Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 16:23

Depeche"1099 morts.

 

 Courrières, 6 h 45 du matin, le 10 mars 1906. Une formidable explosion vient de secouer la fosse n°3 dans laquelle sont descendus près de mille cinq cents mineurs. Nul ne sait ce qui s’est passé.

 

 Les premiers rescapés restent muets de terreur. Ils ont le visage noirci, les vêtements déchirés, les mains et le visage en sang. Certains s’enfuient à toutes jambes.

 Quand ils racontent, comme le fait Pierre Dasson, sorti indemne de la fournaise, c’est pour évoquer le vacarme assourdissant, l’air qui se raréfie, les vapeurs toxiques, les camarades qui tombent, les corps qui s’enchevêtrent.

  Des épouses, des mères, des femmes affolées qui crient, qui pleurent, qui s’évanouissent. Elles attendent un père, un mari, un fils, souvent les trois.

 Et parfois même toute leur famille comme Philomène Pétain ou Cordule Levan, qui perdent chacune dans la catastrophe leur mari et leurs quatre garçons. Mile quatre-vingt-dix morts au total.

"Le destin", disent les journaux de droite. "Une sommation de justice sociale", écrit-on à gauche. 


Pas de chance ? Comment qualifier autrement l’infortune de ces pauvres bougres auxquels la mort avait donné rendez-vous par 350 mètres de fond ? 

 Est-ce que l’accident était inscrit en filigrane dans l’agenda de leurs vies ?


Les absents n’ont pas toujours tort. Jean Heirle ne travaillait pas ce jour-là, il se portera sauveteur volontaire.

 

 Partout c’est le chaos.

L’orphelin Charlemagne Venant, seize ans, venait de trouver une famille d ‘adoption chez Lucien et Amandine Delvallez. Il va mourir asphyxié à la fosse 4 de Sallaumines.

Son père adoptif, parti le chercher, ne reviendra pas de l’enfer.

 Les cadavres sont dans un état qui défie toute description. La plupart sont nus ; les vêtements ont été brûlés ; les corps carbonisés. A l’un les doigts sont arrachés ; un autre à les yeux sortis des orbites ; un troisième est privé de tête. "On remonte aussi un cheval amputé des quatre pattes, et décapité", rapporte l’envoyé spécial du Matin


 Parfois, pourtant, l’espoir renaît.

Ici, ce sont des coups frappés contre la paroi et laissent envisagé des survivants. Là, c’est Pierre Simon qui parvient, au péril de sa vie, à sauver vingt-sept de ses camarades et qui dit :

- Ils sont morts, seuls les yeux vivent." Ailleurs, c’est un chef porion, Adolphe Grandamme, qui en retire dix-huit autres avant de repartir dans les galeries. On ne le reverra pas.

 Le bilan est épouvantable : mille quatre-vingt-dix-neuf morts.


 Toutes les communes sont touchées. Tous les mineurs sont en deuil. Pourtant, on veut croire encore au miracle. Pour éviter des scènes pénibles, les corps sont maintenant remontés la nuit, à l’insu des familles, identifiés par les uns, déclarés "inconnus" pour les autres.

 Devant l’urgence et le nombre des victimes, des cercueils arrivent de toute la France. Ils forment le 13 mars, lors des obsèques officielles, un interminable cordon mortuaire.

 Et la neige qui s’en mêle et la mine qui brûle toujours. Et des questions sur toutes les lèvres : et s’il restait encore des vivants ? Et si l’on avait abandonné trop tôt les recherches ? Mais le coeur n’y est plus.


 Et pourtant, le 30 mars, l’incroyable arrive. Vingt jours ont passé, les secours ont cessé, l’espoir est mort quand, à 7 h 30 du matin, treize hommes surgissent d’une galerie, hébétés et hirsutes, devant une équipe d’ouvriers occupés à réhabiliter les lieux.

Stupeur.

On les installe avec précaution. Dans les rues, on accourt de toutes parts, les familles déboulent.

Camille-Léonie Busquet, qui a déjà perdu deux fils dans la catastrophe, s’évanouit en voyant le troisième indemne. Sans un mot, comme figée, Nelly Pruvost étreint son mari et son fils, sauvés tous les deux.

 

On pleure, on rit, on dit des banalités.

 "J’ai surtout eu froid." "Je n’ai jamais perdu espoir." "Je n’ai pas pu fermer l’oeil." "Tiens, te voilà toi." d’un frère aîné à son frère cadet. Un mari à sa femme : "Ben qu’est-ce que tu fous toute habillée en deuil ?

 On est submergé par l’émotion.

 Le fond ? Un seul y retournera.

 

Albert Dubois, dix-sept ans, quittera le métier. Le destin, disiez-vous ? Il sera, en 1914, huit ans plus tard, un des premiers soldats français à tomber au champ d’honneur.

  L'horreur encore.


 

Collection "Mamie explore le temps"

Lee Harvey Oswald -  Stavisky - Sarajevo ou la fatalité - Jeanne d'Arc -  Seul pour tuer Hitler -  Leclerc - Sacco et Vanzetti - La nuit des longs couteaux - Jaurès - Landru - Adolf Eichmann - Nobile - Mr et Mme Blériot - Les Rosenberg - Mamie embarque sur le Potemkine -  L'horreur à Courrières - Lindbergh - Mamie au pays des Soviets - Jean Moulin face à son destin - Mamie est dos au mur - L'assassinat du chancelier Dolfuss - L'honneur de Mme Caillaux - Mamie au pays des pieds noirs - La Gestapo française - Auschwitz - Le discours d'un Général - Mamie à Cuba - Le discours d'un Maréchal - Mamie et les poilus  

Repost 0
Published by Régis IGLESIAS - dans Mamie explore le temps
1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 11:29

journal"Un certain jeune homme.

 

 ... il était grand... l'oeil bleu...

Je ne connais pas bien son regard. Celui des derniers jours seulement, épuisé, abandonné, disponible face à la mort, empreint d'une grande douceur. J'ai pu le regarder mourir et regrette de n'avoir pas su le regarder vivre. Il était mon père.

 Il sut choisir sa femme. La rendit-il heureuse ?

Elle était assez indépendante pour se suffire à elle-même et à ses enfants. Artiste dans l'âme, elle nous fit pleinement le don de soi.

 Si je repense à mon enfance, j'ai le souvenir d'une grande solitude et je me revois tel un jouet rangé dans un coin, trop difficile à manipuler et dont on aurait perdu le mode d'emploi.

Mais dans les fins fonds de ma mémoire, tout a commencé par un regard. Je revois ce visage : celui de mon grand-père qui me souriait à travers les barreaux de mon berceau. Je m'y revois, hurlant de peur, seul dans la pièce obscure, avec la crainte d'être oublié. Mais ce vieil homme était venu avec son sourire complice quis avait si bien me consoler et me rassurer.

  A peine trois ou quatre ans, ils sont presque éteints, les trop rares souvenirs de cet âge. Je nous revois pourtant, mon grand-père et moi, faisant les cent pas, ma petite main dans la sienne, à travers le salon et la salle à manger. Il me gardait. Enfin, la dernière fois que je vis mon grand-père, étendu sur son lit, il se sentait mal et m'avait fait demander. Il put seulement, un très court instant, me serrer fort contre lui avant qu'on ne me fît sortir. Le lendemain, je ne distinguais que du noir à travers la porte vitrée de la chambre désormais interdite.


 Nous habitions un grand appartement au quatrième étage d'un bel immeuble en pierre. Avec les beaux jours, à l'occasion de la foire du Trône, je traînais devant le balcon et regardait le spectacle captivant de la construction de tous ces manèges qui retrouvaient, chaque année, leurs mêmes places réservées.

 La grande roue, les auto tamponneuses et l'imposante barque rouge et jaune dont la balançoire irrésistible allait empourprer mes joues. Par bonheur, sa place était juste devant mes fenêtres. Bien sûr, ce n'était pas son seul mouvement qui me transportait à ce point, mais bien les magnifiques créatures pulpeuses qui s'agrippaient au bastingage. Elles poussaient des cris hystériques chaque fois qu'elles étaient élancées vers les hauteurs ou précipitées vers le bas, me permettant de découvrir leurs longues et rondes cuisses roses sous leurs robes printanières qui se soulevaient au vent, laissant même deviner la petite culotte blanche.

