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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 14:31

marseillaise.jpg"Le Petit Journal, là, sous vos yeux.

 

Mamie était toute petite en ce temps-là, pourtant, elle se souvenait. De tout.

  Depuis trois ans, on a tout demandé aux poilus. Ils ont tout donné. L’année précédente, des millions d’hommes ont été acheminés vers l’enfer de Verdun. Les Allemands étaient sûrs de percer à Verdun.

 Les Français ont tenu bon. "On les aura", avait dit Pétain. On les a eus.

 Mais à quel prix !

  Un chiffre résume tout : à Verdun, cette année-là, près d’un million de combattants des deux camps sont tombés. Après quoi, partout à l’ouest, le front s’est enlisé.

 De nouveau, les hommes se sont enfouis dans leurs tranchées. Des Français ou des Allemands, qui attaqueraient les premiers ? Au printemps, les poilus ont su que ce serait eux. Un nouveau général préparait une offensive. Il s’appelait Nivelle.

 Cette fois, comme disait Mamie, on allait voir ce qu’on allait voir.

 Les boches étaient à bout. On allait entrer dans leurs lignes comme dans du beurre. Ils allaient s’enfuir comme des lapins. Même qu’on aurait sûrement du mal à les rattraper. D’ailleurs, Nivelle l’avait dit : "En quarante-huit heures, tout sera réglé."

 La fameuse offensive de Nivelle allait aboutir au plus lamentable des échecs.

 Alors, quelques temps plus tard, très peu de temps, commencèrent les mutineries. Précisément, c’est pour s’être mutinés qu’à Maizy, cinq hommes attendaient la mort.

 Cinq hommes, dont le caporal Vincent Moulia. 

 Mamie a rencontré Vincent Moulia. De tous les condamnés pour l’exemple en 1917, il était le seul, à 91 ans, qui puisse dire : j’étais là.

 Elle est allé le voir dans sa minuscule maison dans les Landes. Il avait bon pied, bon oeil, avec ses cheveux encore noirs, sa superbe moustache et son oeil malicieux.

 Il avait un peu perdu la mémoire, mais n’avait oublié aucune des chansons de ses vingt ans : les cantiques que lui enseignait son curé, l’abbé Verdier, et les paroles plus lestes qu’il avait apprises au régiment.

 

 Moulia est né à Nassiet, le 25 mai 1888, d’un père inconnu et d’une mère journalière.

 Une enfance misérable, mais pas malheureuse.

 Un frère, Joseph. Vincent adore sa mère et il aime bien l’abbé Verdier qui veille sur lui plus que sur les autres gamins du village. Parce qu’il n’a pas de père.

 L’école ? Il n’y va en tout et pour tout qu’entre huit et neuf ans. Le miracle, c’est qu’il saura quand même lire et écrire. Deux ans de service militaire, guère le temps de souffler, et c’est la guerre.

 Un matin, sur les murs de Dax, les petites affiches blanches : mobilisation générale. Moulia part le premier jour. Un saut au village pour embrasser sa mère. Elle pleure, la mère Moulia.

 Le 23 août, il reçoit le baptême de feu. Toute sa vie, Moulia s’en est souvenu et l’a raconté aux siens. On marche, le fusil à la main, le sac sur le dos. Et puis, tout à coup, tac, tac, tac. C’est en face que ça tire. Ça siffle aux oreilles. A côté de vous, il y en a qui tombent. On avance quand même. La première fois, ça produit une drôle d’impression.

 Pourtant, il fait beau le 23. Ce qui cause le plus de peine à ces paysans des Landes qui marchent avec Moulia, c’est que les moisson ne sont pas faites. On avance à travers le blé mûr et ça serre le coeur.

 Le soir, on fait les comptes. Il ne reste pas grand-chose du régiment. "Des pertes terribles", dit le capitaine.

 Tout de suite, c’est la bataille de Charlerois. Pour se protéger des "marmites" qui arrivent en sifflant, dégageant une épaisse fumée noire, Moulia et ses camarades creusent des tranchées. Leurs premières tranchées.

 Il faut les quitter - très vite - pour attaquer. L’ennemi est là, devant. Une bataille qui dure deux jours. Et puis, il a fallu battre en retraite, sans un regard pour les cadavres derrière soi.

