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14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 14:15

LepasducommanditePetitjournal.jpg"Une photo, là, sous vos yeux.

 

 Une photo de l'homme le plus riche du monde. Question : Comment devient-on l'homme le plus riche du monde ? Ma Mamie s'est posée la question.

 Mieux : comment, après être entré dans la vie sans un sou, peut-on en venir à posséder deux milliards de dollars ? La fortune d'un homme, un homme seul.

 Un homme qui s'appelait John Davidson Rockefeller, nom que l'on abrégea en John D. Rockefeller. Le nom le plus fameux de l'histoire des Etats-Unis au XIXème siècle. 

 Mamie fait bien sûr référence à la conquête de l'Ouest. La guerre de Sécession, Lincoln et l'émancipation des esclaves. La ruée vers l'or. L'ère industrielle qui prend son élan.

 Parce qu'il faut bien préciser que dans notre monde moderne, une réussite telle que celle de Rockefeller ne serait plus possible. Mais revenons au commencement : le conte de fées commence donc le 8 juillet 1939 au petit village de Richford où un petit garçon vient de naître.

 

 Son père William Rockefeller - plus connu sous le sobriquet de Big Bill Rockefeller - a aussitôt quitté la maison. Car Big Bill n'est jamais chez lui.

 Il court les grands chemins, avec un cheval et une carriole. Dès qu'il arrive dans un village, il tend au premier aubergiste sa carte : William Avery Rockefeller , docteur en médecine.

 D'où lui vient ce doctorat ? De sa propre autorité. Les malades affluent : pionniers, trappeurs, indiens. A tous, il remet la même fiole qui contient uniquement de l'eau de source et du sucre de canne. A sa décharge, disons que les véritables médecins de son temps ne guérissaient pas davantage le cancer ni la tuberculose, pas plus que les rhumatismes ni les maladies de peau.

 William Avery Rockefeller, lui, vend au moins de l'espoir.

 De temps à autre, William retrouve les siens à la ferme. Le petit John, qui grandit, le voit surgir chaque fois avec joie. C'est que le père arrive non seulement avec les poches pleines d'argent, mais aussi muni d'un stock inépuisable d'histoires. L'argent ne dure pas, car la plupart du temps, William le perd au jeu. Alors, il harnache de nouveau son cheval, l'attelle à la carriole, renouvelle son stock d'eau sucrée et repart visiter ses indiens et ses pionniers.

 Des voisins médisants affirment d'ailleurs que, pour échapper à la police, il change de nom et de personnalité. On dit même qu'il entretient un second ménage dans l'Ouest.

 On raconte aussi que, pour capter la confiance de certaines tribus indiennes, il s'est fait passer pour un sourd-muet, ce genre d'infirmité étant considéré par les Peaux-Rouges comme d'origine divine.

 Un jour, en 1849 - John a dix ans - c'est le drame : l'huissier parle d'une condamnation encourue par le père et saisit tous les biens.

Mais qu'à fait ce père ?

Dans le village, chacun a son opinion. Pour les uns, Big Bill a encore volé des chevaux pour les revendre. Personne ne sait mieux camoufler un cheval que lui. Pour d'autres, c'est quelque chose de bien pire que le vol des chevaux. Big Bill aurait violé une mineure. Il aurait été condamné à des dommages et intérêts. C'est pour les payer qu'on vend le mobilier.

 Le fait est que Big Bill est un homme traqué.

Il ne viendra plus chez lui qu'en se cachant. En pleine nuit, sa femme, John, ses cinq frères et soeurs, l'entendent frapper. Tout le monde se lève, on passe quelques heures avec le "docteur en médecine". Big Bill repartira avant l'aube. Personne dans le village ne sait même plus qu'il existe.

Un jour, d'ailleurs, Mme Rockefeller annoncera la mort de son mari. Quand elle-même mourra, bien des années plus tard, son acte de décès la dira veuve. Pourtant, vers les années 1850, près de la frontière canadienne, vivait un certain docteur William Livingstone. Lui aussi soignait le cancer et la tuberculose. Avec de l'eau sucrée. Chose bien étrange, les amis de John avaient vu apparaître chez celui-ci le docteur Livingstone.

 Ma Mamie parvint à se procurer une photo de Big Bill et une photo de Livingstone. Elle est formelle : ils se ressemblaient comme des frères.

 

 Chez les Rockefeller, on est pauvre, très pauvre. Le petit John a appris très tôt la valeur de l'argent. A douze ans, il possède 50 dollars d'économie. Il décide d'arracher les pommes de terre d'un voisin pour gagner quelques sous - trois dollars -, mais il ne tient plus debout tant son dos lui fait mal. Or il prête ses cinquante dollars à un autre fermier. Quelques mois plus tard, quand il les récupère, il encaisse un intérêt de 3,5 dollars. Le petit John vient de découvrir la valeur de l'argent.

 "Je compris ce jour-là qu'il est absurde de travailler pour l'argent : il faut que l'argent travaille pour vous.

C'est la règle d'or du capitalisme. John D. vient de découvrir le capitalisme.

 Après l'école primaire, Big Bill décide d'envoyer son fils à l'école de commerce de Cleveland. Au bout de six semaines, il a tout appris, tout compris, tout enregistré.

 Aucune disposition pour la littérature, l'histoire, les arts, la science, le petit John D. En revanche, il se révèle un as en calcul. Personne ne peut le battre lorsqu'il se livre à une opération de calcul mental. Plus tard, face à un adversaire coriace, il sera toujours le premier à pouvoir estimer les résultats pratiques d'une opération financière. Ce don lui fera gagner quelques millions de dollars de plus.

 Le voilà sorti de l'école de commerce. Il a seize ans.

Que va-t-il faire ?

Naturellement, trouver une situation. Mais à Cleveland, c'est la crise, John D. frappe à toutes les portes. Aucune ne s'entrouvre : "Rien pour vous, petit." Chaque soir, il rentre épuisé à la maison. Le lendemain, il repart. Jusqu'au jour où un employeur est séduit par le petit. John D. est engagé comme aide-comptabl à l'essai.

 L'évènement se passe le 26 septembre 1855. Toute sa vie, Rockefeller le célèbrera comme un épisode capital de sa vie. Il gagne un demi-dollar par jour. Quelques années plus tard, il gagnera plusieurs milliers de dollars à l'heure. Il est entré dans une entreprise qui s'occupe d'expéditions de marchandises par eau et chemin de fer. Une aubaine pour John D. Il apprend là un métier qui, plus tard, va être pour lui d'une utilité essentielle.

Mais comment est le petit John D. ?

 Il est mince légèrement au-dessus de la moyenne, toujours tiré à quatre épingles. Il regarde bien en face ses interlocuteurs. Il parle peu, sourit rarement. Toutes qualités comme dit Mamie qui, d'évidence, sont le propre d'un businessman qui veut réussir.

 C'est Casanova qui a dit : "L'homme appelé à faire fortune doit être souple, insinuant, dissimulé, impénétrable, souvent bas, perfidement sincère, faisant toujours semblant de savoir moins qu'il ne sait, patient, maître de sa physionomie..."

 John D. Rockefeller a-t-il lu la définition de Casanova ?

 

 Maintenant, il loue à Cleveland une petite chambre. Sa mère réside dans une ferme assez proche où elle se fait aider pour le ménage par une jeune fille, Melinda Miller.

 Jolie, la petite Miller.

Le froid John D. s'étonne lui-même de l'intérêt qu'il commence à ressentir pour cette servante. Il se promène avec elle mais la mère Miller ne mange pas de ce pain-là. Un mariage avec John D. ? Il n'en est pas question. Sa fille n'épousera pas un "garçon sans avenir".

 Trois ans déjà qu'il travaille dans l'entreprise de transport, John D. juge à propos de demander une augmentation. On la lui refuse. Il démissionne. Peut-être existe-t-il une autre raison à ce qui pourrait apparaître comme un coup de tête. Il vient de rencontrer un jeune anglais du nom de Clark qui possède des économies.

 John D. Lui propose une association. Pourquoi ne pas créer une entreprise qui s'occupera de transport ? Lui, John D. connaît admirablement le mécanisme d'une telle affaire. Il apporte son expérience à l'entreprise future. Mais il lui faut des sous. Opportunément, voici que Big Bill vient, une nuit de plus, frapper à la porte. John D. en profite pour lui demander un prêt de mille dollars.

 Miracle ! Big Bill les possède et ne les a pas encore perdus au jeu.

Il les avance à son fils. Mais comme il n'y a pas de petits bénéfices, il réclame 10% d'intérêts.