 Ces jambes me rendaient fous, c'était mon premier spectacle érotique qui conditionnera peut-être une part de ma libido, car je suis toujours resté très sensible aux jambes féminines. Et à la poitrine aussi. 

 La poitrine, je l'ai découverte un ou deux ans plus tard juste avant de rentrer dans le secondaire. Nous avions comme professeur d'histoire-géo une femme douce et jolie. Si la géo ne m'intéressait pas du tout, peut-être était-ce dû aux reliefs arrondis de mon professeur. J'attendais sa venue avec autant d'impatience  que la balançoire de la foire, car elle avait une façon provocante et bien particulière de se tenir : je n'en croyais pas mes yeux.

 Tout en faisant son cours, les coudes appuyés sur son bureau et les bras croisés sur sa poitrine, elle se caressait négligemment les seins, prenant parfois leur rondeur à pleine main ou les palpant doucement devant nous, avec l'air de ne pas y toucher.

 J'étais hypnotisé par la caresse presque innocente. Mon désir était à son comble et je ne sais ce qui me retenait de me précipiter sur elle, de lui déchirer son corsage et d'écraser mes lèvres sur cette poitrine irrésistible.

 Mais il me restait à découvrir l'essentiel. Etrangement, c'est un rêve qui me le révéla. Un rêve avec une superbe noire, je me précipitait en elle de plus en plus vite, de plus en plus fort, jusqu'à ce dernier instant où, dans une décharge insoupçonnée, la vie pût enfin s'échapper de moi, pour la première fois.

 Je me réveillais avec, sur mes draps, la preuve que je n'avais pas rêvé...


 Si j'étais fier de ces traces de ma virilité nouvelle, je les vivais aussi comme une provocation à l'égard de ma mère qui serait secrètement choquée par leur découverte. Ce matin-là, je ne fis pas mon lit et les draps furent changés, sans commentaire.

 Cette apparition nocturne fut suivie de beaucoup d'autres qui, bientôt, n'eurent plus besoin de mon sommeil pour me rejoindre. Mon imagination les faisait surgir à ma guise. C'était le plaisir à la carte. Toutes y passaient : les amis de ma mère, les copines de ma soeur, des femmes croisées dans la rue, toutes, un jour ou l'autre, à leur insu, allaient offrir leurs images à mes caresses.

 Elles changeaient de forme et de personnalité et, bientôt, pour corser le jeu, je me transformais aussi. Soldat ou prêtre, Peau-Roue ou Buffalo-Bill, je m'inventais des rencontres amoureuses dans des pays lointains. Ma chambre devenait un décor. Le lit, au milieu de la pièce, me servait d'embarcation ou de char d'assaut ; les rideaux, décrochés, prenaient la forme de la tente du chef indien, l'armoire cachait les trésors des Milles et une nuits, la table, recouverte du tapis, faisait office de prison ou de refuge où j'enfermais mes femmes pour les punir ou les protéger.

 Les dimanches et les jeudis quand je n'avais pas classe, ils duraient toute la journée, et se terminaient, enfin, dans les bras d'une esclave enlevée ou reconquise de haute lutte, sous le regard apitoyé de mon père qui avait fait irruption sans prévenir.


 Puis par un après-midi d'été, comme par miracle, ma vie, en un éclair, allait basculer dans l'évidence.

 Alors que l'armée française campait encore dans les parages, j'avais servi de chaperon à ma soeur qui avait osé rejoindre sous sa tente un jeune et beau maréchal des logis. Qu'avaient-ils fait ? "Mais rien... On discutait... me répondit-elle songeuse. Enfin... Il m'a dit qu'avec mon physique je devais être actrice à Hollywood."

 A ces mots, je demeurai muet, stupéfait. Dans ma tête, un nuage noir se déchirait, un frisson parcourut tout mon corps, je regardais ma soeur sans la voir ; j'avais envie d'exploser de joie. Comment n'y avais-je pas pensé ? Acteur ! Voilà ce que je voulais devenir.

 Voilà ce que j'étais !

 Le temps pouvait passer maintenant. J'avais un secret dessein. Bien sûr, il faudrait encore donner le change, faire semblant de grandir, traverser cette adolescence tourmentée, subir ou affronter, sans maquillage, tous ces regards qui, plus tard, ne me reconnaîtraient plus dans mon exil doré de l'art dramatique, sous mes masques.

 

Rideau.

Repost 0
Published by Régis IGLESIAS - dans Les souvenirs de ...
31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 17:28

Depeche"Initiales B.B.

 

"Le livre de la vie est le livre suprême

Qu'on ne peut ni fermer, ni rouvrir à son choix ;

On voudrait revenir à la page où l'on aime

Et la page où l'on meurt est déjà sous vos doigts."

Alphonse de Lamartine

 

 Le 28 septembre 1934, Monsieur et Madame Louis Bardot eurent la joie de vous faire part de la naissance de leur fille : Brigitte.

 Il était 13 h 20, j'étais Balance ascendant Sagittaire. 

 

Petite, Maman jouait à la poupée avec moi. Elle et Dada, une jeune femme sortit d'un orphelinat que ma grand-mère maternelle avait ramené d'Italie. A cette époque, mes parents sortaient beaucoup.

 Un soir, dans un bistro, alors qu'ils dînaient avec des amis, arriva une "diseuse de bonne aventure". Elle fit les lignes de la main à chacun et s'attarda sur celles de papa. "Monsieur, votre nom fera le tour du monde, il sera célèbre outre-Atlantique et mondialement connu !"

 Papa, ravi, pensa que les usines Bardot, qui étaient en plein essor, allaient enfin lui faire récolter les fruits du labeur familial ! Ils sabrèrent le champagne en trinquant à al prédiction miraculeuse de cette charmante pythonisse. Personne ne pouvait s'imaginer que ce ne serait pas l'usine mais moi, petite fille inconnue, vouée à un destin tellement extraordinaire, qui confirmerait les "dires" extravagants de cette bohémienne en portant, tout au long de ma vie, ce nom qui ne m'a jamais quittée malgré mes multiples mariages.


 J'étais fascinée par les grandes jupes noires de ma grand-mère, sous-lesquelles elle rangeait ses clefs, son mouchoir, son argent. Elle avait aussi une grosse boîte ronde en fer, dans laquelle elle mettait les bonbons colorés qu'elle nous distribuait le soir si nous avions été sages. Cette boîte ne quittait pas son sac à ouvrage et le sac à ouvrage ne quittait pas mémé. Elle marchait en s'appuyant sur deux cannes et en faisant de tout petits pas. Impossible de jouer avec elle à cache-cache. Dommage, après tout. J'avais quand même droit de lécher les casseroles pleines de chocolat et, suprême récompense, de dresser la table du dîner.

 Une table où je n'avais pas le droit de manger parce que j'étais trop "petite", que la cuisine étai bien suffisante pour les enfants qui font des tâches partout et ne savent pas se tenir à table. Pourtant, moi je savais. Je savais même qu'il faut s'essuyer la bouche avant et après avoir bu, qu'il ne faut jamais parler la bouche pleine, qu'il ne faut du reste pas parler du tout, car les enfants ne parlent pas à table. Oui mais non. J'étais trop petite... Alors je mangeais dans la cuisine avec mes cousins et mes cousines.


 Je me souviens de l'heure du goûter, et quel goûter !

Il y avait du chocolat chaud, du quatre-quarts et des petits beurres avec du miel. Ça sentait bon le gâteau sec, la cire, les fleurs sèches, la tisane, mais aussi un peu le moisi. Une odeur que je n'oublierai jamais.

 On me faisait faire "l'aéroplane" au milieu du salon et des rires des amis. Mais un jour, les amis des parents ne riaient plus lorsqu'ils venaient les voir. Chacun était pendu au poste de T.S.F. et écoutait les informations avec un grand sérieux.

 Nous étions en 1939, à la veille de la déclaration de guerre entre l'Allemagne et la France. Hitler avait envahi la Pologne.

