les partenaires adéquates de mes personnages. Je ne trouve pas mon bonheur. Je fais donc venir de Paris quatre superbes métisses. L'une d'elle s'appelle Madly. Entre Jacques et elle, c'est le coup de foudre au premier regard. Ils ne se quittent plus.

A la facon qu'a Jacques, dans les jours suivants de me parler d'elle, avec la retenue et la pudeur qui le caractérisent, je comprends cependant tres vite que cette histoire est une grande histoire.

Nous avons souvent parlé des femmes. Il ne me parle plus que d'une seule. Madly va nous l'enlever, c'est sur. Et me l'enlever. Pour un peu, j'en serais jaloux. Car Jacques Brel, je l'avoue sans honte, a bouleversé ma vie.

"Je vous souhaite des rêves a n'en plus finir et l'envie furieuse d'en réaliser quelques uns."

Si je l'admire, si je le respecte, et si je l'aime tant, c'est que j'ai découvert en lui un homme au sens le plus noble du terme. C'est a dire quelqu'un qui va au bout des choses, jusqu'au bout de ses convictions et de ses certitudes, sans jamais se laisser acheter ou divertir, parce qu'il a une vision parfaitement claire du monde et de lui-même.

Chacune de ses réactions est saine, qu'elle soit de révolte, de colère ou d'amour. Angoisse par l'inactivité, il est toujours a fond sur l'accélérateur, ignorant la ligne d'arrivée. Chaque fois qu'il en franchit une, il prend le départ d'une autre course.

Jacques est un extraordinaire mélange de tendresse énorme et de révolte permanente, de lucidité et de poésie, d'intelligence, de culture et de sensualité.

Si j'avais été une femme, il est l'homme dont je serai tombée amoureuse. Il est celui que je leur souhaite, a toutes, de rencontrer. Celui qui, a ce jour, m'a le plus étonné."

Juste quelques phrases de Jacques piochées, ça et là...

"Quand un homme n'a pas peur de coucher avec une femme, c'est qu'il ne l'aime pas."

"Moi je t'offrirai des perles de pluie venues de pays ou il ne pleut pas."

"Je prendrais dans les yeux d'un ami, ce qu'il a de plus chaud, de plus beau et de plus tendre aussi. Qu'on ne voit que deux ou trois fois durant toute une vie et qui fait que cet ami est votre ami..."

"Ça me fait peur les gens prudents, les gens précautionneux. Ils ont plus d'avenir que de présent, ils sont assis, ils se croient debout. C'est effrayant, non ?",

"Je vous souhaite des rêves a n'en plus finir et l'envie furieuse d'en réaliser quelques uns."

"On ne réussit que ses rêves. C'est l'intensité de la vie, plus que sa durée, qui compte."

"Le talent, ça n'existe pas. Le talent, c'est d'avoir envie de faire quelque chose."

"Aimer jusqu'à la déchirure-aimer même trop, même mal, tenter sans force et sans armure, d'atteindre l'inaccessible étoile..."

Le grand Jacques... 






"
Imaginez...

Albi.
L'effervescence du court central.
Les cris, les rires, les larmes.
Les odeurs, les néons, les enseignes lumineuses.
Et puis la foule qui vous encourage comme un seul homme.

Vous êtes la, au milieu du court, au milieu de l'arène, vous avez vingt-huit ans. Il a quinze ans, pas plus. Un jeune. Un minot comme ils disent sur la canebière. Alors bien sur, on vous a prévenu que c'est un futur grand, que le jeune Palois se défend et qu'il a du talent. Ok, très bien, mais vous vous êtes un ancien grand, un vieux Albigeois qui se défend et qui a de l'expérience. 

Le match s'engage, la bataille est rude, vous vous rendez coup pour coup. Vous déployez tout votre arsenal tactique pour déstabiliser l'adversaire et ça marche ! Vous menez 3/2 avec deux balles de break a la clé, le public est sidéré, scié, épaté même, on croit lire sur ses lèvres : "Il va encore nous faire la cerise !"