 La suite ? La firme Rockefeller and Clark ouvre ses portes à Cleveland au moment où la guerre éclate, la terrible et inexpiable guerre de Sécession. De jeunes Américains du Nord et du Sud vont s'entretuer pour ou contre les Noirs. A la différence de son frère, John D. n'y participe pas.

 Chaque dimanche, il se rend ponctuellement à l'église. Nul ne chante mieux les hymnes. Nul n'écoute avec plus d'attention le pasteur. Au vrai, le paroissien modèle. A l'école du dimanche, John D. se mue en ardent propagandiste. Il trouve tout à coup des paroles de feu pour enseigner aux jeunes gens la vertu et le sens du devoir.

 A l'école du dimanche, fréquente une jeune fille que, familièrement, on appelle Cettie.

 Elle se nomme Laura Celestia Spelman. John D. la connaît depuis l'école primaire. Elle ne manque pas une des allocutions du jeune Rockefeller. Elle l'écoute de toutes ses oreilles et le dévore des yeux. Comme lui, elle hait le théâtre, l'alcool et la fumée des cigarettes. Quand on critique John D. - car on le critique déjà - elle prend fougueusement sa défense. 

 En 1864, John D. va épouser Cettie.

Mariage d'amour ? Sûrement pas.

 Il a sentie l'attachement de Cettie pour lui, a pesé soigneusement ses qualités. Il a jugé qu'elle ferait une bonne épouse. Il lui a proposé de l'épouser. Il a raison. Ce mariage durera soixante-cinq ans. la nouvelle Mme Rockefeller sera pour son mari une collaboratrice efficace.

 Elle lui donnera cinq enfants - et le bonheur privé. Jamais il ne la trompera. Sans doute n'en a-t-il jamais eu l'idée.

 1862 devait rester pour John D. l'année pendant laquelle il découvre l'existence du pétrole. Jusque-là, sa vie est celle d'un homme d'affaires remarquablement doué et qui a réussi. Il pourrait s'en contenter, continuer à faire fructifier la firme Rockefeller and Clark.

La voie est tracée. Qui dira pourquoi certains êtres, justement, ne se contentent pas de la voie tracée

 Dans le secret de son âme, John D. a juré de devenir Rockefeller. Et il n'est pas encore Rockefeller. Il en est loin.

C'est le pétrole qui va faire de lui Rockefeller.

 On connaît le pétrole de toute éternité. Le bitume dont Noé enduisit son arche provenait tout droit du pétrole. Au début du XIXe siècle, le pétrole aux Etats-Unis s'appelait rock oil : huile de roche. On le recueillait en Pennsylvanie, dans les rivières où il se mêlait aux eaux. On en emplissait des bouteilles que l'on vendait comme spécialité pharmaceutique.

 Les héros ne manquent pas. Dans tous les pays, on consomme de l'huile de roche. La demande ne cesse de croître. Comment récolter davantage de pétrole ? Une question qui est sur toutes les lèvres.

 Ici intervient un certain Edwin L. Drake. C'est un chef de train qui a dû abandonner ses fonctions dans les chemins de fer pour raison de santé. En 1857, il est engagé par une compagnie formée dans le dessein de découvrir du pétrole en Pennsylvanie.

 Un détail : on engage Drake que parce qu'il jouit, à titre d'ancien cheminot, d'un titre de transport gratuit. On estime que ses frais de voyage coûteront ainsi moins cher à la nouvelle société.

 Le PDG M. Townsend décerne à Drake, de sa propre autorité, le titre de colonel : "Cela fera mieux en Pennsylvanie", décrète-t-il. Ainsi le colonel Drake va-t-il entrer dans l'Histoire.

 Car, parvenu à Titusville, au centre des gisements supposés, Drake va avoir l'idée de faire appel à un vieux puisatier, affectueusement appelé "oncle Bill". En un lieu où le pétrole suinte à la surface du sol, Drake décide de forer un puits. Le 27 août 1859, la sonde parvient à vingt-trois mètres de profondeur.

 Elle s'enfonce dans une petite cavité. Quelques heures plus tard, le puits s'emplit de pétrole. A la fin de la journée, on en a recueilli près de quatre mille litres. Drake vient de forer le premier puits de pétrole.

 En quelques heures, la nouvelle va se répandre dans la région. En quelques jours, dans tous le pays. Aussitôt, les prospecteurs affluent. On s'arrache à prix d'or des terrains susceptibles de contenir du pétrole. Partout les puits surgissent. Aussi les fortunes.

 De pauvres hères deviennent riches en quelques semaines. C'est la fièvre du pétrole qui, dans l'épopée américaine du XIXème siècle, apparaît comme l'équivalent de la ruée vers l'or. Elle comporte des enrichissements fabuleux, des ruines spectaculaires, des vols et des assassinats.

 D'autant plus que vers 1860, les chimistes découvriront le moyen de raffiner ce pétrole. Jusque-là, en brûlant, il répand une odeur épouvantable. Désormais, on pourra, sans empuantir une maison, s'éclairer au pétrole. Du coup, la demande devient gigantesque.

 Tout le monde civilisé veut s'éclairer au pétrole. Tout le monde civilisé demande ce pétrole à la Pennsylvanie. On voit les villages pennsylvaniens se couvrir de baraques, de saloons, de magasins. Des villes naissent en quelques mois. Les derricks montent partout vers le ciel.

  Mais si la demande de pétrole va croissant, un problème se pose chaque jour avec plus d'acuité : celui du transport. Entre l'hiver où les charrettes s'embourbaient, les embouteillages monstrueux et les tarifs prohibitifs exigés par les charretiers, on ne s'en sort plus.

 Or, un jour de 1862, un jeune homme de vingt-trois ans vient visiter Titusville, capitale du pétrole pennsylvanien. C'est John D. Rockefeller. Il faut l'imaginer sur la terrasse - quelle terrasse ! - du rudimentaire hôtel de la ville. Il regarde les derricks érigés dans un désordre total. Il voit la foule des pionniers déambuler dans les rues. Il entend le piano des saloons.

 Et - scandale !- il voit devant ces établissements les prostituées aguicher d'éventuels clients.

 Très vite, John D., toujours froid, réservé, sévère, va prononcer un jugement sans appel. Un businessman digne de ce nom ne peut pas s'intéresser au forage du pétrole.  Seuls des gens de peu, des aventuriers, des amateurs de jeux de hasard peuvent se passionner pour une telle entreprise.

 Lui, John D., a par définition horreur des jeux de hasard. Il est venu voir, parce qu'on parle beaucoup de pétrole, parce qu'on raconte partout l'histoire des gens qui se sont enrichis avec le pétrole. Mais le forage du pétrole n'offre aucun intérêt. En revanche, le pétrole, lui, en tant que tel, vaut qu'on s'y intéresse.

 Car John D. fait une distinction entre le forage et le raffinage. Si le forage est, à ses yeux, une aventure malpropre et quelque peu déshonorante, le raffinage lui semble une affaire sérieuse.

 La demande mondiale ne cesse d'augmenter. Cette demande intéresse le pétrole raffiné. Celui qui raffine le pétrole ne peut pas perdre. Il ne dépend pas du hasard. Il trouvera toujours des producteurs pour lui vendre leur pétrole. Donc lui, John D., raffinera le pétrole. Parce qu'i croit au pétrole. Parce qu'il pense que celui qui vendra du pétrole fera une immense fortune.

 

 Cette fois, l'agent du destin va s'appeler Andrews, l'aîné de Rockefeller de quelques années. Andrews fabrique des bougies. Et il a découvert un nouveau procédé de raffinage, qui permet d'obtenir du pétrole de meilleure qualité. Rockefeller n'hésite pas. Il s'associe avec Andrews. Celui-ci va se révéler un "véritable génie du raffinage". Sa technique laisse loin derrière lui les concurrents.

 La réussite est immédiate. Les capitaux que Rockefeller a placés dans l'affaire lui rapportent 100%. Donc, il avait vu juste. De nouveau, son flair en éveil. L'affaire est excellente, mais il sent qu'il peut aller beaucoup plus loin et décide d'abandonner son affaire de transports et de se consacrer uniquement au raffinage. Clark ne veut pas le suivre. Tant pis, ou tant mieux ? Rockefeller quitte Clark, lui serre la main :

- Maurice, vous avez eu tort, car cette fois-ci je suis sur la route de la fortune.