 

 Quelques jours plus tard, les placards étaient bourrés de victuailles. Il y avait même des piles de tablettes de chocolat, mais il était interdit d'y toucher. Je restais le nez en l'air à regarder ces trésors, ne comprenant pas pourquoi j'en étais privée ! Il y avait aussi des pelotes de laine de toutes les couleurs dans une grande malle d'osier, avec de la naphtaline qui me piquait le nez ! Avec les dizaines de paquets de tabac pour la pipe, la maison ressemblait à un magasin dans lequel on n'avait le droit de toucher à rien. C'était les provisions. C'était le paradis.

 "La guerre, la guerre", je n'entendais plus que ce mot-là.

 

La suite prochainement. 

Repost 0
Published by Régis IGLESIAS - dans Les souvenirs de ...
31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 10:38

café"Odette Toulemonde, une histoire d'Eric-Emmanuel Schmitt.

 

"Cher monsieur Balsan,

 

 Je n’écris jamais, car si j’ai de l'orthographe, je n’ai pas de poésie. Or il me faudrait beaucoup de poésie pour vous raconter l’importance que vous avez pour moi. En fait, je vous dois la vie. Sans vous, je me serais tué vingt fois. Voyez comme je rédige mal : une fois aurait suffi !

 Je n’ai aimé qu’un homme, mon mari, Antoine. Il est toujours aussi beau, aussi mince, aussi jeune. C’est incroyable de ne pas changer comme ça. Faut dire qu’il est mort depuis dix ans, ça aide. Je n’ai pas voulu le remplacer. C’est ma façon de l’aimer toujours. (...)

 Grâce à vos livres, j’ai appris à me respecter. A m’aimer un peu. A devenir l’Odette Toulemonde qu’on connaît aujourd’hui : une femme qui ouvre ses volets avec plaisir chaque matin, et qui les ferme chaque soir aussi avec plaisir.

  Vos livres, on aurait dû me les injecter en intra-veineuses après la mort de mon Antoine, ça m’aurait fait gagner du temps.

 Quand un jour, le plus tard possible, vous irez au Paradis, Dieu s’approchera de vous et vous dira : "Il y a plein de gens qui veulent vous remercier du bien que vous avez fait sur terre, monsieur Balsan", et parmi ces millions de personne, il y aura Odette Toulemonde. Odette Toulemonde qui, pardonnez-lui, était trop impatiente pour attendre ce moment-là.

Odette

 

 Balsan roula plusieurs kilomètres au hasard, hagard. Ou irait-il ? Peu importait. Désoeuvré, il ouvrit la lettre et soupira en notant que, le mauvais goût du papier ne suffisant pas, sa fan avait joint un coeur rouge en feutrine brodé de plumes à sa missive. Il amorça sa lecture du bout des yeux ; en l’achevant, il pleurait.

 Allongé sur le fauteuil rabattu de la voiture, il la relut vingt fois, au point de la savoir par coeur. A chaque récitation, l’âme candide et chaleureuse d’Odette le bouleversait, versant ses derniers mots tel un baume.

Quand il eut le sentiment d’avoir usé leur effet réconfortant, il alluma le moteur et décida de rejoindre l’auteur de ces pages.

 Ce soir-là, Odette Toulemonde préparait une île flottante, le dessert favori de sa fille. Elle montait le blanc des oeufs en chantonnant lorsqu’on sonna à la porte d’entrée. Elle alla ouvrir.

 Elle demeura bouche bée devant Balthazar Balsan, épuisé, mal rasé, un sac de voyage à la main, qui la dévisageait avec fébrilité en brandissant une enveloppe.

- C’est vous qui m’avez écrit cette lettre ?

Confuse, Odette crut qu’il allait la gronder.

- Oui... mais...

- Ouf, je vous ai retrouvée.

Odette demeura interdite pendant qu’il soupirait de soulagement.

- Je n’ai qu’une seule question à vous poser, reprit-il, est-ce que vous m’aimez ?

- Oui.

Elle n’avait pas hésité.


 Ce fut ainsi que Balthazar Balsan, sans que personne ne s’en doutât à Paris, s’installa à Charleroi, chez Odette Toulemonde, vendeuse le jour et plumassière la nuit.

- Plumassière ? demanda-t-il un soir.

- Je couds les plumes sur les costumes des danseuses des revues pour compléter ce que je gagne au magasin.

Balthazar découvrait une vie aux antipodes de la sienne : sans gloire, sans argent, et pourtant heureuse.

Odette avait reçu un don : la joie. Au plus profond d’elle, il devait y avoir un jazz-band jouant en boucle des airs entraînants et des mélodies trépidantes.

Repost 0
Published by Régis IGLESIAS - dans Les souvenirs de ...
30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 16:45

9e270c57"Colmar...

 

 Revenue à Paris, j’appris que le succès de colombe donnerait lieu à une longue tournée. J’étais heureuse de retrouver Yves comme un collègue avec qui tout se passait bien, rien de plus.

 Je ne crois pas que Daniel et Rosy Varte ressentirent la moindre inquiétude de nous voir partir tous les deux pendant trois mois. Il n’y avait aucune raison.

 Mais voilà, la destinée nous attendait.

  Yves et moi au coin d’une rue. Plus précisément dans un charmant petit hôtel de la ville de Colmar.

 Ce soir-là, après le spectacle, dans un bal, Yves me fit danser toute la soirée et nous regagnâmes ensemble notre hôtel où chacun alla dormir sagement de son côté. Dans le silence de ma chambre, je m’assis sur mon lit, un peu songeuse, troublée, pas trop bien dans ma peau, pas trop bien dans mon coeur.

 Pas envie de lire, alors quoi ? Ecrire, oui écrire. Quoi et à qui ? Je cherchais un stylo dans mon sac, dans ma valise, dans mes poches. Rien. Un coup de téléphone à Yves :

- Tu as un stylo ?

- Oui, bien sûr.

- Je peux monter le chercher ?

- Te bile pas, je descends te le porter.

- T’es vraiment sympa !

- Et oui, tu ne savais pas que je suis un brave type ?


 Le brave type raccrocha et j’attrapai un bloc de papier à lettres en attendant d’avoir de quoi écrire. Quelques secondes plus tard, on frappait à ma porte :

- C’est Yves, je t’apporte un stylo. A qui veux-tu écrire à cette heure ?

- Je ne sais pas.

- Tu te moques de moi ou quoi ?

- Pas du tout. Je n’ai aucune envie de me moquer de toi.

- Ben, quoi alors ?

Alors... Il repartit de ma chambre au petit matin, sur la pointe des pieds. Je me souviens avoir regardé s’éloigner son manteau beige en pensant : "Aïe, aïe, aïe, qu’est-ce qu’on a fait ? C’est grave, très grave !"

 

 Le grand méchant loup était venu me voir et même si j’étais le chaperon rouge le plus heureux, le plus amoureux du monde, je savais bien que ce conte de fées n’enchanterait pas notre entourage.

 

 Aussi éblouis que fautifs, nous étions complètement affolés :

- Qu’est-ce qu’on a fait ? disais-je à Yves.

- On est fous, on est fous.

C’est tout ce qu’il parvenait à articuler.

Nous tentions de trouver des parades :

- Je ne quitterai jamais Daniel, c’est le père de mon enfant je ne briserai pas notre couple, avançais-je.

Lui renchérissait 

- Je ne peux pas quitter Rosy, je ne peux pas.

Et je le comprenais. Nous avions commis un péché, certes, mais nous n’allions pas sombrer corps et âme. 

 

 Le mois qui suivit fut ponctué de larmes et de soupirs. Nous n’osions plus nous parler. On s’évitait le plus possible sauf quand nous étions sur scène, enlacés. Situation surréaliste, inextricable. Il fallait trancher. En rentrant à Paris, nous décidâmes de ne plus nous revoir, ni même nous appeler.

 Notre séparation fut un calvaire, son absence une souffrance de chaque instant, mais je me retins de téléphoner, d’écrire. De son côté, Yves resta silencieux. Un mois, deux mois passèrent, nous tenions bon. Mais le destin n’en fait qu’à sa tête, tout le monde le sait.

 Le directeur du théâtre de l’Atelier André Barsacq venait d’essuyer un échec avec une pièce nous supplia, Yves et moi, de reprendre Colombe le temps qu’un autre spectacle prenne la relève. Comment refuser ce service à un homme si adorable ? Nous signâmes - en tremblant - évidemment et ce fut une reprise au goût de paradis et d’enfer.

