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24 mai 2014 6 24 /05 /mai /2014 18:47

84173966_o-1.jpg"Dans la cour de récré...

 

Avertissement : Ma Mamie a toujours détesté l'école. Mais elle a tenu à les raconter à toutes celles et ceux qui furent gosses au moins une fois.

 

Je ne veux pas aller à l'école "Les souvenirs d’école. Le bruit des galoches cloutées qui raisonnaient sur le chemin gelé de l’école, l’encre violette de porcelaine Blanche, les cartes vidal-Lablache punaisées au mur, les gros poêles à charbon, l’histoire de la chèvre de M. Seguin. Je me souviens aussi des cours de chant, de dessin et de natation. 

Je me souviens de Mme Bouchacour, des totos, de la Marie-Rose.

C’était le temps de la grande hygiène, les bains dans la bassine de fer blanc avec au fond des rustines métalliques... 

 Je me souviens du fer dans les épinards et des vitamines en tout genre, de l’huile de foie de morue, des ventouses, des cataplasmes, des vermifuges parce que "La petite fait des vers".

 Je disais souvent à Papi "Laisse-le encore faire l’enfant" et comme j’avais la foi du charbonnier, je disais aussi : "Ne fais pas ça, le petit Jesus ne va pas être content". Ou "A chacun sa croix". 

 Et toujours la même trace dans notre souvenir. Blouses grises et culottes courtes. Pupitre avec le trou pour l'encre. Les cours de chant, de dessin et de natation ...

"L’école est une fabrique à souvenirs avec le premier jour de la rentrée ; le cartable de L'écolier ; L'institutrice ; Les cancres ; Le temps des écoles

"Maman se levait souvent la première pour préparer le petit-déjeuner. 

Je me pelotonnais au fond du lit sous le gros édredon rouge, lourd de plumes. C’était vraiment un nid douillet où rien du monde extérieur ne pouvait pénétré.

 J’entends encore le tintement de quelques casseroles, le bruit des cuillères et des fourchettes remuées dans le tiroir, le chuchotement de la bouilloire éternellement placée sur le coin du feu, la toux de grand-père, la chaise que l’on tire, tous ces bruits familiers qui nous berçaient et nous sécurisaient. Maman nous disait alors : 

"Il faut peut-être vous lever, mes petits gars, sinon vous serez en retard pour le dernier jour de classe."

 

"Je me souviens que je devais faire mon cartable comme une grande et que sur le chemin de l’école, je vérifiais que je n’avais rien oublié...

 Les odeurs se mélangeaient. Senteurs de feuilles mortes qu’on éparpille avec les pieds, et les odeurs de l’école qui rouvrait ses portes, odeurs des blouses neuves, odeurs des ardoises noires et des craies blanches, des crayons taillés fins, des plumiers vernis, des gommes d’où se détachait une fine poussière, des cartables en faux cuir. l’odeur des livres neufs, des cahiers immaculés où je traçais si maladroitement les premiers bâtons.

 

Chagrin d'école

 "A 8 h 30, pour le dernier jour de classe, après nous avoir mis en rang deux par deux et nous avoir autorisé à nous installer, l’instituteur avait fait l’appel, puis avait commencé par une leçon de morale :

 - Sang froid dans le danger, victoire assurée.

- Garder un objet trouvé, c’est voler

- La paresse est la mère de tous les vices

- Je prendrai grand soin de mes affaires 

- J’écouterai toujours le maître 

- Je serai un élève attentif 

 

"A 10 heures, récitation.

Je me souviens qu’à chaque récitation, l’âme candide et chaleureuse du Petit Poucet me bouleversait, versant ses derniers mots tel un baume. 

"Un jour sur ses longs pieds allait je ne sais où

Le Héron au long bec emmanché d'un long cou..."

 

 Je me souviens aussi d’une fable de la Fontaine :

 "Rien ne sert de courir, il faut ..."

 

Et de la cigale et la fourmi quand la fourmi dit "Vous chantiez, j’en suis fort aise et bien ...

 

«Nos coup d'oeil sur la copie des voisins... La chaîne d'arpenteur, le bocal avec la vipère, la carte de France avec ses fleuves et ses beaux départements colorés, le chant des tables de multiplications ("neuf-fois-sept-cinquante-six"), l'enfer des dictées ("vingt-cinq fautes, trente fautes, trente-cinq fautes ... record battu !"), les problèmes d'arithmétique.

 

Lorsque les pages étaient bien remplies, j’avais droit à une image comme chaque écolier. Nous pouvions la choisir, et nous ne savions pas laquelle prendre, parmi toutes celles qui représentaient des poissons, des paillons, des fleurs aux couleurs vives et attrayantes.

 

Une autre carte, celle sur les climats a changé sa vie. Elle était assise à côté du cancre de la classe qui a glissé sa main dans sa culotte avant de lui glisser à l’oreille : "Si tu parles, tu iras en prison parce que mon père est député..."

 

"A midi, après la cantine, place à la cours de récrée. Pour le goûter, ma maman me fourrait dans un quignon de pain une bille de chocolat Meunier que je dévorais au retour de l’école. cours dessin.. 

Je me souviens que mes cahiers d'écolière étaient bien tenus. avec une écriture soignée. J’ai d'ailleurs reçu beaucoup de bons points pour récompenser mon application. 

Et je n’ai jamais copié sur ma voisine. 

 

J’étais nulle en arithmétique et en grammaire. Sur mes bulletins, on lisait : "Doit absolument réaliser de sérieux progrès" et le sempiternel : "Peux mieux faire".

Ma maman disait alors cette phrase qui a du bercer et berce encore les générations : "Ce n'est pas pour nous que tu travailles, c'est pour toi." Puis elle ajoutait :

"Tu nous fais beaucoup de peine."

"Si tu continues comme ça, tu finiras en pension !"

 Le pire, c'était la période des compositions parmi lesquelles celle de géométrie me causait bien du souci..

 

"A seize heures heures, il avait fallu passer l’incontournable visite médicale : on y avait tous droit. Pour savoir si on avait la coqueluche, la rougeole, des totos, du diabète ou d’autres maladies contagieuses, on nous faisait une piqure terrible"

 

"La fin de l’année. Fini les tableaux noirs et les craies de couleur, fini les pupitres tailladés au canif et maculés d’encre violette, fini le crissement laborieux de la plume Sergent-Major sur le cahier quadrillé, fini les "piquets" ou les "colles", fini les compositions trimestrielles, fini tout ça !

Je me souviens qu’avant de partir des rondes se formaient au rythme de :

 

"Vive les vacances !

A bas les pénitences !

Les cahiers au feu

Les maîtresses au milieu"

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Published by Régis IGLESIAS - dans Souvenirs d'école
15 mai 2014 4 15 /05 /mai /2014 16:53

84173966 o"L'écolier au temps de l'encre violette.

 

"En chacun de nous sommeillent, à fleur de mémoire, les racines des souvenirs.

Il suffit d'un rien, une image, pour que les souvenirs se réveillent, ravivant en un instant, les lieux, les récits et les gens de notre passé."

 

 Les plus chauds jours de l'été s'épuisent. Le temps des vacances touche à sa fin. L'école ne va pas tarder à ouvrir ses portes.

 Le parquet des classes fleure une fraîcheur timidement javellisée. Les murs respirent les chaux nouvelles. L'encre violette à l'âpreté crue, la craie aux douceurs fades de poudre, les poussières multiples des chemins, les relents de crottin, les effluves des respirations, des peaux, des crasses et des sueurs, a reculé pour un temps devant les balais de paille et de riz.

 L'école a fait peau neuve.

Mais dès le rerour des écoliers, l'odeur caractéristique reprendra ses droits et son haleine propre qui se joue de toutes les ruses humaines.

 Devant l'école, on se colle étroitement aux jupons maternels avec le secret espoir d'échapper à la "terrible" séparation. L'angoisse monte jusqu'à l'ultime instant.

 La grille s'ouvre sur la cour, le lieu des récréations qui est l'anti-chambre du bonheur de l'école.

 On se bouscule au milieu des criailleries quand, soudain, le maître, après avoir consulté la montre extraite de son gousset, frappe vigoureusement dans ses mains. La cour se fait silence. la vie semble s'arrêter. Puis des élèves vont se ranger en deux colonnes.

 Les plus jeunes sont priés de suivre la maîtresse pour la visite guidée. D'abord, le préau. Les toilettes où on varrea plus tard  se former des couples d'habitués qui se "tiennent la porte" mutuellement pour sauver un brin de leur intime honneur.

 Notre visite guidée s'achève par un arrêt rapide sur une étroite plate-forme portant une batterie d'urinoirs verticaux adossés aux cabinets. Nous recevons des recommandations précises. "Si vous avez envie, n'oubliez pas de lever la main à temps. Il faut demander. Vous m'entendez bien, demander !"

 L'installation s'opère rapidement, mais chacun ne choisit pas sa place. Le maître qui connaît son monde désigne à chaque écolier la place qui lui revient.

 En classe, la maîtresse annonce "Croisez vos bras, tous !" La classe vient de commencer. Elle débute par la leçon de morale. Et ce premier matin, la leçon portera sur la propreté.

 On sort ensuite tous les ptits objets de l'écolier : l'ardoise, le buvard, le porte-mine, le porte-plume, le crayon à papier, la gomme. Pour l'écolier, le plumier est un peu son fourre-tout intime.

 La petite boîte de bois compartimentée renferme, à côté de l'utile de l'écriture et du gommage, l'agréable. Des boutons de chemise ou de culotte, du fil enroulé sur une allumette ou sur un tuyau de papier fait main, deux ou trois billes, une épingle, un clou, une agathe quelquefois.

"Rangez vos affaires !" Le temps de la récréation arrive. Déjà ! La récréation, c'est la libération !  Une course vers l'air libre et les jeux. Les cris éclatent. Nous courrons vers les cabinets mais il nous faut attendre. Ceux de la grande classe, impatients d'entamer leurs parties de bille ou de saute-mouton ont envahi le terrain.

 Dans la classe, les hauts murs blanchis à la chaux sembleraient tristes si le maître n'avait pas eu l'idée de les décorer de nombreuses gravures. La tour Eiffel, le pont du Gard, le massif du Mont-Blanc voisinent avec la séance du jeu de Paume, le Bonaparte au pont d'Arcole et le défilé de la victoire à Paris en novembre 1918.

 Aux murs, des tableaux d'écriture et de multiples cartes de Vidal-Lablache (en réalité Paul Vidal de La Blache, natif de Pézenas, membre de l'Académie des sciences morales, titre qui honore tous les écoliers de France et de Navarre à travers ses cartes pendues aux murs des classes.

 Géographe que je remercie pour les rêves de voyages dont il peupla mon enfance rêveuse, Asie, Amérique, France des canaux et chemins de fer, aux oeillets de cuivre jaune, accrochées les unes sur les autres en une fabuleuse épaisseur sur deux longues pointes de fer fichées en deux endroits dans le mur latéral.

 Ensuite avec le Globe-terrestre en couleurs, percé d'un axe penché, esseulé, majestueux sur sa tablette particulière.

 Tout à côté, les zigzags rigides du squelette métallique de la chaîne d'arpenteur rassemblés en un faisceau au pied de l'inévitable balance Roberval et de sa série de poids en laiton méticuleusement rangés dans les trous circulaires de leur boîte en bois verni.

 Sur une longue étagère voisine, les mesures de capacité en étein s'alignent dans un ordre croissant parfait, leur poignée soudé au flanc

 On y voit aussi des animaux exotiques comme des zèbres, des Girafes, des hippopotames, des éléphants.

 A côté du grand tableau central, le compas de bois à pattes géantes, sur l'une des branches duquel il a fixé un demi-bâton de craie blanhe.

 Tout à côté, une équerre de plus de cinquante centimètres et un curieux instrument en bois jaune, plat, figurant un demi-cercle, muni d'une poignée en forme de boule, porte des indications chiffrées de 0 à 180. "C'est un rapporteur, chaque trait marque les degrés et ça sert à mesurer les angles", m'apprend mon frère.

 

 Au début quand j'entendis pour la première fois "Ca, c'est l'école !", je n'ai pas bronché.

Puis, les jours poussant les jours, elle m'intrigua.

Petit à petit, elle entra dans ma vie d'enfant quand mon frère commença à écrire de plus en plus habilement mille signes étranges sur un cahier préservé des souillures par une curieuse jaquette verte qu'il appelait "protège-cahier". Il lui arrivait de déchiffrer quelques lignes du journal L'Ouest-Eclair, sous le regard de notre père qui hochait la tête de fierté.

 Mieux encore lorsque Le Miroir des Sports entrait dans notre maison, prêté par un voisin grans amateur de cyclisme, il me désignait les coureurs du doigts. "Celui-ci c'est Charles Pélissier. C'est marqué là. Juste en dessous."