 Dans la nouvelle affaire, il y a trois associés : John D., Andrews et un certain Henry Flager. Flager est une sorte d'aventurier sympathique. Il a connu des mois et même des années de misère, dormant, sur une botte de paille, sous le comptoir d'un débit de boisson. Mais un de ses oncles, distillateur d'alcool, a fait fortune.  On affirme d'ailleurs que ces alcools étaient plus ou moins frelatés. Flager investira la fortune de son oncle dans les entreprises de Rockefeller. Le puritain John D. s'abstient d'alcool par principe. Que ce nouvel argent qui lui vient soit le résultat d'une production d'alcools frelatés, il l'accepte néanmoins.

 Pour lui, l'argent n'a pas d'odeur.

 Ce qui résume John D., c'est une extraordinaire passion de l'économie. Quand il achète du pétrole, il choisit les moments où les cours sont bas.

 Il stocke le pétrole raffiné pour le vendre au plus haut cours. Il deviendra maître dans ce genre de sport.  En juin 1870, il fonde la Standard Oil of Ohio, au capital d'un million de dollars. l'évènement passe naturellement inaperçu. C'est pourtant ce jour-là que naît le plus colossal trust de toute l'histoire l'économique.

 A cette époque, coexistent vingt-six raffineries à Cleveland. Un soir, Rockefeller se promène en compagnie de Flager. Autour d'eux, les cheminées des raffineries et les flammes qui brûlent. Flager, méditatif, dit :

- Il y a beaucoup trop de ces usines par ici, je me demande comment on pourrait les regrouper.

 John D regarde brusquement Flagler. Il le quitte sans dire un mot. Il rentre chez lui. Tout simplement, il vient d'avoir l'idée. Le lendemain, Flagler, dûment chapitré, se rend chez un petit raffineur dont l'affaire, de notoriété publique, est peu brillante. Flagler lui offre 4700 dollars de sa raffinerie. L'homme croit rêver. Il accepte. C'est le début de la gigantesque entreprise d'absorption dans laquelle Rockefeller va mettre toutes ses forces et tout son génie.

 Pour acheter les raffineries concurrentes, il faut les ruiner. C'est une véritable guerre qui commence, où tous les coups seront bons. Clandestinement, Rockefeller va passer avec Vanderbilt l'un des plus monstrueux contrats qui aient jamais été signés avec des compagnies de chemin de fer. Celles-ci sont aux mains de véritables pirates, notamment le fameux Gould.

 Un jour, Gould a provoqué en duel l'un de ses concurrents. Traditionnellement, l'offensé a le choix des armes. Celui-ci choisit la locomotive. Donc les deux locomotives se sont élancées sur la même voie l'une contre l'autre. Des deux carcasses défoncées et fumantes, on a retiré le cadavre du concurrent - et Gould, grièvement blessé, mais vivant.

Vanderbilt est du même tonneau.

 Ce que Rockefeller a signé avec lui, c'est un accord qui lui consent des tarifs 50% moins élevés qu'à ses concurrents. Au contraire, on élèvera de 50% le tarif des concurrents. Ce qui apparaît plsu incroyable encore, c'est que Rockefeller a obtenu de toucher une partie des superbénéfices venant de l'augmentation supportée par ses propres concurrents.

 Deux chiffres pour mesurer l'écart des camps en présence : en 1872, la Standard Oil ne représente que 4% de la capacité de raffinage américain alors que cinq ans plus tard, elle contrôlera 95% du marché mondial des pétroles. En seulement cinq ans !

 Sa technique ?

Il va voir les raffineurs un à un. Il déclare qu'il ne veut pas leur mort. Il pense seulement que l'isolement est néfaste. par voie de conséquence, il leur propose le rachat.

 C'est leur intérêt.

 D'autant plus qu'il ne leur donnera pas d'argent, mais les paiera en actions de la Standard qui, assurément, sont destinées à monter. En rachetant leur raffinerie, Rockefeller annonce à ses confrères qu'il fait leur fortune. Le plus étrange est que l'affirmation se révélera souvent vraie. Ceux qui recevront des paquets d'action de la Standard se trouveront quelques années plus tard en possession de titres qui auront centuplé.

 Il faut le dire : beaucoup acceptent le marché. Mais il en est qui refusent.

 Ceux-là voient tout à coup les prix baisser. Ils sentent venir la ruine. A point nommé, Rockefeller formule de nouvelles propositions que, cette fois, on accepte.

 Une raffinerie va résister plus longtemps que les autres. Son propriétaire engage un technicien qui fait bruler la raffinerie en poussant trop fort les feux de l'alambic. On poursuivra Rockefeller. Il démontrera qu'il n'a rien à voir avec l'ingénieur. C'est vrai.

 Cet ingénieur ne connaissait que les associés de John D.

 La vérité est que Rockefeller est passé sans pitié sur les corps de tous les raffineurs. Un jour, pourtant, une femme est venue l'implorer. Elle est veuve. Pour élever ses enfants, il faut qu'elle garde sa raffinerie. Le prix qu'on lui propose ne lui permettra plus de vivre. Son accent est émouvant.

 Il se passe alors quelque chose d'extraordinaire - et peut-être d'unique : les yeux bleus d'acier de Rockefeller s'embuent. Il est ému.

 Il promet : elle gardera la raffinerie. Elle rentre chez elle, rassérénée. Le lendemain, les associés de Rockefeller  exigent son départ. Stupéfaite, elle proteste. John D. ne lui a-t-il pas promis de lui laisser sa raffinerie ? Implacables, les associés. La femme demande à le revoir. Il refuse. Elle ne le rencontrera plus jamais et devra céder.

 Le seul mouvement de pitié de John D. n'a duré qu'une seule nuit.

 Mais tout ne se passe pas si aisément. Un jour, quelqu'un dévoie le détail des contrats secrets de Rockefeller avec les chemins de fer. Scandale immense. A point nommé, on annonce que les contrats ont été annulés. Vanderbilt confirme. Apparemment, Rockefeller a capitulé. Tout rentre dans l'ordre. La presse se tait.

 Or lisez bien ceci : Rockefeller bénéficie toujours secrètement des mêmes tarifs !

 Toutefois cet homme grave se déride avec ses enfants. A la table familiale, parfois il chante, il jongle avec des assiettes ou il pose un biscuit en équilibre sur son nez pour le happer.

 De nouveau, on attaque Rockefeller. Cette fois c'est une meute qui l'assaille. Il n'a pas pu cacher éternellement qu'il dominait tout le pétrole du monde. Une longue guerre l'opposera au pouvoir.

 Il est un homme haï. Mais il s'en tirera toujours en montrant une éternelle bonne conscience. Il se sent dans son droit. Lorsqu'il voit paraître les premières voitures automobiles, il comprend que son empire va encore grandir. Il faudra du pétrole pour ces voitures. C'est lui, Rockefeller, qui va alimenter les voitures automobiles du monde entier.

 Brusquement, c'est le coup de théâtre.

 L'incroyable, l'imprévisible. Nous sommes en 1895, la fortune de Rockefeller est la plus vaste du monde et ce potentat, ce milliardaire annonce qu'il se retire des affaires. Il n'a que cinquante-six ans.

 Pour charmer sa retraite, John D. se borne à spéculer. Un simple amusement. Mais entre ses doigts, le jouet devient de l'or. presque sans l'avoir voulu, il gagne quelques centaines de millions de dollars de plus.

 Alors, adieu la spéculation.

 Maintenant, il ne s'intéresse plus qu'au golf. Mais dans sa vie, il y a une faille : Rockefeller a peur. Il vit dans la terreur d'être assassiné.

 Il se sait l'homme le plus détesté du monde.

 Un jour John D. rencontre un pasteur, un certain Gates. Gates parle au vieil homme : l'heure est venue pour lui de distribuer son immense fortune. On va alors assister à la plus extraordinaire des métamorphoses de cette vie hors série. Rockefeller a été convaincu.

 Pourquoi un homme seul garderait-il tant d'argent ? Il n'a vécu que pour le profit, il va exister pour la charité. Ce sera la mission de son fils. On assiste alors au plus insolite des spectacles, celui d'un fils n'ayant qu'une préoccupation : redistribuer la fortune que son père a gagnée. Du jamais vu !

 La fin ? John D. est devenu octogénaire, nonagénaire. Sa femme est morte, ses amis sont morts. il survit. Il reste seul.Le jour de son 97ème anniversaire, il déclare :

- Je fais le pari d'arriver à la centaine.

Il n'a pas droit aux trois petites années, emporté par un infarctus du myocarde.