 Sur scène, nous avions un mal fou à desserrer nos étreintes. Et dans l’ombre des coulisses, nous courrions nous jeter l’un contre l’autre, lui grave, moi en larmes.

 Le spectacle terminé, la comédie se poursuivait dans les loges : on se quittait sans un regard, l’air de rien, devant les autres qui n’étaient pas dupes. Notre attirance n’échappait à personne.


 Yves disait qu’"on est tous en danger de vie, à la merci d’une rencontre, imprévue, soudaine qui peut changer complètement le cours de votre destin".

C’est ce qui nous arriva. Notre amour fut plus fort que tout, plus fort que nous, une tornade qui balaya nos bonnes résolutions. Nous ne pouvions plus lutter.

 Yves n’avais toujours rien dit à Rosy. Il devait alors jouer le rôle de Cassius de Jean Renoir. Je n’oublierai jamais le coup de fil qu’Yves me passa un beau matin :

- Je dois partir à Arles répéter dans les arènes. Si je peux, je passe te chercher et ce sera pour toute la vie !

Ce si je peux m’obséda toute la journée. Il fallait comprendre "si j’en ai le courage, la force, l’amour". Mon visage fut inondé de larmes en quelques secondes et je commençai à attendre auprès d’une petite valise que j’avais bouclée en un tour de main. De mon côté, je prévins Daniel.

- Si je pars cette nuit, ce sera pour toujours.

C’était un peu théâtral quand j’y repense.

 

 Toute la journée, je restai prostrée dans un fauteuil, me repassant en boucle Lieutenant Kijé de Prokofiev qu’Yves et moi aimions tant écouter ensemble. Quand arrivait le finale, je remettais le disque au début.

 Que la musique s’arrête, je ne pouvais pas le supporter. Je me sentais mal, j’avais l’impression qu’il tenait ma vie entre ses mains. Il aimait tant Rosy, elle tenait tant à lui. Jamais il ne la quitterait. Je guettais quand même le moindre bruit à m’en faire exploser les tympans. la journée s’écoula, puis la soirée.


 Tout d’un coup, vers deux heures du matin, j’entendis un bruit de moteur se rapprocher et une voiture s’arrêter devant la grille de la maison. Mon coeur faillit éclater. J’attrapai mon balluchon, traversai le jardin comme une folle et courus jusqu’à la voiture. En larmes, je m’assis à côté d’Yves et nous nous regardâmes un long moment sans dire un mot. Puis il ralluma le moteur et nous partîmes. 

Les premiers temps furent très perturbés : bourrelés de remords et de culpabilité, nous n’arrivions ni à nous parler, ni à nous toucher. Yves et moi apprenions à marcher ensemble. Puis petit à petit nous avons pu nous sourire et nous nous sommes envolés.

 Un envol vers une maison qui se remplirait petit à petit. Chaque meuble, chaque tableau, chaque pièce de la maison aurait bientôt son histoire, notre empreinte.

Repost 0
Published by Régis IGLESIAS - dans Amour
26 mai 2012 6 26 /05 /mai /2012 17:43

Depeche"Demain, tout commence.

 

 "Je veux remercier tous ceux et celles avec qui j'ai partagé amours, amitiés et passions. C'est à eux que je dois cette vie d'aventures.

 

 Lorsque je feuillette les pages de l'album familial et que je regarde la photo de mariage de mes parents, je comprends pourquoi ils se sont tant plu à leur première rencontre. "Un vrai coup de foudre", disaient-ils en riant.

 Grand, mince, le visage large encadré de cheveux bruns, les yeux pétillants d'intelligence, mon père, André Girard, semblait un homme malin et assez séduisant, ma foi ! Il fut l'un des affichistes les plus connus du Paris des années 30 de surcroît.

 Ma mère, Andrée Jouan ("la petite Andrée") était une femme ravissante, menue, au visage fin, aux yeux rieurs. Coquette, elle roulait ses cheveux très longs en macarons ou les relevait sur le haut de la tête avec des peignes.

 Sur la plupart des photos, mes parents se tiennent enlacés, robe de soie et costume de flanelle, ils sourient, l'air très amoureux. Infiniment complices.

 Je ne me souviens plus quelles étaient mes lectures, à part Bécassine et Félix le Chat. Ce fut que plus tard, vers l'âge de treize ans, que j'ai lu le journal de Jules Renard. Ce fut, je me souviens, une véritable révélation.

 L'anniversaire de mes dix ans sonna pour moi comme le seuil de ma majorité. Deux chiffres pour écrire mon âge : ça faisait sérieux. J'étais passé du côté des grandes personnes, je voulais alors tout savoir, tout comprendre, et décider seule. Envie surtout de ne plus être une "gourde" comme disait souvent papa. Chaque fois, j'en étais mortifiée. Et je me rebellais. Jusqu'à jeter dans la poêle ma poupée Bécassine un jour où mon père me traita encore de gourde.

 Je me souviens que j'aimais courir après les pigeons et flâner dans les ruelles.

 Chez nous, il n'y avait que rires, peinture et musique. J'ai failli racheté notre chez nous des années plus tard avec mes premiers cachets de comédienne. A cette époque, j'avais informé papa de mes intentions et il me répondit avec rage : "La terre se retourne contre celui qui veut se l'approprier !"

 J'ai renoncé.

 Dans cette maison, j'ai vu passer Joséphine Baker, Mistinguett, Mireille, Jean Sablon, Marianne Oswald, Maurice Chevalier (dont je connaissais les paroles des chansons par coeur), j'ai croisé tous ces grands noms du music-hall sans mesurer vraiment leur célébrité. Seul, Tino Rossi ne nous amusait pas beaucoup. J'avais toujours l'impression qu'il faisait la gueule alors qu'à la maison, c'était plutôt la fête.

 J'ai aussi rencontré Suzanne Des près, femme du metteur en scène Lugné-Poe, qui me laissa un très beau souvenir.

 Les visages, les voix de ces acteurs, de ces chanteurs, sont comme de longues racines plongées dans ma tête. Leurs éclats de rire, je les entends encore.

 Si ma mémoire n'a pas retenu beaucoup de phrases de papa, il en est une qui m'est restée toute ma vie :

- Moi, je vous apprendrai à vivre dans du beau. Plus tard, vous me remercierez, avait-il dit.

 Combien de fois ai-je entendu ces mots !

 Du coup, il nous amenait à Venise tous les étés arpenté les salles des musées, les galeries, les églises et les monastères. Si j'ai soupiré plus d'une fois devant ces "avenues de peinture" imposées, je suis très consciente de la chance que nous avons eue : les souvenirs de Venise ont accompagné toute ma vie.

 A la maison, les conversations tournaient de plus en plus souvent autour d'un personnage inconnu que tout le monde semblait craindre. Un certain Adolf Hitler. Maman avait peur, elle parlait de la guerre, du départ des hommes et de mon père avec de la terreur dans la voix.

- Alors si papa part à la guerre, je pourrais aller jouer avec mes copines aux patins à roulettes ? avais-je demandé à maman sans trop réfléchir à mes paroles.

- Cette petite est une vraie gourde ! répondit mon père d'une voix cinglante.

 Puis les Allemands envahirent le nord de la France et dès le début des hostilités, papa se lança dans la Résistance. On a fui Paris pour se retrouver au Cap d'Antibes à manger des pâtes et des rutabagas. J'étais jeune et insouciante. La vie était belle.

Surgit un soir pour dîner Dany, un ami de papa qui avait amené avec lui un copain, un certain Gérard Philippe. Une arrivée qui bouleversa notre destin. Oui, à ce dîner improvisé ma vie bascula. Gérard n'avait pas encore vingt ans, ni moi seize, et cette rencontre fut pour nous comme une deuxième naissance. Magie d'un coup de foudre amoureux. Un trouble délicieux et la même exaltation. 

 Il m'impressionnait avec toutes ses lectures dont il me parlait quand nous roulions côte à côte sur nos vélos. Gérard arriva dans ma vie comme un rayon de soleil et mon coeur battait d'une émotion nouvelle. Me taire, l'écouter, fut la manière que je choisis pour qu'il ne me prenne pas pour une bêtasse.

 Et j'étais si fière du regard qu'il posait sur moi.

