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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 12:17

Miroir-des-sports2.jpg"Un souvenir de Blanche.

 

 C'était un grand grenier auquel on accédait par un escalier de bois brut démuni de rampe. "Faites attention à ne pas tomber." Le conseil venait de l'arrière-cuisine où l'odeur des crêpes s'exhalait déjà jusqu'aux étages.

 En nous hissant dans ce sanctuaire,  nous étions saisis par les senteurs de diverses récoltes entreposées pour l'hiver : pommes reinettes, clochardes piquetées, canadas grises à la peau rugueuse, coins jaunes et brillants, cageots de nèfles orangées en pleine maturation, oignons et échalotes, bouquets de lavandes...

 Une odeur particulière provenait des grandes malles en bois vernis : elle émanait des petites billes en naphtaline disséminées ça et là afin de préserver des attaques d'hypothétiques mites les vieux vêtements que l'on ne mettrait probablement plus jamais mais qui "pouvaient encore servir".

 Dans ce grenier, il y avait aussi des journaux d'avant-guerre, collections complètes du Miroir des sports, album de timbre, livres et romans d'auteurs inconnus. Ces merveilleux après-midi passés à les feuilleter étaient de vrais moments de bonheur. "Vous descendrez des pommes tachées pour la compote... Le goûter est prêt." Les crèpes à la confiture de mûres ou de cassis de grand-mère nous attendaient à la cuisine...

L'enfance est un excédent de bagages que nous emportons partout avec nous, de gare en gare, de ville en ville, aussi loin que nous puissions aller, elle est toujours là. De lourds bagages pour un long voyage, une vie qui s'embarrasse de tout petits riens, de souvenirs inutiles mais auxquels nous tenons sans vraiment savoir pourquoi.

 L'enfance est tout ce qui s'enfuit. Nous avions comme beaucoup d'autres fait la promesse de la retenir, de nous moquer du temps et nous avons refusé de grandir, mais les années se moquent des promesses des enfants, la vie nous a fait un sale coup en nous laissant vieillir. L'enfance est un secret, un coffre au trésor dont nous gardons toujours la clé, un rêve à rêver pour toujours, une histoire qui recommence à chaque instant, l'enfance est tous ces enfants à venir, des millions d'enfant et autant de souvenirs.

 L'enfance est ce tout petit supplément d'âme, cette petite flamme que l'on garde en soi pour réchauffer son âme.

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Published by Régis IGLESIAS - dans Souvenirs d'enfance
21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 15:30

Almanach.jpg"Un souvenir de Claude.

 

 Sur la porte de la petite buanderie, en face de la table, il y a le fameux, l'incontournable, almanach des PTT, avec sa photo familière. Ça ne sert à rien, mais c'est là, pendu sur un petit clou, planté bien au milieu, c'est sa place. C'est le facteur qui nous vend ça, en fin d'année.

 Il fait sa tournée le soir, après son travail, en tenue de facteur. Il sonne à la porte, on l'invite à rentrer. Déjà titubant, il est précédé de l'épouvantable odeur de vinasse qui l'enveloppe constamment.

 C'est maman qui choisit les photos parmi une trentaine de modèles, assez vite pour abréger cette visite pestilentielle, mais tout de même assez longtemps pour simuler de l'intérêt, rester courtoise, ne pas fâcher.

 Elle lui glisse un billet dans la main et lui propose un petit canon. D'une année sur l'autre, l'oeil brillant, il lui rétorque la même phrase qu'il doit utiliser partout : "He bien, c'est pas d'refus ma petite dame."

 Elle lui sert rapidement son ballon de rouge qu'il expédie cul sec, en deux coups de gosier. Il repose son verre sur la table. Bruyamment, se torche les lèvres d'un revers de manche, puis il attend quelques seconde, en silence, pour si des fois on lui remettait une tournée. Comme rien ne se passe, il prend congé de nous avec cette formule évasive "Bon, c'est pas tout ça, mais..." Il rajuste sa casquette, tant bien que mal, nous salut d'un mot incompréhensible, sort de chez nous encore un peu titubant et va frapper tout de suite à la porte d'en face.

 La photo rassurante qui illustre le calendrier nous accompagne durant six mois.

 Fin juin, hop, c'est un évènement, on retourne le carton, et on passe du trop habituel charmant chalet savoyard, sur fond de montagnes enneigées, au sempiternel panier en osier, rempli de petits chatons espiègles et multicolores. L'année d'après, c'est le contraire... 

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Published by Régis IGLESIAS - dans Souvenirs d'enfance
21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 14:57

DAUDET-Alphonse1.jpg"Un souvenir de Claire.


 Ma grand-mère m'accordait l'honneur de dormir avec elle dans son lit. Par dessus tout, les moments qui suivaient le réveil demeurent le plus doux des souvenirs.

 Dans le petit meuble proche de son chevet se trouvait une très belle édition des Lettres de mon moulin.  L'ouvrage était si épais que nous pouvions nous occuper des heures. Un bras autour de mes épaules, elle me lisait alors le histoires les unes après les autres.

 Elle avait cette voix posée qui ne connaissait pas l'urgence de coucher rapidement les enfants. Elle donnait vie aux personnages en adaptant l'intonation de sa voix : grosse et lourde lorsqu'il s'agissait de faire état de l'appétit du loup, légère et chevrotante lorsqu'elle lisait l'envie de liberté de la chèvre de monsieur Seguin, pressée lorsqu'elle narrait les trois messes basses.

 Ces moments étaient de ceux où l'instant présent trouvait sa densité dans l'écoute complice du rêve. Ma grand-mère m'a donné le goût de prendre le chemin de l'imaginaire pour élargir mon horizon.

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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 14:14

Radio47.jpg"Un souvenir de Bernard.


 Le poste de radio est dans la cuisine, sur l'étagère, juste au-dessus de la machine à coudre Singer. On l'allume au moment des repas. Il chauffe, puis il ronfle et enfin les voix de Radio Luxembourg, plus ou moins audibles, remplissent la pièce.

 Le midi ce sont celles de  de Jeanne Sourza et Raymond Souplex. Sur le banc, un couple de clochard parle, plein d'humour et de bon sens, de la marche du monde. Puis c'est la famille Duraton avec entre autres les malheurs de Jean Carmet dans le rôled e Gaston, le fils naïf. Madame Maillard, notre voisine, ne manque pas une occasion de se moquer de lui.

 Chaque soir il y a une émission différente. Le lundi, c'est Le radio crochet présenté par Marcel faure. Des apprentis chanteurs s'y produisent avec plus ou moins de talent. Quand ils chantent vraiment faux, un coup de cymbale les arrête, suivi par la ritournelle : "Allez donc vous laver la tête, avec Dop c'est toujours un plaisir, avec Dop Dop Dop, tout le monde adopte Dop." 

 Le mercredi soir, c'est Quitte ou double avec Zappy Max. Quel  suspense lorsque  la somme devient aussi importante que le prix d'une 4CV et que le candidat peut la perdre ou la doubler sur une seule réponse !

 Suspense aussi le vendredi, quand on écoute religieusement Les maîtres du mystère, une pièce policière qui nous transporte, grâce aux mots et au bruitage, de notre cuisine vers l'inconnu. Malheureusement, je dois aller me coucher sans connaître la fin, sauf pendant les vacances. Je m'endors en imaginant le dénouement.

 Plus épisodiquement, c'est la Reine d'un jour, présenté par Jean Nohain. Une jeune fille pauvre et méritante est choisie pour recevoir, un seul soir, de multiples cadeaux plus somptueux les uns que les autres. Elle pleure de joie, et nous aussi on a la larme à l'oeil.

Le dimanche matin, il y a Le disque des auditeurs et ses chansons dédicacées. "De la part de Claudine de Saint-Brieuc, pour Francis qui fait son service militaire à Chamonix, avec ses plus doux baisers, voici Etoile des neiges.

  Elles sont suivies par une série de danses musette. Papa et maman, quand ils sont en forme, poussent la table et s'enlacent pour une valse.

 En fin d'après-midi, on écoute les résultats sportifs. Comme un fait exprès, la radio gargouille au même moment et on en manque la moitié. Ce qui est sûr c'est que rennes a encore perdu son match et on n'est pas content.

 Le soir il y a la voix nasillarde de Geneviève Tabouis dans Les nouvelles de demain. "Attendez-vous à savoir", nous avait dit-elle, et elle annonce ce qui se passera dans le monde la semaine prochaine. Papa se rapproche du poste en hochant la tête, il trouve qu'elle n'est pas mal. C'est à dire très bien.

 Tous les locataires écoutent les mêmes émissions, et quand ils se croisaient dans le couloir ou la cour, ils les commentaient : Pauvre Gaston, madame Duraton n'était pas contente. Et ce jeune homme, qu'est-ce qu'il chantait mal, à croire qu'il le faisait exprès pour Le Crochet. Est-ce que mercredi prochain le prochain candidat de Quitte ou double aura autant de chance ou est-ce qu'il va tout perdre ? Ah ! la brave fille de reine d'un jour, ça fait plisisr, mais tous ces cadeaux risquent de lui tourner la tête. Qu'est-ce que le gouvernement va décider la semaine prochaine, pensez-vous ? Rien de bon.

 Et Rennes qui a encore merdu ! Si ça continue, ils vont descendre en deuxième division...

 C'était au début des années 50.

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Published by Régis IGLESIAS - dans Souvenirs d'enfance
21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 12:23

Lettre pere noel"Un roman de Christiane Delpierre.

 

Juillet 1937

Au magasin, les femmes s'étaient ruées sur les dernières nouveautés. des flots d'étoffes avaient été transformés en robes, des centaines de chapeaux de paille avaient pris le chemin des vacances. Les gens filaient en vélos, tandems, trains, ou autres modes de transport, vers la mer, la montagne ou la campagne.

 Quinze jours à ne rien faire et de plus, être payés !

 C'était un vrai cadeau.

 "Vive le Front Populaire".

 Albertine avait choisit la mer. Dès la sortie de la gare, elle avait été assaillie par l'odeur iodée de la mer et l'air marin qui était nettement perceptible et arrivait étonnamment frais.