 Faut-il l'envier Une telle réussite laisse pantois. Néanmoins, ma Mamie ne puis s'empêcher de penser à ce dialogue qu'il a échangé un jour avec l'un de ses amis, amateur de livres. Il lui demandait :

- Vous êtes heureux avec tous vos bouquins ?

- Très heureux.

- Pour moi, la seule chose qui me fasse plaisir, c'est de toucher des dividendes !

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Published by Régis IGLESIAS - dans Mamie explore le temps
14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 14:01

Henriette-Caillaux.jpg"Le Petit journal, là, sous vos yeux.


 16 mars 1914, 6 heures du soir.

 Dans le vaste cabinet de travail de Gaston Calmette, directeur du Figaro, il fait sombre. Il est là, Calmette, debout près du bureau, et regarde d'un air étonné la femme devant lui.

- Vous savez pourquoi je viens, dit cette femme.

 Précisément, non, Gaston Calmette ne le sait pas.

 Grande a été sa stupeur quand l'huissier lui a remis une enveloppe dans laquelle il a trouvé une carte de visite : Madame Joseph Caillaux. Une telle démarche, d'une telle femme ? Pourquoi ? Est-ce pour le savoir qu'il l'a fait introduire ? En tout cas, elle est devant lui. Et elle a dit :

- Vous savez pourquoi je viens.

 Calmette n'a pas à prendre la peine de chercher une réponse. Tout va très vite. Brusquement, Mme Caillaux sort sa main droite de son manchon. Cette main tient un revolver. Elle tire.

 Gaston Calmette va mourir dans la nuit.

 Un fait divers ? Non. Beaucoup plus qu'un fait divers.

L'histoire de Mme Caillaux met en scène des individus, des actes parfaitement contradictoires. Et elle va dévoiler d'inexpiables passions. Alors que se profile la menace qui aboutira à la Première Guerre mondiale, à l'arrière plan des cinq coups de revolver tirés par Mme Caillaux sur un journaliste, de formidables haines politiques vont s'affronter.

 Au travers de ce drame, c'est peut-être la guerre et la paix qui hésitent.

  Au centre de tout, ma Mamie m'a dit qu'il y a un personnage. Il faut aimer les personnages. Il faut s'attacher à ces hommes qui tout à coup bousculent le train-train de l'Histoire.

 Ici, le personnage s'appelle Joseph Caillaux. Le plus original, le plus fracassant des hommes politiques qui se soient illustrés sous la troisième république. L'un des plus admirés, sans doute.

L'un des plus détestés sûrement.

 

 Reçu brillamment à l'inspection des Finances, ambitieux, entreprenant, impatient, il ne s'est guère attardé dans la fonction publique. A trente-six ans, il était déjà ministre des Finances et très vite, il a manifesté une intelligence hors de pair.

 Un technicien, certes, mais allant bien au-delà de la technique.

 Ce petit homme mince, cambré, d'une élégance raffinée était très jeune devenu chauve, presque intégralement. Excellente façon de ne plus vieillir.

 Sur la jaquette de bon faiseur, un oeillet. A l'oeil, un monocle. Sur tout cela, de l'insolence.

 Ce politique reste un aristocrate. "Il a la classe, dit Chenu, témoin du procès de sa femme, il piaffe comme un cheval de pur sang et méprise en secret les lourdauds et les croquants, amis ou ennemis."

  Avec l'affaire d'Agadir, Caillaux a sauvé la paix pour trois ans. Cette affaire l'a consacré grand homme d'Etat mais elle a déchaîné contre lui des sentiments violents. Il se montrait si personnel, si cassant, qu'il iradiait aussi bien ses adversaires que ses amis.

 Il ne supportait pas la contradiction, éclatant sans cesse en colères et foucades. Il se montrait vaniteux, orgueilleux "jusqu'à l'enfantillage", dit Chastenet.

  Et puis sa vie privée était agitée. Il se voulait passionné en amour comme en politique.

 Il s'est marié en 1906 une première fois avec l'épouse divorcée d'un de ses collaborateurs, de son nom de jeune fille Mlle Gueydan, une très belle femme brune de beaucoup d'allure.

 Dès 1908, il a rencontré une jeune femme, Henriette Rainouard, épouse divorcée du journaliste Léo Clarétie, plus discrète que l'épouse légitime, l'air doux, un peu effacé, aussi blonde que l'autre était brune. Aussitôt, de nouveau, la passion. Henriette est devenue sa maîtresse, sa "Riri" quand il lui écrivait, cependant qu'il signait : "Ton Jo."

  Cette vie double s'est poursuivie jusqu'au moment où une lettre compromettante est venue tout apprendre à l'épouse. Il s'est excusé, à tergiversé, menti, avoué, promis de ne plus revoir Riri. Bien sûr, il n'en a rien fait. Tumultueuse, la liaison a continué.

  Un beau jour, ouvrant un tiroir de secrétaire avec la clef d'un autre meuble, Mme Caillaux a découvert une correspondance, des lettres, de Riri et deux lettres de son mari à Riri.

 C'était en 1910, année d'élections. Conjuguer une procédure de divorce et une campagne électorale était dangereux. Une fois élu, Caillaux a entamé lui-même le procès. Le divorce a été prononcé à ses torts. Sans tarder, Caillaux a épousé Henriette Rainouard, devenue la seconde Mme Caillaux. 

  Ce temps-là était celui de la menace allemande. Avec inquiétude, l'Europe voyait l'Allemagne augmenter ses effectifs militaires.

 Le kaiser Guillaume II voulait la guerre. Pourrait-on l'éviter ? Fallait-il l'éviter à tout prix ? Ma Mamie était trop jeune pour répondre à cette question.

  La volonté d'abattre Caillaux a redoublé quand le ministre des Finances a annoncé son intention d'équilibrer le budget de 1914 à l'aide d'un impôt progressif sur le capital.

 Un tollé !

Briand, Barthou et Poincaré n'en démordait pas. Il fallait l'abattre. L'abattre absolument.

 Oui, mais comment ?

 

 Ce qu'il fallait c'est attaquer Caillaux, l'attaquer sans cesse. Produire contre lui des documents qui l'accableraient. Le déconsidérer. Le déshonorer. Pour cela, il fallait trouver un journal. On le trouva, ce fut le Figaro.

 Le tirage du Figaro n'est pas comparable à celui du Petit Parisien, par exemple, qui, avec 1 600 000 exemplaires, peut à bon droit se réclamer du plus fort tirage du monde entier.

 Mais son influence est grande car ceux qui le lisent appartiennent à la grande et moyenne bourgeoisie. Qui s'est chargé d'approcher Gaston Calmette, directeur du Figaro ? Probablement Louis Barthou.

 En 1914, Calmette a cinquante-cinq ans. Le visage un peu rond, le ventre également, une épaisse moustache, des lorgnons, il est entré au Figaro à l'âge de vint-sept ans, est devenu le gendre du directeur - bonne façon de faire carrière - et un jour, en 1902, a succédé à son beau-père. Un homme courtois, doux, un peu timide.

 Le contraire d'un polémiste. Pourtant, cet homme discret va conduire en personne l'attaque contre Caillaux.

 Rarement a-t-on vu dans la presse une attaque d'une aussi grande envergure et menée avec autant de méthode. L'attaque infondée sur les jetons de présence que toucherait Caillaux et sur les ristournes, ce ne sont que des broutilles.

 Le Figaro continue de plus belle en dévoilant que le Comptoir d'escompte a versé 400 000 francs à la caisse de Caillaux. Or le Comptoir dément avec force.

 Seulement voilà, chaque jour les lecteurs du Figaro découvrent une nouvelle affaire, une nouvelle attaque, un nouveau "scandale".

 On accuse Caillaux de trafic d'influence, on dénonce ses coups de Bourse.

 Rien de décisif, certes, mais ces banderilles quotidiennes seraient venus à bout de l'épiderme le plus coriace.

 Chez les Caillaux, le climat est devenu très lourd. Chaque matin, Henriette ouvre Le Figaro l'angoisse au coeur. Fièvreusement, elle court à la découverte de nouvelles infamies, puis pose le journal sans mot dire sur la table. Caillaux, furieux, le crâne empourpré, jette à terre la feuille.

 Henriette souffre, profondément. C'est elle, bien plus que son mari, que la campagne atteint. Elle admire, elle aime Joseph Caillaux.

 Contre Calmette lui viennent des accès de fureur : pourquoi ? pourquoi ?

 Or le pire est à venir.

 

 Le 10 mars, Calmette attaque derechef. Il accuse Joseph Caillaux d'avoir fait pression sur le président de la Chambre des appels correctionnelle pour une remise en faveur d'un certain Rochette.