 A pédaler comme des fous sur nos vélos, nous avons traversé l'Europe en imagination, lui parlant, moi écoutant, au début timidement, puis de plus en plus en confiance, grâce à l'attention qu'il me portait. Tout était rires, jeux, promenades. Cette période reste l'une des plus belles de ma vie malgré la guerre.


 Face aux mystères de l'amour, ma mère ne nous avait rien enseigné des arcanes de la sexualité et de la reproduction. Je me souviens que vers douze ans, je m'étais enhardie à lui demander comment les enfants venaient au monde. Elle m'avait répondu qu'il suffisait de prendre de l'aspirine. C'était absurde mais je l'avais crue, j'avais chipé un peu d'argent dans son porte monnaie et filé à la pharmacie pour me procurer le médicament, espérant ainsi épater les copines en ayant un bébé. Je ne sais plus combien j'en avais avalé mais j'en garde encore le souvenir amer sur la langue et cette expérience m'a guérie à vie de l'aspirine. Après avoir été malade pendant vingt-quatre heures, je dus avouer ma bêtise.

 A l'époque, personne ne parlait de sexualité, pas plus à la maison que dans les magazines. Gérard et moi faisions, main dans la main, nos premiers pas dans la vie sentimentale. Je ne connaissais rien de rien. Alors, je baissais les yeux, muette et troublée et je le laissais m'aimer, un peu paniquée, le coeur débordant de tendresse et lui, parlait doucement, doucement, pour ne pas me brusquer. Ses gestes étaient un peu indécis, maladroits, je crois aussi que pour lui aussi c'était la première fois. Il fut mon premier amoureux, timide et attentionné. La guerre nous a ensuite séparé.

 Puis ma mère a été arrêté par la Gestapo alors que mon père était à Londres et tout s'est accéléré. La Gestapo m'a retrouvé puis torturé, je ne comprenais rien à leurs hurlements, je me souviens avoir pensé "Tiens c'est bizarre, ça fait comme dans Félix le Chat, quand on lui tape sur la tête, on voit des petites barres noires dessinées et surmontées chacune d'une étoile". Finalement, quand on reçoit des gifles, on voit des étincelles, c'est plutôt chaud que froid mais ça fait presque pareil !

 Puis, brusquement, les gifles se sont arrêtées. Quelqu'un les appelait de la pièce voisine. "Toi, tu ne bouges pas !" cria l'un en me jetant au sol, et ils me plantèrent là. La suite fut plus rapide que le temps de l'écrire. J'étais seule. Instant bizarre de je ne sais quel miracle. Ils m'avaient laissée par terre à les attendre, recroquevillé. A deux pas d'une porte vitrée qui donnait sur le jardin.

 Alors j'ai bondi vers cette issue qui n'était même pas fermé à clef et j'ai couru avant de m'accroupir derrière un gros plot de ciment, me faisant la plus petite possible. Quelques instants plus tard, deux hommes sortirent comme des furies et passèrent devant moi sans me voir courant vers le centre-ville. Je me relevai aussitôt et m'enfuis dans l'autre sens récupérer mon vélo. Et j'ai pédalé, pédalé, pédalé sans me retourner. Le plus vite possible. Le plus loin possible.

 La suite ? J'ai retrouvé ma soeur qui était tombé enceinte et on est remonté à Paris. "A quelque chose malheur est bon" Pour gagner quelques sous et soulager la famille qui nous avait accueilli, nous donnions un coup de main à l'épicerie la journée et lisait La petite Illustration et tous les livres que je trouvais pour calmer les angoisses la nuit.

 J'ai alors grâce à Simone Signoret rencontré Daniel Gélin. Elle me jeta dans ses bras et même que je m'y suis bien trouvée. Charmant, séduisant, attentionné, talentueux, il me plut d'emblée. Il parlait souvent de mes "narines ardentes". C'était joli ! Avec lui, je me sentais en sécurité. Son humour et son intelligence m'étaient source de vie. Désormais, je n'étais plus seule, la tendresse cheminait à mes côtés. Nous apprenions notre métier en essayant d'oublier les crampes d'estomac causées par la faim, le froid de l'hiver 43, la disparition mystérieuse de certains collègues, l'étoile jaune que d'autres portaient sur leurs vêtements, et cette occupation qui n'en finissait pas.

 Au mois de juin 1944, Daniel et Yves Allégret craignant d'être recherchés par le STO, nous partîmes tous nous réfugier en Haute-Marne. Une période un peu flou dans mon souvenir. Puis, ce fut le débarquement et la Libération qui nous fit pleurer de joie et de rage de ne pas l'avoir vécue à Paris. 

 Les Américains firent enfin irruption dans le village. On les invita a manger et à boire avec nous pour fêter la Libération à notre manière avant de rejoindre Paris en Auto-stop.

 C'est en 1945, sur le plateau d'un théâtre où nous répétions Daniel et moi, qu'arriva ce que l'on nommait à l'époque un "petit bleu" : un télégramme qui m'était adressé : "Arriverai demain matin Hôtel Lutetia. Signé : Maman"

 Bouleversé, coeur battant, je lus et relus ces sept mots. Maman demain matin ! Maman vivante ! Jamais mon coeur n'avait battu aussi fort. Maman ? Vivante ?

 Au Lutetia, des cars se succédèrent remplis de femmes en vêtements gris rayés, épuisées, les yeux hagards. Beaucoup pleuraient, cherchaient des visages familiers dans la foule, appelaient parfois en hurlant, éclatant d'un rire fou ou s'écroulaient en sanglotant. Jamais je n'avais vu pareille souffrance, entendu de tels cris. Des centaines de femmes. des hurlements. Des larmes.

 Et maman qui n'arrivait toujours pas.

 Je guettais. Allais-je la reconnaître ? Et puis, soudain, dans un car, je fus apostrophée par des déportées qui criaient en me regardant : "Petite ! Petite ! Tu t'appelles pas Danièle ? Tu cherches ta maman ? Andrée ! Andrée ! Regarde, elle est là , ta fille ! Danièle, viens-là ! Vite ! Vite !"

 Et tout d'un coup, je vis maman. Je la reconnus tout de suite. Bien sûr, elle avait beaucoup maigri mais elle était lumineuse, elle rayonnait. Ses beaux cheveux étaient coupés court, mais moi je ne vis que ses yeux. Et mon visage s'inonda de larmes.

 Nous avions cherché la sorti comme nous pouvions. Autour de nous, encore des cris, des rires, des larmes. C'est impossible de raconter cela. Ces bousculades, ces hurlements. Jamais je n'oublierai.

 Maman était aussi bouleversé que moi mais elle ne pleurait pas. Elle aurait bien voulu, mais elle ne savait plus. "J'ai trop pleuré là-bas. A présent, je n'y arrive plus." De toue sa vie, je n'ai plus vu de larmes sur ses joues. Comme si elle s'en était vidé définitivement. Aucun évènement ne méritait de pleurs après ce qu'elle avait vécu là-bas.

 Je n'ai pas de souvenir précis du repas qui a suivi. Maman dut réapprendre à s'alimenter en ingurgitant de toutes petites quantités de nourriture malgré la faim qui obsédait son esprit. elle avait surtout envie de crème fraîche, comme dans les recettes que son imagination inventait au camp pour calmer les insupportables crampes d'estomac. "Des recettes pleines de crème, de sucre et de beurre qu'on notait sur des bouts de papier qui traînaient avec ce qu'on trouvait pour écrire. Pendant quelques minutes, nous étions repues de cette nourriture riche et lourde, imaginée. Ensuite les douleurs reprenaient", racontait-elle.

 Elle posait des questions à n'en plus finir. Elle voulait savoir comment allaient ses filles, son mari, c'est tout ce qui l'intéressait. Maman  n'a parlé de ses souffrances que bien plus tard, et jamais pour se plaindre. Elle racontait les appels dans le camps, à l'aube, pendant quatre heures, hiver comme été, les femmes nues dans le froid qui mouraient les unes après les autres. "J'étais forte comme un roc, il le fallait car les faibles tombaient comme des mouches." On ne les ramassait que pour les emmener au crématoire.

 Elle me raconta la punition d'une de ses compagnes, attachée par les gardiens allemands le long d'un mur et sur laquelle ils avaient lâché leurs chiens. Les autres déportées devaient la regarder sans baisser les yeux. Le plus incroyable, c'est que cette femme n'était pas morte sous les crocs des molosses, elle avait survécu à ses multiples blessures et elle était rentrée à Paris à la libération, elle aussi.