 L'école créait donc du bonheur chez ceux qui avaient la chance de la fréquenter. Avant l'heure elle pénétra au coeur de mes envies.

 Cette grande grille double flanquée de son portillon qui s'ouvrait sur une cour où il m'arrivait de voir des écoliers à leurs jeux.

 

 A mes premiers temps, la récréation m'apparaît comme l'occasion de courses, de rondes que notre maîtresse anime de chants que nous entonnons avec joie, de comptines à n'en plus finir.

 

 Am, stram, gram,

pic et pic et colégram,

bour bour et ratatam,

am, stram, gram !....

 

 Une poule sur un mur,

qui picotait du pain dur,

picoti, picota,

lève la queue et puis s'en va !

 

 Puis vient le moment où les plus grands de la classe nous initient au jeu du toton, l'avorton de toupie qu'ils font tourner sur le banc du préau, à moins qu'ils ne tentent de nous intéresser à leurs parties de cache-cahe.

 Mais ce qui me tente prématurément, ce sont les jeux de billes dont me parle mon frère. Il possède un long sac spécial pour contenir son trésor de guerre cuite vernissée.

 Il me conte ses gains, ses pertes, ses prudences.

 

 Je revois aujourd'hui encore en quelque recoin de ma mémoire ces "enfants gaulois qui se battent comme des petits sauvages".

 Ils me marquaient tous ces personnages. Du druide, juché dans un chêne à la cueillette du gui, à Pasteur faisant vacciner un enfant mordu par un chien enragé, en passant par Vercingétorix jetant fièrement ses armes devant césar, par ces valeureux paysans qui se réunissaient pour faire la guerre au seigneur, par Jeanne d'Arc toute de blanc vêtue, conduite au bûcher sur une charette, autant que par Kellermann levant son chapeau au bout de son épée à Valmy, où par les soldats de l'empire mangeant toute crue la chair d'un cheval durant la retraite de Russie.

 Ce qui m'intéresse également, c'est de localiser notre département sur la superbe carte de France par Vidal-Lablache. "Et nous, Madame, nous sommes où ?" - Ici, mon ami !" La baguette de bambou pose sa pointe à un endroit qu'il nous faudra retrouver. 

 Et le soir, comme mon frère, j'ai des leçons à apprendre. Deux ou trois lignes du résumé numéroté que propose le livre de Monsieur Lavisse.

 

 Les jambes des écoliers sont recouvertes de gros bas de laine noire montant au-dessus du genou où un élastique empêche une désastreuse descente en accordéon vers le mollet. Des bas pour tous, garçons come filles. et pour tous les campagnards, des sabots de bois.  

 Le sabot, c'est la chaussure des humbles, et nous sommes fiers de nos sabots. Notre mère leur applique du cirage au Lion noir et nous les frottons à la brosse pour qu'ils brillent, noirs comme le lion de la boîte.

 

 L'école commence avec le chemin qui conduit à sa porte.

A peine ai-je rappelé mon premier souvenir d'écolier qu'aussitôt sourdent mille images et que se reconstituent un à un chacun des pas de ce merveilleux chemin.

 Je triche avec moi-même car je gomme sans vergogne les matins de rude gelée, les amrches éprouvantes sous les pluies, le crachin obstiné, les giboulées et les averses hargneuses. 

 J'élimine la boue collante. J'enjolive le malheur. Je l'habille d'un costume de fête permanente.

La gelée et la glace n'éveillent en moi que des rêves de glissades joyeuses.

 

 Chez mes parents, nous mangeons parfois des châtaignes bouillies. mais nous les épluchons d'abord, pour en éviter le goût désagréablement âcre de l'écorce.

 A plusieurs reprises durant l'automne, nous les dégustons rôties dans la poêle à marrons, la "harassoir".

 Dans mon enfance, elles me sont un régal. Nous les mangeons , assis en demi-cercle devant la cheminée où le feu attend la la seconde poêlée.

 Au régal s'ajoute le verre de cidre doux bien frais qui, dit notre mère, "se marie bien avec les châtaignes". 

Après quoi se déroule la veillée aux souvenirs.

 

 Pour la classe, après l'effort, la séance de gymnastique apparaît comme une récompense.

Comme elle a lieu dans la cour de récréation, au grand air, elle n'est envisageable que par temps sec. Là, c'est le maître qui dirige la manoeuvre : "Pigeon vole !" Tout le monde exécute immédiatement un petit saut sur place.

"Canard vole !" Tout le monde doit sauter. Qui l'oublie devient la risée des autres.

"Lapin vole !" Gare à ceux qui décollent les pieds du sol.

"Elephant vole !"...

 Une autre fois nous jouons "à la chandelle".

 Nous sommes dispersé en un large cercle, face tournée vers le centre. L'un de nous, choisi au hasard, fait en courant le tour de notre cercle, un mouchoir à la main.

 Selon sa fantaisie, il laisse tomber le mouchoir sur les talons de l'un d'entre nous. Que chacun soit vigilant car il s'agit de voir l'objet à temps. Qui s'est montré inattentif est contraint d'aller se planter au centre du cercle jusqu'à ce qu'un autre innatentif le délivre.

 On peut aussi compliquer le jeu. Le joueur surpris reçoit, au second apssage, une tape sur l'épaule de la part du coureur. S'engage alors une poursuite. Qui est rattrappé se trouve condamné à se transformer en chandelle.

 Autre jeu de la leçon de gymnastique, la balle au chasseur qui suppose des couples cheval-cavalier. Jeu classique à l'époque, au même titre que celui des "barres", d'un deux trois Soleil, d'action ou vérité ou de bisous-claques.

 

 "J'ai deux fois l'âge qu'avait mon frère lorsque j'avais l'âge qu'il a. Quand il aura l'âge que j'ai, la somme de nos deux âges sera 63 ans. Trouvez l'âge des deux frères. Vous avez deux heures."

 

 Je ne me souviens plus de la réponse, en revanche, je me rappelle que "Pi égale 3,14". De "Toi, mon ami, au piquet !" La honte jusqu'au... "Allez ! va à ta place maintenant."

 Le jeudi, les plaisirs du chemin s'avèrent les plus vifs. Quel plaisir de faire une tournée de printemps à la recherche des nids ?

 Autre plaisir des sorties champêtres du jeudi, la récolte des hannetons. Et le hasard des rencontres. Il faut dire qu'à cette époque les rencontres ne manquent pas de pittoresque. 

 Un jour c'est un chemineau. Une autre fois c'est un chiffonnier qui va de maison en maison hurlant : "Peaux, peaux de lapin, peaux !"

  La plupart des ménagères élèvent des lapins. les peaux ne sont jamais jetées aux ordures. Elles sont retournées, tendues sur des fourches de bois avant de se retrouver suspendues à l'air où elles se dessèchent, se parcheminent.

 Les peaux les plus prisées sont incontestablement celles des taupes. Elles sont expédiées vers des fabriques qui en tirent des manteaux de fourrure pour les dames du monde.

On comprend pourquoi la chasse à la taupe revêt une certaine importance et engendre la prospérité d'un métier saisonnier, celui de taupier. Ce personnage hors du commun des hommes connaît la saison où le poil est solidement planté dans la peau de l'animal.

 N'est pas taupier qui veut. 

 Il existe un véritable art de tendre le piège au bon endroit.

 Certains lui prêtent même des rapports suspects avec les sciences occultes. Et puis il rit si fort quand on lui parle de ça que les femmes y discernent des sonorités sataniques, qu'elles se signent et fuient en silence.

 Un beau midi, voici qu'un autre cri monte dans le bourg. les écoliers accourent. "Couteaux ! ciseaux !" Le remouleur fait sa tournée avec un meule à aiguiser.

 Les ménagères se présentent avec leurs couteaux et leurs ciseaux.

 L'homme, assis sur une selle,  le nez penché sur la lame qu'il affûte, prend l'allure d'un cycliste gravissant une côte. Un crissement accompagne son geste.

 Le cirque était arrivé au coeur de l'après-midi avec sa parade, sa ménagerie, ses équilibristes, ses trapézistes, ses jongleurs, ses écuyers, ses acrobates et ses clowns.

 Une grande affiche manuscrite collée sur un panneau de carton ssupendu à une voiture annonce : "Ce soir, représentation unique à 20 h 30 précises."

 Au début, je ne remarque pas le moins du monde l'état loqueteux si mon frère ne pointait le doigt vers lui.

La joie chante trop fort encore dans ma tête. Le grand moment arrive.

 

 Le cinéma au village. Il fallait une audace folle pour se lancer dans une pareille aventure. Nos parents nous entouraient, aussi avides que nous de se régaler d'images.

 D'abord on nous présenta "un Charlot". Inutile de souligner si la salle entière se délecta. Les rires fusaient de toutes parts et nous n'étions pas les derniers à participer à la réjouissance générale.

 Puis après quelques minutes d'entracte, nous allions entrer dans l'univers d'un drame annoncé. Le titre attendu apparu sur l'écran, démesuré : Le vautour du désert.

J'eus beaucoup de mérite à ne pas sombrer dans le sommeil.

 Il n'enpêche que, le lendemain, à la récréationles jeux habituels cédèrent la place aux commentaires sur le cinéma de la veille.

 Nous eûmes une lecture sur le cinéma. Puis une dictée et enfin une rédaction où il était demandé de raconter la séance et de donner ses impressions.

 

A quelques jours de nos émotions cinématographiques villageoises, se produisit un autre évènement qui apporta une lueur de modernisme dans notre école. La visite annuelle du photographe.

"Ne perdons pas de temps !", avait dit le maître.

 L'homme enfouissait sa tête sous un voile noir qu flottait à l'arrière de son appareil. Il en sortait pour rectifier une position. "ne bougeons plus !" Il vérifiat en passant à nouveau sous le voile puis, regardant le sujet droit dans les yeux, il levait un doigt de la main gauche pour diriger le regard.

 Sa main droite saisissait une poire en caoutchouc rouge qui pendait à l'extrémité d'un fin tuyau. Une pression, et, "au suivant !".

 Comme nous passions l'un après l'autre, la séance durait quand même un certain temps.

 

 A Noël, au bord de la cheminée encombrée on trouvait l'unique sabot de bois traditionnel dévotieusement "ciré", non pas de cirage trop coûteux de "chez l'épicier", mais du noir de fuéme gras attaché par le temps au cul de la marmite ou du chaudron.

 Sabot de tous les jours appesanti par les clous luisants d'avoir frotté les pierres des chemins. Sabot devenu pour un soir corbeille d'espérance.

 Le matin de Noël s'ouvrira sur le furtif émerveillement coutumier devant le rituel Jésus en sucre déposé au creux d'un d'un sabot de chocolat.

 A côté, l'habituelle "pomme d'orange" rebondie comme une grosse balle. Parfois un sucre d'orge s'enveloppe dans le fourreau d'un papier rigide aux couleurs lisses comme une lumière.

 

Ah cette orange ! Elle éclate de couleur malgré le papier. Ma mère a inscrit mon initiale dessus pour que je ne me la dispute pas avec mon frère. Il faut attendre le repas du midi pour obtenir l'autorisation de dérouler soi-même l papier, sans le déchirer parce qu'on le repasse du plat de la main afin de le conserver, carré magique qui a contenu l'orange, magique tout autant.

 Ensuite seulement, avec cette joie colorée des gamins qui ne savent pas la maîtriser, au comble du bonheur, j'entends le mot libérateur.

 Je porte le couteau sur la peau charnue, finement grenue, luisante de provocation.

Bientôt les tranches apparaissent, juteuses à travers leur membrane transparente.

Je goûte avec précaution, à petits pincements de lèvres, d'abord, sans porter la dent. Un coup de canine malencontreux ferait gicler un jus dont ma bouche s'emplirait trop vite.

 Par précipitation, je gâcherais un quartier de bonheur. Or l'orange doit durer au moins une semaine. Son parfum, toute une année sur l'indéfectible mémoire de la langue.

 

 Les jouets.

La hotte du père Noël que l'on annonce pleine de joujoux dans les lectures complaisantes de nos Mironneau ou autres nous laissent indifférents.

 devant les trotinettes, les voitures à pédales, les soldats de plomb reluisants de couleurs, nous demeurons impassibles. Même les filles dédaignent les poupées de porcelaine, les poupées articulées dites "bébés jumeaux" et les baigneurs de celluloid. Les jouets, nous les voulons à l'image de notre condition.

 Rustiques donc. Nous ne les acceptons que fabriqués de nos propres mains.

 

 Il y a l'inexorable et fécond déroulement des mois. Chacun apporte son lot de promesses.

Ainsi connaît-on la saison des sifflets, la saison des clifoires et autres sarbacanes. La saison des "cannes-pétoires", la saison des frondes. celle des "fileuses", celle des "caniques", celle du cerceau ou de la têque" (balle), celle de..., celle de... Bref, chaque semaine, chaque éclosion de la nature, chaque frémissement du climat, chaque retour d'une tradition ludique dans le souvenir collectif rappelle à l'obligation du respect des rites ancestraux.

