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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 18:48

dde3276d"Au fil du vent.

 

 Avertissement : Ma Mamie m'a toujours raconté des histoires avant de dormir. D'abord, ce fut l'histoire sur la chèvre de M. Seguin puis - de fil en aiguille, elle m'a ensuite raconté des histoires sur l'Histoire.

Et c'est grâce à ces - belles ou terribles - histoires que j'ai appris que pour passer du ciel à l'enfer, il suffit juste de tourner le dos.

 Vous retrouverez ici-bas toutes les histoires de ma Mamie. Morceaux choisis :

 

 La première histoire - comment oublier ? - était sur l'aventure incroyable vécu par  entre un homme qui rêvait de voler et sa femme prête à tout pour que son mari réalise ses rêves. Mr et Mme Blériot (Un officier monte à bords, salue Alice dont les lèvres tremblent. "Je vous présente mes félicitations madame." Alors, elle pleure.")

 J'étais encore bouleversé par cette histoire que Mamie a enchaîné avec le destin tragique de Mata-Hari qu'on ne présente plus et dont ma Mamie a pu suivre à la trace avant de mener l'enquête... 

 

 Ce n'est qu'ensuite, plus tard - donc trop tard ! -, qu'elle s'est enfin confiée sur son rendez-vous avec le docteur Petiot. A un moment mal choisi par dessus le marché, vu qu'à ce moment-là j'étais en plein tournage du film sur la vie de Jaurès. 

 Et comme si la coupe n'était pas assez pleine, il a fallu qu'elle en rajoute une couche et qu'elle me raconte - sans m'épargner aucun détail ! - la fameuse journée où Landru a invité ma Mamie à la campagne en août 44, l'année où on a commencé à parler du petit Guynemer.

 

La suite appartient aux faits divers et est relaté en petit et dans les dernières pages des journaux de l'époque trop accaparé à sauver l'honneur de Mme Caillaux alors que les poilus tombaient déjà comme des mouches.

 Et Mamie pendant ce temps-là, elle tourne la manivelle après avoir embarqué - de force ! - sur le Potemkine, l'occasion - qui fait le larron... - de goûter ce foutu Bortsch et de raconter aux membres de l'équipage la vie dissolue de Jeanne d'Arc (la plus belle histoire du monde), la légende de Conrad Kilian (un des personnages les plus extraordinaires de notre temps) et le voyage complètement fou de Champollion, l'homme qui fit parler l’Egypte.

 

 A son retour, nous sommes alors en pleine affaire Sacco et Vanzetti.

  Et partout dans le monde, des millions d'hommes et de femmes attendent que le bourreau appuie sur la manette. On est alors loin de la guillotine inventée par ce brave Ignace - quel prénom charmant !... - Guillotin.

 

 La suite de ses histoires ? Ca repart comme en 40 avec la fine équipe de la  Gestapo française  orchestrée de mains de maître par les Bormann (le bras droit d'Hitler), les Eichmann (l'exterminateur) et j'en passe évidemment.

 

 Il n'y avait pas que des Leclerc (le Français le plus populaire de son temps), des Rommel (l'homme qui a su non seulement conquérir l'estime et l'admiration des Allemands, mais la même admiration et la même estime de ses adversaires) et des Jean Moulin (NDRL : "On oublie que les Français criaient Vive Pétain, qu'ils étaient bien planqué à Londres, qu'il n'y avait pas beaucoup de Jean Moulin...").

 

 Et Mamie qui n'en manque pas une décidément décide de passer du coq à l'âne en me racontant tour à tour, je cite sans ordre de préférence, la fabuleuse épopée de Lindbergh (l'homme qui a vaincu l'Atlantique), le destin tragique d'Umberto Nobile (l'homme qui regrette de ne pas être mort sur la Banquise) et la fameuse recherche du trésor du Tubantia (avec Paul Truck à la manette - nom curieux mais parfaitement authentique) ...

 

 Là, las, elle me raconte la découverte de Tombouctou (ville qui n'a jamais été emprunté par les circuits aseptisés des tours-opérateurs), l'histoire d'amour qui a failli renverser les Windsor (l'abdication du roi pour Wallis...), les combines de Basil Zaharoff (comment son ascension a été possible, c'est justement ce que ma Mamie a voulu découvrir).

  Que dire aussi de celles de Stavisky (la carrière d'un escroc qui voulait faire des affaires sans travailler),  du courage des résidents du fort de l'Alamo (quand les hommes de l'Alamo pensaient que le mot impossible n'était pas Texan), de l'argent de John D. Rockefeller (l'homme le plus riche du monde. Mais comment devient-on l'homme le plus riche du monde, ma Mamie s'est posée la question...).