 Qui est ce Rochette ?

Un homme d'affaires aux larges ambitions, habile à drainer l'épargne au profit d'affaires d'envergure. Tantôt il réussit, tantôt il échoue. Le certain, c'est que Rochette était, en 1911, sous le coup d'une inculpation. C'est alors que Caillaux aurait exigé une remise qui aurait fait acquérir à Rochette le bénéfice de la prescription et lui aurait permis de soutirer 60 nouveaux millions à l'épargne.

Voilà la plus redoutable attaque à laquelle Caillaux ait eu à faire face.

 Il se souvient très bien de l'affaire Rochette. Pour lui, une certitude : si Calmette connaît aussi bien l'affaire Rochette, c'est par ce que le document Fabre qui dévoile tout lui a été communiqué, soit par Briand le garde des ceaux, soit par son successeur Barthou. Va-t-il le publier ?

 Comment réagirait l'opinion si on dévoilait tout cela sur la place publique ? Logiquement, il ne devrait pas publier ces rapports, dits "documents verts". Ce serait signaler aux Allemands que notre espionnage connaît leur propre chiffre

 Caillaux pense maintenant que Calmette ne reculera devant rien.

 Pourtant, à la chambre, Jaurès prend sa défense. L'admirable orateur, index pointé en avant, s'écrie :

- Les attaques de Calmette, c'est contre M. Caillaux seul qu'elles sont dirigées, parce qu'il est l'homme qui incarne la justice fiscale !

 

 Pour Henriette, l'existence quotidienne est devenue un cauchemar. Physiquement, il lui semble que l'étau se resserre. Elle plonge dans un état nerveux inquiétant.

Caillaux s'en aperçoit peu.

 Toutes ses forces, il les tend pour se battre, pour répondre, se défendre, attaquer. Il n'imagine pas que la femme qui vit près de lui n'a peut-être pas reçu en partage la même force de caractère.

 Quand elle entre dans un salon, elle croît qu'on la dévisage. Elle affirme qu'elle a entendu dans un magasin, au moment où elle payait, une vendeuse dire tout bas à une autre :

- Avec l'argent de l'Allemagne...

 

 Le vendredi 13 mars, le Figaro paraît avec, en première page, ce titre : "La preuve des machinations secrètes de M. Caillaux."

 Sur toute la page, on peut découvrir la reproduction d'une lettre de Caillaux adressée à sa première femme, en 1901, et qui contient cette phrase : "J'ai écrasé l'impôt sur le revenu en ayant l'air de le défendre..."

 Selon Calmette, cette lettre découvre le fond de la pensée de Caillaux. Elle montre à l'évidence que Caillaux ment à ses électeurs, à l'opinion, à la France.

 Dans Paris, on s'arrache le journal. Un véritable coup de théâtre !

 Aux yeux des ennemis de Caillaux, le document apparaît foufdroyant. Il l'est moins qu'il n'y paraît. Une simple manoeuvre politique, c'est tout. Mais ce qui inquiète Caillaux, c'est qu'une telle lettre ait pu être connue de Calmette.

Ainsi donc, Mme Gueydan s'est rangée dans les rangs de ses adversaires ! Il avait tout imaginé, sauf cela. Quant à Henriette, elle tremble. Si Mme Gueydan a communiqué cette lettre-là, que fera-t-elle pour les autres ?

 Après avoir eu au téléphone Mme Gueydan jurant qu'elle n'est pour rien dans la publication, Henriette ne désarme point. Cette Mme Gueydan est capable de tout. Et Calmette donc !

 Caillaux apprend alors que Calmette publiera mardi le document Fabre. Fou de rage, il hurle à l'adresse d'Henriette :

- Tu entends, mardi !

 Elle entend, oui, mais ne pense qu'aux lettres. A ses lettres. A celles que l'autre va donner en pâture au public. Et ces mots, ces phrases, où il est question d'instants enivrants, de baisers, de "ton corps tenu entre mes bras", ces phrases seront connus de tous et c'en sera fait d'elle-même, Henriette Caillaux. Son honneur sera mort.

 De même, de son premier mariage, Henriette a une fille. Celle-ci va-t-elle découvrir qu'une liaison a précédé le mariage de sa mère avec Joseph ? Cette seule idée, Riri ne peut la supporter.

 

 Le 16, à midi, les Caillaux déjeunent. Ils sont là, à table, tous les deux. On apporte des côtelettes. Elles sont brûlées. Cette cuisinière, décidément...

 Caillaux s'empourpre :

- Fous-là dehors tout de suite !

Henriette lui demande ce qu'il va faire.

- Casser la gueule à Calmette !

- Mais quand ?

- A son heure !

Il est reparti. Elle est seule. Elle médite.

 Casser la gueule à Calmette ? Est-ce que cela suffira pour l'intimider ? Et puis comment ? Jamais on ne laissera Caillaux entrer au Figaro !

 Mais elle, peut-être...

 Un psychiatre, plus tard, parlera d'elle en évoquant un dédoublement de la personnalité. C'est très exactement ce que suggère son emploi du temps dans les heures qui suivent.

 D'une part, elle gère les affaires courantes et continue à vivre comme a toujours vécu Mme Caillaux. Mais, d'autre part, elle passe chez le célèbre armurier Gastine-Renette et demande à acquérir un revolver. On lui en montre un, il est trop lourd. Un autre lui convient parfaitement. Le vendeur suggère :

- Madame fera un carton ?

 Elle accepte, descend dans le stand de tir. Il y a là une cible de 1,62 mètre, taille d'un homme moyen. Elle tire, amuse le vendeur parce qu'elle a tiré trop vite. Pourtant, elle a touché trois fois la silhouette. Elle rentre ensuite chez elle et écrit :

Mon mari bien aimé,

Tu m'as dit que tu voulais casser la gueule à l'ignoble Calmette. J'ai compris que ta décision était irrévocable. Mon parti à moi fut alors pris : c'est moi qui ferai justice. La France et la République ont besoin de toi. C'est moi qui commettrai l'acte.

 Pardonne-moi, mais ma patience est finie.

 Je t'aime et je t'embrasse du plus profond de mon coeur.

Ton Henriette.


 Elle demande la voiture, y prend place, fait enlever la cocarde tricolore et ordonne :

- Au Figaro, rue Drouot.

Il est 5 heures quand elle entre dans le salon du journal. A l'huissier, elle demande M. Calmette qui l'infome qu'il n'est pas là et que de toute façon, s'il vient...

 Péremptoirement, Henriette rétorque :

- Il me recevra.

Elle s'assoit, attend. L'horloge sonne 5 heures et quart. Elle sonne 5 heures et demi. Puis 5 heures trois quarts. Puis 6 heures. Et Calmette survient. L'huissier l'informe : une dame est là. Calmette a un geste de dénégation, mais l'huissier lui tend l'enveloppe, qu'il déchire : cette dame est Mme Caillaux ! Il annonce alors qu'il ne peux pas fermer la porte à une dame. Dans la pénombre, il la regarde avancer.

- Vous savez pourquoi je viens.

 

 Henriette ne cessera de tirer qu'une fois le chargeur vide.

 Calmette, touché par la première balle s'est affaissé. La police retrouvera les impacts de deux balles dans la bibliothèque. Calmette en a reçu quatre en plein corps.

 Au bruit, l'huissier est accouru. Il voit son patron à terre et désarme Mme Caillaux. Très digne, elle lance :

- Ne me touchez pas, je suis une dame !

Toujours la Belle Epoque.


On relève Calmette, on l'assied dans un fauteuil. Il esquisse un sourire, murmure :

- Je vous prie de m'excuser.

Puis :

- Je ne suis pas très bien.

Mme Caillaux lance :

- Puisqu'il n'y a pas de justice en France...

On l'emmène à la clinique Hartmann à Neuilly, où l'on hésitera de longues heures avant de l'opérer. Cette hésitation lui sera fatale. Il mourra sur la table d'opération sans avoir repris connaissance.

Quand Mr Caillaux arrive, il aborde sa femme, lance :

- Qu'as-tu fait ?

Elle répond :

- On m'a introduite dans un bureau obscur, j'ai perdu la tête et j'ai tiré.

Au commissaire de police, M. Carpin, Henriette a déclaré :

- Je regrette profondément mon acte. Je ne voulais pas donner la mort.

Déjà le commissariat est assiégé. On devra sortir Henriette par une porte de derrière et l'emmener en taxi.