  

"Que je vous y reprenne !"

"Tu vas voir tes fesses !"

"Tu es aussi doué pour le calcul qu'un canard sauvage pour la broderie sur soie."

"Sortez tous le compa !"

"Voilà une écriture de notaire !"

 En mon temps, on est fier d'une écriture qui se veut proche parente de la calligraphie. Elle tarduit une réussite.

 N'importe quel gamin digne de ce nom à qui l'on demande de retourner ses poches déballe, en dehors du couteau, de la toupie et d'un bric-à-brac de collectionneur farfelu, une jolie panoplie de boutons.

 Le bouton est précieux, on le met dans une cachette, très souvent un trou du vieux mur. Ramassé sur le chemin ou dans la cour, il est porteur d'une valeur marchande au monde des écoliers.

  Il fait souvent l'objet d'échanges contre des billes, voire contre une agate...

 Les garçons sont plus attirés par le "bouton vrondeur" que les filles. Elles, leur domaine de prédilection se limitent souvent au fil, aux aiguilles et au chiffon.

 

 Je me souviens d'une roue que je poussais avec un baton. On a escaldé le col du Tourmalet. C'est en cette année 1930 où le Belge Félicien Werwaecke s'illustre dans l'ascension du prestigieux col. Ensemble, soudés par l'effort, nous sommes à al fois Antonin Magne et Benoît faure. "As à l'image du premier, et "touriste-routier" comme le second.

 La chance n'est pas avec nous. Une crevaison sur un cercle de fer, c'est un comble et il nous faut une fameuse dose d'imagination pour croire la chose possible. Devant nous les coureurs peinent.

 Nous les dépassons les uns après les autres. Nous reconnaissons les maillots. Tiens, voici André leduc avec le maillot jaune. Un effort et nous serons sur lui. C'est chose faite à présent. Il n'y a plus guère à nous réister que ce grand diable de Félicien qui ahane, langue tirée, léchant presque la terre et les pierres de la route.

 Bigre, qu'ils sont durs, les derniers des 2 122 mètres indiqués sur le dico de M. Larousse. mais la foule qui nous remplit de ses cris nous pousse.

 C'est fait, nous passons en tête et nous attaquons aussitôt une descente folle sans même prendre l'élémentaire précaution de nous tapisser la poitrine du journal L'Auto que nous tend un spectateur.

 La foule énorme hurle. Le cercle et moi, nous sommes aux anges. Pourvu que nous tenions jusqu'à l'arrivée !

 

 Autre source  de jeu et de joie, la neige. Nous courons dans la neige, nous nous étalonsavec bonheur dans sa couche duveteuse et froide. la cour de l'école devient également un lieud e prouesses. Il va de soit que les batailles de boule de neige tiennent une place de choix.

 Le maître nous invite à façonner le traditionnel bonhomme. Un gros caillou pour le nez, deux tisons bine noir en guise d'yeux, un balai flanqué contre la poitrine.

 

 La récitation.

 J'adore les fables de la Fontaine, les poèmes de Victor Hugo ou de Théophile Gauthier me soulève de bonheur.

Nous avons encore notre côté "histoire-géographie". Nous refaçonnons le monde. Le premeir cavalier rencontré, nous l'identifions immédiatement. C'est le chevalier Bayard, "sans peur et sans reproche", victorieux des Espagnols au pont de Garigliano, qui se rend chez la bonne de Brescia.

 C'est autre, c'est Henry IV à la bataille d'ivry. Nous lui découvrons même le fameux panache blanc du livre d'histoire.

 Les personnages nous apparaissent tels que nosu les avons ressentis lors des leçons de notre maître ou découverts dans notre manuel.

 Les lieux s'offrent à notre rêve. le ruisseau se fait fleuve et la colline montagne.

Chacun et chacune dotés d'un nom du livre de géographie de messieurs Gallouédec et Maurette.

Ainsi parcourons-nous la France.

 

 A l'école, il y a la TSF - la téléphonie sans fil -, cette petie boîte informe qui nous parlait avec les voix de Paris.

"Ici Radio Paris."

Cette TSF transforma la vie des sportifs de notre village. elle rendit en effet de grands services aux passionnés du Tour de France dont nous faisons partie "dans la roue" de notre père. Le soir, l'étape terminée, nous courions demander les résultats. 

 Ainsi l'air que nous respirions, l'air qui nous bousculait par ses vents, l'air transportait les nouvelles de par le monde.

L'air portait aussi les avions. Je me rappelle cette première fois où un vrombissement nous alerta. "Un avion !" dit le maître. Il nous fit sortir en ordre et nous l'aperçumes... Puis il nous parla du début de l'aviation, de Clément Ader et son Eole, les célèbres frères Wright. Notre préféré surgissait de ces débuts tumultueux. Il avait osé la traversée de la Manche sur son monoplan aux ailes haubanées. Blériot.

 Notre maître sortit un superbe croquis de son avion. "Le Blériot Type XI, équipé d'un moteur Anzani de 25 chevaux et d'une hélice Chauvière". Nous eûmes le droit de nous approcher pour mieux l'admirer. Moi, je volais déjà à côté du célèbre pionnier. Rien ne pouvait nous faire rêver plus que les prouesses des aviateurs.

 

 Nous participons à la cérémonie hebdomadaire du "grillage" du café. les épiciers d'alors grilent leur café. Nous lisons les appellations sur les étiquettes des énormes sacs. cent kilos. Il y a le Costa Rica, le saint-Mard, le Porto-Rico, le... Nous nous enrichissons de cette géorgraphie du café. Notre mère possède un don certain de la combinaison des bouquets. une mesure de celui-ci, deux de celui-là, le reste... Chut ! C'est uns ecret d'épicier. Chaque boutique présente le fruit de son mélange.

 Si les clientes préfèrent votre café, il y a une raison. Un épicier sa fait une réputation grâce à son café, même si les paysannes le préparent si additionné de chicorée Leroux qu'il n'a plus la moindre trace de goût de celui de l'épicier-torréfacteur.

 

 Je me souviens aussi d'un ballon mou. Un pauvre ballon de cuir flasque. Peu nous chaut. Ce qui compte, c'est d'avoir un ballon. Nous voilà cinq, décidés à entamer une partie de football. On constitue deux équipes sans gardien. Trois joueurs d'un côté, deux de l'autre - du jamais vu -, pieds nus, nous entamons une de ces parties qui comptent dans la vie d'un sportif.

Cette joie, ces cris ! Cex exclamations quand le pied rate la balle ou que l'intéressé, emporté par son élan, se retrouve les quatre fers en l'air, laissant le champ libre à son heureux adversaire qui court droit au but.

 En avons-nous connu de ces parties mémorables ! 

 

 J'ai des camarades à qui le long chemin de l'école serait à l'image d'un chemin de misère s'ils leur cercle pour accourcir la distance et pour alimenter le besoin de rêve.

 

 Le jeudi, une odeur monte continûment. Le parfum chaud du pain frais. Quelquechose fortement tiède, doré, et, dans mon esprit, saupoudrée de farine onctueuse. La boutique d'un boulanger ouvre sa porte en permanence à deux pas du magasin où le sabotier vend aussi des chaussons etd es chaussures.

 Aux jours les plus ombres, une grosse lampe Tito-Landi éclabousse les murs. En passant, je découvre alors les clients installés sur leurs bancs. Ce sont des consommateurs occupés à bavarder, les narines remplies de l'odeur du café ou de la "goutte".

 La femme du boulanger tient aussi bistrot. Bientôt une odeur de corne brûlée envahit les environs. Le maréchal prépare le ferrage d'un cheval.

 Nous nous dirigeons vers l'école des garçons. Sur la droite s'alignent d'autres trésors. Mes préférés. D'abord, la boutique aux trois commerces, boulangerie, café, épicerie. Je l'aime parce que j'y achète quand le hasard me fait trouver une modeste pièce de monnaie sur mon chemin, "pour un sou de bonbons".

 Cahque semaine, la voiture à cheval de l'épicier en gros s'arrête. Nous apprécions le bonhomme quand il débite la longue liste des marchandises figurant à son catlogue. Deux termes, intervenant toujours au même endroit de l'énumération, nous jettent dans le plus hilare des bonehurs.

 Nous les guettons, les pressentons, et ils tombent l'un sur l'autre, à point nommé : "les petits nic-nac pour les enfants", "le petit savon Clairon". Les seuls noms de ces articles nous mettent stupidement en joie délirante. Nous nous poussons du coude, nous nous appliquons la main sur la bouche.

 Deux fois apr jour passe le ramasseur de lait à bord de sa curieuse charette. Un homme grognon. Tôt le matin, il prend les bidons de lait frais qu'il transporte jusqu'à la laiterie coopérative de Ducey. Dans l'après-midi, il rapporte le lait écrémé.

 Les billes. Et bien ! parlons-en. Elles représentent pour l'écolier ce que les sous représentent pour l'usurier. On se battrait pour une bille.

 Et la récréation finie, on les compte comme on compterait les pièces d'un trésor. Chaque écolier qui se respecte possède un sac à billes qu'il range dans une des poches de sa culotte. Or, il y a bille et bille.

 La véritable, c'est celle que l'on fabrique de ses doigts à aprtir de l'argile.

 En général, les billes - nous disons toujours les caniques" - sont achetées chez l'épicier. 

La marelle, très prisée par les filles, n'est nullement délaissée par les garçons. La marelle - marelle à six cases ou marelle à huit cases - est un exercice d'adresse pour l'envoi du caillou plat, de vitesse pour l'exécution des sauts et des voltiges. Un jeu d'élégance.

 Parfois, nous jouons aux métiers. Un garçon mime un métier que les autres doivent découvrir. il se fait menuisier, sciant dans le vide. médecin, auscultant un cadavre. Il va jusqu'au : "dites 33,33".

 On jouait aussi aux rebus ou aux devinettes.

 "Qui a quatre pieds, deux oreilles, une goule, qui marche pas, qui entend pas, qui cause pas ?" (la marmite)

Nous jouions aussi "à la queue du cochon". Jeu stupide par excellence mais qui déclenchait des tempêtes de rire.

Jeux de courses, de cache-cache, de chat perché.

 Le repas en ce temps-là gravite autour de la traditionnelle tartine de beurre que nous baptisons "beurrée de beurre" par opposition à la "beurrée de confiture".

 J'adorais appliquer au-dessus de l'épaisse couche de beurre une nappe de confiture. Est-il mets plus simple et de plus riche saveur ? Le aprfum a traversé les ans pour se reconstituer spontanément sur ma langue dès que j'en agite le souvenir gourmand.

 Je me souviens aussi de la lutte farouche mrnée par ma mère contre les poux. Le passage biquotidien sous les dents serrées et agressives d'un extra-fin peigne double qui ratissait avec une vigueur absolue et une patience relative une chevelure autoritairement réduite à une assez simple expression.

 Dès eextirpation, les poux se trouvaient inexorablement décollés de leur support en corne véritable, exposés à un ongle maternel vengeur qui, en se retournant, les écrasait un à un contre la monture centrale. "Han !" faisait mon Auguste mère après chaque exécutuion explosive.

 En ces temps apparut sur le marché un produit miracle au nom affriolant : "la Marie-Rose". Les mères ne jurèrent plus que par "la Marie-Rose" qui possédait au moins sur le pétrole de dégager une odeur supportable et de ne pas irriter le cuir chevelu. Une friction, un temps sous la serviette, l'affaire est réglée. Exécutés les poux, mortes les lentes.

 D'une affaire d'hygiène, on en arrive à une affaire d'honneur. "Les miens n'en ont pas !" lance fièrement notre mère qui n'en continue pas moins chaque jour son inépuisable combat au corps à corps.

 Et l'autre mère qui diasit : "Cette gamine, c'est une tête à poux."

 La semaine de Suzette, Le Petit Illustré avec sa mémorable et interminable histoire en image et texte d'Iko Térouka, le célèbre détective japonais et sa publicité en noir et blanc pour le chocolat Menier, pour les pilules amaigrissantes... L'Ouest-éclair avec les mirifiques aventures d'Albert, Toto, Black et Jacquot.

 Pour l'épicerie de ma mère, les marchandises changent avec l'arrivée d'une famille Italienne. Il faut modifier le train-train de l'approvisionnement. Finie la routine. Les macoranis entrent dans la boutique. Ces gens en consomment des kilogrammes et des kilomètres. Pas un seul repas sans l'abondance des sacro-saints macaronis. Assurément, ils n'ont pas volé leur révélateur surnom.

 Quand il y avait un bobo, certaines mères faisaient prendre à leurs enfants une pleine cuillerée d'huile de foie de morue. Il paraît que cette potion s'avérait miraculeuse. Il m'a été donné de goûter cette "spécialité". C'est une horreur. Que de réticence à l'approche de la cuillerée fatidique, que de grimaces après l'absorption salutaire...