 Lorsque, plus tard, maman rejoignit mon père aux Etats-Unis, elle fut invitée à une conférence pour apporter son témoignage de déportée. Ne se plaignat jamais, elle avait tendance dans son récit à tirer le tout vers le rire, le joli, le poétique, tournant tout en dérision. les spectateurs riaient malgré eux, un peu gênés, et elle avait conclu la conférence en disant :

- Bon, je m'arrête de parler de ce bagne parce que je vais vous faire regretter de en pas y être allés.

 Cet humour-là, c'était maman !

 Magnifique mère. Intelligente, modeste. Elle n'en voulait même plus aux nazis. Ses geôliers, elle en parlait en les appelant "ces malheureux fous, ces pauvres hommes", elle leur avait pardonné. Une attitude sans doute inconcevable pour beaucoup, mais pour enterrer le passé et les souffrances, elle pardonnait tout, tout.

 Le jour de l'enterrement de mon père, ma mère semblait pétrifiée, comme insensibilisée. "Si je pouvais pleurer, si seulement je pouvais pleurer", murmurait-elle. Mais ses yeux s'étaient définitivement asséchés aux lumières des miradors de Ravensbrück. "Mes larmes, les nazis me  les ont volées", disait-elle.

 Ma mère... Ma mère à qui je dois "ce demain". Demain tout commence, tout est possible, tout va naître. Découvrir, se trouver, se donner, inventer, vivre la journée et en faire quelque chose d'utile, d'intelligent pour d'autres que l'on aime ou que l'on va rencontrer.

 N'est-ce pas le bonheur absolu ?  

- Quelle surprise m'apportes-tu ce matin ? Me disait-elle les yeux brillants.

C'était sa question préférée. Tout pour elle était "cadeau".

- Ta vie est toujours entre tes mains ; c'est ta responsabilité et celle de personne d'autre. C'est à toi d'inventer tes journées. Et de ne pas regretter de n'en avoir rien fait, disait-elle. 

 Demain tout recommence.

 

A lire également :  Danièle Delorme et Yves Robert

Repost 0
Published by Régis IGLESIAS - dans Les souvenirs de ...
21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 17:19

Depeche"Madame Andrée.

 

 La voisine de ma grand-mère avait fait un mariage de raison. Elle lui a avoué. Grâce à ses épousailles, la vaste maison de famille ne serait pas vendue. Le pécule amassé par son futur époux sauverait la mise. Alors bien sûr, elle avait essayé de persuader sa mère qu’elle ne pouvait pas se marier, qu’elle en aimait un autre - le gentil Guytou -, plus modeste mais si doux qui, chaque fois qu’elle l’apercevait, faisait sauter son coeur hors de sa poitrine.

 Oui mais non.

 

 Sa mère lui répondit que la vie n’était pas une partie de plaisir, que l’amour était une comptine qu’on fredonne en brodant le linge ou en cherchant le sommeil, mais arrivait un jour où il fallait prendre un époux. Un homme sérieux qui ferait honneur à la famille et pas ce petit représentant de commerce avec lequel elle l’avait vu danser les soirs de bal. Que c'était ça la vie, on sa mariait, on faisait des enfants, on tenait sa maison, on obéissait à son mari, un point c’est tout.

 

  Madame Andrée inclina la tête et se soumit, mais son coeur ne cessa de battre pendant près de cinquante ans pour ce premier amour qu’elle avait dû repousser, le seul homme qu’elle aima jamais et qu’elle fut forcée d’oublier.

 Enfin. Pas tout à fait... 

 

 Guytou lui envoyait ses voeux chaque année à Noël qu’elle tirait de son tablier pour nous prouver qu’elle avait été et qu’elle était follement aimée. Elle la portait presque toujours sur elle, la faisant passer d’une poche de tablier à un sac en cuir noir les jours de messe et de cérémonie, et quand l’époque des voeux arrivait, elle échangeait l’ancienne contre la nouvelle. Le texte ne changeait pas. Il lui renouvelait son amour pur et indéfectible en termes châtiés, signalait son adresse nouvelle quand il déménageait, donnait des nouvelles du temps. De la vie.

 Et la vie passa.


 Toujours dans ses fourneaux, Madame Andrée préparait des oeufs mimosa qu’elle disposait sur un plat "comme autant de soleils qui réchauffaient" son coeur.

Elle élevait cinq enfants, comme on le lui avait appris : bonne chère, pâte pétrie, thermomètre dans le derrière, laits de poule, pierres chaudes au fond du lit les soirs d’hiver, cache-nez tricotés (une couleur pour chaque enfant), confitures maison et une vigilance distraite mais mécanique de mère poule affairée.

 Elle accomplissait son devoir avec le plus grand soin, répétait les gestes de sa mère, s’étonnait même de savoir si bien y faire. Ses petits ne manquaient de rien, sa maison étant parfaitement tenue mais son coeur vagabondait ailleurs, dans les hauteurs de Mirandol Bourgougnac où son vieux prétendant s’étiolait et se racornissait loin d’elle. Elle n’était pas triste pour autant, aimait rire, chanter Fermé le lundi de Jean Sablon, jouer au rami, à la belote, engloutissait des gâteries sucrées qu’elle rangeait dans des boîtes en fer. Le paradis.

 L'enfer.

 

 Ses enfants entraient et sortaient, tiraient son tablier, réclamaient un baiser, offraient de bonnes notes ou des fronts enfiévrés, se mariaient, enfantaient, divorçaient, aimaient, pleuraient, elle les regardait, comme Catherine Langeais à la télé. Gentiment, poliment, disant : "Elle est mignonne, hein ? Et coquette..."

 Jamais en larmes ni en colère : son coeur était ailleurs. Elle faisait de la figuration dans sa propre vie et assistait, amusée, à toute cette agitation autour d’elle. Satisfaite aussi : elle avait rempli son devoir, sa mère, là-haut dans le ciel, pouvait être fier d’elle. Ainsi que sa grand-mère et son arrière grand-mère. Une lignée de femmes fortes et soumises, aptes au devoir. Plus elle avançait en âge, plus il lui semblait qu’elle avait été une bonne fille. Et même les cartes de voeux qu’elle gardait dans sa poche, ce n’était pas un péché ! Sa maman devait lui pardonner là-haut dans le ciel. C’était une faiblesse bien petite, elle ne s’en confessait jamais auprès de monsieur le curé.

 

 Quand son époux mourut, elle avait soixante-treize ans. Elle attendit quatre ou cinq semaines que le deuil s’estompe, que les larmes sèchent, puis se hissa dans un bus - un autocar comme elle dit -, qui l’amena à Mirandol.

 Un aller simple.

 

 Elle raconta tout à ma Mamie, les yeux écarquillés et vides. Un enfant qui quitte un rêve et se retrouve brutalement dans la réalité. La petite maison, le jardinet, une femme de son âge qui lui ouvre le portail. Elle a le coeur qui bat fort, très fort, elle gravit les marches avec difficulté, regarde la femme sur les marches, dit "Bonjour, madame, excusez-moi de vous déranger" parce qu’elle est bien élevée, qu’elle n’oublie jamais de dire "bonjour, merci, comment allez-vous, je ne vous dérange pas ?", et elle ajoute : "Je suis Madame Andrée..."

 Elle a l’audace tranquille des coeurs simples et purs. Pour la première fois de sa vie, c’est elle qui décide, elle qui se dégage du joug de l’habitude, des conventions. Cet usage soudain d’une liberté ignorée l’essouffle et la chavire mais elle tient bon et regarde la femme en tablier sans ciller.

 Elle n’a pas fini sa phrase que la dame s’écrie : "Oh ! Madame Andrée, mon frère vous a attendue toute sa vie. Il est parti, il y a trois mois."


 C’est donc sa soeur ! Et elle avait cru un instant qu’il avait refait sa vie ! Et les deux femmes de pleurer, les bras dans les bras, parlant de la carte de voeux rédigée avec soin chaque année, de l’espoir que, jusqu’au bout, il avait gardé. "Il ne voulait pas que vous sachiez qu’il n’était plus là, il avait préparé cinq ou six cartes à vous envoyer pour les prochaines années, après il disait que ce ne serait plus la peine... C’est qu’on est plus tout jeunes, hein ?"


