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4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 15:19
Trois sucettes à la menthe

"Un roman de Robert Sabatier (pour les lecteurs)

 

Les odeurs de la rue : gros savon, eau de Javel, cuisines grasses, lessives bouillonnantes. Pourquoi ce calme ? Pas de cris, de disputes, de TSF bruyantes. Fini cette musique discordante : tintamarres du travail artisanal, bassines d'eau jetées à la volée dans les rigoles, bavardages des commères, piaillements des enfants fessés, scènes de ménage, accordéon des musiciens errants...

 Au milieu, la Marie-Rose s'affirmant la mort parfumée des poux.

A côté de l'évier, la grosse bouteille de Javel La Croix, la boîte avec le slogan Persil blanchit par l'oxygène, un sachet de teinture Idéal-Boule, la poudre Vim, le Nab, la Saponite.

 Et un mot :

- Il ne faut jamais mettre le pain à l'envers. Ca fait pleurer la Sainte Vierge.

Une récitation affleura à sa mémoire. C'était une poésie de Théophile Gauthier apprise en classe :

"Tandis qu'à leurs oeuvres perverses,

Les hommes courent, haletants,

Mars qui rit malgré les averses

Prépare en secret le printemps.

"Faut que ça brille ! Pas trop de cirage et beaucoup d'huile de coude... Allez plus vite, Jean de la Lune, dit Blanche, et elle ajouta un dicton : Long à manger, long à travailler.

Il nettoya jusqu'aux semelles et aux talons. Il sifflotait Les Gars de la marine...

La TSF marchait en permanence et Olivier reconnaissait les programmes, les voix étudiées des speakers : Toscane, Radiolo ou le célèbre Jean Roy de Radio-Toulouse avec son généreux accent. Parfois l'emploi d'un appareil ménager suscitait des parasites et on se bouchait les oreilles.

L'oncle Henri écoutait une fois par semaine "Les vieux succès français" où l'époque 1900 apportait ses mélodies, ses chansons à voix, ses comiques troupiers, ses valses-hésitation. On passait de Dalbret  à Mercadier, de Polin à Mayol, d'Yvette Guilbert à Fragon.

 Les romances tremblaient de sentiment et on pouvait imaginer les gestes poignants des chanteurs "Ah ! Paul Desmet...", disait l'oncle en écoutant Envoi de fleurs ou Fermons nos rideaux.

Cela devenait viril avec Le père la victoire, grave avec La chanson des peupliers, attendri avec Petits enfants prenez garde aux flots bleus, folklorique avec Fleur de blé noir ou Ma vieille maison grise, comique avec L'Ami Bidasse ou La Caissière du Grand Café.

 De sa chambre, ce veinard de Marceau se mettaient à fredonner une antienne radiophonique de circonstance : "Dans son petit lit tout rose,

Bébé va s'endormir sans rancune

Car maman lui a donné sa dose

De bon vermifuge Lune !

 

Des phrases éparses dans ses livres résonnaient : Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira-t-à toi ! ou Par morbleu, ouvre donc, tavernier du diable ! Et des dialogues. A l'interrogation Où vas-tu Orsini ? Une voix altière répondait : A la tour de Nesle !

 A ces jeux de toute enfance, Olivier mettait une passion singulière. Il imitait encore Laurel et Hardy, Charlot, prenait la voix rocailleuse de Fréhel ou de Damia, devenait le beau Tino en chantant : Catali, Catali ou Vieni, Vieni, Vieni......

L'oncle se leva pour régler le cinédyne-secteur qui diffusait une scie publicitaire : KLG, oui-oui-oui, KLG, non-non-non, KLG, c'est bien la meilleure ! Il tourna le bouton, cela fit piiiiouittt et on entendit : Marie, tes foie gras, Marie, tes fois gras, Tes foies gras, Marie, sont splendides. Il ferma cette TSF bavarde et dit à l'intention de la tante Victoria qui lisait un numéro de L'Illustration plein de généraux et de gens du monde :

- C'est assommant à la fin. Cette publicité, on se demande jusqu'où elle ira.

Dans l'antichambre, Jami marchait au pas cadencé en chantant à tue-tête Dansons la Capucine.

A l'office, Blanche prenait un bain de pieds dans une bassine, ajoutant de temps en temps une poignée de Saltrates Rodell.

 Sur un carton, le gros père Lustucru des pâtes alimentaires avançait un ventre en forme d'oeuf quadrillé. Dans la cour, on entendait un peintre qui chantait :

Le pharmacien l'a dit à la bouchère

Et la bouchère l'a dit au cantonnier,

Le cantonnier l'a dit à Monsieur le maire...

 Olivier rangea ses chaussures et dit :

- Il chante faux et c'est bête !

Les cocktails à la mode ? Alexandra, Rose ou Side-Car.

Le kiosque à musique répondait par des flots-flons. ​​​​​​​Assis sur un banc, il lisait et pensait aux courses folles de la rue Labat, aux gendarmes et aux voleurs, aux cow-boys et aux Indiens, au Bol d'Or de la marche.

 Parfois une nounou offrait un sein rose et blanc à un bébé et des messieurs détournaient pudiquement le regard.

 A l'entrée des buttes, le marchand de glaces, penché sur son triporteur préparait des merveilles colorées, emprisonnant entre deux gouffres de la pistache, de la fraise, du café, de la noisette ou du chocolat. Le kiosque de marchand de jouets proposait un étalage de cerceaux à musique, de cordes à sauter, de ballons en baudruche, de balles-mousses, de poupées, de cerfs-volants, de sceaux à sable, des tambourins, des girouettes en mica au bout d'un bâtonnet. 

​​​​​​​ Il revit des galopades dans les rues, la fête foraine avec ses copains, les parties de billes, les farces, les virées avec Bougras, les discussions. Qui pouvait comprendre ?

 Jami, un livre de lecture à la main, ânonnait : Le... pe... mit... chat... a ... bu ... tout ... le ... lait.

Olivier fredonna la chanson de Milton : J'ai ma combine...

Au ciné, de jeudi à jeudi, les films se succédèrent : il y eut les rencontres avec Frankenstein et Fantômes, avec Tarzan et avec Topaze. Marguerite préférait La Folle Nuit, Le Lieutenant souriant ou Princesse à vos ordres, Olivier s'émerveillait avec Les Seigneurs de la jungle ou Baudu sauvé des eaux. ou A Nous la liberté.

​​​​​​​ Tout était intéressant : les dessins animés avec Mickey, les documentaires sur la nature et même les actualités annoncées par un coq s'égosillant.

​​​​​​​ Un jour Olivier chantait et il se souvenait que Ce n'est pas le chant d'un marin... était le film vu la veille. Une autre fois, il entonna :

"T'en fais pas, Bouboule.

Te casse pas la boule,

N'attrape pas d'ampoules.

 

Une réplique apprise :

Do ré mi fa sol la si do

Gratt'moi la puce que j'ai dans l'dos.

Une chanson de ducasse fut alors fredonné :

Allons veux-tu venir compère

A la Ducasse de Douai ?