C'est mal connaître le jeune Palois qui décide sur le champ, a ce moment très précis de changer de tactique, de ne plus vous attaquer sur votre point faible (un coup droit qui manque singulièrement d'envergure a ce niveau), mais d'aller vous chercher sur votre point fort (un revers Federesque) pour revenir ensuite sur votre point faible (le fameux coup droit). Et le match tourne ! Irrémédiablement !

Les spectateurs de ce match haletant se souviennent encore de l'intensité des échanges, de ce combat tactique et technique. Des points courts mais magnifiques ! Un match d'hommes, en somme. Les statisticiens en revanche retiendront un score sévère.

Un peu plus tard, vous vous retrouvez à la buvette, vous entamez votre troisième bière avec autant de cigarettes. Il finit son jus d'orange et vous glisse a l'oreille, l'air de rien : "J'ai mis du temps a trouver la parade, je voulais éviter votre revers alors qu'en fait il faut vous attaquer sur ce coup pour revenir ensuite sur votre coup droit." Vous commandez alors une autre pression, vous allumez dans la foulée une autre cigarette et pensez qu'il est peut être temps de tourner la page.

Huit ans plus tard, vous n'avez quasiment plus touché une raquette. Vous rentrez chez vous, le temps d'allumer la télé et de tomber nez a nez sur le jeune Palois qui est en train de mettre une pâtée au 6ème mondial à Roland Garros. Le présentateur vous dit que sa réussite est due à un vrai travail d'équipe. Deux préparateurs physique le suivent quasiment en permanence. Un préparateur mental. Trois kinés avec des spécialités différentes font partie de l'équipe qui l'entoure. Il n'y a pas de fumée sans feu... 

Vous ouvrez le journal le lendemain et vous apprenez qu'avec son coach Frédéric Fontang, il travaille ses points forts, sans oublier cette capacité à changer de tactique, à s'adapter à l'adversaire et aux circonstances. Par exemple, pour battre Nalbandian, il a su l'agresser sur son coup droit, limiter la durée des échanges, ne pas l'autoriser à plus de deux frappes d'affiliées sur son revers.
Ça vous rappelle des souvenirs...

Autre chose ? Il ne pense jamais à la défaite. Tiens donc, ça vous fait une belle jambe...

Son truc ? L'enchaînement service - coup droit. Vous vous en étiez rendu compte...

Son coach patient et méthodique cherche à résoudre les problèmes les uns après les autres. Après l'atelier retour viendra l'atelier volée. Il a bossé conjointement physiquement (pour améliorer sa vivacité) et tactiquement (pour déterminer les moments où il devait remettre ou, au contraire, rentrer dans la balle). Un postulat simple : Travailler d'abord les points forts avant de gommer les points faibles. "Au plus haut niveau, il faut impérativement imposer ton jeu dans ce qu'il a de meilleur. C'est la raison pour laquelle jamais il ne cherchera à installer l'échange dans la diagonale de revers, ça n'aurait aucun sens. En effet,
ça n'aurait aucun sens.

Vous vous dites alors que vous avez eu raison de prendre votre retraite, qu'il fallait laisser la place aux jeunes et qu'au moins pour votre dernier match vous n'êtes pas parti sur un coup de tête...

 images-12-.jpg"Voilà j’y vais, je remets la machine en route.

30 ans qu’on le veuille ou non, on fait le bilan, si je vois ma vie là c’est pas forcément marquant.

Qu’est-ce qu'il me reste, j’ai été fou amoureux d’une fille, puis j’ai aussi été fou amoureux d’une autre, bon OK ce que je retiens c’est que je suis en vrac déjà dans l’histoire là, c’est que je suis en vrac moi-aussi, bon ce que je vais faire c’est un peu du rangement après tout, écrire c’est ça, je vais pas raconter les choses dans l’ordre parce qu’en fait dans l’ordre c’est le bordel.  Ah ici, je fais une parenthèse, en ce moment depuis un an je suis célibataire.

Bon voilà, je voulais juste dire ça, je suis célibataire quoi ! Et puis un jour, je l'ai rencontré. En la voyant je l’ai trouvé tellement belle, je me suis dit il y a pas a chier celle là c’est vraiment une femme qui fait rêver, elle existe presque même pas en vrai tellement elle est belle, ça doit être incroyable de passer sa vie avec une femme comme ça. 