 La suite ? C'est Madame Andrée qui l'a livrée à ma Mamie, juste une phrase qui est tombée comme un couperet, comme le lait sur le feu : "C’est là que j’ai vieilli d’un coup, a-t-elle dit à ma grand-mère, lui parti, je n’avais plus de rêves..."

 

 

Collection "Les amis de Mamie"

La femme d'à côté - Yvette et Victor ne se quittent plus !Mamie à la Saint-ValentinItinéraire d'une Mamie gâtée

 

Repost 0
Published by Régis IGLESIAS - dans Les souvenirs de ...
19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 15:40

Papi"Les Italiens.

 

 Papi n'a jamais aimé les Italiens. Parce qu'"ils draguaient nos femmes !" Du coup, il était remonté contre eux. Il ne faut pas oublier que Papi a toujours été très jaloux. Et puis, d'après ce qu'il m'a dit, au football ils étaient toujours en train de truquer, ce qui énervait Papi au plus haut point. De toute façon, c'est pas compliqué, quand il perdait au foot, c'était toujours de la faute des Italiens. Papi était mauvais perdant aussi, il faut le reconnaître.... 

 

 Pourtant, le meilleur ami de Papi était Italien. Il s'appelait Salvatore Ranieri. Il était venu travailler à la mine sans avoir aucune idée de ce que c'était. Il venait de Calabre, son père était apiculteur et il avait des vignes mais les vignes, ça ne nourrissait pas son homme. Et puis, il n'y avait pas de travail là-bas. Un jour, un de ses amis l'a appelé pour lui dire qu'ils cherchaient des ouvriers en France. Du coup, il est parti trois jours à Milan pour faire des visites médicales puis il est venu en France.

 

Salvatore m'a dit qu'"à partir de là, les mines payaient tout pour nous. On a tous pris le même train. On nous avait même fait des colis de nourriture pour le train. Pendant le trajet, j'ai rencontré des camarades qui venaient de Sicile, moi j'étais seul à venir de Calabre. On s'est bien occupé de nous, on a été placé cinq célibataires par baraquement de quatre pièces. C'était bien.

 

On a été formé pendant une semaine avant d'aller au fond. Il y avait des interprètes, des mineurs italiens qui étaient arrivés avant nous. Quitter le pays, ça a été dur au début, mais après je me suis fait des copains, et puis j'ai rencontré ma femme, une Italienne aussi qui venait d'un village juste à côté du mien !

 

On gagnait bien, bien mieux que chez nous. Ma première quinzaine, c'était 17 000 anciens francs. Les plus courageux, c'étaient les Italiens, les Polonais, les Portugais, les Algériens et les Marocains. Les Français ne voulaient pas être à l'avancement. On était mal vu, on nous disait : "Vous mangez notre pain." Au final, on était des étrangers en France et des étrangers en Italie."

 

Contrairement à Papi, Mamie aimait bien les Italiens et puis elle avait de la famille en Toscane. Elle y allait de temps en temps. Un jour, elle avait même gagné un concours de cuisine. Elle nous en parlait souvent pour pas qu'on oublie et parce qu'elle en était fière aussi... A la fin, elle disait toujours :

 

"Mamie, Veni, vidi, vici !"

 

Voilà non seulement qui sonne juste - mais ne manque pas de beauté.

Repost 0
Published by Régis IGLESIAS - dans Ma Mamie m'a dit
19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 10:51

journal"Retiens ta vie.


 Les premiers Konzentrationslager apparurent en Allemagne au lendemain de la prise du pouvoir par les nazis.

  Les première victimes furent des Allemands : opposants politiques, inadaptés sociaux et même malades mentaux. L'intention des nazis était d'isoler ces éléments "dangereux" ou "dégénérés" et, par la contrainte, de les "rééduquer".

 Avant la guerre, la propagande nazi ne cachait pas l'existence des camps et n'hésitait pas à les présenter comme des modèles.

 Force est d'ailleurs de reconnaître que les nazis n'ont pas inventé ce type de camps, dont le régime soviétique, dès les années 20, a peuplé la Sibérie.


 Les détenus étaient distingués selon leur origine par un triangle de couleur cousu sur la poitrine : rouge pour les prisonniers politiques, vert pour les droits communs, rose pour les "asociaux".

 Après le début de la guerre, des lettres précisaient la nationalité des détenus, et les résistants étaient souvent affublés de la sinistre mention NN (Nacht und Nebel, nuit et brouillard), qui les promettait au régime le plus dur.

  Mais c'est surtout la décision de l'extermination des Juifs qui transforma les camps en usines de la mort industrielle.

 Après avoir songé à déporter des millions de Juifs d'Europe de l'Est vers Madagascar et les avoir entassés dans de gigantesques ghettos, les nazis entreprirent de les exterminer. 

  On bâtit alors de grandes chambres à gaz (camouflées en douches pour ne pas provoquer de mouvements de panique parmi les condamnés) et d'énormes fours crématoires destinés à brûler les cadavres.

 En 1944, le camp d'Auschwitz envoyait à la mort plus de 5 000 personnes par jour. A l'arrivée des trains, les SS distinguaient les aptes au travail (qui étaient promis à la mort lente par épuisement), des inaptes, envoyés immédiatement à la chambre à gaz.


 Ma Mamie m'a dit que sur les murs, il y a encore les griffes des personnes qui ont été déclaré inaptes. 

 Elle m'a dit aussi que parmi celles et ceux qui étaient déclarés aptes, deux phrases étaient sur toutes les lèvres. La première était celle qu'on disait à quelqu'un qui n'allait pas bien : Retiens ta vie

 

 La deuxième était celle que disait la personne qui n'allait pas bien justement et qui savait qu'elle ne pourrait pas la retenir plus longtemps.

 Elle disait alors : N'oublies pas d'en parler.

 

 

Collection "Mamie explore le temps"

Lee Harvey Oswald -  Stavisky ou la corruption - Sarajevo ou la fatalité - Jeanne d'Arc -  Seul pour tuer Hitler -  Leclerc - Sacco et Vanzetti - La nuit des longs couteaux - Jaurès - Landru - Adolf Eichmann - Nobile - Mr et Mme Blériot - Les Rosenberg - Mamie embarque sur le Potemkine -  L'horreur à Courrières - Lindbergh - Mamie au pays des Soviets - Jean Moulin face à son destin - Mamie est dos au mur - L'assassinat du chancelier Dolfuss - L'honneur de Mme Caillaux - Mamie au pays des pieds noirs - La Gestapo française - Auschwitz  

Repost 0
Published by Régis IGLESIAS - dans Mamie explore le temps
18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 15:50

Depeche"Quand Papi se trompe de femme...

 

 Les salles étaient pleines à l'époque. On y allait le samedi et le dimanche. Papi était avec ses copains, Mamie, elle, était avec ses copines. "J'y allais tous les dimanches, m'a dit Papi. On n'avait pas la télé en ce temps-là. Au cinéma, c'était les informations mondiales. Au début de la séance, il y avait les informations Pathé, les publicités, puis l'entracte. Le film commençait après.

 

A l'entracte, on allait boire un verre au café à côté de la salle. C'est là que j'ai rencontré ta Mamie. J'étais avec mes copains, elle était devant moi, je l'ai embêté. J'avais un autre copain qui s'est aussi marié avec une des filles de cette bande ! Le lendemain, on est retourné au cinéma, mais je me suis trompé de fille, j'ai pris celle de mon copain ! La boulette. Il m'a dit : "Celle-là, c'est la mienne !" On s'amusait à les chatouiller, à les taquiner.

 

J'avais 18 ans, j'aimais bien les opérettes de Luis Mariano ou Violette Impériale de Guettari. Après, on regardait des films de capes et d'épées ou des westerns. J'étais jeune, je n'aimais pas les films sentimentaux ! Comme acteur, j'aimais bien Jean Marais. Ta Mamie aussi d'ailleurs.

 

 Vers 1960, ils ont interdit de fumer dans les cinémas. Un jour, j'ai pris une amende parce qu'on continuait à fumer avec les copains ! Maintenant, ça ne m'intéresse plus le cinéma, je préfère les voyages. Quand on s'est connus, le cinéma était le seul loisir avec les bals. Mais une fois fiancé, je n'ai plus été au bal non plus. Et puis, ta Mamie était très jalouse..."