Elle est jolie et si tant gaie

Que de Valenciennes à Tournai,

De Lille, d'Orchis et d'Arras,

Les plus pressés viennent à grands pas.

 Dans le souvenir d'Olivier, un curieux petit instrument devait rythmer ces heures mémorables. L'arrivée du yo-yo.

 Par la magie de ce disque évidé qui montait et descendait le long d'un cordonnet, tout Paris devenait une fête enfantine et l'on chantait :

Elle jouait du yo-yo

La petite Yéyette...

- Mayol, le vieux Mayol en représentation !

Mayol chanta :

"Cousine, cousine,

Tu es fraîche comme une praline.

Cousine, cousine,

Embrasse ton cousin germain.

 Ce fut un triomphe. Heureux, il retrouvait son souffle d'antan. Des spectateurs revivaient leur jeunesse et parfois des yeux se mouillaient. Il chanta ensuite des chansons grivoises : Les petites boniches et Ma doué, mon pé, mais les admirateurs réclamèrent Les Mains de femme et il fut bissé. Il quitta la scène sous les ovations et on annonça l'entracte.

Esther Lekain, Perchicot, Cora Madou, Dréan, Dalbret, Choof, Sergius, Georgel et les bons jeunes Fred Goin, Guy Berry, Max Tremor...

C'était le temps de Cécile Sorel qu'on appelait Célimène, Pierre Bertin, Marie Bell, Henri Rollan, Marguerite deval, Moreno, Dussane, Yvonne Printemps...

En sortant du café, il fredonna :

En amour il n'est pas de grade,

L'important c'est d'avoir vingt ans !

Puis pour se donner du courage, il chanta Pour être fort, faut faire du sport.

Sans oublier une version écolière de la Marseillaise :

"Allons enfants de la marmi-ite

La soupe aux choux est écumée !"

Plus tard, il chanta :

​​​​​​​"Un petit peu d'papier collant

​​​​​​​Pour qu'a tienne, pour que ça tienne,

Un petit peu de papier collant

​​​​​​​Pour qu'a tienne en attendant !

Un porto-flop maison et le tour est joué. On allume e bouton de la TSF pour se caler sur RadioL.-L où on donnait hospitalité au jazz.

Des phrases ça et là... Avec de bons restes on fait de bons repas ou bien un repas que les boches n'auront pas. 

Tous les Auvergnats

Y z'ont la barbe fine,

Tous les Auvergnats

Y z'ont du poil aux bras.

Ou :

Halte-là, qui vive ?

C'est Saponaire la bonne lessive, ha, ha !

Halte-là, qui vive ?

C'est saponaire que v'là !

 Et :

Elle finit au bout de la terre,

Notre Cane... Cane... Canetière !

Et...

Les vieux pyjamas

C'est pour mon papa.

Les dessous troublants

C'est pour ma Maman.

Et ...

Au petit bois, petit bois charmant

Quand on y va on est à l'aise...

Au petit bois, petit bois charmant

Quand on y va on est content.

Et :

C'est un vieux moulin Parmi les champs de lin

Qui jase au trémolo

De l'eau.

Le livret de classe ? Un 3 en Conduite, un 4 en Arithmétique, un 0 souligné de rouge pour la gymnastique, un 2 en instruction morale et civique, un 4 en solfège. Seuls un 8 en rédaction et un 7 en Histoire et Géographie sauvèrent du désastre.

La fin ? Des gens qui se suicidaient après avoir entendu la chanson fatidique Sombre Dimanche. Il sortit une boite de Valda, pensa à Bougras et les souvenirs de la Rue remontèrent à la surface.

Aujourd'hui, lecture libre !

Des illustrés avaient aussitôt jailli des cartables et des gibecières : Les Belles Images, Cri-Cri, L'Epatant, Le Petit Illustré, et des albums : Charlot, Les Pieds-Nickelés, Bibi Fricotain, Zig et Puce, Bicot président de club.La suite prochainement.

 La fin ? Boulevard de Strasbourg, l'oncle Henri entra dans une confiserie et acheta trois sucettes à la menthe, une pour chacun de ses enfants.

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Published by Régis IGLESIAS - dans Les souvenirs de ...
20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 18:51
Nostalgie des choses perdues

"Un dictionnaire intime de PPDA, souvenirs choisis :

 

 En Province, on prenait systématiquement l'apéro à midi et à 19 heures. On faisait une pause. Les pensées vagabondaient. La convivialité n'était pas un vain mot. En feuilletant les revues d'époque, j'ai de nouveau en bouche le goût si particulier d'orange chimique du Tang.

  Des slogans me reviennent :

"Ricqlès, la menthe forte qui réconforte" ou "le glouglou qui fait glagla". Fini était "la plus chaude des boissons froides". Master Cocktail devient "L'équivalent apéritif de la poupée gonflable"...

 En amoureux de la Corse, le Mouss'or au goût de pommes et de caramel, me rappelle la fraîcheur en plein soleil, une ombre parfumée sur le palais.

 Dubonnet est qualifié de "Channel n°5 du gaullisme".

Je me souviens d'une publicité "Dubo, Bubon, Dubonnet".

Sans oublier le Picon bière, le Bitter campari, perroquet ou autre mauresque. Et le "fond de culotte".

Une Suze-Cassis.

 Je me souviens surtout du Byrrh. Je revois une publicité affichant une silhouette féminine de la Belle époque, choucroute rousse, robe verte et un verre du précieux breuvage aux lèvres. Une autre présentant un gargantuesque moustachu sifflant une bouteille cul sec. Inscrit en lettres rouges : "Tonique et hygiénique".

La douceur des choses.

 

Je me souviens des bonbons que j'achetais quand ma mère ou ma grand-mère me donnaient quelques pièces après une bonne note. 

Les Mistral-gagnant, Carensac, Mint'ho, "caramels à un franc", "carambar d'antan", Coco Boer, vrais roudoudous, le Zan (Un gamin aurait dit jadis : "Z'en veux, maman, donne-moi-z'en !", le slogan serait tombé dans la foulée : "Donne-moi Zan" !" 

 Bien vu.

Les automobiles ?

 Je me souviens de la Ford Mustang dans Un homme et une femme de Lelouch, de la 2CV conduite par Bourvil qui se désintègre après avoir été percutée par une Rolls au volant de laquelle peste un certain Léopold Saroyan, de la Renault 16 des Galettes de Pont-Aven, ou encore de la Maserati Ghibli pilotée par Maurice Ronet dans La Piscine. Et la DS.

 Je me souviens de la marque Igol qui s'affichait sur des cendriers et sur des silhouettes de pin-up des années 50. Je me souviens d'une sirène Dunlop, d'une BB vantant les pneus Continental, ou encore d'une miss Point Bleu, emblème des autoradios Blaupunkt.

 Le Cinzano, le Cherry Brandy Maurice Chevalier.

Le Teppaz faisait alors tourner le monde.

"Teppaz vous apporte la joie."

C'était le temps des surprises-parties, on écoutait Sheila, Françoise Hardy, Johnny et Sylvie Vartan.