 Elle va se voir attribuer la plus belle cellule - dénommée "pistole de la comtesse" -  de la prison Saint-Lazare. Aux cent coups, le directeur l'a fait astiquer par quatre détenues et pour le lit il lui a fait apporter la couverture de sa propre épouse. Tout de même, il refusera les fleurs que l'on commence à envoyer.

 Plus de dix mille personnes suivront les obsèques de Calmette en scandant le même cri :

- Assassins ! Assassins !

On conspue Caillaux, sa femme, le régime.

Caillaux a démissionné. Pour une grande partie du personnel politique, il n'existe aucun doute : sa carrière est achevée. Un mot court Paris : les balles de Mme Caillaux ont fait deux morts, Calmette et Caillaux.

 Redressant sa petite taille, vrillant son monocle dans l'arcade sourcilière, Caillaux réplique :

- Ils disent ça ? Eh bien, ils verront. Ils verront aux élections.

En rentrant en campagne, il fait face, une fois de plus. Et il est élu. Triomphalement. Après quoi, il se paie le luxe de provoquer en duel un adversaire qui l'a insulté pendant la campagne.

 Deux balles sans résultat.

 Au procès, elle s'explique, Henriette. Elle raconte toute l'affaire, elle parle de son long calvaire, de sa peur panique quand elle a vu paraître un fragment d'une lettre intime que Caillaux, alors son amant, lui adressait.

 Elle rappelle qu'elle a une fille. Voir sa liaison mise à nue, c'était une perspective qu'elle ne pouvait pas supporter. Doucement, elle dit :

- C'est vrai, je n'en rougis pas, je suis une bourgeoise.

N'importe, elle affirme qu'elle ne voulait pas tuer Calmette, qu'elle voulait mettre son directeur devant ses responsabilités et qu'elle avait longtemps hésité :

- Je ne savais pas encore si j'irais à un thé ou au Figaro.

Le revolver ? C'est une habitude que lui avait inculquée son père : porter toujours un revolver sur soi dans les circonstances graves. Elle jure qu'elle n'avait pas l'intention de s'en servir :

- C'est effrayant, un revolver comme ça. Ça part tout seul.

Elle déclare encore : 

- C'est la fatalité. Je déclare ici que j'aurais préféré laisser publier n'importe quoi plutôt que d'être la cause de ce qui est arrivé.

 En fait, le procès est tout entier dominé par Caillaux. A toutes les audiences, il est là. On dirait qu'il surveille tout. A chaque instant, il se dresse, darde un regard foudroyant sur le président, les avocats, les témoins. 

 Dans la salle, l'émotion monte. Va-t-on connaître la vérité ? Non. On ne lira pas le document vert qui menace la France. Tumulte. Embarras des magistrats et des avocats. Et Caillaux marque un point. Sans modestie, il triomphe.

 Le 23 juillet, Mme Gueydan est à la barre. Sensation. Le président la malmène, parle de la correspondance dont elle s'est emparée. Très brune, très belle, elle répond :

- J'en avait le droit.

 Le président la somme de dire où sont les lettres.

- Elles sont là, dans mon sac.

Maître Chenu insiste : il faut lire ces lettres.

Le lendemain, on en lira deux à l'audience. Le public se montrera très déçu. Ce sont des lettres sans éclat, très simples. On attendait des révélations croustillantes. On reste sur sa faim. 

 Certains moments dépassent les limites de la décence. Caillaux est ainsi, il ne sait jamais jusqu'où il ne faut pas aller trop loin. Il quitte la barre, s'élance vers le banc des accusés, prend les mains de sa femme entre les siennes, les embrasse longuement.

 Quand il quitte la salle, il a l'air d'avoir lui-même levé l'audience. A ce point que le président Albanel, décontenancé, n'a plus qu'à confirmer. Mme Caillaux sanglote. Mme Gueydan est acclamée.

 Mais depuis la déposition de Mme Gueydan, on s'endort un peu. Soudain, on va vivre un réveil éclatant.

Henry Bernstein lance : 

- Je suis artilleur, je pars le 4ème jour de la mobilisation. Je ne sais pas quel jour part Caillaux, mais je dois le prévenir qu'à la guerre on ne peut pas se faire remplacer par une femme et qu'il faut tirer soi-même...

 Du public monte une longue acclamation. Les bravos crépitent. Albanel, dans un état proche du coma, doit précipitamment lever l'audience.

 Après une heure de délibération, le 28 juillet au soir, les douze jurés rentrent en séance.

 A la question : "Mme Caillaux, est-elle coupable d'avoir commis un homicide volontaire sur la personne de Gaston Calmette ?, le chef du jury répond :

- Sur mon honneur et ma conscience, devant Dieu et devant les hommes, la déclaration du jury est : non.

 D'abord, des applaudissements. Et puis une clameur inouïe, redoutable. Des injures, on entend :

- Vive Caillaux ! Vive Laborie ! Vive la France !

- Vive la France ! A bas Caillaux ! A bas les traîtres !

 Impossible de se faire entendre, impossible de prononcer le verdict d'acquittement. Le président Albanel se lève, s'enfuit, suivi par les autres magistrats. Le tumulte est tel qu'il faudra expulser le public.

 Albanel reviendra sur son siège et Mme Caillaux, sera déclarée acquittée. Elle glisse dans les bras de Maître Laborie. Son chapeau roule à terre.

Ma Mamie m'a dit que c'était fini. Pour elle, du moins. Il reste quatre jours de paix au monde.

 

Devant les mécanismes qui s'emballent, il n'est plus au pouvoir de personne de barrer la route à la guerre. Il n'y aura jamais de ministère Caillaux-Jaurès : Jaurès lui même va mourir...

 

 

Collection "Mamie explore le temps"

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14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 14:00

Anarchiste.jpeg"Le Petit Journal, là, sous vos yeux. 

 

 Une petit journal acheté le 20 novembre 1963. A Dallas...

 Ma Mamie est sur place.

Dans le Texas. Elle n'aurait manqué ce voyage pour rien au monde.

A l'aéroport, elle s'est donc retrouvée devant des formulaires qui comprenaient plus de vingt questions auxquelles on lui demandait de répondre en son âme et conscience.

 Elle m'a dit qu'il faut beaucoup de mémoire pour se rappeler tous les endroits où on a pu séjourner au cours des vingt dernières années, et toutes les maladies qu'on a pas eus.

 Beaucoup d'humour pour convenir qu'on a pas l'intention d'assassiner qui que ce soit pendant le séjour. Et pas beaucoup d'amour-propre pour accepter qu'on vous pose la question : "Vous êtes-vous déjà livrée à la prostitution ?"

  Et puis venait la question n°20 : "Etes-vous ou avez-vous été membre du parti communiste, ou membre d'une organisation qui elle-même aurait été associée à des activités communes à celles du parti communiste ?"

 Ma Mamie a été touchée, ben oui, elle avait participé à des manifs quand elle était gamine.

 La question n°21 était la suivante : "Avez-vous bien compris le sens de la question n°20 ?" Mamie avait parfaitement compris. Cet intéressant curriculum vitae fut remis au service des visas de l'ambassade des USA et elle pu ainsi assister à l'arrivée de Kennedy dans le Texas, extrait : 

 Le trajet est court. L'heure est venue d'affronter la ville redoutée. Le roman de dallas apparaît à la mesure de l'épopée américaine. Avant 1940, ce n'était qu'une petite cité. La découverte du pétrole a tout changé.

 On y cultive un mythe aussi commode que dangereux : celui du vieux Texas, "de ces hommes virils, hardis cavaliers, tireurs redoutables, appliquant eux-mêmes la loi".

 Ce pittoresque cache parfois mal certaines réalités : on tue plus à Dallas que dans l'Angleterre entière. Dallas, "ville de violence et d'hystérie", dit Schlesinger ; "un univers impitoyable", rajoute J.R Ewing.

 

 La veille de l'arrivée du président, un chroniqueur sportif a suggéré que JFK ne parlât que de navigation à voile. "S'il choisit ce sujet, il sera entouré de chaleureux admirateurs.

 S'il parle de Cuba, des droits civiques, des impôts ou du Vietnam, il y en aura sûrement un pour lâcher une bordée de mitraille dans le gréement présidentiel."  Seulement voilà, John F. Kennedy n'a nullement l'intention de parler de navigation à voile à Dallas :

- Un homme fait ce qu'il doit, en dépit des circonstances personnelles..."

 

Il a prévenu Jackie :

- Il y aura au déjeuner toutes les riches matrones avec visons et diamants. Tu seras la plus merveilleuse, mais dans la simplicité. Tu montreras à tous les Texans ce qu'est le bon goût.