Le but du truc ça avait été de faire une ballade avec elle, de lui montrer Paris et puis le temps avait passé et je sentais qu’on n'avait pas envie de se séparer, de faire en sorte que cette promenade ne soit pas qu'une petite promenade, on avait envie d’une plus grande promenade. Et je sais pas trop pourquoi, je ne sais plus trop comment, on faisait semblant mais on ne faisait pas semblant et il s’est passé ça : j’ai senti que sa main m’a dit « ah bon, ah oui t’es sur » et ma main lui a répondu « oui je suis sur » « j’ai envie et je sens que toi aussi t’en a envie » « j’ai senti ça main qui m’a serré plus fort, elle avait envie aussi.

C’est dingue comme ces moments supra courts sont forts, un truc qui dure en tout et pour tout 12 secondes dans ta vie, ils te restent gravé profondément pour le  restant de tes jours. D’habitude une histoire d’amour dans un film ça s’arrête là, le mieux dans une histoire c’est de ne pas raconter la suite et justement ce qui est intéressant c’est la suite. 

Voilà c’est ça, une histoire d’amour c’est avant tout une histoire.

Commencer une histoire avec quelqu’un c’est comme partir en voyage. C'est en partant loin qu'on peut savoir si on est proche. "Tu es le mec parfait, tu es mon amoureux, je veux pas que tu partes, je t’aime, bon tu n’es  pas toujours parfait, plein de problèmes, d’imperfection, seulement moi je préfère tes problèmes, je suis amoureuse de tes imperfections, je les adore." N’importe quel mec normalement constitué aurait couru après elle après avoir entendu ça, moi j’ai même pas bougé, ou plutôt c’est le train qui a bougé, moi je l’ai laissé faire.

"Est-ce que c’est elle la dernière ?"

En arrivant, j'ai craqué : "C est quoi ce bordel avec l'amour là, comment ça se fait qu'on devient dingue a ce point, t'imagine le temps qu'on passe à se prendre la tête la dessus, quand t'es seul tu te plaints, quand  t'as quelqu'un tu te poses des questions " Est ce que c'est la bonne?", " Est ce que je l'aime vraiment?" et "Est-ce qu'elle m'aime autant que moi je l'aime?", "Est-ce qu'on peut aimer plusieurs personnes dans sa vie?", " Pourquoi on se sépare?", "


Est-ce qu'on peut réparer les choses quand ça part en couilles?", toutes ces questions à la con qu'on se pose tout le temps là, on ne peut pas dire qu'on y connais rien, on est préparé quand même, on lit des histoires d amour, on lit des contes, on lit des romans, on voit des films d’amour, l'amour, l'amour, l'amour..."

Puis je me suis retrouvé au mariage de mon pote, c’est quand même dingue cette mascarade ou tout le monde joue au "ce sera pour toujours" mais on ne peut pas s'empêcher d'être ému, on ne peut pas s'empêcher d'avoir envie d'y croire, "le plus beau jour de ma vie", "pour le meilleur ou pour le pire" et tout le toin toin, allez faisons l'album, on le regardera ensuite toute notre vie, ce jour la il faudra s'en souvenir.

C'est comme la pierre tombale de notre amour qui vivra pour l'éternité, c'est terrible comme j'arrive plus a y croire moi-même. Voilà c’est moi ça, je viens d avoir 31 ans, seul encore, j'ai repensé à toutes les filles que j'avais connu, avec qui j'avais couché ou seulement désiré, je me suis dit qu'elles étaient comme des poupées russes, on passe sa vie entière à jouer a ce jeu là, on est curieux de savoir qui sera la dernière, la toute petite qui était cachée au début dans toutes les autres, on ne peut pas l’attraper directement, on est obligé de suivre un cheminement, il faut les ouvrir l’une après l’autre en se demandant à chaque fois :

 "Est-ce que c’est elle la dernière ?"

"Guillaume Musso a l'art de trouver les citations qui vous retournent.

Il suffit de lire "Seras-tu la?" pour s'en rendre compte, morceaux choisis :

Kundera d'abord : "Nous traversons le présent les yeux band
és. Plus tard seulement, quand est dénoue le bandeau et que nous examinons le passe, nous nous rendons compte de ce que nous avons vécu et nous en comprenons le sens."