 Aujourd'hui encore, tout le monde se souvient : Laisse mes mains sur tes hanches, La plus belle pour aller danser, La Passionna de Guy Marchand, Laisse tomber les filles de France Gall, Belles, belles, belles de Clo-Clo, Le jazz et la java de Nougaro, mais aussi Retiens-ta nuit, Je m'voyais déjà, Aline, Twist à Saint-Tropez, La Madrague, L'école est finie, Capri c'est fini, Et moi, et moi, et moi...

​​​​​​​ Des tubes qu'on écoutait dans les boums mais aussi dans les bars et les bistrots.

Il suffisait de glisser une pièce dans le juke-box.

Puis de danser un slow.

La suite prochainement.

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Published by Régis IGLESIAS - dans Les souvenirs de ...
21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 15:29
Piaf

"Extrait du livre "Piaf : Un mythe français de Robert Belleret.

 

 Situé à mi-pente de Ménilmontant, l'immeuble du 72, rue de Belleville est un bâtiment un  peu défraîchi mais qui n'a rien de sordide ni de vétuste. En levant les yeux, on découvre une plaque scellée sur la façade : "Sur les marchés de cette maison naquit le 19 décembre 1915 dans le plus grand dénuement Edith Piaf dont la voix, plus tard, devait bouleverser le monde."

 

 L'histoire raconte que c'est pour calmer un spectateur mécontent qui en voulait pour son argent que son acrobate de père aurait un jour proposé qu'Edith, par compensation, chante une petite chanson. Elle dira avoir interprété le refrain de La Marseillaise, faute e connaitre un autre répertoire. 

 Aurait-elle été sevrée de comptines que tous les enfants connaissaient alors par la transmission orale des parents ou grands-parents ? Le Roi Dagobert, Frère Jacques, La Mère Michel, A la claire fontaine, Sur le pont d'Avignon, il pleut, il pleut, bergère...

La suite ? Edith dira avoir appris assez vite, à l'initiative de son père, plusieurs rengaines comme Nuits de Chine ou Voici mon coeur.

A l'époque, les chanteurs de rues et de cours pullulent et jusque dans les années 50 combien fûmes-nous à envelopper quelques pièces dans un bout de journal pour les lancer à l'artiste, plus ou moins doué, qui entonnait tous les classiques de la chanson française ? Les boeufs, Le Temps des Cerises, Quand Madelon, Nuits de ChineOn a pas tous les jours vingt ans, Sous les ponts de Paris... 

Ensuite, elle interprétera des chansons du répertoire de Damia : La Veuve, La suppliante, Les Naufragés... Mais aussi des succès moins sombres comme J'ai deux amours, créé par Joséphine Baker, La Mauvaise Prière, Sur la Riviera, créé par Fréhel, La Valse brune ou l'inusable Nuits de chine.

"J'habitais Barbès, Pigalle, Clichy, les rues de lumières, les rues de plaisir. J'ai eu froid, j'ai eu faim mais j'étais libre. Libre de ne pas me lever, de ne pas me coucher, de me saouler, de rêver, d'espérer..."

Edith racontera aussi son jeu de cache-cache avec les gardiens de la paix qu'on appelait alors "les hirondelles", patrouillant par deux, à bicyclette - et évoquera l'un d'eux qui accepta de fermer les yeux si, avant de changer de secteur, elle lui chantait J'ai l'cafard, l'un des grands succès de Damia et Fréhel.

 Elle fut engagée par Leplée à laissé après avoir chanté des ritournelles "qui allaient des âpres refrains de Damia aux mélodies douceâtres de Tino Rossi" moyennant quarante francs par jour, avec trois chansons fleurant bon la rue et la misère : Nini peu d'chien, La Valse brune et surtout Les Mômes de la cloche, créé par Mistinguett.

"C'est nous les mômes, les mômes de la cloche.

Clochards qui s'en vont sans un sou en poche.

C'est nous les paumés, les purées d'paumés.

Qui sommes aimées un soir, n'importe où...

A l'invitation pressante de Leplée, Marcel Bleustein-Blanchet, propriétaire de Radio-Cité, lancé un mois plus tôt, vient l'écouter au Gerny's et, convaincu et étonné, envoie sur place son directeur de programmes, Jacques Canetti qui propose à Piaf de venir participer dès le lendemain à l'émission.

La suite prochainement.​​​​​​​

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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 23:26
La souris verte

"Un roman magnifique de Robert Sabatier, morceaux choisis :

Comment un homme peut-il être à ce point hanté par un souvenir de jeunesse ? Je n'en finirais pas de m'interroger. "Si tu poses des questions, tu n'obtiendras que des réponses !" dit un proverbe africain.

En ce temps-là, on arrosait la terre avec du sang, des larmes, et il poussait de petits dictateurs. Naissaient des sigles, R.P.F, P.P.F., L.V.F, S.O.L. préfigurant la Milice, tandis que les quatre D détestés : Marnand, Déat, Degrelle, Doriot se grisaient de leur déchéance..."

 J'ai trouvé ces lignes juvéniles sur les pages d'un cahier à reliure spirale portant la date 1942.

 Toute guerre a l'intérêt de nous enseigner la géographie. que savais-je d''El-Alamein, de Stalingrad ou de Pearl Harbor avant de planter ces drapeaux faits d'une épingle et d'un papier replié peint aux couleurs d'une nation sur une mappemonde fixée au mur de ma chambre ? 

Nous étions en 1942. "Plus un pas en arrière !" avait proclamé le maréchal Staline.

 

 Une affiche proposait l'échange d'un litre de vin contre deux cents grammes de cuivre : on attirait le Français réputé ivrogne avec du vin comme les rats avec du fromage.

 Comme pour mes héros médiévaux, j'avais l'obsession des noms propres : Eisenhower, Montgomery, Clark répondaient à Paulus, Keitel, Brauchitsch ou Guderian. En France, on ne parlait que d'amiraux, Auchan, Platon, Abrial, Decoux, Esteva, Michelier tandis que la Flotte se sabordait à Toulon.

 De sottes affiches témoignaient de la duperie de la Relève des prisonniers : "Ils donnent leur sang. Donnez votre travail.", ou "Je suis heureuse. Mon mari travaille en Allemagne."

C'est à ce moment-là que je l'ai rencontré. La première fois, elle me parla de photographies et de son oncle. Il tenait un rôle de Bel-Ami comme dans ce film allemand que je ne voulais pas voir. Elle me dit :

- Je ne suis pas une guerrière. Seulement une traductrice. Le nom est Nachrichtenhelferinnen. Comme ce serait trop difficile à prononcer, vous dites "souris grises".

 J'aurais préféré une autre couleur, "souris verte" par exemple. Vous savez : Une souris verte qui courait dans l'herbe...

- ... Je l'attrape par la queue...

- ... Je la montre à ces messieurs..."

 

Plus tard, allongé dans mon lit, j'entrepris d'écouter la B.B.C.