Pour rejoindre le Trade Mart, on traversera toute la ville. Les services de sécurité ont estimé que cela prendrait 45 minutes.

La Lincoln roule vers le viaduc. Il fait chaud.

Très chaud.

 

Jackie se souviendra avoir pensé : "Comme la fraîcheur du tunnel va être agréable..."

Elle se tourne vers la gauche pour répondre aux applaudissements. Sur la droite, un petit garçon de cinq ans lève la main pour saluer le président. John F. Kennedy lui sourit et lève aussi la main pour lui répondre.

 Il est exactement 12 h 30.

 

C'est à ce moment-là que le président John Fitzgerald Kennedy va être assasiné. 

Ma Mamie m'a dit qu'elle était chez sa soeur lorsqu'elle a appris la nouvelle. Et qu'elle avait pleuré à chaudes larmes. Elle a ajouté : "Même ma soeur qui était pourtant une dure à cuire était ébranlée par la nouvelle". 

 Tout a été dit sur sa mort. Rien n'a été démontré.

 

 Seul Oswald aurait pu désigner ses complices. Ruby, qui a assassiné Oswald, a agi quand il le fallait et comme on le lui a sans doute ordonné. La dépouille de JFK a été portée, sur un affût de canon, dans la rotonde du Capitole.

 Devant le cortège, s'avançait un cheval sans cavalier. Sa présence évoquait une tradition remontant à Gengis Khan, aux temps où l'on croyait que le cheval devait franchir avant son maître la "Grande Porte du ciel".

 

 Plus de 250 000 personnes allaient défiler, dix-huit heures durant, devant le corps du président assassiné. Ce même dimanche, on vit Jacqueline Kennedy, tenant par la main Caroline et le petit John, gravir les trente-six marches de marbre qui conduisent à la rotonde.

Point de larmes sur le beau visage encadré d'une mantille de dentelle noire, mais une pâleur extrême.

 Et un regard qui apparentait cette jeune femme à un long cortège du passé, celui de la tragédie.

 

 Incarnant la piété d'une nation, des centaines de milliers d'hommes et de femmes se sont portés sur le passage du cortège jusqu'à Arlington, le cimetière national américain, où repose le soldat inconnu. C'est là, dans le périmètre réservé aux héros tombés au camp d'honneur, que John Fitzgerald Kennedy sera inhumé.

 

 Autour de cette tombe, s'élèvera la douleur du monde.

 

 

Collection "Mamie explore le temps"

Lee Harvey Oswald -  Stavisky ou la corruption - Sarajevo ou la fatalité - Jeanne d'Arc -  Seul pour tuer Hitler -  Leclerc - Sacco et Vanzetti - La nuit des longs couteaux - Jaurès - Landru - Adolf Eichmann - Nobile - Mr et Mme Blériot - Les Rosenberg - Mamie embarque sur le Potemkine -  L'horreur à Courrières - Lindbergh - Mamie au pays des Soviets - Jean Moulin face à son destin - Mamie est dos au mur - L'assassinat du chancelier Dolfuss - L'honneur de Mme Caillaux - Mamie au pays des pieds noirs - La Gestapo française 

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 19:07

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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 22:38

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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 18:25

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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 18:09

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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 19:19

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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 00:00

idh9byiw"Le phénomène vient d'être couronné par Time Magazine.

 

 Sur cinq colonnes à la une, on lit : "FaceBlog a donné naissance aux rétrosexuels."

 Des fétichistes excités par des rétroviseurs ? Pas du tout. Des vieux de la veille qui déballent leurs fantasmes ? Non plus. Les rétrosexuels sont des néo-romantiques technos, des internautes qui badinent sur les réseaux sociaux.

 Leur devise : retour vers le futur. Ils utilisent le web pour retrouver leurs anciens amours.

Certains, comme Jérôme Moulinot, se voient recommencer leur vie avec une ex ; d'autres espèrent enfin conclure ; d'autres encore cherchent à avoir des nouvelles d'une personne aimée autrefois.

Bref, le rétrosexuel veut reprendre "contact" - et plus si affinités -, avec une relation du passé, platonique ou chaude-bouillante.

Avec Internet, c'est devenu plus facile. Lara Delmas a retrouvé Gérard Pelletier. Ah Gérard ! Un grand blagueur, un sacré danseur. "Je me suis mise à imaginer ce qu'il était devenu. J'y pensais de temps en temps, furtivement. Après des déboires sentimentaux, j'ai imaginé ce que serait ma vie avec lui. Je l'ai recontacté sur FaceBlog."

Depuis l'explosion des réseaux sociaux, on retrouve d'anciens béguins. Pas les plus récents. Ceux-là font trop souffrir, ou alors on n'est trop content de s'en être débarrassés.

 Non, il s'agit d'amours dormantes. "Ça n'a rien à voir avec les sites de rencontre, dit Eric Delmas, quinca. J'ai plusieurs ex-petites amies dans mes contacts. Je ne cherche pas forcément à les revoir mais à conserver un lien. C'est ma façon de matérialiser la place qu'elles ont dans mon coeur et ma tête."

 Les rétrosexuels sont souvent célibataires ou affectivement disponibles. La plupart ont plus de 30 ans, vu qu'avant on ouvre rarement le livre des souvenirs.

 Pas d'âge limite. Jeunes et anciens, tous ont la tentation de glisser dans de "vieux" chaussons.

 Sur des forums, on échange des anecdotes. Il y a celui qui se vante d'avoir recouché avec trois de ses ex-petites amis. Parce que dit-il, il est plus performant au lit aujourd'hui. Ricardo Letellier pour ne pas le citer.

 Ceux qui colportent l'histoire de Solange Benitez  la star des rétros. Cette Hollandaise a couché  avec son flirt de colo, vingt-deux ans après lui avoir roulé une pelle. Une brève rencontre qui les a marqué à jamais.

 Et puis, il y a la foule des curieux, les Secoïa, les Ferreira, les Toursalino. Ceux qui veulent surtout savoir à quoi ressemblait la grande blonde ou la petite brune qui les faisait craquer autrefois. "J'avais connu une Brésilienne lors d'un voyage linguistique en Angleterre, raconte Toursalino. J'avais vingt ans, on est sorti un mois ensemble. Elle était très, très bonne. Je l'ai cherché pour montrer à des amis ses fesses. Quand j'ai vu sa photo - récente -, le mythe s'est effondré."

On veut aussi savoir si elle est mariée, a des enfants, une grande maison, une auto ou un bateau. A-t-elle réussi ? Est-elle dépressive ? Et surtout, surtout : est-ce que je lui manque ?

 Car les vrais rétro cherchent à renouer. "Dans l'inconscient collectif, explique Sophie Dewilder, psychologue, les sentiments les plus vrais sont liés aux premières rencontres. C'est le mythe de l'amour unique, absolu, si souvent associé au premier véritable amour. L'objectif est de retrouver cette sensation-là."

 L'ex est en vogue, c'est un fait. Après le goût des autres, on a le goût des ex.

 Dans la vie, les rétrosexuels prennent leur destin en main : ils partent à la reconquête. Eux aussi ont des regrets. Et si ce flirt de lycée, cet ancien petit ami, cette ex-épouse était en fait le seul grand amour ? Et si on avait raté sa chance à l'époque en n'osant pas faire le pas ? Si seulement elle découvrait nos biceps (on était gringalet). Si elle m'entendait déclamer (on est devenu poète). Et quelle erreur de s'être enfui en hurlant : "Je te quittes parce que je t'aime trop !!! !"

N'ayons pas peur des mots et appelons un chat un chat, le rétrosexuel a changé, il est comme avant. Mais en mieux.

"Le problème, c'est qu'on est plus vieux, se désole Jean-Daniel Lescargoura, quadra, VRP dans le sud. Je voulais revoir Laurence, rencontrée à un bal des pompiers. Je l'ai contacté sur FaceBlog. Ça me stressait. Physiquement, elle n'a pas bougé. Moi, j'ai pris 20 kilos."

 A l'arrivée, un râteau.

"Pas à cause de mon physique. Recommencer c'est compliqué. Ça veut dire prendre la personne avec tout ce qui s'est passé dans sa vie depuis. J'ai une fille en bas âge, elle ne veut pas d'enfants. Elle aime la ville, je me suis installé à la campagne. On s'est retrouvé n'ayant plus les mêmes envies. On a bu un verre, un Jack Daniel. A la fin, elle m'a dit : à bientôt. On ne s'est plus revus."

Même quand une histoire redémarre, le retour de flamme n'est pas garanti.


 "Pas un amant, plus qu'un ami. Il a marqué ma vie."