 

 Le temps d'école s'achève sur le célèbre et redouté certificat.

"Le certificat se prépare durant toute la vie de l'écolier", répète inlassablement le maître pour inciter chacun à ne jamais relâcher l'effort.

 La radiophonie, la télévision, pour ne citer que ces inventions dévoreuses d'heures, ne sont que des mots. Nos distractions, end ehors des jeux, des veillées instructives reposent sur le livre. Livre de lecture. livre d'histoire. livre de géographie. Certaines écoles pratiquent encore Le Tour de France par deux enfants qui avait investi tout le domaine scolaire.

 Nous pensons sottement : "Deux mots, deux fautes."

Nous gardons tous un déplorable souvenir des "quatre-vingts" et des "quatre-vint-un", des "trois cent mille" et des "trois cents millions". Et celle-ci : "Sa quasi-cécité la rendait quasi nulle."

 3tous les mots commençant par... prennent deux..., sauf..."

  C'est fini. L'écolier a vécu. On quitte ce monde merveilleux. A ceux qui ne reviendront pas le maître serre la main.

De nombreuses écoles organisent des distributions de prix. On a dressé une estrade pour les autorités, l'inspecteur, le maire... Devant la foule des parents, des discours ronflants se succèdent. Prix d'excellence, prix d'honneur, prix d'orthographe, prix de calcul, prix de grammaire, d'histoire...

 Le 14 juillet, on célèbre la fête nationale. Le 15 juillet sonne l'heure des vacances, les grandes. L'école ferme ses portes pour deux mois.

 "Vivent les vacances ! Les cahiers au feu, le maître d'école au mileiu !"" chante-t-on en maints endroits de France.

Les grandes vacances reviennent chaque année au coeur de l'été, mais elles ne brillent aps de la même couleur pour tous les écoliers de mon époque. Les citadins riches vont au bord de la mer.

 La mer nous fait rêver. Notre livre de vocabulaire nous la présente avec des cabines, des gens bizarrement déshabillés, d'autres fouillant l'eau de leur filet. Il nous apprend la plage, les vagues, les algues, les villas. le sable dont on construit des périssables châteaux forts. Tout cela superposé, accroché à des images grises qui ne nous inspirent rien. Et pourtant, on nous assure que la mer est bleue.

 Nous, nous étions habitués au ruisseau, à la rivière où les petits laissent flotter au fil de l'eau des bateaux de papier que nous leur confectionnons. La mer ? Un luxe interdit.

 Pourtant, mon frère et moi avons la chance de la voir une fois. Ce jour reste marqué dans nos mémoires avec une heureuse précision.

 "Nous louerons des libettes (filet spécial pour la pêche à la crevette), annonce notre père." - Et nous mangerons sur l'herbe", enchérit notre mère. Pêcher la crevette, manger sur l'herbe... Et puis, nous tremper dans cette eau immense. "Je sais encore nager", dit soudain notre père.

 Le clou de la fête. Le concours des grimaces pour lequel nous nous sommes entraînés en nous regardant dans un miroir. 

 Tout à l'heure viendront les épreuves du "baiser à la tuile", du mât de cocagne et du baptème du tropique.

La fête bat son plein. La foule s'est rangée de chaque côté de la route. Les courses vont se succéder, compétitions originales où la fantaisie et l'humour triomphent. On commence par la course en sac. Une dizaine de jeunes garçons se sont fourrés dans des sacs de blé. les deux pieds calés dans les angles...

 Quant à l'école, si, avec les grandes vacances, elle a fermé ses portes, elle les ouvrira de nouveau vers la mi-septembre. La rentrée reviendra parce qu'il en va ainsi à cette époque où école et écoliers représentent un monde qui nous paraît établi pour l'éternité des hommes.

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1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 19:14

Petit Francais

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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 14:45

Buvard.jpg"Souvenirs d'école.

 

Avertissement : cet article est consacré aux souvenirs d'école et s'adresse à celles et ceux qui furent gosse au moins une fois.

 

 "Rangez les montagnes, les soleils, les étoiles, les collines, les vallées et les océans et sortez vos cahiers, on est pas là pour rire, rêver c'est rêvasser, pas question de perdre son temps.

 Au fond, durant les vacances, on était dans l'erreur, c'était très jouissif, ça ne pouvait pas être vraiment vrai, on était trop heureux, ça ne pouvait pas durer toujours. 

 Devant l'école, les gosses sont là, déjà, la gueule triste, ils ont subi en deux mois une grande poussée de puberté, ça ne jacasse plus guère, ça rauque dur et ça roule sec, il y en quelques-un, pas des masses, avec leurs mères, bien emmerdés, qui font des pieds et des mains pour échapper au bisou.

 Quand je farfouille dans la boîte de mon enfance, un diable de souvenir en sort : mon arrivée à l'école. J'y suis rentré horizontalement, je me cramponnais des deux mains au chambranle de la porte, tandis qu'une surveillante me tirait par les pieds.

 J'ai donc vu le décor qui allait être celui de ma vie future, totalement de travers.

 Préau, cours, classe, tout en travers. C'est peut-être pour ça que je n'ai jamais pu les avaler.

J'ai de la sympathie pour ce gosse hurlant que je fus dès le premier jour, je me dis que j'avais plus de jugeote qu'à présent : j'avais compris que ça n'allait pas être de la tarte.

 Je ne m'étais pas trompé.

 Je me souviens des rouleaux de papier bleu qui recouvraient mes livres de classe et les rendaient si guillerets et des Bibi Fricotin que j'ai volé à la boutique. Cela faisait vingt-cinq ans que je n'y étais pas entré. Le marchand me salue, pas le genre causant, plutôt le style rend-la-monnaie-au-revoir-monsieur, mais il se trouve qu'il connaît bien mon père et qu'il est allé à l'école Jean Moulin et que...

Mes oreilles se dressent.

"Vous avez fait le cours complémentaire ?

- Oui."

Je prends ma respiration.

 Je sens qu'il a compris ce que je vais dire, qu'il le sait déjà, son visage se colore, s'enfièvre, on se regarde, c'est déjà l'amour fou, le virement de cuti intégral, le coup de foudre, on va se rouler la biscotte.

 "Mais alors comme prof vous avez eu M. Bouchacourt ?"

 La haine. La haine pure, cent pour cent pure haine. Il était tellement gros que quand il traversait la cour, on l'appelait M. Bouchelacourt...

 Non, je n'ai rien oublié. Pas lui, en tout cas. Le fait est que je ne voue plus mes adjudants aux gémonies, je ne crache plus sur la tombe de mes plombiers. Une seule fureur reste toujours aussi nette, aussi violente, aussi cruciale, celle que j'ai voué à M. Bouchacourt.

 Et aujourd'hui, elle nous submerge, le vendeur et moi, à trente balais et des poussières, elle nous fait bafouiller d'indignation, de toujours jeune et vibrante rage.

M. Bouchacourt est mort depuis longtemps mais qu'il ne croit pas que je lui pardonne. Il m'a fait trop la vie à la merde, celui-là, je lui dois trop de terreurs, trop d'humiliations, trop de peur.

 Et puis, il faut dire ce qui est, il m'a foutu en l'air tous mes dimanches parce qu'ils étaient la veille des lundis et que le lundi c'était lui. Guerre à ses cendres.

 J'irais pisser sur sa tombe.

 On a parlé longuement avec le vendeur de journaux, je suis ressorti avec des frissons dans la colonne d'avoir évoqué tout cela. J'ai encore cette panique en moi, cette terreur de grande transe, cette colique qui naissait des dictées. Et des interrogations surprises...

 Parce qu'en plus, il faisait des pièges, ce crétin, des phrases spéciales, avec des trappes grammaticales, des traquenards de vocabulaire. C'était le Vietcong de l'orthographe, le guérillero du participe passé : on avait des mines sous chaque lettre. Il faisait des trous et il s'étonnait qu'on tombe dedans. Et une fois qu'il nous découvrait culbutés dans la fosse, il s'exclamait :

"Trente fautes ! Trente-cinq ! Record battu !"

 Connard.

 Ou cette directrice de collège, dans un vrai cri de joie :

- Vous, Iglesias, le BEPC ? Vous ne l'aurez jamais ! Vous m'entendez Iglesias ? Jamais !

 Elle en vibrait.

 En tout cas, je ne deviendrai pas comme toi, vieille folle !

 En retenue quatre heures, huit heures, un mois, à recopier des règles : les verbes pronominaux, les mots composés, les attributs, les compléments d'agent... Il m'a collé la phobie de l'orthographe. Je fais toujours des fautes, je n'ai jamais cessé d'en faire, j'en fais sans doute de plus en plus.

Même aujourd'hui que l'orthographe est à la mode, je ne supporte pas ces concours imbéciles, ces singes savants qui vous font un quart de faute sur trois pages bourrées de subjonctifs et qui s'en vantent, les connots.

 Bref, tout cela vient de M. Bouchacour.

 Mais M. Bouchacour n'ai pas l'unique. J'ai tremblé bien avant lui, j'ai eu les chocottes bien après.

 J'ai eu à mon tour des enfants, j'ai vu la pétoche dans leurs yeux, j'y ai retrouvé la mienne. Cette crainte qui noue les gorges, fait monter les boules, parfois les larmes.

 Alors l'école c'est sans doute très bien, peut-être inévitable mais c'est aussi le lieu où l'on introduit la peur dans le coeur des enfants. Mais commençons par le commencement, c'est à dire par la rentrée. 

 

Collection "Souvenirs d'école"

Je ne veux pas aller à l'école ;  La rentrée ;  L'écolier ;  L'institutrice ;  Les cancres  

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Published by Régis IGLESIAS - dans Souvenirs d'école
28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 14:44

Rentree.jpg"Souvenirs d'école.

 

 Je pense aux parents d'abord, honneur à la famille. A ceux qui éprouvent la peine sincère devant la note médiocre, l'annotation sans appel : "N'est manifestement pas au niveau de l'examen" - "Un effort est nécessaire" - "Doit absolument réaliser de sérieux progrès" et le sempiternel... "Peux mieux faire".

 Peux mieux faire... Merde à la fin !

C'était mon cas moi, j'avais des parents sympathiques, je n'ai pas pris de grandes taloches, pas de taloches du tout d'ailleurs. Même pas de grands cris, c'était plutôt le style navré, navré-attendri. Et sincèrement, je le sentais.

 Il faut dire qu'il y avait de quoi au vu de mes résultats, sombré dans la navrade absolu. Alors venaient les phrases. D'abord celle qui a du bercer et berce encore les générations :

"Ce n'est pas pour nous que tu travailles, c'est pour toi."

 On pourrait écrire des volumes là-dessus.

 Phrase permanente dans nos civilisations reposant sur l'idée phare de la toute-puissance du résultat scolaire sur le futur de l'individu. Celui qui n'aura pas la note requise aura sa vie manqué. C'est comme ça. Aux oubliettes.

 A travers les chiffres rouges soulignés se profilent les existences lamentables, les bureaux gris où l'adulte de demain traînera les pieds jusqu'à la retraite sous des ampoules de faible ampérage.

 Alors que Gaston Joyeux, le voisin du quatrième qui obtient le tableau d'honneur avec une régularité de métronome, boira dans des flûtes cristallines le champagne des belles réussites sociales.

 Il aura la situation...

 Celle qui permet de régner, de se faire les Seychelles à la place du camping, d'avoir la résidence secondaire et la dernière Renault Clio.

 Désespoir absolu : dans l'oeil désolé du papa fatigué l'enfant lit son sort, ça ne va pas être une belle vie que sa vie... Avec des notes pareilles se profile la désolation des petits salaires à venir, des fins de mois difficiles : fin de mois, fin de moi. Le sort est jeté. 

 Fin de l'histoire.

 Avec le recul, je me demande si la réaction de ma grand-mère n'est pas meilleure pour moi, elle me promettait régulièrement l'échafaud.

 Ni plus, ni moins.

 Il faut dire que j'avais six en calcul, deux en dictée, trois en géo. il n'en fallait pas plus pour que Mamie monte au créneau.

 Tandis que dans l'oeil paternel, il y avait le monde possible, certain même puisque le monde le disait. Je serais un minable. Un moins que rien. 

Oh rien de grave, pas clochard, pas miséreux, je serai quelconque alors que Joyeux serait quelqu'un. "Si tu veux devenir quelqu'un..." Incroyable ce qu'être quelqu'un m'a paru difficile. Insurmontable même.

 Et puis le pire allait venir plus tard sous la forme d'une autre phrase. Méditée, pensée après une réflexion approfondie dudit carnet de notes. Elle tombait en sentence, indiscutable :

"Tu nous fais beaucoup de peine."

Et voilà.