A force de caresser le bouton de l'appareil et de tendre l'oreille. au contraire des grincements haineux de Jean-Harold Paquis sur Radio-Paris, j'appris l'ouverture de négociations entre de Gaulle et Giraud, puis après les curieux messages personnels, j'entendis la Voix des Belges libres qui se terminait par cette phrase : "Allez, les Belges, au revoir et courage, on les aura, les boches !"

J'allai à la fenêtre. Sur le trottoir d'en face, une fillette sautait à la corde. J'en étais là quand je vis celle que je ne voulais pas attendre. Elle sourit à la fillette, lui parla, lui caressa la tête et traversa la rue. je compris que je n'aurai pas le courage de faire le mort. Je me répétai alors qu'elle n'était pas allemande, qu'elle ne pouvait pas être une allemande. J'étais près de la porte avant même qu'elle eut sonné.

Je l'entend encore : "Je sais : personne ne nous regarde. C'est pourquoi il y avait des panneaux d'indication en allemand partout dans les grandes artères. Nous appelons Paris Die Stade orne Blick, la ville sans regard.

 Pour les Allemands, c'était champagne, cognac, femmes dénudées, strass et faux luxe, plaisirs frelatés. Pour eux, Paris était une récompense. Il existait un slogan : Jeder einmal in Paris, "Chacun une fois à Paris".

 Puis elle murmura : "Marc..." et je dis : "Maria..."

 

 Je n'avais jamais connu un tel émoi ; je ne devais jamais le retrouver auprès d'autres femmes. Le temps cessa d'exister.

 La suite ? Elle voulait connaître Paris par mes yeux, librement, comme si elle n'était pas une Allemande. Parc cette parole, par cette allusion à la liberté, j'eus cette pensée que les occupants étaient plus prisonniers que nous.

Je reçus les commentaires de Mme Olympe : Ah ! jeunesse.. Tu as bien raison, va ! Comme dit la chanson, "Il faut cueillir le printemps !" Vingt ans c'est la belle âge..."

Aujourd'hui, chaque quartier me porte confidence d'un souvenir. Je revois encore Maria qui fit danser ses doigts en signe d'au-revoir. Elle esquissa ce sourire éclatant qui me faisait fondre.

 Tous ceux qui ont aimé longuement, ardemment, et, après une longue attente, reçu l'offrande d'un corps comprendront ce que je ressentis : l'éblouissement, une vague d'effroi devant la féminité, une ferveur, mille sentiments et sensations mêlés qui m'enflammèrent et me modérèrent tour à tour en m'inspirant désir et délicatesse.

 Des riens m'apparurent : écorces d'orange, fleurs séchées, billes de verre, soldat de plomb, collier d'attaches-trombones.

 Toute ma chambre sembla s'éveiller.

 Pour ouvrir les portes de la félicité, j'avais mon sésame : je ne cessais, comme je le ferais durant des années, de répéter le prénom de Maria.

 Maria. Sa voix au téléphone, son pas dans l'escalier, le froissement de sa robe, son rire, sa danse dans mes bras, son visage, sa bouche, sa peau... Notre amour était devenu aveugle de l'éblouissement provoqué par sa propre lumière.

"Venez , mon petit Marc. Après le repas, nous écouterons de la musique.

 

 Dans le brouhaha, les bruits de verres et de bouteilles, des exclamations fusaient, des "Vive Charles !", des bribes d'Internationale, de Jeune Garde, de Drapeau rouge, mêlés à la Marche Lorraine ou à celle des Bat' d'Af', sans oublier des chansons de salle de garde.

"Je viens de l'apprendre par la T.S.F. Messieurs...

Les petits gars, si vous ne le savez pas, j'ai une nouvelle à vous annoncer... Paris est libre ! Oui, Paris s'est libéré tout seul, tout seul, je vous le dis !"

 Ce fut une clameur, des cris de joie, des applaudissements, des embrassades, des danses. Le messager fut porté en triomphe jusqu'au bar où un verre lui fut servi. Le pianiste d'occasion joua La Marseillaise. Le silence fut total.

 Ensuite, on entonna : Il est sur la terre africaine, une, deux, un régiment dont les soldats, dont les soldats... Je revis les défilés allemands sur l'avenue de Versailles : Heidi, Heido, Heida...

 Je chantais moi aussi ou je faisais semblent. J'entendais d'autres voix, d'autres couplets : Une souris verte qui courait dans l'herbe... Tous tes enfants qui t'aiment et vénèrent tes ans... Nous sommes les enfants de Lénine par la faucille et le marteau... Heidi, heido, Heida, ah  ah ah ah...

​​​​​​​ L'étendard sanglant est levé.

Oh ! Maria.

​​​​​​​ Elle chanta : "Mais le plus bonheur n'est plus un rêve."

​​​​​​​Et ce fut tout.

La suite prochainement.

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Published by Régis IGLESIAS - dans Les souvenirs de ...
24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 21:42

"Conseil de grand-mère : "La chicorée, c'est la santé."

Olé.

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Published by Régis IGLESIAS - dans Les souvenirs de ...
23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 10:33
L'été du grand bonheur

"Un roman de l'immense Georges Coulonges. Morceaux choisis :

 

D'abord un mot de Charles de Gaulle : "Moi qui l'ai connu, c'est à dire estimé et aimé."

 

Dans la rue, les culottes et les jupettes der ribambelles de mouflets. Les mères au foyer ne pouvaient retenir éternellement leur marmaille. Le jeudi après-midi, aux jours de vacances, dans les soirées d'été, elles finissaient par dire :

- Descendez. Mais surtout ne vous éloignez pas. Je veux vous voir de la fenêtre. Et ne traversez pas.

 Les gosses promettaient.

Pendant quelques minutes, ils jouaient sagement dans le caniveau où se déversaient les eaux grasses de la vaisselle. En "luge à roulettes", ils dévalaient la rue.

 

Certains voyageurs arrivaient en taxi. Ils étaient rares. En fiacre. Encore plus rares. La plupart descendaient du tramway.

Le train démarra. trois marins parvinrent à s'accrocher à une voiture protégeant sur leur tête leur béret à pompon rouge.

C'est nous, les gars de la marine,

Quand on est dans les cols bleus,

On a jamais froid aux yeux.

On se retrouvait au "Dépôt". C'était un bistrot. Une buvette plutôt où se retrouvaient les cheminots et où trônait Rouquette, un Aveyronnais qui avait toujours sur son zinc une assiette de charcuterie. Au moment propice, il la glissait vers le chaland :

- Boire sans manger n'est pas meilleur que manger sans boire.

Un cantonnier, un ouvrier de "la bricole" dépliaient leur Opinel. Ils se coupaient une tranche de pâtée.

Un soir de 34, le tricot de la mère Rouquette fleurait bon les tripoux. Se léchant déjà les babines, le patron gagna discrètement la cuisine. Il en revint presque aussitôt.

A sa tête, on comprit que l'affaire était grave :

- Venez.

Madame Rouquette avait l'oreille collée au poste de TSF.

Les hommes s'approchèrent, essayant d'entendre.