 

 La reste n'est que littérature. Une littérature riche en évènements croustillants. Imaginez : ce fameux docteur Fuchs (Chaque jour, nous rencontrons dans la rue des centaines de docteurs Fuchs, des gens aussi effacés, dont la carte d’identité porte cette mention : signes particuliers, néant. Et pourtant...) qui a enfanté de la bombe avec les conséquences qu'elle entraîne à Hiroshima (le jour où les hommes, les femmes, les enfants, se sont embrasés, d'un seul coup) et la guerre froide qui en a découlé à Cuba (ne restait-il plus que cela, la prière ? C'est la question que s'est poséz ma Mamie) ...

 

 Dans le même registre - pour les amateurs -, vous pouvez aussi découvrir les histoires extraordinaires de Mamie dans :

Mamie au pays des pieds noirs (des hommes armés jusqu'aux yeux...) ou le fameux Mamie et les cigares du pharaon (dans son enquête et ce dès le début, ma Mamie savait qu'elle n'était pas au bout de ses surprises...) ; sans oublier Guernica (là où nul, depuis Goya, n'a si puissamment, si douloureusement évoqué les douleurs de la guerre) ; L'affaire Philby (et le moment ou Philby est introduit dans la gueule du loup) ; le Ku-Klux-Klan (le nom seul parle à l'imagination de ma Mamie) et Spartacus (l'allure est fière, le regard hardi, c'est tout ce que ma Mamie sait de lui).

 

 Dans les grandes dates de l'histoire, souvenez-vous de  Courrières, (le lieu où des femmes, des épouses, des mères qui crient, qui pleurent, qui s'évanouissent attendent affolées un père, un mari, un fils, souvent les trois) ; L'appel du 18 juin (et cette voix qui traverse les océans...) ; de Mamie au pays des Soviets (le crime du siècle selon Mamie) ; de L'assassinat du chancelier Dolfuss (Ma Mamie m'a dit qu'Hitler avait décidé que Dolfuss était un obstacle à l'intégration de l'Autriche dans le Reich allemand. Donc, Dolfuss devait être éliminé) de La nuit des longs couteaux (Ma Mamie répète, chez les SA qu'il faut aiguiser les longs couteaux. Origine d'une expression appelée à rester dans l’histoire).

 

 La suite se joue à  Sarajevo (avec l'Archiduc qui ne voyait que par les yeux de sa femme) ; de  Mamie, archéologue ! (comme dit très justement Mamie : dans le mot armateur, il y a le verbe aimer...) ; de Howard Carter (celui qui voulait choisir son destin)...

 

Dans un registre plus littéraire, que dire de la dame aux Camélias (Milles souvenirs !) ; Les châtiments de Mamie ("Décidément, ces Hugo ne font rien comme tout le monde !") ; L'éveil du petit Hugo (Merci Muscar !) Victor et Léonie (le lecteur peut douter des lettres, comme ma Mamie a douté) ; Victor et Juliette (direct, très direct) ; Victor et Adèle se marient ("L'homme a reçu de la vie une clef avec laquelle il remonte sa femme toutes les vingt-quatre heures.").

 

 Et c'est à ce moment très précis que ma Mamie a décidé de taper un grand coup en racontant tout ce qu'elle avait sur le coeur au sujet de la mort de  John F. Kennedy à Dallas (Dallas, "ville de violence et d'hystérie", dit Schlesinger ; "un univers impitoyable", rajoute Mamie) ; de Lee Harvey Oswald (le type même de l'homme qui jamais n'a été bien dans sa peau) ; sans parler de Lincoln (ainsi en emporte le vent où plutôt la folie des hommes...) ; de Henry Dunant ("Paris oui, mais Genève ? Qui aurait cru ?") qui lança la croix-rouge.

 

Comment ne pas aborder Georg Elser (l'homme qui voulait tuer Hitler), Tout Ankh Amon (Soudain - dixit Mamie -, dans la foule, ce fut le silence) ;  du mur de Berlin (la plus grande fête de rue de l'histoire du monde. Pour situer, toujours d'après Mamie, jamais à Berlin on a bu autant de bières !) aussi et de la mort de Staline (Il faisait froid...) pour clôturer le chapitre. 