Ramana Maharshi ensuite :
"Tout ce qui doit arriver arrivera, quels que soient vos efforts pour l'éviter. Tout ce qui ne doit pas arriver n'arrivera pas, quels que soient vos efforts pour l'obtenir."

En passant par Stephen Hawking : "J'ai remarque que même les gens qui affirment que tout est prédestiné et que nous ne pouvons rien changee regardent avant de traverser la rue."

Sans oublier Auden :
"Il était mon Nord, mon Sud, mon Est et mon Ouest..."

Et Susanna Tamaro, l'immense Susanna Tmaro :" Quand plusieurs routes s'offriront a toi et que tu ne sauras pas laquelle choisir, n'en prends pas une au hasard, mais assieds-toi et attends. Attends encore et encore. Ne bouge pas, tais-toi et écoute ton coeur. Puis quand il te parlera, lève-toi et va ou il te porte."

Carlos Ruiz Zaron bien sur : "Et garde tes rêves, tu ne peux jamais savoir a quel moment tu en auras besoin."

L'incontournable Jacques Prévert : "Je voudrais que tu te souviennes des jours heureux ou nous étions amis. En
ce temps-la, la vie était plus belle et le soleil plus brillant qu'aujourd'hui."

L'incontournable Marcelle Suavageot : "Vous pouvez tout faire, penser ou croire, posséder toute la science du monde, si vous n'aimez pas, vous n'êtes rien."

Et Tarun Tejpal : "L'amour n'est pas le ciment le plus fort entre deux êtres, c'est le sexe."

Tarun Tejpal toujours : "Le sexe n'est pas le ciment le plus fort entre deux êtres, c'est l'amour." (pour la petite histoire, cette phrase a été écrite après la phrase précédente et donc fait figure de profession de foi)

Et enfin Saint-Exupery : "Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis."

Et cette phrase venu de nulle part qui vous tombe déçu comme un couperet : "Il avait vécu une journée épouvantable et elle était loin d'être terminée. Pourtant, il se sentait a présent étonnamment calme.
Car un homme n'est jamais aussi fort que quand il mène son dernier combat."

Ma Mamie m'a dit...

Madka Regis 3

 

COLLECTION "COMEDIE"

Mamie doit travailler plus pour gagner plus

Mamie, tu l'aimes ou tu la quittes

"Casse-toi pauvre Régis !"

Papi a été pris pour un Rom

Mamie est sur Facebook

Papi est sur Meetic

Il y a quelqu'un dans le ventre de Mamie

Mamie n'a pas la grippe A

La petite maison close dans la prairie

 

COLLECTION "THRILLER"

Landru a invité Mamie à la campagne...

Sacco et Vanzetti

Mamie a rendez-vous chez le docteur Petiot

La Gestapo française

Hiroshima

 

COLLECTION "SAGA"

Les Windsor

Mamie et les cigares du pharaon

Champollion, l'homme qui fit parler l'Egypte

Mamie à Tombouctou

 

COLLECTION "LES CHOSES DE MAMIE"

Mamie boit dans un verre Duralex

Le cadeau Bonux

Le bol de chocolat chaud

Super Cocotte

Mamie ne mange que des cachous Lajaunie

 

COLLECTION "COUP DE COEUR"

Mamie la gauloise

Mamie roule en DS

Mamie ne rate jamais un apéro

Mamie et le trésor de Rackham le Rouge

 

COLLECTION "DECOUVERTE"

Mamie va au bal

La fête de la Rosière

Mamie au music-hall

Mamie au Salon de l'auto

 

COLLECTION "SUR LA ROUTE DE MAMIE"

Quand Papi rencontre Mamie

Un Papi et une Mamie

Mamie fait de la résistance

Mamie au cimetière

24 heures dans la vie de Mamie

 

COLLECTION "MAMIE EXPLORE LE TEMPS"

Jaurès

Mamie embarque sur le Potemkine

Mamie et les poilus

Auschwitz

 

COLLECTION "FRISSONS"

Le regard de Guynemer

Mr et Mme Blériot

Lindbergh décroche la timbale

Nobile prend des risques

 

COLLECTION "MAMIE EN BALLADE"

Mamie chez les Bretons

Mamie voulait revoir sa Normandie !