Rouquette, bientôt, laissa tomber.

- Il y a des morts.

C'était le 6 février.

Tous criaient "La France aux Français.", "Vive la France !", "C'est Pétain qu'il nous faut." Et on demandait de plus en plus fort, de plus en plus souvent : du pain, du travail.

Le blocage des salaires conduisait aux loyers impayés. Aux dettes chez l'épicier. A la nourriture refusée tant que la dette ne serait pas réglée. La marie organisait des soupes populaires. Des gens défaits, pitoyables tendaient leurs bras maigres vers un ragoût de pommes de terres.

 Monsieur Laval annonçait alors son programme : "Il y a en France 500 000 chômeurs. Il y a 500 000 étrangers. Je mets les étrangers à la porte : il n'y a plus de chômeurs en France."

Cette simplicité plaisir à beaucoup.

Là, las, Loulette faisait ses adieux à Luigi. Deux lèvres effleurant deux lèvres. Le temps d'un petit bonheur. Dans les larmes.

 

 Au cinéma, les enfants payaient demi-tarif grâce aux vignettes trouvées dans l'emballage des tablettes de chocolat.

​​​​​​​ Une question emplissait son esprit : comment un garçon qui avait le sourire de Jean-Pierre Aumont, la tête blonde de Pierre-Richard Wilm, la souplesse musclée de Johnny Weissmuller, universel tarzan, oui comment un type qui, comme Mermoz, semblait poser son regard au-delà des cimes, pouvait-il être instituteur dans son quartier ?

 

 Madame Lajute avait laissé sa fenêtre ouverte et les auditeurs de Radio-Toulouse passaient une demi-heure en compagnie de Tino Rossi :

Vieni, Vieni, Vieni

Tu sei bella, bella, bella

A canto a me...

 Loulette ferma les yeux. En voyage. A Venise, un gondolier chantait pour elle... A Naples, un prince jouait de la guitare...

Marinella

Ah ! Reste encore dans mes bras.

Avec toi, je veux jusqu'au jour

Danser cette rumba d'amour.

Loulette n'était jamais allé au bal. Pourtant, son corps imagina cette rumba l'emportant loin de Marengo.

La suite ?

- Vive la république !

L'Internationale jaillit de toutes les poitrines, suivie aussitôt de La Marseillaise :

Aux armes, citoyens !

Formez vos bataillons !

- Je te paye un tour de jeu de massacre. A une condition : tu tires toujours sur la gueule du milieu.

Les caricatures rougeaudes, poilues, bigleuses de gendarme, prêtre, cantatrice encadraient la tête hargneuse d'Adolf Hitler.

 Des cris : "Halte au fascisme ! Pain ! Paix ! Liberté !

Un enthousiasme qui avait gagné la ville. On chantait et on jouait de l'accordéon derrière les murs des entreprises.

Latécoère avait renvoyé trois ouvriers ayant refusé de travailler le 1er mai la grève avait éclaté et s'était généralisée. Les rues n'avaient plus de tramway. Plus de vitrines.

 Grand admirateur de Georgius, monsieur Bourgarel (du rayon literie) attaqua, révélant au public que :

L'grand culot et Nana

Sur un air de java

S'connurent au bal musette

Sur un air de javette

... Elle'lui dit : "J'ai l'bégaie"

Sur un air de javin

Il répondit : "Tant mieux !"

Sur un air déjà vieux !

Comblé, l'auditoire soutint joyeusement l'artiste :

Ah ! Ah ! Ah Ah ! Ecoutez ça si c'est chouette !

Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! C'est la plus bath des javas !

Ca l'était tellement que, gardant le rythme à trois temps, l'accordéon passa à la plus bath des valses :

On l'appelait le dénicheur

Il était rusé comme une fouine

C'était un gars qui avait du coeur

Et qui dénichait des combines.

 

 Tout le monde s'était levé. Tout le monde tournait.

 

... C'est la valse brune

Des chevaliers de la lune.

 

... C'est un mauvais garçon

Il a des façons pas très catholiques

On a peur de lui

Quand on le rencontre la nuit.

 

 Elle ouvrit ses bras.

Il prit sa taille avec un plaisir plus grand que son assurance. Au couplet, il fredonna à l'oreille de sa cavalière :

- Nous, les paumés,

Nous ne sommes pas aimés

Des bons bourgeois

Qui nagent dans la joie.

 

C'était l'heure du déjeuner. Des planches sur des tréteaux remplacèrent l'accordéon. Dans la rue, des épouses, des maris, des adolescents accrochèrent des paniers de victuailles à une chaînette lancée depuis le toit de la remise.

Ensuite, deux "bolcheviks" s'emparèrent d'un jeu de cartes. Ils battirent, coupèrent, distribuèrent.

 Les gens se mirent à chanter

 

On fait n'petite belote

Et puis, ça va.

 

C'était ça, une grève gaie.

​​​​​​​- Non seulement ces fainéants chantent et dansent au lieu e travailler, mais des saltimbanques viennent leur donner le spectacle !

​​​​​​​ Leonor voulut le calmer : il s'agissait d'artistes mineurs. Sans talent, sans avenir : Maurice Baquet, Agnès Capri, Jean-Louis Barrault, les frères Mouloudji, Raymond Bussières, Jacques Prévert, Gilles Margaritis...

- Et Mistinguett ? Hein ? est-ce une traîne-savates, Mistinguett ?

 Or, Mistinguett chantait pour les demoiselles de magasins ! Pour les tourneurs, les ajusteurs, les carrossiers !

 On trouvait aussi cet élégant Jean Sablon qui, si délicatement, chantait Le Petit Chemin qui sent la noisette.

 

- Où voudrais-tu aller ?

- Là ou il y a de l'eau.

Il aurait pu lui conseiller d'aller voir Chaplin dans Les Temps modernes...

Ou danser dans les jardins parfumés. Comme dans Une nuit à Monte-Carlo.

 Partout s'entendait la joie de projets qu'on mènerait à leur terme. Toutes difficultés vaincues.

 Une femme à sa fenêtre lançait à sa voisine :

- Heureusement, l'été on s'habille d'un rien.

Plus loin :

- Le fiston va venir, ça fait trois ans qu'on a pas vu le petit.

- C'est le plus beau 14 juillet que j'ai jamais vu.

- Tu te rends compte, avec Antoinette, on devait aller à Perpignan : on va à Nice !

- C'est Léo Lagrange qui a obtenu ça.

Il partit, maîtrisant une bicyclette qui, cette fois, frétillait de bonheur.

Loulette était rayonnante.

Les voyageurs l'étaient aussi.

Tout va très bien , madame la Marquise était en train de devenir un hymne.

 Les jeunes étaient euphoriques. L'un d'eux chantait :

 

Pour promener Mimi,

Ma p'tite amie Mimi

Et son jeune frère Toto,

J'ai une auto.

 

Son copain préférait les voies de l'eau :

 

Partir sur une péniche

Aux îles Sandwich

Quand on est pas riche !