 La mignificence de la mer ou les mouettes tournoyaient dans le ciel l'avait laissé sans voix. Puis elle avait pris une poignée de sable blond qu'elle avait fait couler entre ses doigts.

 Ce nouveau contact lui avait laissé une impression indéfinissable, comme ces vagues ourlées d'écume blanche qui, semblables à des moutons, se couraient les unes après les autres avant de s'écraser sur la plage.

 L'eau lui faisait peur et se mettre en maillot de bain devant des inconnus la paniquait. Enfin, petit à petit, elle s'était lancée, avait marché avec plaisir sur les ondulations du sable, puis jupe retroussée, elle avait donné ses pieds à lécher aux petites vagues qui venaient s'échouer sur le sable.

 Et avec moult précautions, s'était avancée dans la mer, l'eau y était froide. Saisie, elle avait été toute parsemée de petits frissons, elle respirait profondément l'air salé du large.

 Enfin, un jour, elle avait abandonné sa robe et était apparue moulée dans un maillot blanc rayé de bleu nattier. 

 Etendue sur le sable, elle avait offert son corps aux  rayons du soleil, enfin, le peu de peau aux reflets nacrés que le maillot laissait voir.

- Fais attention aux coups de soleil.

 En quelques jours, elle avait fait une belle récolte de coquillages, de galets aux formes parfaites et lisses. Il y avait eu aussi avec ses hôtes, la pêche aux coques et aux moules qui, une fois cuites à la sauce marinière, se dégustaient avec de grandes tranches de pain recouvertes du fameux beurre demi-sel breton.

Albertine était fascinée. Ces côtes sauvages et découpées, cette mer couleur émeraude, tous ces bateaux qui se balançaient au rythme des vagues, l'accueil chaleureux des habitants de ce petit bourg, les soirées sur la terrasse, lorsque le ciel était criblé d'étoiles, sentir le parfum des roses montant du jardin, voir la mer éclairée par la pâle clarté de la lune et qui avait l'air d'une grande nappe argentée.

 C'était féerique, tout cela lui resterait jamais en mémoire.

 Tout ayant une fin, elle avait repris le train, la peau cuivrée, les joues rougies par le vent marin, les embruns et avec quelques rondeurs dues aux crêpes au chocolat...

 

1938

"On a pas tous les jours vingt ans "... 

 C'est par cette chanson que les vendeuses du magasin avaient souhaité l'anniversaire d'Albertine.

 Vingt ans pour une jeune fille, c'est le bel âge, c'est l'insouciance, c'est la joie de vivre.

 Comme chaque année, une jolie carte était arrivée des "Ormes" lui souhaitant beaucoup de bonheur. Jean avait signé. Il prenait de plus en plus de place dans le coeur de Juliette et aussi dans le domaine, ils parlaient même de mariage.

 D'André, toujours rien.

 Elle avait tenu à fêter son anniversaire le onze novembre pour marquer aussi celui de la Grande Guerre. Pour cette commémoration, les rues avaient été décorées de banderoles sur lesquelles il pouvait lire "Liberté - Egalité - Fraternité", d'autres guirlandes de papier étaient enroulées dans les arbres des squares, des lampions pendaient des fenêtres des immeubles.

 La veille un gardien champêtre, vêtu d'un uniforme à boutons dorés, casquette à visière et guêtres en cuir, était venu tambouriner :

- Avis à la population, de main 11 novembre, il y aura un défilé militaire suivi d'un grand bal qui aura lieu sur la place de la mairie, qu'on se le dise.

 Trois coups de tambour, et il partait plus loin porter sa nouvelle.

 Pour son anniversaire, Albertine avait reçu de l'amoureux des écrits une superbe et rare biographie de Charlotte Corday. Cette jeune fille était née un beau matin, "à la jeunesse de la journée", comme ils le disaient joliment à cette époque.

 Albertine lui avait voué un culte dès qu'elle avait su son histoire. Cette fille de la campagne était montée à Paris assassiner le tyran Marat. Condamnée à la guillotine l'An 2 de la république 1793, sa seule défense avait été :

- J'ai tué un homme pour en sauver cent mille.

 Ah ! Ces normandes, quel tempérament !

 

 C'est sous les vivats de la foule et au son tonitruant de la Marseillaise et de la Madelon que les Poilus de 14-18, médailles militaires et rosettes aux revers des vestons, avaient défilé, précédés par Monsieur le maire de l'arrondissement et des portes-drapeaux. Des gosses suivaient le défilé en lançant des pétards, laissant dans l'air une odeur de poudre.

 Le soir venu, lampions et guirlandes s'étaient allumés, donnant aux rues un air de fête, soutenu par la musique d'un orchestre musette.

 Des planches posées sur des tréteaux tenaient lieu de buvettes et offraient aux gosses sucres d'orge, pommes laquées de rouge et autre roudoudous. Des couples tournoyaient sur le pavé.

 Robert avait invité Albertine à faire une java apache très à la mode à cette époque.

 Les gens se trémoussaient également sur les airs de Ray Ventura.

 C'est peu de temps après qu'elle s'est jeté dans les bras de Robert qui n'attendait que ça. Leur bonheur n'avait pas échappé à leurs amis et chacun avait été heureux de leurs accordailles. des mois heureux avaient suivi cette bonne nouvelle.

 

 1939

 Des rumeurs couraient dans Paris, un nom revenait de plus en plus sur toutes les lèvres "Hitler", cet homme était devenu en 34 le Führer, chef de l'Etat Allemand. Sa soif de pouvoir n'avait pas de bornes et il comptait envahir la France.

 Des jours difficiles s'annonçaient, car au loin...

"Cependant sur Paris s'élevait un nuage qui devait apporter le tonnerre et l'orage." Voltaire

"Un grand effroy se respendit soudain, guerre-guerre." Ronsard

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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 19:18

Radio47"Le Miel de l'Aube.

 

"J’entends les mésanges et le chant des merles, l’heure des souvenirs, en a-t-on, en a-t-on...  Cette fois est la dernière, je ne consulterai plus mes enfances passées."

Robert Pinget, L’Apocryphe 

 

On dit bien Libra pour la Balance, et Sagitarius, et Virgo, et Scorpio. On devrait pour moi fabriquer un nouveau signe du zodiaque qui symboliserait l’influence dominante de l’Ecole sur mes jeunes années - et la suite. Schola.

 De l’école, je me souviens l’escalier et sa rampe, l’énorme figuier adossé au mur du jardin, la façade au-delà de la cour de gravier, enfin le préau de la cour d’école et les fenêtres des deux classes jumelles.

 Je la revois, cette cour de récréation avec son enfilade de cabinets (la porte la plus grande, fermée à clé, annonçant qu’il s’agissait de la propriété des maîtres) et, de chaque côté, une enfilade d’urinoirs en ardoise - ceux des petits, ceux des grands. et je revois aussi la terrasse où se promenaient les maîtres, d’un pas de chasseurs alpins, et les quatre cerisiers si longtemps malingres censés donner au gravier un petit air guilleret de campagne.

 Je revois les plates-bandes où alternaient les ifs ("Ne mange surtout pas les baies rouges, c’est du poison") et les lilas.

 J’entends encore les cris des élèves jouant dans la cour pendant les récréations.

 Le chauffage central était limité par des dates autoritaires : 1er novembre - 1er mars... En dehors de cela ? "Mettez bien vos cache-nez, les enfants, et même les passe-montagnes, c’est autorisé s’il y e a parmi vous qui souffrent d’otites."

 Les dictées, les problèmes de calcul mental, les exercices de grammaire ou de vocabulaire à la maison, apprendre l’Histoire de la France et la géographie et le résumé des leçons de choses.

 Jules Vernes, Jack London et James Oliver Curwood.

 L’encre. tous les lundis, de bonne heure, mon père préparait l’encre pour toute l’école, l’encre noire, attendue dans chaque classe pour commencer le travail.

 Les encriers des élèves - ces petits pots à rebord en porcelaine blanche qui occupaient tout juste les deux trous des pupitres, sur la droite, tant pis pour les gauchers. La voix du maître rappelait qu’il ne fallait pas tremper le porte-plume jusqu’au fond et encore moins y tremper le doigt.

 Parfois le conseil venait trop tard.

 Cette encre noire, de toute façon, était réservée à la piétaille : pour les maîtres, l’encre rouge consacrait la supériorité. Les corrections des cahiers vous sautaient aux yeux comme un cinglant reproche, mais douce compensation pour les plus appliqués, le nom des meilleurs élèves de la semaine s’étalait le samedi en fin d’après-midi en belle ronde (et en rouge !) sur les témoignages de satisfaction - le Très Bien, imprimé sur papier rose ; le Bien, sur papier blanc ; l’assez Bien, sur papier azur. pour les autres, il fallait raser les murs.

 Parler d’encre, c’est parler de plumes. La plume Sergent Major avait ses partisans acharnés ("trop raide", disait ma mère avec mépris), ainsi que ceux qui choisissaient de préférence une Baignol et Farjon. Il y avait également les défenseurs de la plume Henry et ceux de la plume Diamant (celle de l’école des filles).

 L’ardoise. La craie. Les cartes Vidal-Lablache. L’effet magique de la cloche, voir les colonnes par deux parfaitement rangées au pied de l’escalier, chacune représentant une classe et attendant en silence son tour de s’ébranler.

 Ah  ! l’allure des maîtres avec leur blouse grise et leur chapeau (feutre en été, canotier en été)... Naturellement, dessous, le faux-col et la cravate. Le chapeau avait sa fonction, car il servait, entre autres, à saluer les mères d’élèves.

 Et puis, comme si l’effort de la journée ne suffisait à personne, il y avait ensuite l’étude payante, de 5 h 30 à 6 h 30 (à cette époque personne ne disait 17 h 30 ou 18 h 30 : je pense même qu’on aurait pas compris) où les élèves du Certif faisaient des réductions de fractions, des règles de trois, faisaient partir et croiser des trains, installaient des piquets autour de prés qu’il fallait clôturer, placer de l’argent à la Caisse d’Epargne et calculaient les intérêts qui allaient gonfler leurs poches au moyen de formules toutes simples à appliquer...