 

 Le cinéma français, qui porte tous les styles à l'écran, s'appuie à ce moment-là sur de vraies stars. Gérard Philipe ravit les coeurs dans Fanfan la Tulipe. Jacques Tati s'amuse et divertit son public avec les cocasses Vacances de M. Hulot, Mouloudji s'engage contre la peine de mort dans Nous sommes tous des assassins, Jean Cocteau et Jean Marais revisitent la mythologie dans Orphée aux enfers...

 

Bourvil et Fernandel vont aussi devenir de vrais icônes de cinéma. Très cultivé, l'excellent Bourvil joue principalement des rôles de gentils benêts. Quant à Fernandel, il incarne dans les années 50 le mémorable et excentrique curé Don Camillo dans une guerre d'influence sans merci face au maire communiste d'un petit village italien. Toute une époque.

 

Tous les dimanches après-midi et même quand il pleuvait, Papi et Mamie allaient au cinéma. Ils aimaient bien ça.

Repost 0
Published by Régis IGLESIAS - dans Ma Mamie m'a dit

Livre d'or

Première affiche

 

  "MA MAMIE M'A DIT"  

Spectacle nostalgique 

 

"On nous avait promis la magie, promesse tenue : un spectacle plein de féérie de souvenirs où chacun se retrouvait. Une belle énergie. Les résidents ont adoré. Merci." Marie ("La Clairière de Luci" - Bordeaux)
 
"Formidable ! Nous sommes tous remontés dans le temps, nous avons vingt ans, on a ri, on a presque pleuré et surtout on a chanté. Merci." Cathy (Arles)
 
"Un véritable petit chef d'oeuvre" ; "La légion d'honneur pour la créativité" "Un véritable artiste" ; "Après-midi formidable" ; "Absolument parfait" ; "Une rétrospective originale" ; "Un très bon moment d'évasion". Propos recueillis à la résidence Emera d'Angoulême  
 
"Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux... C'était magnifique. Nous avons revu toute notre jeunesse et notre enfance. Et c'est beau de redevenir jeune dans l'ambiance d'autrefois." Aimée et Janine
 
"Les chansons, les réclames et les anecdotes ont transporté les résidents dans leur enfance. Une après-midi de nostalgie mais aussi de chansons et de rires. Merci encore pour ce magnifique spectacle." Sandrine
 
"Spectacle complet, tellement agréable et thérapeutique pour nos personnes âgées, encore félicitations !" Docteur Souque
 
"Un choix extraordinaire de chansons, des moments magiques, des photos magnifiques, vous nous avez mis de la joie dans le coeur. Et retrouver sa jeunesse avec tous ces souvenirs, ça fait plaisir et j'espère que vous reviendrez nous voir." Mme Lorenzi (Juan-Les-Pins)
 
"Pour ma fête, par un pur hasard je me suis retrouvé dans un club de personnes âgées où j'ai pu assister à votre spectacle sur le passé. Cela m'a rappelé mes grands-parents et mes parents et c'était vraiment un moment magique." Josette, La Roque d'Antheron
 
"Bravo bravo bravo Regis, c'est le meilleur spectacle que j'ai vu depuis que je fais le métier d'animatrice." Bénédicte La Salette-Montval (Marseille)
 
"Je n'imaginais pas lorsque je vous ai accordé un rendez-vous que vous enchanteriez pendant 1 h 1/4 les personnes âgées d'une telle façon. Merci pour votre prestation qui a fait revivre les moments publicitaires, évènementiels et musicaux de leurs vies." Michelle, CCAS de Toulouse
 
"Un super voyage dans le temps pour le plus grand plaisir des résidents. Merci à Régis pour cette magie et à bientôt." Brigitte (Lunel)
 
"Enfin un retour à notre "époque". Quel bonheur, que de souvenirs, quelle belle époque ou l'amitié était de mise. Merci pour cette très belle après-midi, on s'est régalé avec ce très très beau spectacle". Danielle (Mirandol)
 
"Super - divinement bien -  tout le monde était enchanté même que M. Benaben a dit : "Vous nous avez donné l'envie de revivre notre vie"." Sylvie (Sainte Barthe)
 
"Un grand merci pour ce bon moment et je crois, je suis sûre, qu'il a été partagé par mon mari." Mme Delbreil
 
"Une féérie de l'instant." Christian
 
"Beaucoup d'émotion dans ce spectacle plein de chaleur et d'humanité." Sylvie
 
"Une soirée inoubliable. Continuez à nous émerveiller et faites un long chemin." Claude
 
"Le meilleur spectacle que j'ai jamais vu. De loin." Tonton Kiko
 
"C'est bien simple, je n'ai plus de Rimmel !" Claudine (seconde femme de Tonton Kiko)
 
"A ma grande surprise, j'ai versé ma larme. Tu as atteint mon coeur. Bravo pour ces sentiments, ces émotions fortes, j'ai eu des frissons par moment." Ta couse Céline
 
"Redge, encore un bon moment passé en ta présence. On était venu plus pour toi que pour le spectacle, mais quelle agréable surprise ! On est fier de toi, continues d'oser, de vivre !" Pascale
 
"J'avais froid, un peu hagard, l'humeur moribonde et puis voilà, il y a toi avec toute ta générosité, l'intérêt, l'affection que tu as toujours su apporter aux autres, à moi aussi et Dieu sait si tu m'as rendu la vie belle depuis qu'on se connaît comme tu as su le faire une fois de plus." Jérôme
 
"Ce spectacle est nul à chier et je pèse mes mots." Gérard
 
memoria.viva@live.fr

Ma Mamie m'a dit...

Madka Regis 3-copie-1

 

COLLECTION "COMEDIE"

Mamie est sur Tweeter

Mamie n'a jamais été Zlatanée !

Mamie doit travailler plus pour gagner plus

Mamie, tu l'aimes ou tu la quittes

"Casse-toi pauvre Régis !"

Papi a été pris pour un Rom

Mamie est sur Facebook

Papi est sur Meetic

Il y a quelqu'un dans le ventre de Mamie

Mamie n'a pas la grippe A

La petite maison close dans la prairie

 

COLLECTION "THRILLER"

Landru a invité Mamie à la campagne...

Sacco et Vanzetti

Mamie a rendez-vous chez le docteur Petiot

La Gestapo française

Hiroshima

 

COLLECTION "SAGA"

Les Windsor

Mamie et les cigares du pharaon

Champollion, l'homme qui fit parler l'Egypte

Mamie à Tombouctou

 

COLLECTION "LES CHOSES DE MAMIE"

Mamie boit dans un verre Duralex

Le cadeau Bonux

Le bol de chocolat chaud

Super Cocotte

Mamie ne mange que des cachous Lajaunie

 

COLLECTION "COUP DE COEUR"

Mamie la gauloise

Mamie roule en DS

Mamie ne rate jamais un apéro

Mamie et le trésor de Rackham le Rouge

 

COLLECTION "DECOUVERTE"

Mamie va au bal

La fête de la Rosière

Mamie au music-hall

Mamie au Salon de l'auto

 

COLLECTION "SUR LA ROUTE DE MAMIE"

Quand Papi rencontre Mamie

Un Papi et une Mamie

Mamie fait de la résistance

Mamie au cimetière

24 heures dans la vie de Mamie

 

COLLECTION "MAMIE EXPLORE LE TEMPS"

Jaurès

Mamie embarque sur le Potemkine

Mamie et les poilus

Auschwitz

 

COLLECTION "FRISSONS"

Le regard de Guynemer

Mr et Mme Blériot

Lindbergh décroche la timbale

Nobile prend des risques

 

COLLECTION "MAMIE EN BALLADE"

Mamie chez les Bretons

Mamie voulait revoir sa Normandie !

La fouace Normande

La campagne, ça vous gagne...

Mamie à la salle des fêtes

Launaguet

La semaine bleue

Le monastère

 

COLLECTION "MAMIE AU TEMPS DES COURTISANES"

Lola Montès

Les lorettes

Mme M.

Napoléon III

Plonplon

La marquise de Païva

Mme de Pompadour

Générique de fin