 

Ce qui conduisait tout le monde à reprendre en choeur cette autre chanson, elle aussi venue à son heure :

 

Y a d'la joie

Bonjour , bonjour les hirondelles.

 

 Poulette écoutait, ravie. Et voilà que lorsque la chanson de Trenet en vint à :

 

Miracle sans nom à la station Javel

On voit le métro qui sort de son tunnel

 

Lorsqu'ils furent au sommet, Loulette s'arrêta. Figée devant cet infini de soleil et de sable. D'eau calme rejoignant le soleil et l'infini. De vagues, brillantes. Argentées. Insatiables.

- Elles ne s'arrêtent jamais ?

- Jamais.

Ils restèrent ainsi.

regardant l'océan.

L'inconnu.

 

 Faces rigolardes tournées vers la maison des vacances, les turbulents entonnèrent :

 

Je l'appelle ma p'tite bourgeoise

Ma Tonkiki, ma Tonkiki, ma Tonkinoise !

 Avec une villa pareille, il serait surprenant qu'ils attaquent J'irai revoir ma Normandie !

C'était l'heure de l'apéritif dansant. L'orchestre jouait un slow.

Pour accompagner la morue. "L'huile Pascaux : l'huile qu'il vous faut."

Benoîte prit les vêtements, enfourcha son vélo et partit vers la dune.

Personne.

La forêt chantait

Auprès de ma blonde

Qu'il fait bon, fait bon, fait bon !

Benoite pédala.

Un grand garçon marchait en serre-file.

 

La caille, la tourterelle et la jolie perdrix...

Tous les oiseaux du monde viennent y faire leur nid.

 

A la claire fontaine

M'en allant promener...

 

AUX JEUNES, IL NE FAUT PAS TRACER UN CHEMIN, IL FAUT OUVRIR TOUTES LES ROUTES.

LEO LAGRANGE

UNE AUBERGE DE JEUNESSE EST UNE PORTE OUVERTE. ON NE SAIT PAS D'OU TU VIENS ; ON NE SAIT PAS OU TU VAS ; ON NE SAIT PAS QUI TU ES MAIS TU ES L'AMI.

MARC SANGNIER

​​​​​​​On ajouta seulement quelques branchettes. Pour un petit d'adieu accompagnant la dernière chanson. Celle que l'on chantait dans les bois au rythme de la marche et que, à cet instant, d'un commun accord, on attaqua avec la douceur de la nuit.

A la claire fontaine, m'en allant promener

J'ai trouvé l'eau si claire

Que je m'y suis baigné.

Les yeux de Loulette tombèrent sur Clément. Il la regardait. Ne bougeait pas. Il riait. Elle pensa qu'il chantait pour elle :

Il y a longtemps que je t'aime

Jamais, je ne t'oublierai.

Le dernier petit-déjeuner avalé, les bols lavés, essuyés, rangés, chacun mit ses chaussettes, laça ses croquenots, pris sur son dos le sac ou la musette contenant le pique-nique : oeufs durs et pommes de terre bouillies.

Debout ma blonde, chantons au vent

Debout, amis !

Il va vers le soleil levant,

Notre pays !

 

La joie te réveille, ma blonde,

Allons nous unir à ce coeur.

Marchons vers la gloire et le monde

Marchons au-devant du bonheur.

Ayant terminé leur repas, les jeunes chantaient à tue-tête Nous irons à Valparaiso. Restés sur le banc, se tenant par les épaules, ils accompagnaient leur refrain de forts balancements, à droite, à gauche :

Hardi, les gars ! Vire au guideau !

Good by farewell ! Good bye, farewell !

Hardi les gars, adieu Bordeaux !

Hourra ! Oh Mexico ! Oh ! Mexico... Oh ! Oh ! Oh !

Les autres entonnèrent un hymne d'accueil :

Elle est des nôtres !

Elle devient Ajiste comme les autres !

Tout le monde se leva et, unanimes :

En avant, jeunesse de France

Faisons se lever le jour !

La victoire vers nous s'avance,

Fils et filles de l'espérance,

Nous ferons se lever le jour ! 

A nous la joie, à nous l'amour !

 

Nous sommes la jeunesse ardente

Qui vuet escalader le ciel

Dans un cortège fraternel

Unissons nos mains frémissantes

Sachons protéger notre pain

Nous bâtiront des lendemains

Qui chantent !

 

Un ciel rayonnant nous convie

A la conquête du bonheur

Avec vos vingt ans d'un seul coeur

Le monde entier se lève et crie :

"Place, place au travail vainqueur

Chantons amis ! Chantons en choeur la vie !"

La guerre était oubliée, on avait la TSF, le phonographe sur le quel on faisait chanter la cire, on avait des congés.

- Putain quelles vacances, c'est les plus belles de ma vie !

"Mon cher Léon,

On est bien aise comme c'est pas possible. Chanceux. C'est grâce à toi. On t'en remercie tous. Les filles t'embrassent et nous on te serre la poigne."

- Yeux marrons : c'est tout bon ; yeux bleus : c'est au mieux ; yeux verts : c'est pervers.

Ils chantaient Youkaïdi-Youkaïda.

 

Les copains se rassemblaient autour du feu :

 

Quand nous chanterons, le temps des cerises

Et gai rossignol, et merle moqueur

Seront tous en fête...

Benoite se tut. ressentant une petite jalousie. Elle se souvenait de son temps des cerises.

Mais il est bien court ...

... Tellement court qu'elle se demandait s'il avait jamais existé.

C'est de ce temps-là que je garde au coeur

Une plaie ouverte.

Benoite avait cueilli une nouvelle chanson.

Nous sommes la jeune France,

Nous sommes les gars de l'avenir,

Elevés dans la souffrance,

Oui, nous serons vaincre ou mourir.

Nous travaillons pour la bonne cause

Pour délivrer le genre humain

Tant pis, si notre sang arrose

Les pavés de notre chemin

Plus fort que tout le monde, carotte entra dans le refrain :

Prenez garde ! Prenez garde !

Vous les sabreurs, les bourgeois, les gavés !

V'la la jeune garde ! V'la la jeune garde !

Qui descend sur le pavé.

Puis le dernier couplet :

Nous ne voulons plus de famine

A qui travaille, il faut du pain

Demain, nous prendrons les usines !

La suite prochainement.​​​​​​​

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Published by Régis IGLESIAS - dans Les souvenirs de ...
3 août 2016 3 03 /08 /août /2016 15:54

"Morceaux choisis du livre de Bernard Reval "L"homme à la cravate à pois" :

 

"Je n'ai pas vraiment connu la bohême. Juste une sorte de solitude des grandes villes, quand les copains se recrutent au bistrot et que tout le monde se moque de qui tu es vraiment."

 

22 mai 52, Piaf insère la chanson Je t'ai dans la peau entre L'hymne à l'amour, La vie en rose et L'Accordéoniste.

 

"Mes mains dessinent dans le soir

La forme d'un espoir...