 Et j’oublais les nombres complexes, les calculs d’heures, de minutes et de secondes d’autant plus déconcertants qu’à cette époque aucun élève ne possédait de montre, et qu’il lui faudrait précisément décrocher ce fameux Certif pour pouvoir obtenir cette preuve de sa dignité nouvelle en comptant sur la générosité attendrie de la grand-mère.

 Les élèves ? Un tiers des élèves, les meilleurs, savait lire à Noël, les deuxième tiers à Pâques, le troisième tiers (et ça ne dépendait pas, comme pour César, de la grosseur des tiers) en fin d’année et ç’avait été laborieux. Deux ou trois indécrottables seraient appelés à redoubler. Ils traînaient au fond de la salle, à faire des piquages, du dessin sur l’ardoise, à souligner en rouge des i ou des o sur les pages des vieux livres qu’on leur abandonnait.

 La première voiture de mon père fut une 5 CV Citroën. Les photographies le montraient debout près de la portière, le pied droit sur le marchepied, le coude posé avec amitié sur le volant, les pointes de sa moustache rapportée d’Orient visant le ciel. Ma mère, qui craignait le soleil, debout de l’autre côté du capot, se protégeaient les yeux de sa main droite en auvent.

 Mon père seul respirait la félicité. C’est que son permis de conduire remontait alors à près de quinze ans déjà, ce qui lui avait donné le temps de rêver à sa première voiture personnelle.

 Lorsqu’il en parlait de sa voiture, il disait avec un air vaguement lassé "ma petite Citron", mais comme il aurait dit "ma Tonkiki ma Tonkinoise", car sa voix chantait. Ma mère disait "notre petite voiture en as de trèfle". Ou "la Citron en cul-de-poule".

 Je me souviens des moments où je mettais pied à terre pour faire "pipi dans rhèbe". Il y avait alors assez de sauterelles dans les hautes herbes pour me retenir un bon moment, et peut-être ma mère elle-même, l’estomac un peu remis en place, devait-elle remonter sur son siège en menaçant de me laisser sur la route, avant de me voir me résigner à réintégrer le sein de ma famille.

 En fermant les yeux, j’entends "là-bas, une humble retrai-ai-te" - c’est la voix de mon père chantant Manon qui envahit mon souvenir. Je vois le biberon brandi par la tradition familiale comme un héros d’épopée, je le vois rempli de beurre.

 Je revois les trois femmes à l’arrière, puisqu’à l’avant, en vertu du principe "les hommes avec les hommes", trônait mon frère, le béret basque collé en auréole sur l’occiput - et au plafond, les deux filets à grosses mailles où l’on pouvait glisser foulards ou journaux. Nous y entassions de la lavande glanée sur les talus au cours des arrêts-pipi et le mal de coeur de la route.

"Allez, on la double celle-là" ou "Appuie sur le champignon, Papa, appuie !" ou "On a fait du 75 !" que disait mon frère en se tournant vers les dames du fond avec exaltation, une fois l’exploit accompli. Ma mère était consternée. Des pointes de vitesse d’ailleurs que se permettait mon père qu’après un long rodage où une lenteur solennelle et appliquée avait été de rigueur.

 Et l’arrivée avec les palmiers, les dattes que je désespérais, le nez en l’air chaque jour, de voir jamais mûrir avant la fin de nos vacances. Et puis le concert en plein air le soir, les musiciens sur leur kiosque, la découverte sur le programme de l’orthographe barbare des noms inconnus - Saint-Saëns. Mendelssohn, Tchaïkovsky, Kettelby...

La guerre ? Comme mes compagnes on m’avait donné un filleul de guerre. je lui écrivais et lui tricotais des chaussettes : c’était l’exercice obligatoire des cours de couture cette année-là ("Tricotons pour nos soldats" ; l’année suivante c’était "Tricotons pour nos prisonniers", mais il n’y avait plus de laine). 

 Les souvenirs les plus anciens que j’ai sont reliés à l’école maternelle. Je devais avoir quatre ans, cinq peut-être : c’est l’année où à force de manier en guise de bons points des images du chocolat Gala-Peter-Cailler-Kohler (je n’invente rien : c’était imprimé au dos avec une provocante régularité), j’avais inventé une histoire pas très fine mais qui qui nous faisait rire avec mes voisines de table : Il a mis son habit de gala, il a pété, ça a caillé, ça lui a collé.

 J’avais été punie, la maîtresse m’avait confisqué tous mes bons points, elle m’avait fait honte devant toute la classe.

 Mon père, lui, s’était tordu de rire quand j’avais à la maison déroulé le film de l’aventure. Ma mère lui avait fait remarquer que c’était une pédagogie discutable que de ridiculiser un maître ou une maîtresse devant un élève coupable, cependant elle avait du mal à dissimuler aussi son envie de rire, je le voyais bien.

Et la distribution des prix... C’était une espèce de corvée qui harassait tout le monde.

"Tiens-toi ! Vas-tu te tenir, enfin ?"

 Et la chorale. Naturellement j’avais mes préférés. Le petit village de Schubert m’enchantait, mais guère plus que le féminisme déjà vigoureux de Quand mon mary vient de dehors : un grand succès, et je n’étais pas seule à apprécier "Il prend la cuiller du pot, A la tête il me la rue : j’ay grand peur - qu’il-ne-me-tu---e". Avec en plus cette malice de conclusion : "Je suis jeune et il est vieux", qui nous tombait dessus comme un tranchant joyeux. Sans oublier le modernisme d’Enfance dont j’ai oublié le nom du compositeur.

"Il fait si loin mon Dieu qu’il est étrange

D’être là

Mêlé des mains à la facilité du jour..."

C’était magique, verbe et son déroulés comme un conte de fées.

"Enfance mon amour

N’était-ce que cela ?"

 Et puis la fin survenait, après une lacune que je ne savais, que je ne sais toujours combler ni en paroles ni en musique - une fin superbe, où je faisais filer ma voix comme un violon :

"En plus - qu’un vieux faubert - exténué..."

 Je lisais Mémoire d’un Ane, c’était terrible, surtout au moment où les voleurs de baudets leur attachaient une pierre à la queue pour les empêcher de braire.

 Et les lanternes sourdes des voleurs dans La soeur de Gribouille n’étaient-elles pas plus horribles que des lanternes ordinaires ? Il manquait alors des verres, ou le dessous de plat, ou le peau d’eau, et ma mère grondait.

 Mais en vain me forçait-on à me séparer du livre : par dessus mon assiette que je dégarnissais sans faiblir, mon esprit courait la campagne. Vers les mystères, vers l’aventure, vers les problèmes des revenants : seuls m’intéressaient ces temps forts de la Comtesse de Ségur née Rostopchine à travers une oeuvre dévorée dans son intégrité - y compris les Nouveaux Contes de fées, les Comédies et Proverbes et même La Bible d’une Grand-mère.

 J’empruntais Diloy le Chemineau, Ou François le Bossu, ou le Général Dourakine (ô Mme Papovska et les petits Papovski...), les Mésaventures de Jean-Paul Choppart, Pauvre Blaise, L’île mystérieuse, le Zénaïade Fleuriot, dont les ouvrages plafonnaient au même prix et qui, se situant un cran au-dessus des Petites Filles modèles dans le sentimentalisme, optait pour le sérieux Jeune Fille.

 Je me souviens de ce prix de deux francs, imprimé en gros sur la couverture dans un rond qui tirait l’oeil bien autant que le titre, c’était pour moi la tentation permanente. 

 Je me souviens du jour où j’ai ouvert mon premier Jules Verne.

 Désormais j’explorai les nuées, la stratosphère, la galaxie, je me battais avec les plus lourds que l’air pour conquérir les espaces aériens. Je conquis le pôle et ses mystères à plusieurs reprises, je plongeai avec le Nautilus au fin fond des océans, je descendis au centre de la terre, je survécus à plusieurs éruptions volcaniques. Je voyageais en Livonie, dans les Carpates, en Afrique du Sud où sont les mines de diamants. Je passai cinq semaines en ballon, j’allai de la terre à la lune, je fis le tour du monde en 80 jours...

 Je voulais vivre avec l’ingénieur Cyrus Smith, avec le Docteur Ox, avec le savant professeur Lidenbrock, avec le capitaine Nemo, avec Michel Strogoff sur sa troïka, avec Phileas Fogg, avec le conquérant Robur, ou encore sur les traces d’Arthur Gordon Pym. Je n’en avais jamais assez.

 La plongée, puis l’immersion bienheureuse dans l’univers de Jules Verne me marqua probablement à jamais.

 Puis j’ai été plongée dans les affaire criminelles aussi sanglantes, aussi sordides parfois, que fascinantes à élucider quand Sherlock Holmes ou Lupin qui me tenait la main.

 Enfin le sérieux puis le le tragique du monde vinrent à moi sans passer par les livres. Pendant cinq ans, les fenêtres ne donnèrent plus sur un rêve paisible. Lorsque je pus, l’esprit apaisé malgré les marques indélébiles laissées par ces temps d’horreur et de misère, recommencer à explorer la littérature dans ses labyrinthes les plus inattendus et les plus variés, mon aube était terminée.

 

Les souvenirs de Lucette Desvignes : 1ere partie ; 2eme partie ; 3eme partie

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Published by Régis IGLESIAS - dans Les souvenirs de ...
20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 16:27

Manosque---Avenue-de-la-gare.jpg"Manosque.

 

 Manosque est une délicieuse bourgade située à six heures de Carmaux. C'est là qu'on avait rendez-vous pour fêter l'anniversaire du Killian.

 Qui est Killian ?

 Un bout de choux qui fêtait ses dix ans. Et oui, Mamie se diversifie et propose maintenant un spectacle personnalisé pour les petites frimousses.

 Résultat des courses : un moment désopilant où les loulous ont chanté, dansé, rouspété, pleuré, rigolé... Bref, un moment particulier qui rappelle à celles et ceux qui l'ont oublié qu'il vaut mieux vivre au milieu des enfants qu'exister dans le monde des adultes.

 Rideau.

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Published by Régis IGLESIAS - dans Le Tour de Gaule
19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 19:17

DAUDET Alphonse1"Le miel de l'aube - Tome 2.