 Je les aimais bien mes parents, beaucoup même, et sans doute énormément, et voilà qu'à cause de mes paresses, mon manque d'intérêt pour la règle de trois et le carré de l'hypoténuse, je leur faisais de la peine. Chose horrible. J'étais un monstre !

Mais oui,  non seulement  je ne m'amusais pas du tout à cette bon dieu d'école, non seulement je n'y chahutais pas, non seulement j'y rentrais à reculons, non seulement j'y tremblais dans ma culotte mais en plus voilà que j'y trouvais le moyen d'y faire de la peine à mes parents !

 La totale.

 On croyait que c'était fini à la sonnerie, qu'à quatre heures et demi en sprintant en dératé à travers la cours on allait la quitter, couper les fils, ouf, terminé.

 Pas du tout, elle était là toujours, on l'emportait avec soi d'ailleurs, dans son cartable, avec les leçons pour demain, les devoirs pour la semaine prochaine, les carnets à faire signer et surtout surtout avec les parents.

"Si tu travailles bien, tu auras de l'argent, pas comme nous qui tirons la ficelle."

 C'est la grande chance de l'école. De bonnes notes et fini les temps difficiles. Il m'est venu quelquefois à l'idée de leur demander s'ils avaient si mal  travaillé  que ça pour arriver si peu à joindre les deux bouts. Une autre phrase choc me revient en mémoire :

"Moi, j'aimerai être à ta place et revenir à l'école."

En attendant, pas de dessert, plus de télé, pas de sortie, plus de tennis, pas de vacances si les notes ne s'améliorent pas.

 Forcément, c'est pas les punitions qui manquent.

 Ni les récompenses, bien sûr. Ah les promesses du billet de cent balles si ça s'améliorent le mois prochain. Ah moi les billes, les bonbons... 

 Ma mère devait se sentir un petit peu responsable, si elle me surveillait mieux, je serais peut-être moins nullard, et puis elle devait se dire que si j'étais aussi con que le prétendait  le dirlo, grand expert en la matière, il fallait bien que je le tienne de quelqu'un, ma connerie, et de qui pouvais-je la tenir à part d'elle ?

 Un peu de mon père peut-être mais il fallait bien qu'elle en assume la moitié si je n'étais pas capable d'apprendre la vie tumultueuse de Pépin le Bref.

 Du coup - pour se donner bonne conscience -, elle en faisait des tonnes :

"Fais tes devoirs."

"Tu sais ta leçon ?"

"Tu joueras quand tu la sauras."

"Tu es collé dimanche ? Privé de cinéma mardi."

"Ta moyenne a baissé ? Pas de sorties pendant huit jours.

"Tu peux dire à ton copain que tu n'iras pas à sa boom."

 Et toc.

 Rappelez-vous, on en prenait plein la gueule à l'école avant de se dire en nous-même :

"Et en plus, qu'est-ce que je vais prendre à la maison !"

 J'avais  un copain qui m'a fait longtemps rêvé, lorsqu'il chopait la retenue, la note lamentable, le zéro pointé, la remarque assassine sur le bulletin, il haussait les épaules et disait :

"Moi, mon père, y s'en fout."

 Ce père, quel homme !

 

Collection "Souvenirs d'école"

 Je ne veux pas aller à l'école ;  La rentrée ;  L'écolier ; L'institutrice ;  Les cancres  

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Published by Régis IGLESIAS - dans Souvenirs d'école
28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 14:43

buvard--Viandox"Souvenirs d'école.

 

 C'est un fait, on a tendance  à ne faire guère attention aux enfants : ils sont petits, bruyants, remuants, chiants :

"Ôtes-toi de là", "Ôtes-toi du milieu", "Ôtes-toi de mes pattes", bref, l'enfant passe une bonne partie de sa vie à s'ôter.

 Pour retenir un peu l'attention, il suffit juste au fond qu'il tienne à la main son carnet de notes.

"Ôtes-toi du milieu" devient alors : "Viens un peu par ici, toi, que nous examinions  cela".

Personnellement, j'ai toujours préféré m'ôter du milieu. Sauf avec les femmes.

 Je me comprends.

 

 Autre fait indubitable : cela fait maintenant des décennies et on fêtera sans doute le centenaire très bientôt que les écoliers imitent ou tentent d'imiter la signature du chef de famille.

 La fraude scolaire est aussi une institution. Je l'ai fait, j'arrivais à atteindre en cette matière une perfection absolue. Presque j'en voulais à mon père d'avoir une signature si facile à imiter. Bref, je suis devenu un crac en imitation pour éviter de prendre un coup de pied au cul.

 "Vite fait bien fait, paf, une bonne gifle et on en parle plus."

 Pas de lenteur, de réflexion, de doigté, de complications. Paf dans la gueule et s'est réglé.

"Et puis comme ça on en parle plus et Mimile il préfère ça, hein Mimile tu préfères ça ?

 Mimile : "Oh oui, papa, je préfère ça."

 - Vous voyez, qu'est-ce que je vous disais, il préfère ça."

 C'est comme ça, il semble dorénavant acquis qu'il est difficile de passer sa vie sans donner de cou de pied au cul.  La constitution de l'individu étant telle qu'au bout d'un certain niveau d'agacement, l'homme est un football pour l'homme.

 J'ai connu un instituteur vanné, excédé, pour qui en fin de journée tous les culs des enfants étaient des ballons.

 Je le revois shootant dans tous les sens, marquant des buts comme Platini. C'était plus fort que lui.

 Et puis, il y a les autres élèves aussi. Les petits camarades...

 Une règle essentielle de communication veut que les égaux sont rassurants.

 Phrase choc :

 "Et puis à l'école, tu te feras des petits camarades..."

 Exacte sans doute mais il ne faut pas oublier qu'on s'y fait aussi des ennemis.

 Avec les phénomènes de leaders, de têtes de Turc, de cafteurs, de chouchou, de lécheurs, de cancres invétérés, de grandes gueules, de forts en thème, de fiers-à-bras et autres voleurs de billes.

 J'en passe évidemment.

 Et puis, il ne faut pas oublier que la première classe, c'est le passage à la communauté. On était seul peinard, ou avec le petit frère ou la grande soeur, bref à la maison et voilà le plongeon au milieu des autres, une trentaine d'inconnus où le hasard règne. Et on sait, vous savez, que le hasard fait rarement bien les choses.

 Et comme par hasard, je me suis coltiné du cours préparatoire au cours moyen un dénommé Alvarez qui de la première seconde à la dernière m'a considéré comme un punching-ball, une serpillière, un paillasson, bref un souffre douleur.

 Je rêvais de grandir, de prendre des biceps, des pectoraux et de lui mettre un jour une branlée mémorable., mais Alvarez grandissait plus vite que moi et à chaque rentrée, il doublait de volume. Mais un jour, je l'aurais. Je l'aurais ! 

 L'école, c'était donc M. Bouchacour pour ses dictées, mais aussi Alvarez et ses tortures, sa bande de soudards impitoyables, car il était chef de bande, Alvarez. Et si on lui échappait à lui, les autres vous faisaient prisonnier et c'était pire : billes volées, osselets dérobés, équerre cassée, plumier dispersé...

 "Tu te feras de petits camarades..."

  Moi j'ai supporté Alvarez pendant cinq ans qui gonflait à vue d'oeil, dix centimètres de plus à chaque retour de vacances, je me demande où il en est ce type avec sa croissance d'enfer, un jour sa tête va apparaître par dessus les murs du quartier, il viendra me chercher pour une ultime rouste.

 Trente mètres de haut, deux tonnes, je n'ai pas fini d'en baver...

 

 Collection "Souvenirs d'école"

 Je ne veux pas aller à l'école ;  La rentrée ;  L'écolier ; L'institutrice ;  Les cancres  

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Published by Régis IGLESIAS - dans Souvenirs d'école
28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 14:42

buvard--Wonder.jpg"Souvenirs d'école.

 

 J'ai lu un livre avec des châteaux, des parcs et un jeune garçon qui avait sa préceptrice pour lui tout seul, ça roulait dans l'huile. Il écrivait tranquille avec les gazouillis des pinsons qui entraient par les fenêtres, ça aussi, c'était mon rêve.

 Pas à craindre de recevoir une pointe de compas en pleine fesse, une boulette dans l'oeil, un coup d'élastique dans le mollet. C'est terrible quand même qu'on ne fasse rien pour les souffre-douleur !

 On doit les considérer comme des mous, des faibles, des ridicules, ils agacent un peu :

"Tu ne peux pas te défendre, non ?"

Et non, justement, il ne peut pas se défendre. Ce n'est pas de sa faute tout de même.

 Il y eut pire que moi d'ailleurs, une année j'ai eu une institutrice qui avait son fils dans la classe.

 Il a souffert celui-là, elle n'osait même pas lui remettre une bonne note quand il la méritait., on aurait tous crié au favoritisme, au coup monté :

"Bien sûr qu'il a des dix, c'est sa mère qui le note..."

 Et puis des élèves, c'est tous des concurrents, et impitoyables. On était classés nous, à l'époque, ça voulait dire qu'il fallait se monter les uns sur les autres, s'écrabouiller.

 A la récré, pareil, la loi du meilleur, la loi du plus fort.

 Et il fallait jouer serré, avoir la bonne note pour que l'institutrice soit contente mais il ne fallait pas trop exagérer parce que l'on devenait fayot, lécheur... Les vrais hommes n'hésitaient pas à ne pas savoir leur leçon. Je m'en souviens bien des interros orale : Iglesias, au tableau !

 Finit l'anonymat des assis, me voici debout, soudain, sous les projecteurs, sous l'estrade, faisant semblant de ne pas trop savoir trop bien mais de savoir quand même pour plaire aux filles. Sale moment à passer...

 Et la cours de récré, bitumée, extra-dure, avec des caïds lancés à toute vapeur qui vous éclatent sur l'asphalte avant de vous expédier  contre les troncs d'arbres, dans la caillasse... Une enfance se passe avec les genoux en sang, avec des bleus partout. Je rentrais à la maison avec des pansements terribles, le plus souvent c'était la tête qui prenait.

 J'ai collectionné les agrafes, les points de suture, enduit de teinture d'iode, de mercurochrome...

Et le surveillant...

"On joue sans courir."

"On ne court pas !"

 Sifflets stridents qui vous bloquent les rotules, qui vous figent les mollets tout net.

 Au piquet : A couru pendant la récréation...

 Re-sifflet, fin de la récréation.

"En rang, par deux, bien alignés. On se tait. On ne parle plus. On entre en classe. Bras croisés, on sort son cahier, dans le calme."

 Et voilà, c'est reparti pour un tour.

 On n'en sortira jamais.

 Et pourquoi les institutrices sont toutes méchantes ? Vous le savez vous ?

 Phrase choc :

 "T'as Bachelet, cette année ? Tu vas en chier dur, je l'ai eu l'année dernière."

 Les angoisses montent. Je me souviens de la première heure, du premier contact, quand on se jauge, à Carmaux, on jouait la fausse aisance, ceux que rien n'impressionne, les semelles de Rangers ou de Converse sous la table avec un calme olympien d'apparence alors qu'à l'intérieur, ça bouillonne.

 Je me souviens quand la mère Bachelet passait dans les rangées, s'arrêtait derrière moi, louchait sur mon cahier.

 Trente tonnes de plomb sur chaque épaules, ça me coulait jusque dans le creux des reins. Rien que de l'écrire, ça me donne des suées et j'ai envie de me pisser dessus.

 Mais bon dieu, ce n'était pas un drame de ne pas mettre l'accent circonflexe, de mettre deux L au lieu d'un ou d'un T au lieu de deux, d'oublier la retenue, de se tromper de virgule. Pourquoi est-ce que personne ne m'a jamais dit que c'était pas si grave que ça ?  Qu'on pouvait se gourer dans la règle de trois sans avoir la vie gâchée pour des siècles ? Au lieu de ça... Bam !

 Puis, ils en font des tonnes par dessus le marché :

"Ecoutez-bien, c'est important."

"Retenez bien ceci..."

"Portez toute votre attention sur..."

"Vous n'arriverez à rien si..."

 C'est sûr que pas un ne va dire : "Ecoutez les petits gars, ce que je dois vous apprendre, Louis XIV, l'Edit de Nantes, le carré de l'hypoténuse, le sillon Rhodanien et les subordonnés conjonctives, ça ne vous servira pas une fois dans la vie et vous n'en avez rien à cirer..." Et bien ce type-là aurait raison et creuserait sa propre tombe.

 Au lieu de ça, rappelez-vous vos bulletins, les notations sous les notes :

"Elève intelligent mais doit redoubler d'application",

"Ne manifeste pas assez de sérieux dans son travail",

"Attention à la discipline." 

 

 Quand je pense que mon institutrice a passé toute sa vie à l'école. Papa et maman en parlent à la maison : c'est un bon métier, beau et noble, transmission de culture, message etc, etc. Et puis il y a les vacances. Deux mois d'été, Pâques et la Noël, elle ne gagne pas beaucoup mais ça tombe tous les mois.