 Osons, posons la question qui fâche : rétrosexualité, vice ou vertus ? Là, las, les savants de l'amour sont divisés.

 Pour le psychanalyste Robert Fuenza-Lorca, "le rétrosexuel est régressif. Le refus de tourner la page. On se relie sur ce que l'on connaît. Un parfait reflet du symptôme de la peur de l'inconnu. La démarche peut être ludique mais elle traduit surtout la régression et la fixation."

Caroline Bertignac en revanche n'y voit aucun refus d'évoluer. "C'est une manière d'avancer en y intégrant son vécu. Si on croit dans l'amour, on peut espérer une seconde chance. Je trouve plus inquiétant les gens qui effacent le passé."

Hélène, retraitée, a de la mémoire. Et une passion pour Truffaut. En 1991, le réalisateur narrait les retrouvailles passionnées dans "La femme d'à côté".

 Elle, elle a son "homme d'à côté". Sur internet. On l'écoute religieusement :

 "Pas un amant, plus qu'un ami. Il a marqué ma vie. Avec mon conjoint, on a des hauts et des bas. Qui peut dire : je suis totalement épanoui ? Je ne lui ai pas dit qu'un de mes ex est dans mes contacts. C'est un jardin secret. Peut-être une porte ouverte. Ce que je cherche ? Je ne sais pas. Sentir sa présence me suffit."

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Published by Régis IGLESIAS - dans Amour
27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 21:12

Parfum Coty

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Published by Régis IGLESIAS - dans Les choses de Mamie

Livre d'or

Première affiche

 

  "MA MAMIE M'A DIT"  

Spectacle nostalgique 

 

"On nous avait promis la magie, promesse tenue : un spectacle plein de féérie de souvenirs où chacun se retrouvait. Une belle énergie. Les résidents ont adoré. Merci." Marie ("La Clairière de Luci" - Bordeaux)
 
"Formidable ! Nous sommes tous remontés dans le temps, nous avons vingt ans, on a ri, on a presque pleuré et surtout on a chanté. Merci." Cathy (Arles)
 
"Un véritable petit chef d'oeuvre" ; "La légion d'honneur pour la créativité" "Un véritable artiste" ; "Après-midi formidable" ; "Absolument parfait" ; "Une rétrospective originale" ; "Un très bon moment d'évasion". Propos recueillis à la résidence Emera d'Angoulême  
 
"Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux... C'était magnifique. Nous avons revu toute notre jeunesse et notre enfance. Et c'est beau de redevenir jeune dans l'ambiance d'autrefois." Aimée et Janine
 
"Les chansons, les réclames et les anecdotes ont transporté les résidents dans leur enfance. Une après-midi de nostalgie mais aussi de chansons et de rires. Merci encore pour ce magnifique spectacle." Sandrine
 
"Spectacle complet, tellement agréable et thérapeutique pour nos personnes âgées, encore félicitations !" Docteur Souque
 
"Un choix extraordinaire de chansons, des moments magiques, des photos magnifiques, vous nous avez mis de la joie dans le coeur. Et retrouver sa jeunesse avec tous ces souvenirs, ça fait plaisir et j'espère que vous reviendrez nous voir." Mme Lorenzi (Juan-Les-Pins)
 
"Pour ma fête, par un pur hasard je me suis retrouvé dans un club de personnes âgées où j'ai pu assister à votre spectacle sur le passé. Cela m'a rappelé mes grands-parents et mes parents et c'était vraiment un moment magique." Josette, La Roque d'Antheron
 
"Bravo bravo bravo Regis, c'est le meilleur spectacle que j'ai vu depuis que je fais le métier d'animatrice." Bénédicte La Salette-Montval (Marseille)
 
"Je n'imaginais pas lorsque je vous ai accordé un rendez-vous que vous enchanteriez pendant 1 h 1/4 les personnes âgées d'une telle façon. Merci pour votre prestation qui a fait revivre les moments publicitaires, évènementiels et musicaux de leurs vies." Michelle, CCAS de Toulouse
 
"Un super voyage dans le temps pour le plus grand plaisir des résidents. Merci à Régis pour cette magie et à bientôt." Brigitte (Lunel)
 
"Enfin un retour à notre "époque". Quel bonheur, que de souvenirs, quelle belle époque ou l'amitié était de mise. Merci pour cette très belle après-midi, on s'est régalé avec ce très très beau spectacle". Danielle (Mirandol)
 
"Super - divinement bien -  tout le monde était enchanté même que M. Benaben a dit : "Vous nous avez donné l'envie de revivre notre vie"." Sylvie (Sainte Barthe)
 
"Un grand merci pour ce bon moment et je crois, je suis sûre, qu'il a été partagé par mon mari." Mme Delbreil
 
"Une féérie de l'instant." Christian
 
"Beaucoup d'émotion dans ce spectacle plein de chaleur et d'humanité." Sylvie
 
"Une soirée inoubliable. Continuez à nous émerveiller et faites un long chemin." Claude
 
"Le meilleur spectacle que j'ai jamais vu. De loin." Tonton Kiko
 
"C'est bien simple, je n'ai plus de Rimmel !" Claudine (seconde femme de Tonton Kiko)
 
"A ma grande surprise, j'ai versé ma larme. Tu as atteint mon coeur. Bravo pour ces sentiments, ces émotions fortes, j'ai eu des frissons par moment." Ta couse Céline
 
"Redge, encore un bon moment passé en ta présence. On était venu plus pour toi que pour le spectacle, mais quelle agréable surprise ! On est fier de toi, continues d'oser, de vivre !" Pascale
 
"J'avais froid, un peu hagard, l'humeur moribonde et puis voilà, il y a toi avec toute ta générosité, l'intérêt, l'affection que tu as toujours su apporter aux autres, à moi aussi et Dieu sait si tu m'as rendu la vie belle depuis qu'on se connaît comme tu as su le faire une fois de plus." Jérôme
 
"Ce spectacle est nul à chier et je pèse mes mots." Gérard
 
memoria.viva@live.fr

Ma Mamie m'a dit...

Madka Regis 3-copie-1

 

COLLECTION "COMEDIE"

Mamie est sur Tweeter

Mamie n'a jamais été Zlatanée !

Mamie doit travailler plus pour gagner plus

Mamie, tu l'aimes ou tu la quittes

"Casse-toi pauvre Régis !"

Papi a été pris pour un Rom

Mamie est sur Facebook

Papi est sur Meetic

Il y a quelqu'un dans le ventre de Mamie

Mamie n'a pas la grippe A

La petite maison close dans la prairie

 

COLLECTION "THRILLER"

Landru a invité Mamie à la campagne...

Sacco et Vanzetti

Mamie a rendez-vous chez le docteur Petiot

La Gestapo française

Hiroshima

 

COLLECTION "SAGA"

Les Windsor

Mamie et les cigares du pharaon

Champollion, l'homme qui fit parler l'Egypte

Mamie à Tombouctou

 

COLLECTION "LES CHOSES DE MAMIE"

Mamie boit dans un verre Duralex

Le cadeau Bonux

Le bol de chocolat chaud

Super Cocotte

Mamie ne mange que des cachous Lajaunie

 

COLLECTION "COUP DE COEUR"

Mamie la gauloise

Mamie roule en DS

Mamie ne rate jamais un apéro

Mamie et le trésor de Rackham le Rouge

 

COLLECTION "DECOUVERTE"

Mamie va au bal

La fête de la Rosière

Mamie au music-hall

Mamie au Salon de l'auto

 

COLLECTION "SUR LA ROUTE DE MAMIE"

Quand Papi rencontre Mamie

Un Papi et une Mamie

Mamie fait de la résistance

Mamie au cimetière

24 heures dans la vie de Mamie

 

COLLECTION "MAMIE EXPLORE LE TEMPS"

Jaurès

Mamie embarque sur le Potemkine

Mamie et les poilus

Auschwitz

 

COLLECTION "FRISSONS"

Le regard de Guynemer

Mr et Mme Blériot

Lindbergh décroche la timbale

Nobile prend des risques

 

COLLECTION "MAMIE EN BALLADE"

Mamie chez les Bretons

Mamie voulait revoir sa Normandie !

La fouace Normande

La campagne, ça vous gagne...

Mamie à la salle des fêtes

Launaguet

La semaine bleue

Le monastère

 

COLLECTION "MAMIE AU TEMPS DES COURTISANES"

Lola Montès

Les lorettes

Mme M.

Napoléon III

Plonplon

La marquise de Païva

Mme de Pompadour

Générique de fin