 

 La progression de l’information ne s’effectuait que par le journal du matin, autant dire rien. Du coup, le trottoir remplaçait le café du commerce. 

 A la radio, il y avait trois longueurs d’onde, disait le marchand, les moyennes et les plus petites, qu’on appelait les courtes et que personne ne prenait jamais parce qu’elles donnaient que de la musique de Bicots, mais sur les grandes bien sûr il y avait Lyon-La Doua et puis surtout Radio-Paris.

 Je regardais, fascinée, cette longue aiguille qu’on déplaçait en tournant un bouton : les gargouillis obtenus par ce passage désinvolte avaient une nature autre que le poste du voisin, ils se rapprochaient des chuintements de vieillards conversant en confidences malgré leur laryngite, ils se laissaient à chaque instant trouer par des sifflements terminés en glousglous, parfois aussi ils débouchaient, en explosion, sur quelque chose d’audible qui faisait s’épanouir le marchand.

"C’est pas du poste de bataille" répétait-il à ma mère, "chez Philips font pas du poste de bataille". Tout se gravait en moi, lié à l’expérience nouvelle que représentait pour moi cette immersion dans le modernisme : le style du vendeur, l’incongru du terme un jour de déclaration de guerre.

 Je pensais souvent par la suite à ce pauvre vendeur qui ne prévoyait aucun avenir pour les ondes courtes et qui s’épanouissait en captant Radio-Paris. certes nous n’étions qu’au premier jour de la guerre, mais dès que "les Anglais" eurent lancé sur les ondes, à destination  de la France occupée et sur l’air coucaratchant de la Quintonine (guérit bien et coûte peu), le petit couplet dénonçant le traitre Paul Ferdonnet (ah ! comme je me rappelle...), "Radio-Paris ment, Radio-Paris ment, Radio-Paris est all’mand...", je me demandais en chantonnant pour garder le moral au chaud si le marchand de postes se servait, pendant l’occupation, de ses grandes ou de ses petites ondes.

 Plus important, un déferlement du monde en guerre investit l’école.

 J’apprenais alors avec avidité un vocabulaire nouveau : la mobilisation générale, la réquisition des classes, la roulante, le caporal d’ordinaire, le riz-pain-sel du train des équipages...

  Des centaines d’hommes débarquaient je ne sais d’où d’une caserne peut-être où leur feuille de route les avait rassemblés et d’où on les faisait refluer, comme un encombrant surplus, en direction d’hébergements improvisés.

 Les soldats avaient mis les pupitres en tas au fond de chaque classe, ils dormiraient par terre dans leur sac de couchage et en attendant, ils traînaient dans les cours.

"Messieurs", dit l’huile (c’était un capitaine selon mon père), combien d’entre vous ont perdu leur père en 14 ? Levez la main".

 En 14, en gros. ca pouvait être en 15, en 16, en 17, en 18. Ca pouvait même être plus tard, des suites de guerre après des longs mois de déchéance physique et de déréliction. N’importe. En 14 ça faisait l’affaire et tout le monde comprenait. Des mains se levèrent. Des quantités de mains dans cette cour de récréation.

"Parfait", dit l’huile. "C’est bien à peu près ce que je pensais. Et ! bien, à vous de jouer maintenant. Messieurs, c’est votre tour".

 Certes, il n’avait pas été convoqués pour jouer aux dames, et ils le savaient.

 Tout de même, la formule d’accueil passait mal.

 Mais tous dirent à l’instituteur qu’ils avaient beau savoir ce qui les attendait, il y avait manière et manière de l’annoncer, surtout de la part d’un gradé qui allait vous conduire au casse-pipe.

 Et puis, au bout de trois jours, ils quittèrent l’école. Il faisait une chaleur intolérable comme parfois au début de septembre et je n’entends même pas le bruit de leurs pas martelant le pavé de ma rue - le bruit des bottes qui me traumatisa pour de longues années s’est superposé lui aussi à ce bruit de croquenots qui en fait est absent de mon souvenir. Je les voit partir comme dans un film muet qu’on n’aurait pas juger bon de sonoriser par la suite.

 Quelques semaines après j’entrais en quatrième, et dès le premier cours d’anglais j’apprenais le beau poème d’Alan Seeger, I have a rendez-vous with Death, et chaque vers m’évoquait ce départ pour "some scared slope of battered hill" - sur quelle pente ravagée de colline meurtrie d’obus tous ces hommes termineraient-ils leur idylle ?

 Ma mère pleurait si fort en regardant ces hommes quitter la vie au pas cadencé que je me serrai contre elle en sanglotant. Seule resta dans mon souvenir la vision de ces casques alignés sous lesquels il n’y avait plus que de lourdes marionnettes au regard vide.

 Puis, pour quelque mois, la routine de la guerre s’installa. C’était déjà "la Drôle de guerre", comme la baptisa Dorgelès.

 Les privations ne commencèrent pas tout de suite. Au contraire, le ralentissement des transports par voie ferrée gênant, nous dit-on, les expéditions de volailles, le prix du poulet de Bresse baissa, et nous en eûmes souvent à notre table, comme le régal rare des jours de fête.

 Le collège se mettait à l’heure des armées. Nous écrivions chacune à notre filleul de guerre et préparions ensemble les colis pour Noêl, tous identiques. Nous apportions nos marchandises selon une liste, on nous fournissait les cartons, nous mettions tout en place un samedi après-midi, avec écharpe, passe-montagne et chaussettes par-dessus les douceurs. 

 Le professeur d’anglais, en outre, obligeait tout son monde à utiliser ses restes de laine : chacune au moins un carré tricoté au point mousse, allez, 10 cm sur 10 cm, et en vitesse, le froid ne vous attend pas, le point mousse c’est à la portée de n’importe quelle malagauche.

 

 Une fois terminée la couverture était promenée à travers le collège, exhibée en plein cours à l’admiration de chaque classe, avec annonce pour encourager à faire mieux la prochaine fois : "La prochaine est presque finie, elle sera dans les roses et les rouges", ou encore "Il manque du bleu clair et du bleu marine, on fait appel aux bonnes volontés pour avancer la suivante", et toujours "Il faut en faire encore aux moins deux avant le pire de l’hiver".

 Car l’hiver fut précoce et terrible. Les journaux, les actualités en première partie du programme, au cinéma, montraient le front, la ligne Maginot ou les sentinelles transies malgré le passe-montagne sous le casque.

 Pour écouter les nouvelles, les premiers mois il y avait Radio-Paris ou Radio-Lyon sur les grandes ondes, mais mon père s’était découvert dans les ondes moyennes la Suisse romande de radio-Sottens et son scepticisme naturel lui faisait confiance. "Plus objectif", disait-il en hochant la tête, "moins de bourrage de crâne, on peut confronter".

  Des termes inédits apparaissaient : le front, les oreilles ennemies qui nous écoutaient, l’offensive, le repli partiel, ainsi que le poétique "Quelque part en France" devenu de rigueur et la découverte de la censure. "Censuré" lisait-on à la place quand le volume de la suppression le réclamait. Il fallait alors décrypter.

 En même temps, les élèves du secondaire, tous niveaux confondus, devaient participer à l’effort de guerre pour collecter la ferraille. "Avec votre ferraille nous forgerons l’acier victorieux", clamaient les affiches sur les murs et sur tous les édifices publics : on en fit un thème de composition française imposé dans toutes les classes, et les garçons collectaient en faisant du porte à porte.

 On faisait aussi appel au sens civique en invitant à tirer sur tout : économies d’électricité, économies de chauffage, économies de détersifs divers.

 Nous devions avoir dans nos cartables une trousse de nécessité, avec une lampe de poche à pile non usée, de l’alcool de menthe, du sucre, du chocolat, des biscuits, du sparadrap, de la gaze - bref, de quoi tenir sous les bombardements et soigner quelques égratignures. 

 Les alertes, pendant la drôle de guerre, ne duraient jamais longtemps. elles se passaient dans le noir, chacun venant à l’abri avec sa lampe électrique à pile Wonder-ne-s’use-que-si-on-s’en-sert.

 je me souviens qu’on n’allumait que pour chercher dans son sac, un mouchoir, des boules de gomme pour faire prendre patience aux enfants (Oh ! comme j’enviais ces familles à boules de gomme...).

 On éteignait vite.

 

Les souvenirs de Lucette Desvignes : 1ere partie ; 2eme partie ; 3eme partie

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Published by Régis IGLESIAS - dans Les souvenirs de ...
18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 13:47

liberation-paris"Le miel de l'aube - suite et fin.

 

 Soudain, après un quotidien d’une platitude maussade, une atmosphère de cataclysme. Le printemps était là, frais, charmeur ; les communiqués du front n’avaient guère changé de teneur. Et voilà qu’un jour, en fin de matinée, la Directrice du collège vint faire dans toutes les classes le porteur du message funèbre. D’une classe à l’autre, elle transmit la nouvelle. "Le Roi des Belges vient de se rendre aux Allemands avec toute son armée".

 La classe, pétrifiée debout, n’émit pas un son et demeura immobile un long moment sans se rasseoir.

 La jeune institutrice dont le fiancé était aux Armées avait ses mains agrippées à la chaire et s’y cramponnait, et son regard vide passait au dessus de nos têtes, cherchant peut-être la ligne bleue des Ardennes où la reddition des Belges allait permettre de contourner allègrement la ligne Maginot.

 J’étais au fond de la classe et je sentis tout à coup mes larmes qui tombaient sur mes mains.

 J’ai souvent vécu en souvenir cette émotion tragique.

 A ce moment-là, j’ai basculé dans l’adolescence.

 Ensuite, à la maison, on a déroulé sur les vitres des rideaux noirs sans fissure pour éviter aux lampes familiales de guider les bombardiers ennemis ; on a collé en croix du sparadrap grande largeur sur chaque carreau de fenêtre pour empêcher les éclats de verre de se répandre en pluie lorsque l’effet de souffle s’engouffrerait par les ouvertures en les fracassant.

 On passait à la vitesse supérieure car là-haut (là-haut c’était le Nord : sur les cartes Vidal de Lablache il fallait lever le nez pour regarder le Nord et le réflexe vous restait) là-haut, tout s’effondrait.