 Beaucoup d'enfant rêvent d'être maître.

 Les petits jouent à l'école.

"Je serai la maîtresse.

- Non, c'est moi !"

 Pourquoi pas, après tout.

 Et puis, comme dit ma Mamie : il vaut mieux vivre au milieu des enfants, qu'exister dans le monde des adultes.

 

Collection "Souvenirs d'école" 

Je ne veux pas aller à l'école ;  La rentrée ;  L'écolier ; L'institutrice ;  Les cancres  

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Published by Régis IGLESIAS - dans Souvenirs d'école
28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 14:40

Buvard-radiola.jpg"Souvenirs d'école.

 

 Un jour pourtant, je suis devenu prof, et là, avec toujours ma trouille d'en voir bâiller, je suis rentré dans la psychanalyse, les rêves. Et là, dans la classe, ça a explosé.

 En plein dans le mille : ils se sont passionnés pour leurs intérieurs. Les écoliers ont un intérieur ! Et ils aiment ça ! Parfois, il y en a deux qui se paient une tranche, la sentence - pour les cancres - est alors implacable :

 "Vous avez fini de rire dans le fond ?"

 Pour marqué le coup, j'ai puni Hervé : insolence.

 Collé deux heures.

 C'est un art la colle, pour que ça prenne bien, il faut la placer doucement et à froid, dans le calme, ça tombe alors. Floc. De toute sa hauteur.

 On note scrupuleusement, nom, motif, sanction.

 Un petit temps encore et on reprend le cours en faisant semblant d'être très légèrement ennuyé, navré d'avoir interrompu son cours tellement passionnant. 

 C'était un extrait du manuel du parfait petit salaud colleur.

Sur le coup, les chewing-gums avaient changé de joue, les omoplates remué sous les blousons et un costaud renversé sur la chaise, les pognes dans le Levis avait dit :

 "C'est toujours moi qui prend pour tout le monde."

 C'est l'avis du cancre, c'est la vie du cancre, s'il s'était tenu calme, il aurait eu droit à...

 "Alors, Machin, tu tires la tronche ?"

 On en voit comme ça dans les couloirs qui boxent lentement comme des noyés :

"Allez arrête quoi, arrête enfin..."

 Manque plus que les larmes. elles viennent parfois à des petits de première année, des pensionnaires qui passent leur vie à l'école, à leur place, moi, j'aurai fondu en liquide.

Tous ne pleurent pas, regardez : la plupart rient, s'amusent, sont heureux. Mais je me demande si vous ne forcez pas la note ou si vous ne faites pas assez attention : et le petit là-bas, derrière l'arbre, celui qui ne dit rien ?

 Un cas particulier ?

 Moi, c'est lui qui m'intéresse. Pourquoi ça ne colle pas avec lui ?

 On a tous des souvenirs là-dessus. Moi, c'est la symétrie qui me posait des problèmes. Je n'ai jamais su, je copiais tout sur tous mes voisins qui me copiaient eux-même, à la fin on mettait n'importe quoi.

 Et les chorales...

 Le plus emmerdant, c'était les canons, chanter en canon est une catastrophe, ça se mélange, c'est la cagade absolue, on est resté longtemps sur "l'hymne à la joie". Épouvantable, l'hymne à la joie, avec la première voix qui percute dans la seconde qui réverbère la troisième mélangée à la première...

 Il y en avait qui chantaient autre chose : "On chante dans mon quartier" ; "La guitare de Chiquita", personne s'en apercevait.

 C'est de là que doit mourir mon horreur des chorales.

 On en vois parfois à la télé. La caméra glisse sur les visages. J'imagine leur vie. Je me demande si la soprano rousse, la troisième à gauche, ne tringle pas avec le baryton du dernier rang.

 Certainement.

 Ils doivent se faire des répétitions terribles.

 La mezzo du milieu doit faire semblant de chanter, elle ouvre la bouche plus que les autres. Peut-être chante-t-elle "La guitare de Chiquita", gros succès d'après-guerre, "Dans les ranchos, les sierras..." Je m'en souviens encore.

 En résumé, je n'écoute pas.

 C'est bien dommage, évidemment, c'est certainement très beau, ils ont tous l'air  tellement recueillis. Même la rousse et son baryton d'amour. 

 Et le théâtre... Je me souviens des grands va-et-vient dans les travées, les types allaient pisser par vague, faisaient la chasse aux eskimos  ou se tiraient des clopes.

 Je pense et repense aux jours de grand froid, lorsque les oreilles sont rouges, Monsieur Blanquet, notre maître, posté derrière chacun d'entre nous, vise chaque lobe et expédie une pichenette sèche et précise dispensatrice d'irradiantes douleurs.

 Pourquoi ? Est-ce un simple rite d'initiation ? Un sadisme léger ? De la connerie pure ? Impossible de savoir.

 Robert raconte encore que son prof de maths commençait ses cours de géométrie avec la phrase suivante : "Si je tire un trait de l'oeil de Robert jusqu'à la tour Eiffel qu'est-ce que j'obtiens ?"Avec la lassitude qu'engendre la monotonie la classe répondait :

"Une ligne droite.

- C'est bien, interrogation orale. Robert au tableau..." 

 

 Guy se souvient d'avoir eu un instit qui à l'aide d'une gomme crayon remontait de la nuque rase des élèves jusqu'au sommet de leur crâne (c'était le temps des brosses) en produisant une sorte de frottement râpeux dot le crissement est resté dans son oreille.

 Que cherchait-il cet instit ? Peut-être n'aimait-il pas les cancres ? Il les aurait voulu savants, sans doute, ses loupiots, sages et réfléchis. Il voulait peut-être les voir chefs, ingénieurs, présidents, avocats...

 J'ai eu un prof d'anglais au rhume géant, permanent et absolu qui étalait ses mouchoirs sur le radiateur, des lessives entières, des torchons comme des voiles, c'était les classes bateaux, on naviguait à la morve, au crachat... C'était un violent celui-là, avec la mornifle facile. rare mais précise, il sonnait sec, ça pétait comme un 6,35.

 Trop facile, tout ça. Et les sympas ? Et ceux qui vous marquent en bien pour la vie ? Ceux dont on se souvient avec le rire à l'âme ?

 Pas tous maniaques, les profs. C'est vrai, j'en ai connu des bons. M. Granier, peut-être le meilleur.

 Il nous disait doucement des choses douces, il se penchait sur les cahiers, vers eux, dans la sollicitude et les garçons devenaient gentils. Certains l'appelaient par son prénom. Les gars l'appelaient Jésus.

 "T'as Jésus en Math ? T'as du pot."

 En 1988 une prof formidable, Mme Bernichou, elle nous passionnait : en fin de trimestre, elle trouvait sur son bureau un petit foulard, un paquet de blondes, des chocolats, elle s'est fait virer, l'administration lui a dit qu'elle portait des jupes trop courtes.

 Elle avait trop d'amoureux...

 Un jour, elle entre dans un monoprix pour ses biscottes, tout près de chez elle et elle voit un deuxième année qui verdit, elle s'amène Franco :

"Bonjour, vous habitez par là vous aussi ?"

 Le gars fait oui-oui, ils bavardent un peu et comme elle n'est pas bête, le lendemain elle va voir la liste, il habitait à des années-lumières et il l'avait suivie, c'est ça l'amour. Des petits mignons de première année qui craquaient pour elle et apprenaient la "Légende des Siècles" et Lamartine pour un quart de sourire...

 Je les imagine sur les bancs d'un lycée.

 La concurrence surgit entre eux, la compétition, l'examen, le concours, l'aura, l'aura pas...

"Tu es nul et tu fous rien, tu l'auras jamais ton bac !"

 Et voici que malgré les coiffures dans le vent, les walkman plein tube et les jupes courtes, la peur entre en eux...

 Une évidence : Plus on avance, plus ce sera dur. 

 Plus les places seront chères. Qui sera en tête ?

 Heureusement, de temps en temps, un magazine dont le rédacteur en chef doit avoir un fils ou une fille stressé par un examen fait passer un article sur des gens célèbres qui n'ont pas le bac. Ouf, on souffle un peu. On pourra espérer survivre même si on sait que c'est des exceptions, que sans bagages, comme on dit, on ne voyage pas longtemps ou alors il faut un talent exorbitant, un culot d'enfer, une voix d'or, une gueule d'ange, un shoot de rêve.

 Puis viens l'examen.

 Je vais me faire examiner, qui dira que c'est un bon moment à passer ?

 Combien de fois avez-vous entendu parler de ceux qui "perdent leurs moyens" à l'examen ?

 Après on vient bassiner les foules et parler de renouveau de l'alcoolisme chez les jeunes, de la drogue dans les lycées, de la délinquance en école primaire...

 Si je suis devenu ce que je suis c'est à cette permanente pétoche que je la dois, à cette phobie de la foule, cette vague impression d'être le plus con de tous, partout. Pour éviter de péter un plomb, j'ai bâti une vie qui roule entre quatre copains. L'amitié est alors entrée dans ma vie.

 C'était autour le silence, comme il est à Paris, avec un fond tenu comme un fil de chanson.

 

Collection "Souvenirs d'école"

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 17:55

Nobile-copie-1- M'sieur ! M'sieur ! Il a renversé tout le bleu !

 Le maître est déjà là : C'est toi qui a fait ça ?

 Le ça, c'est le bleu. Une tâche bleue. Une énorme tâche bleue qui s'étale sur le bureau. Comment expliquer au maître ?

 Celui qui vient de me moucharder à notre maître d'école, c'est Delac. Le premier de la classe. Premier en CM2. Premier en tout. Même en cafardage, bavardage et rapportage. Ce lèche-botte épuiserait un dictionnaire à lui tout seul. Tiens ! Il faudra que je lui ressorte ça à la récréation... Espèce de synonyme ! ...

 Ça lui coupera le sifflet à roulette. Dans la cour, il n'est plus le premier du tout : les billes, la toupie, le déli-délo, les osselets, la momie, le gendarme et le voleur, le football... Tout ça, c'est du javanais pour lui. Il préfère réviser ses conjugaisons.

 Bref, Delac me montre du doigt et je me retrouve au piquet. Tranquille à côté de la carte de l'Afrique à la hauteur de Conakry. Je sens au dessus de moi sur le tableau noir, la phrase de morale qui me fait comme une couronne d'épines. Pire qu'au caté ! Tout ça pour une vague histoire de boulette trempée dans l'encre.

 Mais je ne me plains pas. On est bien ici. Je respire l'odeur de la craie, d'encre, de colle et d'encaustique.

 Je me souviens qu'il y avait des boîtes pleines  de bons points qui m'auraient été bien utiles le dernier vendredi du mois : jour du Grand Décompte. Je me souviens de ma collection de buvards-réclames et aussi que l'odeur d'encre fraîche me faisait penser à l'ogre  du Petit Poucet. En ce moment, je rêvais d'égorger Delac avec une plume Sergent Major.

 Le monsieur à tout faire avait presque terminé la dernière rangée quand la maîtresse des CP l'avait appelé au secours. La poignée de son guide-chant était restée coincée. Il était parti avec elle en laissant son chiffon et la bouteille d'encre sur son bureau. De près, elle était encore plus belle, surtout le bec gravé d'un oiseau comme les bonbons La-pie-qui-chante. Comme je n'avais pas fais mes devoirs, je m'attendais à ...

"Encore ! La prochaine fois, je convoque tes parents..."

J'étais bon pour la tourlousine du p'pa et la confiscation des crampons.

- M'sieur ! M'sieur ! Vous voyez, il a renversé tout le bleu ! Delac m'avait sorti de mon rêve. Le maître s'était précipité pour sauver les cahiers de leçons. Il tenait le mien entre le pouce et l'index et l'égouttait au-dessus de la paillasse.

- Tu as de la chance... Il est intact.

 Depuis ce jour-là, mes souvenirs d'école sont pleins de jolis tâches de bleu un peu partout. Comme des grains de beauté dans le noir et blanc.


 Une "fabrique à souvenirs"

 

 Que serait un village sans son école ? Où serait l'enfance, où serait la vie ? D'où jailliraient les cris et les piaillements ? Où éclateraient les rires et les pleurs ? Si l'église est l'âme du village, l'école est son coeur.

 Du chemin des écoliers à la traditionnelle remise des prix, de l'encrier de porcelaine au tableau noir, du cahier de composition au livre d'histoire, voilà tout un univers familier et emplie de nostalgie.

 On se souvient du matin si particulier de la rentrée ; on se revoit mettant son sac à l'école et pressant le pas. La tentation de l'école buissonnière ou de flâner en chemin... La haute stature du maître se profile sur les marches du perron... L'écho de la cloche nous parvient encore...