La fouace Normande

La campagne, ça vous gagne...

Mamie à la salle des fêtes

Launaguet

La semaine bleue

Le monastère

 

COLLECTION "MAMIE FAIT SON CINEMA"

Memoria Viva

Les roses blanches

La scarlatine

Mon amant de Saint-Jean

Le temps qui reste

La java bleue

Générique de fin

Affiches

Ma Mamie M'a Dit

 

Affiche1

 

Le Pique-Nique du Dimanche 

 

pique-nique9.jpg

 

Le Bal de la Rosière

 

Monestiès Noel

 

Les Vacances de 36

 

affiche soleil

 

Le Théâtre des Souvenirs

 

affiche-site7.jpg

 


Ils l'ont dit...

"Je me suis retrouvé sur le blog de Juliette après avoir tapé sur Google "Comment rencontrer l'homme de sa vie facilement" ... et oui ... et là je tombe sur votre réponse à son article, réponse que je lis avec le sourire bloqué. Du coup, j'ai suivi le lien et cela fait maintenant plusieurs heures que je parcours vos articles... Bravo j'ai passé un merveilleux moment, que du bonheur." Nadège

 

"Ce blog est vraiment le meilleur blog que je n'ai jamais vu." Olivier

 

"Il m'arrive de lire deux jours de suite le même article, n'importe quoi en fait, une sorte d'état second, d'un coup, j'ai 16 ans ! J'adore ce blog, j'apprends tout plein de trucs et qu'est-ce que je me marre. J'adore ce que vous dégagez dans vos écrits. Vous semblez être un homme à découvrir et à prescrire... Vous vous intéressez vraiment aux gens, à tous, vous êtes bien documenté, et vous rendez l'incompréhensible compréhensible, avec humour en plus, un vrai talent. Quand je lis vos mots,  j'imagine quelqu'un de brillant, un génie. Et puis qu'est-ce que vous me faites rire. En plus, vous êtes séduisant, beau à l'intérieur, généreux à l'extérieur, vous êtes le mouvement dans toute sa splendeur. Continuez à écrire, c'est du plaisir pur." Ann

 

"Ce blog est fantastique, j'adore surtout L'interview." Emilie

 

"Je me suis délectée de vos écrits. L'article I have a bad dream est vraiment pas piqué des vers, j'ai adoré et la multiplicité des sujets me plait beaucoup. Vous avez un ton original, décalé, mais vous fournissez beaucoup de richesses en même temps." Catherine

 

"Mon amie m'a fait connaître votre blog il y a peu, je m'étais déjà régalé, mais ce samedi 14 février 2009, je me suis bien amusé encore à la lecture de Pourquoi m'aimerait-on ? et Si tu m'aimais vraiment, tu aimerais l'ail. Je brûle de connaître la suite et de savoir ce que j'ai raté, au cas où j'aurai envie de me pourrir l'existence à mon tour, et celle des autres par la même occasion, parce qu'en général ça fonctionne ensemble... Amitiés. Dominique"

 

"Dans ma recherche de sourires sur les blogs, je suis passée vous lire. Et là, merci, merci à mon ordi de fonctionner normalement, merci à ma ligne internet de ne pas être coupée et merci a vous de m'avoir fait hurler de rire. Quand je me suis attaquée à Une histoire de marteau, j'ai vraiment pleuré de rire, mon mascara a coulé. J'ai donc retenu la leçon, pour les autres articles, c'est démaquillée avant de me glisser sous la couette le soir,  ou le matin tôt avant la douche que je viendrai vous lire. Merci de vos écrits, je vous jure que le plaisir est pour moi au rendez-vous." Marie

 

"Quand je lis votre blog, je retrouve l'impatience et la curiosité insatiable de mes huit ans et je me sens bien en vous lisant, et quand vos mots se font caresse, je fonds littéralement." Anne

 

"Bravo pour votre blog et le cycle de Hudson, vous l'avez parfaitement bien décrit et ça me plaît beaucoup." Geneviève

 

"Ce blog est à chier et je pèse mes mots." Gérard


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