 On apprenait de nouveaux termes, hâtifs, presque oppressés lorsqu’on les entendait prononcer à la radio : front enfoncé, repli stratégique, résistance énergique, déplacement des lignes de défense, progression de l’ennemi, convergence calculée des unités - avant que ne fut mentionnée aux quatre vents de la débâcle la reconstitution d’un front sur la Loire.

 Les examens étaient avancés, lorsqu’on le pouvait.Le certificat d’étude eut lieu dans la précipitation, les filles le matin, les garçons dans l’après-midi. Ainsi lestés les diplômés pouvaient sans perdre de temps rejoindre leur domicile d’où la famille les emmenait avec armes et bagages sur les routes de France : pour certains même la voiture familiale attendait devant le portail de l’école, le matelas roulé sur le toit, des adjonctions de toute sorte décorant le véhicule et le décoré était à peine happé par la portière que le père démarrait.

 

 C’est alors que la débâcle commençait. "Nous sommes foutus, Messieurs", disait mon père de temps à autre.

 Oui, nous l’étions.


 Les routes s’encombraient de transports de troupes, de camions de matériel qui allaient dans toutes les directions. On n’y croyait plus. Après la Loire, dont le projet semblait déjà abandonné, ne nous parlait-on pas de Bordeaux ?

 Tout le monde mettait la clé sous le paillasson, entreprises, chantiers, commerces, écoles.

 Je me rappelle du dernier cours, public déjà clairsemé, vieux prof en acier, leçons non sues... L’institutrice m’avait mis un 9, juste pour faire les choses jusqu’au bout, ajoutait-elle, sur une feuille de notes que personne ne relèverait jamais.

 La ville se vidait. "C’est déjà bien trop tard", disait une voisine à la cantonade. "Il aurait fallu partir il y a au moins deux ou trois jours, pensez s’ils vont vous rattraper à présent !" Elle partait quand même, les mômes tassés à l’arrière sur les couvertures avec le chien et la grand-mère.

 Entre le début de juin et le 14 juillet (je donne cette date comme butoir pour le retour de chacun près de ses dieux lares, mais ce 14 juillet-là n’avait plus de sens et se passa de feux d’artifice, comme les quatre qui suivirent) tout le monde était parti et revenu, sans autre résultat que d’avoir engorgé les routes, souffert de la panique en la créant, couru délibérément au-devant des dangers et des angoisses.

 Certains, même, n’étaient jamais revenus : j’avais vu ici et là, calcinées, pliées en accordéon ou encastrées dans un tronc d’arbre, des carcasses de voitures dans les fossés que d’autres fuyards avaient peut-être poussées sur le côté pour pouvoir passer. Il était absurde de fuir vers le Sud. Mais c’est que tout le monde voulait sa part d’action. On avait tant répété que les civils devaient participer à l’effort de guerre...

 

 Sur la route, une camionnette d’épicier s’était avisée de l’aubaine et, au prix d’un embouteillage qui autour d’elle fonctionnait comme un piège, prodiguait son ravitaillement à titre onéreux ; je suppose même que les prix montaient au fur et à mesure que la marchandise se raréfiaient.

 Ma mère eut la dernière boîte de Vache qui rit, les deux ultimes tablettes de chocolat, une bouteille d’eau de Vichy - tout un symbole - laissée pour compte pour la pause casse-croûte. Ma mère avait acheté un saucisson tout de même, mais nous n’avions pas de couverts, et il nous fallut emprunter un couteau à l’autre voiture. Au désarroi de ma mère vint s’ajouter cette humiliation.

 Où aller ? Mon père pensait-il alors à nos amis de Dordogne où nous avions, juste avant Munich,  coulé des jours ensoleillés dans une grande maison. C’était la grande vogue alors de "Bei mir bist du schön", et les bandes de jeunes gens de la bourgeoisie qui se retrouvaient là chaque été le chantaient sur le pont de Meyronne avec, j’imagine, des intentions sentimentales secrètes de l’un à l’autre : mon frère et moi nous ne faisions qu’observer de loin, observer et tendre l’oreille.

 

 Notre amie avait une théière, du thé, des tasses, du sucre. Elle avait un réchaud à alcool de gros calibre, "C’est un Primus", disait-elle avec emphase, et une petite casserole dont elle faisait remarquer la paroi mince destinée à chauffer l’eau plus vite. Elle avait déplié une serviette en guise de nappe et, à l’humiliation près, nous nous accordions une heure de détente.

 Suprême délice, le repas commençait par un potage. C’était une assiette de Maggi ou de bouillon Kub, rien d’autre, mais l’insistance de la cuisinière sur son habileté à dominer la situation pesait. Ma mère était folle. "Pensez un peu", disait-elle, toujours dans les mêmes termes, "se vanter de faire un Viandox quand on a le Viandox, la casserole et le réchaud !"

 C’était précisément ce qu’on pouvait, à elle, lui reprocher de ne pas avoir eu le réflexe d’emporter...

 Toutes les hypothèses étaient permises. Même celles qu’on n’osait pas formuler, dont on chassait avec détermination la pensée importune. L’institutrice guettait des messages de la Croix-Rouge, mais elle guettait aussi par la fenêtre dès que la nuit tombait et tressaillait au moindre craquement de brindille.

Mon père se tenait au courant de la situation au café. En échange de son petit blanc ou d’un Noilly Cassis, il obtenait le droit de s'asseoir. Quand il avait récolté de bric et de broc les débris des communiqués du jour, il se mêlait aux discussions des clients non absorbés dans la contemplation du fond de leur verre ou par leur manille. La discussion ne lui apportait toutefois rien de substantiel; un vague contact humain, tout de même.

 

 "Ben mon colon !" dit le volailler en démarrant.

 

 A l’école le poste fut installé dans le bureau. Très vite mon père sut se débrouiller sur les ondes courtes, et Radio-Paris ne servit jamais qu’à donner à l’aiguille, à la fin de l’émission «ici Londres», une localisation bon enfant, en cas de contrôle inopiné. "C’est remis en place ?" - il y avait toujours l’un de nous pour demander si la précaution avait été prise.

  A l’école, nous partagions nos salles de classe avec les garçons du collège qui venaient s’installer à nos places toutes chaudes puisque leurs bâtiments étaient occupés : en tout cas les horaires des uns et des autres se concentraient au maximum, les cours s’empilaient, récréation supprimée, chaque classe amputée de dix minutes. On tassait. Les cervelles tâchaient vaille que vaille d’être aussi bien pleines que bien faites.

 La troisième, c’était l’Ancien Français et les grandes tirades du Lai de Marie de France ("Belle Amie, si va de nos : Ne vous sans moy, ne moy sans vos" - la reconstitution n’est sans doute que vaguement phonétique, mais le poème est toujours là), Le jeu de Robin et Marion ("J’aime mon robinet, et il moy" - toujours là aussi), et j’aurais dû commencer par elle, La Chanson de Roland : trente ou quarante lignes à sortir à l’aise, la mémoire rodée à son travail fidèle.

 Hors d’oeuvre du lundi matin, à débiter avec d’aléatoires prononciations. C’était L’Eneide, qui transitait elle aussi jusqu’au fond de moi par le biais du psittacisme, une fois la traduction d’un grand pan de tempête ou de descente aux Enfers dûment faite et corrigée.

 Je protestais en lisant dans mon coin des vers de Shakespeare en Anglais, l’anglais qui avait été englouti avec rage et ferveur. mais la protestation n’avait rien d’universel. Très vite, nous nous "sentions" les unes les autres, avec prudence et savoir-faire, comme les chiens de rencontre se flairent aux alentours de la queue.

 Très vite, j’avais repéré la catégorie - minoritaire, faut-il le dire - des compagnes avec lesquelles on pouvait quitter son gilet pare-balles, s’exciter à propos de la conquête d’El-Alamein, pleurer dans un coin de couloir lorsque ben-Gazhi avait été repris par Rommel. L’échange des nouvelles glanées la veille à travers le brouillage des ondes se faisait à l’intérieur d’un tout petit groupe, les amitiés se resserraient, voire se fondaient, sur la base de ce partage d’émotions.

  J’avais en vain attendu que l’irritation qui grondait au niveau populaire eût trouvé son exutoire à la Libération. "Attendez un peu le grand règlement de comptes ! Attendez de voir ce qu’on fera des petites culottes de la mère !"

 Non, rien ne s’était passé. Les femmes tondues, c’était dans le peuple qu’on les passait au triple zéro. Le gros commerce, les enrichis du marché noir - fromages, textiles, charcuterie, BOF de tout niveau - bénéficiaient de la considération inamovible du Tiers-non instruit, du Tiers-esclave : quand la fille se maria, richement bien sûr, il y eut un grand feu d’artifice au château paternel, et cependant elle n’était pas vierge et tout le monde savait ça (à l’époque cela comptait).

 Les Allemands inventaient pour leurs reculades des termes scientifiques dont nous faisions des gorges chaudes, comme par exemple cette inénarrable défense élastique qui servit tout un hiver sur le front de Russie.

 A la radio après Midway, il y eut la soirée éblouissante de ce "Attention, Yankee ! Robert arrive", répété à chaque instant dans l’urgence ("Nous interrompons notre programme de nouvelles pour diffuser ce message personnel...") qui parcourait tous les auditeurs d’une décharge électrique. "C’est le débarquement , Messieurs", disait mon père, "ça ne peut être que ça. mais où ? où donc ?" Il ne fut pas le seul à se poser la question.

 En attendant la tension montait en territoire occupé. D’une zone à l’autre on ne circulait qu’avec un Ausweis accordé à titre exceptionnel, ou alors c’était dans l’angoisse et l’horreur.

 

 Le rationnement apparut, mal accepté dans ce pays d’abondance dont toutes les ressources filaient vers l’Allemagne.

 L’hiver sans pommes de terre de la première année vit naître et se répandre l’approvisionnement en topinambours ; à ma connaissance je fus bien la seule à apprécier ce goût de fond d’artichaut qui écoeura vite toute la France - pourtant il n’y eut que cet ersatz (encore un mot qu’il fallu apprendre, comme son copain "succédané") pendant de longs mois pour faire la soupe ou des frites, mais comme de toute façon il n’y avait pas d’huile... Ce que, sans ticket, on pouvait se procurer pour la salade était innommable.