 Et ces minutes oppressantes  lorsque l'on avait fait l'impasse sur les leçons à connaître pourtant sur le bout des doigts, la hantise d'entendre cette voix sévère nous interroger...

 L'oreille se dresse à l'affût du murmure salvateur du camarade souffleur...

 La sentence claque : "Cent lignes et dix tours de cour !"

 L'odeur de la craie, le grincement de la plume sur le papier quadrillé...

 Le chant des tables de multiplications ("neuf-fois-sept-cinquante-six"), les Fables de La Fontaine, l'enfer des dictées et des problèmes d'arithmétique...

 Nos coup d'oeil sur la copie des voisins... La récréation tant attendue, ses jeux et ses bagarres... Les interminables parties de billes... La chaîne d'arpenteur, le bocal avec la vipère, la carte de France avec ses fleuves et ses beaux départements colorés...

 Tout est là, intact.

 Le premier départ pour l'école... Une matinée particulière que chacun gardera au fond de sa mémoire ; la nuit et ses angoisses, le sommeil qui tarde à venir et le réveil douloureux... Le petit-déjeuner est vite expédié ; le temps presse. En ce jour exceptionnel, la toilette traîne en longueur : "Ce matin-là, ma chère maman veilla, selon son habitude, à ce que mon cou et mes oreilles fussent débarboullés..."

 Les habits sont neufs et parfaitement choisis avec un nouveau matériel qui incite aux bonnes résolutions. Comme par magie, il donne envie de bien travailler. Je me souviens surtout d'une gomme à effacer si tendre et si onctueuse que je mourrais d'envie de la manger.

 Enfin , voilà l'heure du départ. La porte se referme et le chemin de l'école se déroule sous nos pas. Un trajet quotidien dont on connaîtra bientôt tous les recoins. Ce jour-là, les uns se sentent devenir quelqu'un ; les autres traînent les pieds comme pour retenir leurs derniers instants de liberté. Sentiments communs, impressions éternelles...

 C'est là, l'une des toutes premières expériences de la vie. Tant de fois parcouru, ce chemin s'égaye de son lot d'aventures et d'anecdotes, autant de souvenirs impérissables. Les rues défilent ; on s'arrête devant une vitrine, on tire les sonnettes...

 A la campagne, les plaisirs se succèdent au détour des sentiers : on s'exerce au lance-pierre, on cueille des pommes ou des mûres, on se moque des animaux des champs en poussant des beuglements exagérés...

 Un trajet bordé de richesses.

 Lorsque la froidure hivernale sévit, l'écolier doit forcer sa volonté : "Tous les matins, au petit jour, le père m'éveillait. Je m'habillait sans faire de bruit et je sortais avec mon petit sac, les pieds dans mes sabots ; le gros bonnet de roulier sur les oreilles, et ma bûche sous le bras. Il faisait froid à l'entrée de l'hiver ; je fermais bien la porte et je partais soufflant sur mes doigts."

 Alors il fait bon arriver tôt à l'école pour se réchauffer autour du poêle avant que les leçons ne commencent ; d'ailleurs, chacun arrive avec sa buchette sous le bras, contribution personnelle à la bonne alimentation du précieux appareil.

 L'instituteur est là, sur le perron. Les écoliers ôtent leur casquette pour le saluer, puis se hâtent de rejoindre leurs petits camarades. De vives discussions s'engagent. Les uns attaquent une partie de billes, les autres se chamaillent. Un élève reste à l'écart. Des regards furtifs et inquisiteurs le dévisagent ; un murmure circule : "C'est un nouveau !"

 Soudain la cloche retentit ; un ordre claque :

"En rang deux par deux !" 

 Ce sera les chemins de traverse pour ceux qui ont peur d'arriver en retard et d'être grondé...

  Après tout, pourquoi plier sous le joug de la discipline alors que le ruisseau appelle à une tranquille partie de pêche ? Pourquoi ne pas céder au caprice d'une longue sieste à l'ombre d'un pommier ?

 L'école de la nature offre des leçons que seuls les amoureux de liberté peuvent goûter. Et quand ces amoureux ne répondent pas à l'appel, le maître d'école interroge pour savoir où ils sont passés et toute la classe répond en coeur : "Ils sont malades, monsieur."

 Comme il est difficile de résister à l'appel de ses camarades ! L'union fait la force et donne du culot. "Eh nigaud, viens jouer avec nous..."

 Hélas, l'eau claire riait dans les ruisseaux ; là-haut chantaient les alouettes, les bleuets, les glaïeuls, les coquelicots, les nielles fleurissaient au soleil dans les blés verdoyants... Et je me disais : "L'école, eh bien ! tu iras demain."

 Et, alors, dans les cours d'eau, avec culottes retroussées, houp ! on allait guéer. Nous barbotions, nous pataugions, nous pêchions des têtards, nous faisions des pâtés - pif paf ! - avec la vase ; puis on se barbouillait de limon noir jusqu'à mi-jambes pour se faire des bottes."

 Silence dans les rangs.

 La colonne entre au pas dans la salle. Le décor ? Des rangées de pupitres de bois brun auxquels les critères de porcelaine apportent une touche de gaieté, le poêle Godin au centre avec son énorme tuyau qui court sous le plafond et traverse le mur ; l'estrade, "la tribune" du maître, le tableau noir fixé au mur, la bibliothèque scolaire coiffée du globe terrestre, les portraits de Jules Ferry et de Victor Hugo à côté de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, la carte de France et les panneaux qui rappellent certains principes : "L'instruction est un trésor. Parle peu et écoute beaucoup."

Une dernière fois le maître réclame le silence, avant de faire l'appel et d'inscrire au tableau la date que chacun doit recopier soigneusement sur une nouvelle page de son cahier, ainsi que la pensée du jour. C'est la leçon de morale. Les commandements et les préceptes se succèdent : "L'oisiveté est la mère de tous les vices", "Il vaut mieux souffrir le mal que de le faire", "Qui vole un oeuf vole un boeuf"... Au mur, une affichette illustrée donne l bon exemple : "Garder un objet trouvé, c'est voler"".

 Pour plus d'efficacité, certaines sentences usent de la menace : "Fais le bien sur le champ, tu n'es pas sûr de vivre longtemps". L'alcoolisme, voilà l'ennemi ! "Prendre un apéritif avant le repas, c'est s'ouvrir l'estomac avec une fausse clef."

 Tranquille au fond de la classe, le cancre se moque bien de ces encouragements ; il met au point sa petite sarbacane et, dès que le professeur aura le dos tourné, il s'amusera à lancer sur les cahiers de ses camarades quelques boulettes imbibées d'encre.

 L'exception qui confirme la règle. 

 Hibouchougenou...

"Toute la classe en retenue !"

 Et toc !

 Et le malheureux instituteur qui voit sa chaise toute enduite de colle.

 C'en est trop ! Que chacun sorte son manuel d'histoire de France !

 Tout un chapitre à copier avec une interrogation surprise par dessus le marché sur Vercingétorix rendant les armes devant l'auguste César, saint Louis devant son chêne, Louis XI et ses cages, la prise de la bastille, la Bérézina, Charlemagne... autant d'images passionnantes qui captivent l'imagination. Ces clichés ancrés à tout jamais au fond des mémoires et prêts à ressurgir à la moindre occasion.

 

 La récré

 Qu'il pleuve, qu'il neige ou qu'il vente, la cour de récréation fait la joie des écoliers. Elle est le théâtre de leurs jeux et de leurs plaisirs. Lorsque les aiguilles de l'horloge s'approchent enfin de dix heures, alors les mines s'égayent. Les corps jusque-là prisonniers, s'évadent. Enfin, ça y est. Le maître pose sa craie et lâche le "allez" tant espéré.

 Affinités obligent, des groupes se forment aux quatre coins de la cour. On s'émerveille devant des décalcomanies aux couleurs vives, on échange des bonbons, des bâtons de réglisse ou des images... On lâche à répétition le dernier gros mot appris. Les discussions vont bon train même si tous pestent devant les difficultés de la dernière interrogation. On se lâche, en somme. Place au jeux et à l'amusement.

 Ne l'oublions pas, la cour appartient aux élèves.

  Là, on oublie la présence de l'instituteur, et on lui promet mille maux et mille vengeances en représailles de sa sévérité. On peut épater ses camarades, l'un peut démontrer son habileté à construire des chefs d'oeuvre avec rien, l'autre qui excelle au maniement du diabolo, tandis que les filles sautent à cloche-pied entre terre et ciel ou inventent des figures à la corde à sauter. Des parties acharnées de cache-cache succèdent au concours de saut-de-mouton. 

S'il vient à neiger, les glissades se font de plus en plus spectaculaires et de joyeux affrontements éclatent.

 Enfin, si toupie, cerceau et osselets sont en vogue, les billes connaissent le plus grand succès. Le matin, en partant à l'école, personne n'oublie son sac de billes et chaque classe a son champion qu'on rêve de déboulonner.

 

Les bagarres

 La farce tourne à l'aigre. Le lâche a osé se moquer du nom de son camarade. L'honneur appelle à la vengeance ; un simple murmure annonce le duel : "Ru vas voir à la récré !" Que serait la récréation sans l'inévitable bagarre ? Chaque classe à sa forte tête, celle qui en impose aux autres ; malheur à celui qui ose l'emmerder.

 Puis certains recourent à l'ultime stratégie avant la fin de la récré : la ruée vers les cabinets.

 Mais les cabinets ont aussi leurs traditions et leurs jeux. Même si l'instituteur surveille discrètement ces lieux secrets, au cas où... Au cas où des garnements s'amusent à celui qui pisse le plus loin ou qui a la plus grande... "Mesurons !"


 La fin des cours

 Dehors, le soleil s'en va, l'heure tourne et la fin de la journée approche. Tous trépignent d'impatience. Bientôt la liberté et les joies du retour ! La cloche retentit enfin ; un son si cruel le matin mais si doux le soir... En un clin d'oeil, les cliques et les claques sont rangées dans les sacoches ; on rechausse ses sabots et l'on se rue vers la sortie.

 Rare, cette fois, sont les retardataires...

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Published by Régis IGLESIAS - dans Souvenirs d'école
26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 18:28

Veau"Souvenirs d'école de Daniel Pennac.

 

J'étais un mauvais élève. Chaque soir de mon enfance, je rentrais à la maison poursuivi par l'école. Mes carnets disaient la réprobation de mes maîtres.

 C'est bien simple : quand je n'étais pas le dernier de ma classe, c'est que j'en étais l'avant-dernier.

 Champagne !

 Fermé à l'arithmétique d'abord, aux mathématiques ensuite, sans parler de l'orthographe, rétif à la mémorisation des dates et à la localisation des lieux géographiques, inapte à l'apprentissage des langues étrangères, réputé paresseux (leçons non apprises, travail non fait), je rapportais à la maison des résultats pitoyables que ne rachetaient ni la musique, ni le sport.

- Tu comprends ? Est-ce que seulement tu comprends ce que je te t'explique ?

 Je ne comprenais rien. Pire : apparemment, tout le monde comprenait plus vite que moi.

 Aussi, "Les bras m'en tombent", "Je n'en reviens pas", "Tu es complètement bouché" me sont des explications familières.

 Le fait est que je n'imprimais pas, comme disent les jeunes d'aujourd'hui et du coup, j'étais en "grande difficulté", selon l'expression consacrée. Un cancre, en somme.

 Un cancre avec les mots de cancre qui vont avec : "Je suis nul", "Je n'y arriverait jamais", "Même pas la peine d'essayer, c'est foutu d'avance", "Je vous l'avait bien dit, l'école c'est pas faite pour moi."

 Et les mots des profs : "Le troisième trimestre sera déterminant". Réaction immédiate de mon père :

- Le troisième trimestre, le troisième trimestre, ça ne l'émeut pas du tout, ce gosse, la menace du troisième trimestre, il n'a jamais eu un seul trimestre convenable !

 Il en rajoutait encore une couche :

- Le troisième trimestre... Comment voulez-vous qu'il remonte un pareil handicap en si peu de temps ! Ils savent bien que c'est un gruyère, leur troisième trimestre, avec toutes ces vacances !

- S'ils refusent le passage, cette fois je fais appel !

 Et ça dure jusqu'à la fin du mois de juin, quand il s'est avéré que le troisième trimestre a bel et bien été déterminant, qu'on n'acceptera pas le rejeton en classe supérieure, mais que voulez-vous on s'est dit que peut-être cette fois le gosse comprendrait, il s'était bien repris au troisième trimestre, si, si, je vous assure, il baisait des efforts, beaucoup moins d'absences... Ce redoublement lui fera du bien. Cool. Non, pas cool. Ce n'est pas rien une année de scolarité fichue : c'est l'éternité dans un bocal.

 J'oubliais : il y a la mère qui pleure, elle vous appelle et pleure en silence, et s'excuse de pleurer... un mélange de chagrin, d'inquiétude et de honte... "Mais qu'est-ce qu'il va devenir ?" 