 Et ça continue. Un obus tombe près de Moulia, le recouvre de terre. Il se relève, s’étonne d’être vivant. Les Allemands chargent. Moulia en voit un qui fonce sur lui, baïonnette en avant. Cette baïonnette, l’Allemand la pointe sur la figure de Moulia. Il lui fend la joue. Ecoutez Vincent Moulia :

- Mais moi aussi, j’avais une baïonnette, elle était plus longue que la sienne. Je la lui ai passée en travers du corps. Je perdais tout mon sang, je voyais plus clair. Alors j’ai rampé dans les luzernes. j’ai fait moi-même le pansement. Et puis, j’ai rencontré mon capitaine. Il était grièvement blessé. Je l’ai chargé sur mes épaules, je l’ai emmené en arrière.

  C’est la première action d’éclat de Vincent Moulia. Pour avoir sauvé son capitaine, on le fait caporal. Il n’est pas peu fier.

 Ensuite, il est à la bataille de la Marne. Il marche, il tire, il tue, il marche encore, il tue encore. On l’a gagnée, cette bataille de la Marne.

 L’histoire de Moulia, dans les mois qui suivent, ressemble à celle de tous ses camarades, de ses frères en courage et en malheur. Il se bat. Il résiste quand on le lui dit. Il attaque quand on le lui en donne l’ordre. 

 Enfin Moulia a eu droit à une permission qu’il est allé passer dans son village. Il a retrouvé la mère Moulia, bien contente de revoir son fils.

 Celle qu’il a retrouvée aussi, c’est Berthe. Une cousine. Il la fréquentait un peu avant la guerre, histoire de ne pas aller au bal tout seul.

 Moulia l’aime bien, la Berthe. Elle aussi l’aime bien.

 A la faveur de cette permission, ils décident de se fiancer. On se mariera quand la guerre sera finie. Sûrement, ça ne peut pas durer encore longtemps.

 Jusqu’au mois de juin, le 18ème est en première ligne. De part et d’autre du front, les tranchées se font face. Comme les autres, le 18ème s’est enfoncé dans la terre. Il est devenu un régiment de taupes.

 Pendant des mois, pendant des années, Moulia, comme des millions d’autres, va vivre dans la terre.

 Des tranchées ? Des trous misérables. Des fossés hâtivement creusés, dans la boue desquelles on s’enfonçait jusqu’aux chevilles, parfois jusqu’aux mollets.

 Il fallait vivre dans la boue, tirer dans la boue, manger dans la boue, dormir à même cette boue. Et l’hiver, quand elle se solidifiait, il fallait lutter contre un autre ennemi : le froid.

 Pendant l’hiver 1914-1915, des milliers de soldats eurent les pieds gelés. Des souffrances indicibles. Au moins si l’on pouvait manger ou boire quelque chose de chaud !

 Quand les gamelles arrivent dans la tranchée, apportées par "l’homme-soupe", tout est froid. D’ailleurs, "l’homme-soupe" n’est pas toujours au rendez-vous. Comme il doit passer à découvert, il est souvent abattu.

 Des deux côtés, des tireurs d’élite excellent à ce jeu facile.

Dans les tranchées : des poux - on les appelait les "totos" - et des rats.

 Des démangeaisons intolérables pour les uns, des morsures pour les autres. Mais le pire était l’odeur. Les cadavres peuplaient le no man’s land entre les tranchées. Impossible d’aller les chercher. Ces cadavres pourrissaient, surtout l’été. 

 N’oublions pas le bruit. La mitraillade, la fusillade, la canonnade. Quand un obus s’abattait sur la tranchée, c’était l’horreur à l’état pur. 

Toute une génération a vécu ça, supporté ça. 

 Et puis, il y a les attaques. Les hommes sont là, prêt à bondir. Le lieutenant a les yeux sur sa montre. L’heure H. "En avant ! En avant !" D’en face part un feu roulant. Chacun sait qu’il va falloir s’exposer à ce feu. Pourtant, ils sortent. Tous. Ils avancent sans regarder ceux qui tombent dans la boue pour ne plus se relever.

 Un matin, Moulia s’élance à l’assaut avec sept autres. Les sept autres sont tués. Moulia s’en tire blessé à un bras. On le transporte à l’arrière, on le soigne.