 L’enseignement ne perdait pas sa bonne humeur. l'arithmétique primaire continuait à faire calculer le prix des oeufs et du beurre, le rendement du blé à l’hectare pour aboutir au bénéfice du boulanger, la production de lait d’une ferme de vingt vaches ou le kilométrage d’une voiture de tourisme, alors qu’il n’y avait pas d’oeufs, de lait entier ni de beurre sauf par combine et que les voitures, équipées d’un effrayant gazogène si elles relevaient de l’utilitaire, ne roulaient plus que par stricte nécessité.

Je me rappelle qu’en Troisième une composition en Hygiène fut spirituellement énoncée "Histoire d’une tartine de beurre" (manière de vérifier si vous connaissiez bien les composantes de la tartine et l’action des divers sucs ou traitements qui allaient accompagner le voyage depuis la mastication jusqu’à l’évacuation).

 Cette semaine-là je n’avais eu ni beurre ni pain à me mettre sous la dent.

 Le vocabulaire familial se concentra sur les problèmes de nourriture. Ma mère cherchait fébrilement dans le journal les annonces de déblocages : le R cerclé donnait droit à 125 grammes de confiture en vrac, le P correspondait à une distribution exceptionnelle de haricots secs, le G valait 65 grammes de café, soit un demi-quart... Il fallait s’inscrire pour le poisson.

 Là, las, la malchance nous attribua de la raie puant l’ammoniaque, du thon en pleine effervescence...

 Il y avait dans les bars des jours Sans Alcool, dans les boucheries les jours Sans Viande. la distribution d’abats se faisait sous le manteau, nous arrivions toujours après la bataille.

 Je connus les semelles de bois, articulées (qui se gondolaient sous la pluie en vous pinçant la plante du pied et se déformaient si un caillou se coinçait entre deux de ses lamelles) ou d’un seul bloc, pour la justification duquel on inventa le terme de "compensée", ce qui ne lui donnait ni élégance ni souplesse et n’empêchait pas, au contraire, les continuelles et sanglantes ampoules aux talons.

 De la troisième j’étais passée en Seconde - L’Anabase de Xénophon, les Catilinaires, Tite Live, toujours Virgile - puis en Première, avec toujours L’Eneide et toujours Cicéron, un epu d’Ovide, un epu de Plaute... Avec aussi, enfer et damnation, Andromaque pour la troisième fois, en vertu des changements de programmes qu’innovait ma promotion et des inévitables cafouillages dûs à une politique culturelle qui prétendait elle aussi tout rebrasser avantageusement.

 

 Je me souviens que l’instituteur du certificat d’étude, distribuait sur le coup de dix heures, religieusement, les écœurants biscuits vitaminés livrés par le Secours national dans des cartons graisseux puant le rance).

 Au café, il n’ y avait plus que les Fritz et des petits vieux sans histoire qui savaient faire durer une chopine pendant toute une belote.

 Le bistrot fonctionna bientôt comme music-hall et les petits vieux le désertèrent.

 J’y suis allé une fois acheter une bouteille de limonade à la saccharine.

 

 Je me souviens que dès la rentrée de 40, la Quatrième me faisait plonger dans l’Epitoé qui étalait la mythologie grecque à mes yeux éblouis - le rôle qu’avait joué la chèvre Amalthée dans la prime éducation de Zeus, père des dieux et des hommes, et nous disions banalement, l’un ou l’autre, quand la serveuse se lançait : "Tiens ! Amalthée demande demande qu’on la traie".

  Très vite, le corps de troupe entonnait Lili Marlène, histoire de ses retrouver entre pays.

 Mon père, je le revois souriant volontiers aux connaissances et aux inconnus de rencontre, aux enfants croisés sur le trottoir, aux premières fleurs de marronniers, à la vie. 

 Pourtant, il avait pris un tout autre visage. Le visage défait de la défaite, celle du pays trahis et martyrisé, celle de son idéal pacifiste. Le visage maigre de la pénurie, yeux creux, cou décharné faisant paraître trop large le faux-col, rides partout, partout et en tout sens. Vieilli prématurément, avec une expression douloureuse, presque tragique, que j’avais ignorée pendant mon enfance.

 

 On voyait rentrer chez eux, rapatriés pour mourir, des prisonniers tuberculeux jusqu’à la moelle et d’ailleurs la monstruosité des camps ne se révéla que dans la phase ultime de la guerre, quand les Alliés foulèrent le sol du Reich et découvrirent dans l’horreur les procédés d’extermination, mort lente ou mort de boucherie, que les scientifiques et les militaires avaient conçus et mis au point. Dans ma ville on apprenait seulement les disparitions, sans savoir ni même alors deviner vers quel enfer elles s’effectuaient.

 Il y eut d’abord les rafles des juifs, il y eut encore les captures de résistants, au fur et à mesure que les maquis s’organisaient dans la région, que les requis pour le Service de Travail Obligatoire refusaient d’aller travailler en Allemagne dans les usines d’armement et rejoignaient les partisans dans leurs bois, ou que les familles des rebelles étaient pris en otage. La délation se mit à régner.

 Vous étiez dénoncé aux autorités d’occupation - ou à la police française qui faisait souvent preuve d’un zèle étonnant - pour avoir "pris les Anglais", pour avoir ramené un rôti de porc et du boudin d’une ferme où on avait tué le cochon.

 Vous n’osiez plus commenter autour de vous les nouvelles des divers fronts ni les faits-divers locaux qui se multipliaient, tous chargés d’horreur - ainsi la découverte qu’un beau petit hôtel particulier du XVIII ème servait de maison de torture, que les prisonniers hommes ou femmes qu’on y emmenait en fourgon n’en ressortaient que dans des sacs, et que le hurlement s’échappant des fenêtres malgré les volets intérieurs clos en permanence donnaient des cauchemars à tout le voisinage.

 

 Agir, agir, faire quelque chose... "Je ne peux plus les voir", c’était la formule la plus fréquente désormais dans notre cercle d’amis. "Je ne peux plus les voir", disait mon père en refermant derrière lui la porte ménagée dans la palissade qui se déglinguait, comme l’occupation. "Je ne peux plus les voir", disait ma mère en rentrant du sous-sol pourri où elle avait fait la classe aux gamins de six ans dans les odeurs de crésyl et de rats. C’était la formule des hommes qui venaient dire adieu à mon père, à la sauvette, avant de prendre le maquis parce qu’ils se savaient surveillés.

 Ma mère, vaincue par les privations et les soucis de ravitaillement, s’alita au bout de quelques mois. Je me rappelle seulement que le jour du débarquement en Normandie on diagnostiqua une congestion pulmonaire qui nous plongea dans l’angoisse jusqu’à ce que la survie s’inscrive dans son destin. 

"Donnez-lui des confitures", disait le médecin, "du bouillon de poule, des fromages gras, des viandes rouges" - à se demander où il prenait tout ça !

 Le massacre d’Oradour-sur-Glane, celui de Laives tout près de chez nous, celui de Serrigny dans la côté, celui de Dun-les-Places dans le Morvan, ponctuèrent d’horreur le "repli stratégique" des Allemands. 

 Mon père ne desserrait plus les dents.

 

 Les troupes qui regagnaient le bercail, séparées de leurs unités, harcelées par les maquisards, voire parfois par une population quis e réveillait ou prenait sur le tard le courage de ses opinions, redonnaient en sens inverse le spectacle de notre débâcle. C’était un baume sur nos humiliations, leur déroute faisait s’estomper les brûlures de notre défaite. Par moments on riait.

 En coeur parfois de la terrasse d’un bistrot, les spectateurs chantaient "Trois Hall’mands dans Hun’ brouette"... et du coup leur pâle limonade à la saccharine leur paraissait meilleure.

 Cela donnait même du goût à notre pain au maïs aussi râpeux qu’une brosse de chiendent...

 

 Un jour, à l’orée des maisons, plus loin, des gens agitaient les bras avec exaltation. "On est libre ! C’est fini !".

 On serrait les mains, les jeunes courraient comme des fous en criant "On est libre ! On est libre !"

 Avec les gens que nous connaissions le mieux l’émotion nous submergeait, circulait d’eux à nous. Des femmes pleuraient - de joie, de soulagement, de peur rétrospective. de douleur aussi, en pensant à ceux qu’elles savaient en Allemagne, prisonniers et sans doute cherchant dangereusement à s’évader, à ceux qui se battaient encore, presque à mains nues, Vercors, Glières, Corlay, Saint-Gengoux...

 Mon père ne disait pas grand-chose, mais de temps en autre ses yeux se mouillaient.

 

 La suite ? J’ai vu tant de films, d’actualités, de documents d’archives qui montrent l’allégresse des foules, leur déferlement joyeux autour des chars libérateurs. C’est volontiers ce qui me remonte comme souvenirs de la Libération empruntés à la mémoire des autres. Dans le village, même avec les habitants sortis, on n’avait que de petits groupes, des gens devant la porte à qui on venait dire ce qu’ils savaient déjà. Je n’ai pas vu non plus de fille tondue. Ce que je revois, c’est la mort.

 Les morts dont les jeunes du village, ivres d’excitation et se défoulant de leurs angoisses passées, s’emparaient. L’un aux pieds, l’autre aux épaules. A la une. A la deux, A la trois. Les cadavres s’envolaient, passaient par-dessus le flanc d’un char à vendange qui avait peut-être servi pour les funérailles des maquisards, s’affalaient dans le fond, s’empilaient. Deux jeunes s’étaient juchés sur ce tas de chairs mortes, tandis que le char était promené à travers les rues. 

 On a ensuite déménagé aux alentours d’Hiroshima et de Nagasaki. Je laissais derrière moi, d’un seul coup, l’histoire, l’enfance, l’adolescence.

 J’ai toujours eu pour ces deux vers de Nerval une affection complice :

"Or chaque fois que je viens à l’entendre,

De deux cents ans mon âme rajeunit"...