 Alors que franchement, est-ce qu'il y a de quoi casser trois pattes à un canard ? Je tente une histoire drôle :

- Connaissez-vous le seul moyen de faire rire le bon Dieu ?

 Hésitation au bout du fil.

- Racontez-lui vos projets.

 En d'autres termes, pas d'affolement, rien ne se passe comme prévu, c'est la seule chose que nous apprend le futur en devenant du passé. Et pourtant, c'est toujours la même ritournelle :

- Avec des notes pareilles, qu'est-ce que tu peux espérer ?

- Tu t'imagines que tu vas passer en sixième ?

 Interdit d'avenir. J'étais une nullité scolaire et je n'avais jamais été que cela. Je traverserai cette existence sans aucun résultat. De cela, certains enfants se persuadent très vite. Et comme on ne peut pas vivre sans passion ils développent, faute de mieux, la passion de l'échec.

 Et les professeurs en rajoutent - presque toujours - une couche avec des appréciations sans espoir : "Aucun travail", "N'a rien fait, rien rendu", "En chute libre" ou plus sobrement : "Que dire ?"

 Que dire, en effet. La vérité ? Essayons : "Monsieur, madame, je n'ai pas fait mes exercices parce que j'ai passé une bonne partie de la nuit quelque part dans le cyberspace à combattre les soldats du Mal, que j'ai d'ailleurs exterminé jusqu'au dernier, vous pouvez me faire confiance." Ou... "Monsieur, madame, désolé pour ces exercices non faits mais hier soir j'ai cédé sous le poids d'une écrasante hébétude, impossible de remuer le petit doigt, juste la force de chausser mon baladeur."

 Impossible, du coup, on préfère une version plus présentable. Par exemple : "Mes parents étant divorcés, j'ai oublié mon devoir chez mon père avant de rentrer chez maman." Mieux : "J'étais occupé à lire l'énoncé quand la chaudière a explosé."

 Imparable ! En d'autres termes un mensonge. Et on commence à mentir...

- Alors, ça s'est bien passé aujourd'hui ?

- Très bien.

 Nouveau mensonge.

Qui lui demande d'être coupé d'un soupçon de vérité :

- En histoire, la prof m'a demandé 1515, j'ai répondu Marignan, elle était très contente !

(Allez ça tiendra bien jusqu'à demain.)

 On rentre alors dans une angoissante dimension où le rôle dévolu à l'imagination consiste à colmater les innombrables brèches par où peut surgir le réel sous ses aspects les plus redoutés : mensonge découvert, colère des uns, chagrin des autres, accusations, sanctions, renvoi parfois, culpabilité, humiliation : Ils ont raison, je suis nul, nul, nul.

 Je suis un nul.

 "Et vous savez et je sais que dans notre société, un adolescent installé dans la conviction de sa nullité est une proie.

 Je pense et repense à une appréciation terrible que j'ai eu sur un bulletin de cours préparatoire : "Manque de bases" On croit rêver. Autrement dit : Patate chaude.

  Chaude la patate l'est surtout pour les parents. Ils n'en finissent pas de la faire sauter d'une main dans l'autre. Les mensonges quotidiens de ce gosse les épuisent : mensonges par omission, affabulations, explications exagérément détaillées, justifications anticipées : "En fait, ce qui s'est passé..."

 Au début, les parents tiennent le coup. "Nous verrons demain,

nous verrons demain...

 Avant de craquer. Irrémédiablement. Et au diable la préservation de l'atmosphère familiale, tant pis si le dîner tourne au drame, au diable les varices, en somme. On oublie Marignan et place à la berezina scolaire.

 Autre problème sur le cancre, c'est que s'il réussit, on ne le croit jamais... Pendant sa cancrerie on l'accuse de déguiser une paresse vicieuse en lamentations commodes : "Arrêtes de nous raconter des histoires et travaille !" Et quand sa situation sociale atteste qu'il s'en es sorti on le soupçonne de se faire valoir : "Vous un ancien cancre ? Allons donc, vous vous vantez !"

 Le fait est que le bonnet d'âne se porte volontiers à posteriori. C'est même une décoration qu'on s'octroie couramment en société. Elle vous distingue de ceux dont le seul mérite fut de suivre les chemins du savoir balisé.

 Le gotha pullule d'anciens cancres héroïques. On les entend ces malins, dans les salons, sur les ondes, présenter leurs déboires scolaires comme des hauts faits de résistance. Je ne crois pas, moi, à ces paroles, que si j'y perçois l'arrière-son d'une douleur.  Car si l'on guérit parfois de la cancrerie, on ne cicatrise jamais tout à fait des blessures qu'elle nous infligea.

 

 On change de sujet. Un souvenir :

- Meu... Meu... Monsieur... Je n'arrive pas à c... à comp... Je n'arrive pas à comprendre...

- A comprendre quoi ? Qu'est-ce que tu n'arrives pas à comprendre ?

- La... proposition-subordonnée-conjonctive-de-concession-et-d'opposition !

Silence.

Ne pas rigoler.

Surtout ne pas rire.

- La proposition-subordonnée-conjonctive-de-concession-et-d'opposition ? C'est elle qui te met dans un état pareil Nathalie ?

 Elle s'appelait Nathalie - Nath ! -, et doit être aujourd'hui une jeune femme de trente-sept ans. Et mère, va savoir. D'une fille de douze ans, peut-être. Nathalie est-elle chômeuse ou satisfaite de son rôle social ? perdue de solitude ou heureuse en amour ? Femme équilibrée, maîtresse ès concessions et oppositions ? Se répand-elle en désarroi à la table familiale ou songe-t-elle bravement au moral de sa fille quand la petite franchit la porte de sa classe ?

 Il faudra que je demande à ma Mamie ce qu'elle en pense. Elle était écolière dans l'entre deux-guerres. En ce temps-là, on traitait les gosses à la dure !

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Published by Régis IGLESIAS - dans Souvenirs d'école

Livre d'or

Première affiche

 

  "MA MAMIE M'A DIT"  

Spectacle nostalgique 

 

"On nous avait promis la magie, promesse tenue : un spectacle plein de féérie de souvenirs où chacun se retrouvait. Une belle énergie. Les résidents ont adoré. Merci." Marie ("La Clairière de Luci" - Bordeaux)
 
"Formidable ! Nous sommes tous remontés dans le temps, nous avons vingt ans, on a ri, on a presque pleuré et surtout on a chanté. Merci." Cathy (Arles)
 
"Un véritable petit chef d'oeuvre" ; "La légion d'honneur pour la créativité" "Un véritable artiste" ; "Après-midi formidable" ; "Absolument parfait" ; "Une rétrospective originale" ; "Un très bon moment d'évasion". Propos recueillis à la résidence Emera d'Angoulême  
 
"Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux... C'était magnifique. Nous avons revu toute notre jeunesse et notre enfance. Et c'est beau de redevenir jeune dans l'ambiance d'autrefois." Aimée et Janine
 
"Les chansons, les réclames et les anecdotes ont transporté les résidents dans leur enfance. Une après-midi de nostalgie mais aussi de chansons et de rires. Merci encore pour ce magnifique spectacle." Sandrine
 
"Spectacle complet, tellement agréable et thérapeutique pour nos personnes âgées, encore félicitations !" Docteur Souque
 
"Un choix extraordinaire de chansons, des moments magiques, des photos magnifiques, vous nous avez mis de la joie dans le coeur. Et retrouver sa jeunesse avec tous ces souvenirs, ça fait plaisir et j'espère que vous reviendrez nous voir." Mme Lorenzi (Juan-Les-Pins)
 
"Pour ma fête, par un pur hasard je me suis retrouvé dans un club de personnes âgées où j'ai pu assister à votre spectacle sur le passé. Cela m'a rappelé mes grands-parents et mes parents et c'était vraiment un moment magique." Josette, La Roque d'Antheron
 
"Bravo bravo bravo Regis, c'est le meilleur spectacle que j'ai vu depuis que je fais le métier d'animatrice." Bénédicte La Salette-Montval (Marseille)
 
"Je n'imaginais pas lorsque je vous ai accordé un rendez-vous que vous enchanteriez pendant 1 h 1/4 les personnes âgées d'une telle façon. Merci pour votre prestation qui a fait revivre les moments publicitaires, évènementiels et musicaux de leurs vies." Michelle, CCAS de Toulouse
 
"Un super voyage dans le temps pour le plus grand plaisir des résidents. Merci à Régis pour cette magie et à bientôt." Brigitte (Lunel)
 
"Enfin un retour à notre "époque". Quel bonheur, que de souvenirs, quelle belle époque ou l'amitié était de mise. Merci pour cette très belle après-midi, on s'est régalé avec ce très très beau spectacle". Danielle (Mirandol)
 
"Super - divinement bien -  tout le monde était enchanté même que M. Benaben a dit : "Vous nous avez donné l'envie de revivre notre vie"." Sylvie (Sainte Barthe)
 
"Un grand merci pour ce bon moment et je crois, je suis sûre, qu'il a été partagé par mon mari." Mme Delbreil
 
"Une féérie de l'instant." Christian
 
"Beaucoup d'émotion dans ce spectacle plein de chaleur et d'humanité." Sylvie
 
"Une soirée inoubliable. Continuez à nous émerveiller et faites un long chemin." Claude
 
"Le meilleur spectacle que j'ai jamais vu. De loin." Tonton Kiko
 
"C'est bien simple, je n'ai plus de Rimmel !" Claudine (seconde femme de Tonton Kiko)
 
"A ma grande surprise, j'ai versé ma larme. Tu as atteint mon coeur. Bravo pour ces sentiments, ces émotions fortes, j'ai eu des frissons par moment." Ta couse Céline
 
"Redge, encore un bon moment passé en ta présence. On était venu plus pour toi que pour le spectacle, mais quelle agréable surprise ! On est fier de toi, continues d'oser, de vivre !" Pascale
 
"J'avais froid, un peu hagard, l'humeur moribonde et puis voilà, il y a toi avec toute ta générosité, l'intérêt, l'affection que tu as toujours su apporter aux autres, à moi aussi et Dieu sait si tu m'as rendu la vie belle depuis qu'on se connaît comme tu as su le faire une fois de plus." Jérôme
 
"Ce spectacle est nul à chier et je pèse mes mots." Gérard
 
memoria.viva@live.fr

Ma Mamie m'a dit...

Madka Regis 3-copie-1

 

COLLECTION "COMEDIE"

Mamie est sur Tweeter

Mamie n'a jamais été Zlatanée !

Mamie doit travailler plus pour gagner plus

Mamie, tu l'aimes ou tu la quittes

"Casse-toi pauvre Régis !"

Papi a été pris pour un Rom

Mamie est sur Facebook

Papi est sur Meetic

Il y a quelqu'un dans le ventre de Mamie

Mamie n'a pas la grippe A

La petite maison close dans la prairie

 

COLLECTION "THRILLER"

Landru a invité Mamie à la campagne...

Sacco et Vanzetti

Mamie a rendez-vous chez le docteur Petiot

La Gestapo française

Hiroshima

 

COLLECTION "SAGA"

Les Windsor

Mamie et les cigares du pharaon

Champollion, l'homme qui fit parler l'Egypte

Mamie à Tombouctou

 

COLLECTION "LES CHOSES DE MAMIE"

Mamie boit dans un verre Duralex

Le cadeau Bonux

Le bol de chocolat chaud

Super Cocotte

Mamie ne mange que des cachous Lajaunie

 

COLLECTION "COUP DE COEUR"

Mamie la gauloise

Mamie roule en DS

Mamie ne rate jamais un apéro

Mamie et le trésor de Rackham le Rouge

 

COLLECTION "DECOUVERTE"

Mamie va au bal

La fête de la Rosière

Mamie au music-hall

Mamie au Salon de l'auto

 

COLLECTION "SUR LA ROUTE DE MAMIE"

Quand Papi rencontre Mamie

Un Papi et une Mamie

Mamie fait de la résistance

Mamie au cimetière

24 heures dans la vie de Mamie

 

COLLECTION "MAMIE EXPLORE LE TEMPS"

Jaurès

Mamie embarque sur le Potemkine

Mamie et les poilus

Auschwitz

 

COLLECTION "FRISSONS"

Le regard de Guynemer

Mr et Mme Blériot

Lindbergh décroche la timbale

Nobile prend des risques

 

COLLECTION "MAMIE EN BALLADE"

Mamie chez les Bretons

Mamie voulait revoir sa Normandie !

La fouace Normande

La campagne, ça vous gagne...

Mamie à la salle des fêtes

Launaguet

La semaine bleue

Le monastère

 

COLLECTION "MAMIE AU TEMPS DES COURTISANES"

Lola Montès

Les lorettes

Mme M.

Napoléon III

Plonplon

La marquise de Païva

Mme de Pompadour

Générique de fin