 

Lucienne Boyer, la voix de Parlez-moi d'amour, crée la chanson à L'Alhambra, provoquant une demande record de ces fameux petits formats que l'on s'arrache alors, dans les rues et chez les marchands de musique. La partition va se vendre à plus d'un million d'exemplaires ; chiffre colossal si l'on songe que ce n'est que du bouche à oreille.

 

Une dédicace : "Je crois bien que vous êtes le meilleur nouveau que j'ai vu depuis longtemps."

Maurice Chevalier

 

En 53, Bécaud se lance avec Mes Mains et Les Croix. Piaf chante Johnny tu n'es pas un ange et Tino Rossi, André Dassary, Luis Mariano, Georges Guétary continuent leur opération charme. On fredonne également Comme un p'tit coquelicot, de Mouloudji.

C'est aussi le temps de Cerisier rose et Pommier blanc.

54 ? Brassens lance sa Chanson pour l'Auvergnat. Brel est sur les routes de France, là où le cri de l'abbé Pierre, son désarroi pour les exclus, et la fin pour la France de la guerre d'Indochine. Le Viet-nam va entrer dans une période de paix. C'est sûr, enfin, on le dit...

 

La suite ? La France affiche une certaine douceur de vivre. Le départ des soldats du contingent pour l'Afrique du Nord et l'insurrection de Budapest n'altèrent nullement cet optimisme. Annie Cordy chante Hello le soleil brille et Henri salvador Faut rigoler ! Le public se presse au cinéma pour découvrir Et Dieu créa la femme, de Vadim.

 

Le 30 décembre 59, l'année se prépare à tourner la page. A la radio, Pierre Mendelssohn anime Paris Cocktail où la bombe Hallyday est amorcée avec une adaptation d'un succès de Presley Let's have a party.

 A la télévision, dans la dramatique Les Cinq dernières minutes, Colette Déréal surnommée le "Bécaud féminin" est propulsée, du jour au lendemain, au firmament des stars avec Ne joue pas. Henri Genès lance La Gazette de San Pedro ou Le facteur de santa Cruz.

 Vite, sortir de l'enfance !

 

1961. Europe numéro 1 interroge ses auditeurs et arrive à la conclusion suivante : les chanteurs les plus demandées sont Brassens, Bécaud et DistelLe jour se lève et Bécaud ne va pas tarder à poser la question qui fera le tour de la planète.

Et maintenant que vais-je faire ?

Le point de départ : un vol Nice-Paris, Elga Andersen vit la fin d'un grand amour et se confie à son voisin, le passager Gilbert Bécaud, qui tente de la réconforter, se laissant expliquer le drame par la jeune femme meurtrie. Vous connaissez la suite.

 

La suite prochainement.

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1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 09:44
C'est le moment
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Published by Régis IGLESIAS - dans Les souvenirs de ...
24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 15:37
Les souvenirs de Gilles Durieux

"J'ai neuf ans quand, dans notre estaminet, je suis élevé à l'Edith Piaf. Je suis le préposé au phono. Je change les aiguilles. Je classe les 78 tours. Poulidor et Anquetil n'existent pas encore. C'est Polydor et Edith.

Ses chansons créent l'ambiance au bistrot où l'on écluse sec du gwin ruz (vin rouge). On prise et chique, aussi. On l'écoute du matin au soir, la Môme avec quelques pauses, ici et là, occupées par les tchi chi de Tino Rossi ou par les maçons chantant une chanson de Maurice Chevalier.

Les Fridolins sont là, à cette époque, dans le village. Quand l'un d'entre eux franchit le seuil du café, comme par hasard la Piaf entonne Le fanion de la légion ou d'autres chants patriotiques.

 Les poivrons, titubant, se mettent tant bien que mal au garde-à-vous, face à l'ennemi. Radio-Paris ment, alors on branche radio-Londres. Les temps changent. On refuse de chanter Maréchal nous voilà. Il y a du zazou dans l'air, du New Orleans sur les Teppaz.

 

La suite ? je me souviens d'un tour de chant des Compagnons avec Edith en 47 avec les Trois Cloches, d'un certain Gilles l'Helvète.

"A peine, à peine une flamme

Encore faible qui réclame

Protection, tendresse, amour."

Le 24 septembre 48, mon père n'hésite pas à me réveiller, à 3 heures du matin, pour écouter la retransmission du combat Marcel Cerdan contre Tony Zale. Le "bombardier marocain", avec brio, triomphe.

 Nous savons qu'Edith est au premier rang du ring et qu'elle trépigne de bonheur. La France entière pavoise. On est champion du monde et Edith à trouvé son homme. 

Ensuite, on a pleuré Marcel Cerdan."

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Published by Regis IGLESIAS - dans Les souvenirs de ...
23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 20:39
Vive les dimanches !

Un livre de Marc Lemonier. Extraits :

 

Dimanche m'attend..."

Jacques Audiberti

 

Dans les années 30, la chanteuse Mireille gazouillait une oeuvrette composée avec son complice Jean Nohain :

 

"Lorsque l'horloge sonne midi, midi

Au bureau plus personne, personne jusqu'à lundi..."

 

Une journée de liberté

Reprenons en coeur cette immortelle chanson de Bézu :

 

"Vive le dimanche

Et les jours fériés

Tous les jours, j'y pense

Ca m'fait patienter !"

 

Pour la jeunesse, le samedi soir est un temps de fête. "Le P'tit bal du samedi soir", chanté par Georges Guetary dans les années 50, a longtemps symbolisé ce temps suspendu :

 

"Le p'tit bal du samedi soir

Où le coeur plein d'espoir

Dansent les midinettes"

 

Se réveiller très tôt, promesse d'un plaisir particulier, un voyage, une aventure - puisque l'aventure , "commence à l'aurore..." comme le chantait Jacques Brel.

Comment pourrait-on resté couché quand on a prévu d'aller à la mer, de déjouner sur l'herbe, de chasser la perdrix ou de se rendre à l'aube dans une brocante, quand les bonnes affaires se font "au cul du camion" ?

 

La sieste

Yvan Audouard, ami intime de Marcel pagnol, affirmait dans le recueil de souvenirs qu'il lui consacra : "En Provence, le soleil se lève deux fois, le matin et après la sieste."

Et la chanson de Moustaki qui a fait tant d'émules :

 

"Le soleil s'est posé là-haut,

Léger comme un matin de P^aques

Moi, je suis couché sur le dos

Dans mon hamac."

 

Et du vin blanc ! Un pichet !

On se souvient de Jean Gabin quand il fredonne une chanson qui résume toute la joie de vivre des dimanches à Nogent :

 

"Le dimanche, viv'ment

On file à Nogent

Alors brusquement

Tout paraît charmant !

Quand on s'promène au bord de l'eau

Comme tout est beau."

 

Gégène, jovial et accueillant, sait recevoir les artistes. Bourvil et Jean-Marc Thibault interprètent une chanson écrite par Roger Pierre, un habitué des lieux :

 

"A Joinville-le-Pont

Pon ! Pon !

Tous deux nous irons

Ron ! Ron !

Regarder guinchez

Chez chez

Chez Eugène"

 

La suite prochainement.