 Pour le poète, c’est "un air très vieux, languissant et funèbre" qui sert de déclic à la machine à se souvenir.

 Pour moi le saut dans le passé n’est pas si considérable ; me suffisent une odeur de craie sur le tableau noir, ou bien une odeur d’encre fraîche, ou une odeur de crésyl ; elles me renvoient à mes jeunes années - et il ne s’agit pas ici de l’évocation d’une existence antérieure mais bien de la résurgence de forces vives à peine perdues de vue.

 Palissade, roulante, escalier en éventail, trombone à coulisse, dessus de lit en satin, leçons de violons, poissons rouges, plume, travail sous la lampe... des kyrielles de mots me replacent soudain dans mes murs d’école, et je m’y trouve bien, comme en position foetale.

 Et agissent de même les titres de tous les livres dévorés, et les fascinantes listes de "messages personnels" qui signalaient aux maquisards les parachutages (Oh ! ces messages personnels...

 Obsédants, apportant la fièvre, l’angoisse, la plénitude : "Bébert a un vhapeau vert. Je répète : Bébert a un chapeau vert", ou "Théodore se mouche avec fracas.  Je répète : Théodore se mouche avec fracas", ou "L’éponge est humide. Vincent a mis l’âne au pré. Josette est devenue Grenobloise. Je répète..." ou encore "Jules Verne avait du génie"...

 C’est peut-être pourquoi  je me tourne vers cette aube, maintenant que j’arrive à mon crépuscule. L’aube, l’heure innocente qui ne sait pas encore s’affirmer ni même s’exprimer, l’heure qui s’offre, l’heure qui reçoit. L’heure du miel.

 Miel de l’aube.

 

Les souvenirs de Lucette Desvignes : 1ere partie ; 2eme partie ; 3eme partie

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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 15:40

Paris flirt"Ma vie en vrac.

 

 Lorsqu’on me demande : où êtes-vous né ? Je réponds : "A Paris, quartier des Batignolles, rue des Dames."

 Ca fait joli, rue des Dames !

 Et bien, non, c’était rue Darcet ? C’est moins bien. Vers 20 h 30, toute la cour, fenêtres ouvertes, rouspétait en entendant des hurlements : c’était moi. Parbleu ! Je naissais.

 "Il en fait du barouf, celui-là !" gueulaient les dames de la cour. Bien sûr : 20 h 30 ! C’était l’heure de rentrer en scène !

 Ma mère m’a trouvé très laid. J’étais tellement rouge que j’en étais presque noir. Déjà maquillé !

 Pendant ce temps, mon père, qui n’avait rien vu de tout cela, me décrivait avec lyrisme, comme un chérubin ravissant, en dégustant des chambéry-fraise avec ses copains.

- Il est encore rond, disait l’un.

- Mais non, il est heureux disait un autre.

 Le troisième, plus raisonnable, disait tout simplement :

"Il est ivre de bonheur."

 

 Ma grand-mère ?

 Quand j’avais huit ans, ma grand-mère maternelle me disait : "Ta mère est bête, mais charmante."

 Quand j’avais dix ans, ma grand-mère maternelle me disait : "Ta mère est tout le contraire de moi."

 

Ma première amoureuse ?

Elle passe par la fenêtre et vient m»inviter à aller me promener avec elle dans la campagne. me voilà bien embarrassé. Qu’est-ce que je vais faire dans la campagne avec une grande fille qui a une belle figure, des grands pieds et une paire de fesses sublime ! Je n’avais jamais touché à ça. C’était dans ma tête que ça se passait. Dans les buissons, c’est autre chose sans doute ?

 Enfin, je me dis : "Faut bien y aller un jour, aux amours buissonnières !" J’accepte ce rendez-vous pour le lendemain six heures, "quand j’aurai rentré les vaches", me dit-elle.

 Mon coeur bat. Je trouve cela poétique. 

 Je ne dors pas de la nuit, me demandant comment je m’y prendrais pour être heureux dans les bras d’une fille que je voudrais tant rendre heureuse.

 Six heures ! Pour l’amour de Dieu, faut y aller ! J’y vais. je connaissais le parcours, c’était à droite après le petit bois. J’arrive le premier. Je tremblais. Impossible de respirer, et me disais : «Pourvu qu’elle ne vienne pas !»

 Je t’en fous, elle est venue. Elle avait l’air aussi bête que moi. Elle m’a parlé de ses vaches; de ses parents, façon de tourner autour du pot. Ca voulait dire : "Fous moi la main au derrière, imbécile !"

 Puis tout à coup, pour ne pas avoir l’air bête, je l’ai embrassée sur la bouche, sans que ma langue y soit pour quelque chose. Elle m’a précisé qu’avec la langue, c’était mieux. Moi, je trouvais ça stupide et un peu dégoûtant. Et puis, mon Dieu, je m’y suis fait. Evidemment, j’avais du mal à reprendre ma respiration. Alors je me retirais dans un geste de passion et je recommençais.

 Ensuite, elle m’a pris la main, l’a trimbalée sous sa robe et je me suis trouvé très maladroit ne sachant pas quoi faire dans ce domaine inconnu.

 Ensuite, j’ai connu Georgette. Une grande fille blonde, avec un béret basque, des nénés sortant du corsage, des fesses en mandoline, de longues jambes, des talons Marlène, des bas noirs de même, enfin tout ce qui fallait pour affoler des puceaux de notre âge.

 Bref, on se voit et en moins de deux, elle me donne rencard à l’omnibus de deux heures pour dimanche prochain :

- On ira à Saint-Michel sur Orge, y a la fête.

 Je me dis : "Chouette."

- Au revoir, Georgette, à dimanche.

 

 Le dimanche, nous avons dansé sur la place, la valse et la polka, tout cela ponctué de "Oh ! pardon" car je lui marchais souvent sur les pieds. 

 Je ne savais pas danser. Elle s’en foutait, elle dansait dans mes yeux et me cassait les côtes tant elle me serrait fort.

 A la fin de la soirée, je l’ai raccompagné chez elle. Là, elle me souffle à l’oreille :

- Viens, mon chéri. Et elle m’entraîne avec force et une certaine brusquerie vers la ruelle d’en face.

 Je me disais : "pour un dernier baiser", sans doute. Je t’en fous ! Elle se met contre le mur, retire son petit pantalon puis relève ses robes et me dis : 

- Viens, viens, Pierrot.

 

 Et je pense : "Voilà, mon gars, c’est le cas de le dire, tu es au pied du mur."

 Pendant les quelques secondes qu’avait pris ce bon mot à fleurir dans ma cervelle, elle avait eu le temps de déboutonner ma braguette, d’écarter ses jambes et de planter  ce jeune crayon dans cet oeil sacré et ruisselant de larmes qu’ont chanté tant de poètes. 

 La suite ? J’ai trouvé la position puis elle a fondu dans mes bras comme une lionne fatiguée, avec des "ah !" des "oh !" des "mon amour", des "mon chéri", et moi je n’ai pensé qu’à une chose : "C’est bien meilleur que tout seul, mais est-ce que je pourrais jouer au football demain ?"

 C’était ma première fois.

 

 Ensuite j’ai annoncé au dirlo que je voulais partir à Paris pour réaliser mes trois rêves.

 Le dirlo écarquille les yeux et je le sens inquiet, il s’assied, je sens que ça l’amuse :

- Alors vas-y je t’écoute.

 Je m’assieds aussi, prends un air important mais faussement lunaire pour ne pas lui ressembler et lui dis :

- Monsieur Marmagne j’ai envie de m’acheter un ballon de football, de baiser une putain et surtout de voir Chevalier dans Dédé.

 

 Ces rêves n’avaient pas la même valeur.

 Le ballon, pour ne pas avoir à emprunter celui des autres et foutre des coups de pieds dedans avec la rage qu’il ne soit pas à moi.

 La putain pour voir si baiser sur commande était amusant, m’imaginant qu’elle m’apprendrait quelque chose, autant voir des spécialistes dans ces cas-là.

 Mais voir Chevalier, çà !

 C’était pour moi ce bonhomme que j’avais entendu au pathéphone sur les boulevards pendant des heures, me servant d’une baleine de corset pour remplacer la pièce à mettre dans la fente (c’est le fils d’un truand qui m’avait appris le truc).

 Ah ! ce qu’il me plaisait ce mec-là !

 

 Ma carrière ? J’ai débuté comme auteur et comme acteur avec un bide et un triomphe, ce qui devait être le présage de toute ma carrière, constitué du pire et du meilleur, mais dont je suis fier parce que ce chaos perpétuel est une preuve de vigueur et d'inattendu qui me permet de ne jamais me reposer ni de me mépriser complètement.

 

L’amitié ? Un jour où j’allais mourir épuisé, je me suis souvenu du clown génial qui habitait rue Saint-Georges. Je me suis souvenu que j’avais connu le petit jour avec lui. Sur ma main, j’ai revu sa main et j’ai réentendu son rire étouffé. Il m’a ouvert sa porte. Comme ses yeux étaient confortables ! Comme j’aimais m’y allonger ! Est-ce cela un ami ? Sans doute. Est-ce cela, vivre sans brutalité ? Sans énervement ? avec de l’espoir ? ... Oui, je crois.

 En écrivant ma vie avec sincérité, il doit passer son nez à peu près dans tous les chapitres et de temps en temps entrer en piste avec moi.

 Ma vieille galipette ! Mon tendre pitre ! Il saura se faufiler entre les lignes sans déranger personne, en faisan,t rire le mot, comme les gens en retard au théâtre se faufilent dans les rangs d’orchestre et rient plus fort que les gens assis pour avoir l’air d’avoir compris la pièce aussi bien que les autres.

 Je pense et repense aussi à Paul Eluard. Je lui dois mes plus belles heures de pureté, la naissance d’une âme fraîche. Tout lui était prétexte à ne pas parler de lui.

 Je suis heureux de l’avoir rencontré. Après tout, et avant tout plutôt, notre rencontre fut un grand jour de ma vie.

 

 Je me souviens de Robert Desnos, je ne l’ai connu que décoiffé et saignant du nez. Si je l’interrogeais, il me répondait :

- C’est à cause de ce connard qui voulait passer à droite et moi à gauche. Alors je lui ai rentré dedans.