 L’arrière où c’est un autre enfer. Les chirurgiens opèrent vingt-quatre heures d’affilée, à la chaîne. Même eux s’effarent devant les horribles déchirures de certains.

 On apporte un blessé, les deux mains arrachées :

- Qu’est-ce que tu fais dans le civil ?

- Sculpteur.

Dès que la blessure de Moulia est refermée, on le renvoit au front, sous Douamont. Une belle rentrée.

 Début 1917, on aurait dit que l’hiver ne voulait pas finir. Un temps abominable. Le café et le vin gelaient. On découpait le pain à la hache ou à la scie.

 Avril était venu et on grelottait toujours.

 C’est alors que le général nivelle a déclenché sa grande offensive. Le 16 avril, à 6 heures du matin, l’attaque a commencé, la bataille s’est engagée. A 7 heures, la bataille était perdue.

 En temps de guerre, les nouvelles courent vite. A Craonne, Moulia et ses camarades ont su tout de suite la vérité. Que les Allemands avaient tenu bon. Que Nivelle était un incapable. Que les pertes étaient énormes. Des soldats lancés sur les mitrailleuses ennemies comme à l’abattoir, les blessés abandonnés sur le terrain.

 L’excuse de Nivelle : il n’avait pas envisagé de repli...

 

La grande guerre :

Mamie et les poilus

Mamie et la mutinerie

Mamie et le condamné pour l'exemple

 

Collection "Mamie explore le temps"


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Published by Régis IGLESIAS - dans Mamie explore le temps

Livre d'or

Première affiche

 

  "MA MAMIE M'A DIT"  

Spectacle nostalgique 

 

"On nous avait promis la magie, promesse tenue : un spectacle plein de féérie de souvenirs où chacun se retrouvait. Une belle énergie. Les résidents ont adoré. Merci." Marie ("La Clairière de Luci" - Bordeaux)
 
"Formidable ! Nous sommes tous remontés dans le temps, nous avons vingt ans, on a ri, on a presque pleuré et surtout on a chanté. Merci." Cathy (Arles)
 
"Un véritable petit chef d'oeuvre" ; "La légion d'honneur pour la créativité" "Un véritable artiste" ; "Après-midi formidable" ; "Absolument parfait" ; "Une rétrospective originale" ; "Un très bon moment d'évasion". Propos recueillis à la résidence Emera d'Angoulême  
 
"Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux... C'était magnifique. Nous avons revu toute notre jeunesse et notre enfance. Et c'est beau de redevenir jeune dans l'ambiance d'autrefois." Aimée et Janine
 
"Les chansons, les réclames et les anecdotes ont transporté les résidents dans leur enfance. Une après-midi de nostalgie mais aussi de chansons et de rires. Merci encore pour ce magnifique spectacle." Sandrine
 
"Spectacle complet, tellement agréable et thérapeutique pour nos personnes âgées, encore félicitations !" Docteur Souque
 
"Un choix extraordinaire de chansons, des moments magiques, des photos magnifiques, vous nous avez mis de la joie dans le coeur. Et retrouver sa jeunesse avec tous ces souvenirs, ça fait plaisir et j'espère que vous reviendrez nous voir." Mme Lorenzi (Juan-Les-Pins)
 
"Pour ma fête, par un pur hasard je me suis retrouvé dans un club de personnes âgées où j'ai pu assister à votre spectacle sur le passé. Cela m'a rappelé mes grands-parents et mes parents et c'était vraiment un moment magique." Josette, La Roque d'Antheron
 
"Bravo bravo bravo Regis, c'est le meilleur spectacle que j'ai vu depuis que je fais le métier d'animatrice." Bénédicte La Salette-Montval (Marseille)
 
"Je n'imaginais pas lorsque je vous ai accordé un rendez-vous que vous enchanteriez pendant 1 h 1/4 les personnes âgées d'une telle façon. Merci pour votre prestation qui a fait revivre les moments publicitaires, évènementiels et musicaux de leurs vies." Michelle, CCAS de Toulouse
 
"Un super voyage dans le temps pour le plus grand plaisir des résidents. Merci à Régis pour cette magie et à bientôt." Brigitte (Lunel)
 
"Enfin un retour à notre "époque". Quel bonheur, que de souvenirs, quelle belle époque ou l'amitié était de mise. Merci pour cette très belle après-midi, on s'est régalé avec ce très très beau spectacle". Danielle (Mirandol)
 