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Livre d'or

Première affiche

 

  "MA MAMIE M'A DIT"  

Spectacle nostalgique 

 

"On nous avait promis la magie, promesse tenue : un spectacle plein de féérie de souvenirs où chacun se retrouvait. Une belle énergie. Les résidents ont adoré. Merci." Marie ("La Clairière de Luci" - Bordeaux)
 
"Formidable ! Nous sommes tous remontés dans le temps, nous avons vingt ans, on a ri, on a presque pleuré et surtout on a chanté. Merci." Cathy (Arles)
 
"Un véritable petit chef d'oeuvre" ; "La légion d'honneur pour la créativité" "Un véritable artiste" ; "Après-midi formidable" ; "Absolument parfait" ; "Une rétrospective originale" ; "Un très bon moment d'évasion". Propos recueillis à la résidence Emera d'Angoulême  
 
"Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux... C'était magnifique. Nous avons revu toute notre jeunesse et notre enfance. Et c'est beau de redevenir jeune dans l'ambiance d'autrefois." Aimée et Janine
 
"Les chansons, les réclames et les anecdotes ont transporté les résidents dans leur enfance. Une après-midi de nostalgie mais aussi de chansons et de rires. Merci encore pour ce magnifique spectacle." Sandrine
 
"Spectacle complet, tellement agréable et thérapeutique pour nos personnes âgées, encore félicitations !" Docteur Souque
 
"Un choix extraordinaire de chansons, des moments magiques, des photos magnifiques, vous nous avez mis de la joie dans le coeur. Et retrouver sa jeunesse avec tous ces souvenirs, ça fait plaisir et j'espère que vous reviendrez nous voir." Mme Lorenzi (Juan-Les-Pins)
 
"Pour ma fête, par un pur hasard je me suis retrouvé dans un club de personnes âgées où j'ai pu assister à votre spectacle sur le passé. Cela m'a rappelé mes grands-parents et mes parents et c'était vraiment un moment magique." Josette, La Roque d'Antheron
 
"Bravo bravo bravo Regis, c'est le meilleur spectacle que j'ai vu depuis que je fais le métier d'animatrice." Bénédicte La Salette-Montval (Marseille)
 
"Je n'imaginais pas lorsque je vous ai accordé un rendez-vous que vous enchanteriez pendant 1 h 1/4 les personnes âgées d'une telle façon. Merci pour votre prestation qui a fait revivre les moments publicitaires, évènementiels et musicaux de leurs vies." Michelle, CCAS de Toulouse
 
"Un super voyage dans le temps pour le plus grand plaisir des résidents. Merci à Régis pour cette magie et à bientôt." Brigitte (Lunel)
 
"Enfin un retour à notre "époque". Quel bonheur, que de souvenirs, quelle belle époque ou l'amitié était de mise. Merci pour cette très belle après-midi, on s'est régalé avec ce très très beau spectacle". Danielle (Mirandol)
 
"Super - divinement bien -  tout le monde était enchanté même que M. Benaben a dit : "Vous nous avez donné l'envie de revivre notre vie"." Sylvie (Sainte Barthe)
 
"Un grand merci pour ce bon moment et je crois, je suis sûre, qu'il a été partagé par mon mari." Mme Delbreil
 
"Une féérie de l'instant." Christian
 
"Beaucoup d'émotion dans ce spectacle plein de chaleur et d'humanité." Sylvie
 
"Une soirée inoubliable. Continuez à nous émerveiller et faites un long chemin." Claude
 
"Le meilleur spectacle que j'ai jamais vu. De loin." Tonton Kiko
 
"C'est bien simple, je n'ai plus de Rimmel !" Claudine (seconde femme de Tonton Kiko)
 
"A ma grande surprise, j'ai versé ma larme. Tu as atteint mon coeur. Bravo pour ces sentiments, ces émotions fortes, j'ai eu des frissons par moment." Ta couse Céline
 
"Redge, encore un bon moment passé en ta présence. On était venu plus pour toi que pour le spectacle, mais quelle agréable surprise ! On est fier de toi, continues d'oser, de vivre !" Pascale
 
"J'avais froid, un peu hagard, l'humeur moribonde et puis voilà, il y a toi avec toute ta générosité, l'intérêt, l'affection que tu as toujours su apporter aux autres, à moi aussi et Dieu sait si tu m'as rendu la vie belle depuis qu'on se connaît comme tu as su le faire une fois de plus." Jérôme
 
"Ce spectacle est nul à chier et je pèse mes mots." Gérard
 
memoria.viva@live.fr

Ma Mamie m'a dit...

Madka Regis 3-copie-1

 

COLLECTION "COMEDIE"

Mamie est sur Tweeter

Mamie n'a jamais été Zlatanée !

Mamie doit travailler plus pour gagner plus

Mamie, tu l'aimes ou tu la quittes

"Casse-toi pauvre Régis !"

Papi a été pris pour un Rom

Mamie est sur Facebook

Papi est sur Meetic

Il y a quelqu'un dans le ventre de Mamie

Mamie n'a pas la grippe A

La petite maison close dans la prairie

 

COLLECTION "THRILLER"

Landru a invité Mamie à la campagne...

Sacco et Vanzetti

Mamie a rendez-vous chez le docteur Petiot

La Gestapo française

Hiroshima

 

COLLECTION "SAGA"

Les Windsor

Mamie et les cigares du pharaon

Champollion, l'homme qui fit parler l'Egypte

Mamie à Tombouctou

 

COLLECTION "LES CHOSES DE MAMIE"

Mamie boit dans un verre Duralex

Le cadeau Bonux

Le bol de chocolat chaud

Super Cocotte

Mamie ne mange que des cachous Lajaunie

 

COLLECTION "COUP DE COEUR"

Mamie la gauloise

Mamie roule en DS

Mamie ne rate jamais un apéro

Mamie et le trésor de Rackham le Rouge

 

COLLECTION "DECOUVERTE"

Mamie va au bal

La fête de la Rosière

Mamie au music-hall

Mamie au Salon de l'auto

 

COLLECTION "SUR LA ROUTE DE MAMIE"

Quand Papi rencontre Mamie

Un Papi et une Mamie

Mamie fait de la résistance

Mamie au cimetière

24 heures dans la vie de Mamie

 

COLLECTION "MAMIE EXPLORE LE TEMPS"

Jaurès

Mamie embarque sur le Potemkine

Mamie et les poilus

Auschwitz

 

COLLECTION "FRISSONS"

Le regard de Guynemer

Mr et Mme Blériot

Lindbergh décroche la timbale

Nobile prend des risques

 

COLLECTION "MAMIE EN BALLADE"

Mamie chez les Bretons

Mamie voulait revoir sa Normandie !

La fouace Normande

La campagne, ça vous gagne...

Mamie à la salle des fêtes

Launaguet

La semaine bleue

Le monastère

 

COLLECTION "MAMIE AU TEMPS DES COURTISANES"

Lola Montès

Les lorettes

Mme M.

Napoléon III

Plonplon

La marquise de Païva

Mme de Pompadour

Générique de fin