 J’avais beau lui dire : - Ta droite à toi, c’était sa gauche à lui, il ne voulait rien entendre et me répondait :

- Viens, viens voir avec moi si un con pareil a le droit d’avoir quelque chose à lui !

- Et nous y allions. Et nous revenions tous les deux avec nos nez dans nos mouchoirs rouges du sang pur de notre âge, sans savoir si sa gauche était notre droite, ou vice versa.

 Ca nous faisait rire. Et Bob le barman de la Coupole nous foutait de l’eau sur la gueule. Nous continuons à rire comme à la fête à Neu-neu. Et cette aventure se terminait par un vichy-fraise que nous prenions pour un vermouth-cassis.

 Je me souviens aussi d’une soirée inoubliable avec lui où on était cuits comme des ortolans.

 On fredonnait une rengaine publicitaire que l’on chantait avant la guerre sur les ondes de la radio : Cinzano-ho-ho-ho-ho-ho-ho... Cinzano-ho-ho-ho-ho-ho-ho...

 Je me souviens de Jef Kessel. On disait que tu buvais, mais tout le monde boit : du lait, des jus de fruits, des médicaments, de l’eau et, pour finir, les aproles des autres.

 Mais non ! Tu absorbais de l’amour, de la haine et de l’ennui.

 

 Je me souviens d’Edith Piaf. J’aimerai lui écrire : "Tu bouges encore, tu gueules encore, tu cries aussi et tu chante partout, dans nos armoires, dans nos crânes, dans nos couloirs, dans nos coeurs, dans nos rues et quelquefois dans nos miroirs quand nos yeux se souviennent de toi.

 Pour moi, je te l’ai dit souvent, tu seras toujours : "La presse, dernières nouvelles du jour» et le déchirement d’une voix enfantine comme la tienne.

 Quelquefois on entendait encore, en prêtant l’oreille, un gentil : "Merci bien, M’sieur-dame."

 C’est comme cela que tu as disparu de notre monde, chère Edith, et comme cela que tu y reviendras encore très souvent : "Dernières nouvelles du jour..." Merci bien, M’sieur-dame.

 Edith, je t’aimerai jusqu’au dernier jour de ma vie.

 

 J’aime pisser dans un lavabo, faire rire un être aimé, inventer des formules ou même des maximes et les attribuer à de grands écrivains, m’endormir, l’air satisfait du chauffeur qui a ralenti pour laisser passer un enfant ou une vielle dame sur les clous, aller à pas de loup me faire quelque chose à manger la nuit, certain que tout le monde dort et ne pas entendre :

- Comment, tu as encore faim !"

 

Je n’aime pas le sourire de ma concierge me remettant une carte-postale pleine de tendresse et dont la signature est illisible.

 

 Se souvenir, c’est une question d’imagination. Se souvenir, c’est inventer ces petits miracles que l’on aurait voulu vivre.

 Oublier, c’est vouloir se faire croire que l’on est indépendant.

 Devenir un homme, c’est vouloir être intelligent.

 Aimer une femme, c’est se croire un poète.

 Se souvenir, c'est inventer ces petits miracles que l'on aurait voulu vivre.

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Livre d'or

Première affiche

 

  "MA MAMIE M'A DIT"  

Spectacle nostalgique 

 

"On nous avait promis la magie, promesse tenue : un spectacle plein de féérie de souvenirs où chacun se retrouvait. Une belle énergie. Les résidents ont adoré. Merci." Marie ("La Clairière de Luci" - Bordeaux)
 
"Formidable ! Nous sommes tous remontés dans le temps, nous avons vingt ans, on a ri, on a presque pleuré et surtout on a chanté. Merci." Cathy (Arles)
 
"Un véritable petit chef d'oeuvre" ; "La légion d'honneur pour la créativité" "Un véritable artiste" ; "Après-midi formidable" ; "Absolument parfait" ; "Une rétrospective originale" ; "Un très bon moment d'évasion". Propos recueillis à la résidence Emera d'Angoulême  
 
"Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux... C'était magnifique. Nous avons revu toute notre jeunesse et notre enfance. Et c'est beau de redevenir jeune dans l'ambiance d'autrefois." Aimée et Janine
 
"Les chansons, les réclames et les anecdotes ont transporté les résidents dans leur enfance. Une après-midi de nostalgie mais aussi de chansons et de rires. Merci encore pour ce magnifique spectacle." Sandrine
 
"Spectacle complet, tellement agréable et thérapeutique pour nos personnes âgées, encore félicitations !" Docteur Souque
 
"Un choix extraordinaire de chansons, des moments magiques, des photos magnifiques, vous nous avez mis de la joie dans le coeur. Et retrouver sa jeunesse avec tous ces souvenirs, ça fait plaisir et j'espère que vous reviendrez nous voir." Mme Lorenzi (Juan-Les-Pins)
 
"Pour ma fête, par un pur hasard je me suis retrouvé dans un club de personnes âgées où j'ai pu assister à votre spectacle sur le passé. Cela m'a rappelé mes grands-parents et mes parents et c'était vraiment un moment magique." Josette, La Roque d'Antheron
 
"Bravo bravo bravo Regis, c'est le meilleur spectacle que j'ai vu depuis que je fais le métier d'animatrice." Bénédicte La Salette-Montval (Marseille)
 
"Je n'imaginais pas lorsque je vous ai accordé un rendez-vous que vous enchanteriez pendant 1 h 1/4 les personnes âgées d'une telle façon. Merci pour votre prestation qui a fait revivre les moments publicitaires, évènementiels et musicaux de leurs vies." Michelle, CCAS de Toulouse
 
"Un super voyage dans le temps pour le plus grand plaisir des résidents. Merci à Régis pour cette magie et à bientôt." Brigitte (Lunel)
 
"Enfin un retour à notre "époque". Quel bonheur, que de souvenirs, quelle belle époque ou l'amitié était de mise. Merci pour cette très belle après-midi, on s'est régalé avec ce très très beau spectacle". Danielle (Mirandol)
 
"Super - divinement bien -  tout le monde était enchanté même que M. Benaben a dit : "Vous nous avez donné l'envie de revivre notre vie"." Sylvie (Sainte Barthe)
 
"Un grand merci pour ce bon moment et je crois, je suis sûre, qu'il a été partagé par mon mari." Mme Delbreil
 
"Une féérie de l'instant." Christian
 
"Beaucoup d'émotion dans ce spectacle plein de chaleur et d'humanité." Sylvie
 
"Une soirée inoubliable. Continuez à nous émerveiller et faites un long chemin." Claude
 
"Le meilleur spectacle que j'ai jamais vu. De loin." Tonton Kiko
 
"C'est bien simple, je n'ai plus de Rimmel !" Claudine (seconde femme de Tonton Kiko)
 
"A ma grande surprise, j'ai versé ma larme. Tu as atteint mon coeur. Bravo pour ces sentiments, ces émotions fortes, j'ai eu des frissons par moment." Ta couse Céline
 
"Redge, encore un bon moment passé en ta présence. On était venu plus pour toi que pour le spectacle, mais quelle agréable surprise ! On est fier de toi, continues d'oser, de vivre !" Pascale
 
"J'avais froid, un peu hagard, l'humeur moribonde et puis voilà, il y a toi avec toute ta générosité, l'intérêt, l'affection que tu as toujours su apporter aux autres, à moi aussi et Dieu sait si tu m'as rendu la vie belle depuis qu'on se connaît comme tu as su le faire une fois de plus." Jérôme
 
"Ce spectacle est nul à chier et je pèse mes mots." Gérard
 
memoria.viva@live.fr

Ma Mamie m'a dit...

Madka Regis 3-copie-1

 

COLLECTION "COMEDIE"

Mamie est sur Tweeter

Mamie n'a jamais été Zlatanée !

Mamie doit travailler plus pour gagner plus

Mamie, tu l'aimes ou tu la quittes

"Casse-toi pauvre Régis !"

Papi a été pris pour un Rom

Mamie est sur Facebook

Papi est sur Meetic

Il y a quelqu'un dans le ventre de Mamie

Mamie n'a pas la grippe A

La petite maison close dans la prairie

 

COLLECTION "THRILLER"

Landru a invité Mamie à la campagne...

Sacco et Vanzetti

Mamie a rendez-vous chez le docteur Petiot

La Gestapo française

Hiroshima

 

COLLECTION "SAGA"

Les Windsor

Mamie et les cigares du pharaon

Champollion, l'homme qui fit parler l'Egypte

Mamie à Tombouctou

 

COLLECTION "LES CHOSES DE MAMIE"

Mamie boit dans un verre Duralex

Le cadeau Bonux

Le bol de chocolat chaud

Super Cocotte

Mamie ne mange que des cachous Lajaunie

 

COLLECTION "COUP DE COEUR"

Mamie la gauloise

Mamie roule en DS

Mamie ne rate jamais un apéro

Mamie et le trésor de Rackham le Rouge

 

COLLECTION "DECOUVERTE"

Mamie va au bal

La fête de la Rosière

Mamie au music-hall

Mamie au Salon de l'auto

 

COLLECTION "SUR LA ROUTE DE MAMIE"

Quand Papi rencontre Mamie

Un Papi et une Mamie

Mamie fait de la résistance

Mamie au cimetière

24 heures dans la vie de Mamie

 

COLLECTION "MAMIE EXPLORE LE TEMPS"

Jaurès

Mamie embarque sur le Potemkine

Mamie et les poilus

Auschwitz

 

COLLECTION "FRISSONS"

Le regard de Guynemer

Mr et Mme Blériot

Lindbergh décroche la timbale

Nobile prend des risques

 

COLLECTION "MAMIE EN BALLADE"

Mamie chez les Bretons

Mamie voulait revoir sa Normandie !

La fouace Normande

La campagne, ça vous gagne...

Mamie à la salle des fêtes

Launaguet

La semaine bleue

Le monastère

 

COLLECTION "MAMIE AU TEMPS DES COURTISANES"

Lola Montès

Les lorettes

Mme M.

Napoléon III

Plonplon

La marquise de Païva

Mme de Pompadour

Générique de fin