"Super - divinement bien -  tout le monde était enchanté même que M. Benaben a dit : "Vous nous avez donné l'envie de revivre notre vie"." Sylvie (Sainte Barthe)
 
"Un grand merci pour ce bon moment et je crois, je suis sûre, qu'il a été partagé par mon mari." Mme Delbreil
 
"Une féérie de l'instant." Christian
 
"Beaucoup d'émotion dans ce spectacle plein de chaleur et d'humanité." Sylvie
 
"Une soirée inoubliable. Continuez à nous émerveiller et faites un long chemin." Claude
 
"Le meilleur spectacle que j'ai jamais vu. De loin." Tonton Kiko
 
"C'est bien simple, je n'ai plus de Rimmel !" Claudine (seconde femme de Tonton Kiko)
 
"A ma grande surprise, j'ai versé ma larme. Tu as atteint mon coeur. Bravo pour ces sentiments, ces émotions fortes, j'ai eu des frissons par moment." Ta couse Céline
 
"Redge, encore un bon moment passé en ta présence. On était venu plus pour toi que pour le spectacle, mais quelle agréable surprise ! On est fier de toi, continues d'oser, de vivre !" Pascale
 
"J'avais froid, un peu hagard, l'humeur moribonde et puis voilà, il y a toi avec toute ta générosité, l'intérêt, l'affection que tu as toujours su apporter aux autres, à moi aussi et Dieu sait si tu m'as rendu la vie belle depuis qu'on se connaît comme tu as su le faire une fois de plus." Jérôme
 
"Ce spectacle est nul à chier et je pèse mes mots." Gérard
 
memoria.viva@live.fr

Ma Mamie m'a dit...

Madka Regis 3-copie-1

 

COLLECTION "COMEDIE"

Mamie est sur Tweeter

Mamie n'a jamais été Zlatanée !

Mamie doit travailler plus pour gagner plus

Mamie, tu l'aimes ou tu la quittes

"Casse-toi pauvre Régis !"

Papi a été pris pour un Rom

Mamie est sur Facebook

Papi est sur Meetic

Il y a quelqu'un dans le ventre de Mamie

Mamie n'a pas la grippe A

La petite maison close dans la prairie

 

COLLECTION "THRILLER"

Landru a invité Mamie à la campagne...

Sacco et Vanzetti

Mamie a rendez-vous chez le docteur Petiot

La Gestapo française

Hiroshima

 

COLLECTION "SAGA"

Les Windsor

Mamie et les cigares du pharaon

Champollion, l'homme qui fit parler l'Egypte

Mamie à Tombouctou

 

COLLECTION "LES CHOSES DE MAMIE"

Mamie boit dans un verre Duralex

Le cadeau Bonux

Le bol de chocolat chaud

Super Cocotte

Mamie ne mange que des cachous Lajaunie

 

COLLECTION "COUP DE COEUR"

Mamie la gauloise

Mamie roule en DS

Mamie ne rate jamais un apéro

Mamie et le trésor de Rackham le Rouge

 

COLLECTION "DECOUVERTE"

Mamie va au bal

La fête de la Rosière

Mamie au music-hall

Mamie au Salon de l'auto

 

COLLECTION "SUR LA ROUTE DE MAMIE"

Quand Papi rencontre Mamie

Un Papi et une Mamie

Mamie fait de la résistance

Mamie au cimetière

24 heures dans la vie de Mamie

 

COLLECTION "MAMIE EXPLORE LE TEMPS"

Jaurès

Mamie embarque sur le Potemkine

Mamie et les poilus

Auschwitz

 

COLLECTION "FRISSONS"

Le regard de Guynemer

Mr et Mme Blériot

Lindbergh décroche la timbale

Nobile prend des risques

 

COLLECTION "MAMIE EN BALLADE"

Mamie chez les Bretons

Mamie voulait revoir sa Normandie !

La fouace Normande

La campagne, ça vous gagne...

Mamie à la salle des fêtes

Launaguet

La semaine bleue

Le monastère

 

COLLECTION "MAMIE AU TEMPS DES COURTISANES"

Lola Montès

Les lorettes

Mme M.

Napoléon III

Plonplon

La marquise de Païva

Mme de Pompadour

Générique de fin