 

 Le chapitre suivant ? une fois n'est pas coutume, il est érotique. Mamie m'a en effet raconté - dans tous les détails - les moeurs du siècle des lumières. J'ai ainsi connu à l'âge de l'adolescence les vies d'Anna Deslions (qui pluma - pour la forme quelques millionnaires) ; mais aussi d'Esther Guimond (méchante comme la galle) ; de Mme M. (quand le monde a fermé sa porte "au nez de la maladroite qui avait oublié de fermer la sienne") ; de Napoléon III ("Quand on laisse un dessert, c'est que l'on court à un autre…") …

 

Et Plonplon ("Anna, j'ai deux mots à te dire...") ; et la marquise de Païva (le jour où elle augmenta tout naturellement ses tarifs…") ; et Adèle Courtois ("Oh mon Dieu, je suis prête, prenez-moi quand vous voudrez...") ; et Cora Pearl (elle s'appelait de son vrai nom Emma Cruch, on comprend qu'elle en ait changé...) ; et Mme de Pompadour ("Un morceau de roi ») ; et bien sûr Lola Montès (on ne badinait pas du temps de ma Mamie). 

La vie des lorettes, en somme.

 

Mamie a même poussé le vice jusqu'à déballer les anecdotes croustillantes concernant la contesse du Barry (l'ex petite grisette) ; M. de Persigny (brouilles, réconciliations, scènes) ; Rosalie Léon (un mariage insensé) ; La reine Hortense (quand il s'agit des pères de ses enfants, la reine Hortense s'embrouille toujours dans ses calculs..." et de Lucrèce Borgia (Je cite Mamie : "C'était le bordel chez les Borgia").

 

Et que dire des amours tumultueuses d'Alfred de Musset et de George Sand (des amants qui se déchirent, s'adorent, se séparent, renouent, se torturent, se reprennent, hurlent, veulent mourir et j'en passe évidemment) ; de l'amour de Lady Hamilton et de l'amiral Nelson (Mamie est formelle : tous les deux, ils s'aimaient à la folie).

 

Et l’amour qui rime avec toujours quand Benjamin Constant rencontre Mme de Staël, ("Ils s'étaient voués leurs vies !") ; la vie d'Honoré de Balzac et d’Evelyne (Elle sera sa "rose d’Orient", son "étoile du Nord" ou sa "Fée des tilleuls". Il sera son "Loup"...) ; la folle histoire de Mélanie Waldor (La salle est pleine. Alexandre promène son regard parmi le public. Soudain, il rencontre celui d'une jeune femme qui se garde de baisser les yeux...) ; sans oublier la vie sexuelle d'Alexandre Dumas qui a bousculé les codes de l'ancien régime.

 

 Toute une histoire, en somme.

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Published by Régis IGLESIAS - dans Mamie explore le temps
14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 00:59

bleriot_img.png"Le petit journal, là, sous vos yeux. 

 

 Un jour, en pleine nuit, avec Mamie, on regardait Titanic, le chef d'oeuvre de James Cameron, à la télévision. La scène où Dicaprio tient la petite Winslet à l’avant du paquebot et où elle a l’impression de voler.

 Les images, la musique, il n'en fallait pas plus pour faire tourner nos têtes et faire vaciller nos coeurs.

 Ma Mamie s’est alors retournée vers moi, comme ça, l’air de rien, puis elle m’a dit : Est ce que je t’ai raconté la fabuleuse histoire de Louis Blériot ? Morceaux choisis : 

 

 "Parmi les jeunots qui voulaient voler, Louis Blériot tranchait.

 Avec ses trente-trois ans, en 1905, il faisait figure d’ancêtre. D’ailleurs, il paraissait plus que son âge, avec ses traits accusés, un curieux nez en bec d’aigle, et surtout cette grosse moustache noire qui lui barrait le visage.

 Cet homme du nord n’était pas du genre expansif. Plutôt bourru, parlant peu. Avec, comme on dit, les pieds sur terre.

 

 Une carrière toute classique, sans histoire. Un exemple de jeunesse bourgeoise : l’Ecole centrale ; le diplôme d’ingénieur ; le mariage avec la fille d’un colonel, Alice Vedène. Une affaire qu’il crée, se développe et finit par rapporter 60 000 francs par an. Ce n’était pas rien à l’époque où un employé du ministère gagnait 150 francs par mois. Bref, une réussite.

 Qu’est-ce que Louis Blériot pourrait demander de plus à la vie ? Précisément, il en attend d’avantage.

 Car ce fabricant de lanternes vit dans un rêve. Il le cache soigneusement. pour la raison, en cette époque de la bourgeoisie absolue, que les rêveurs sont mal vus.

 La vérité est que M. Blériot, cet homme si convenable, rêve de voler !

 

Un jour, M. Blériot n’y tient plus. A Henri, son chauffeur, il commande :

- A Levallois, rue de la Révolte.

  Rue de la Révolte se trouve un garage, tenu par l’ancien champion cycliste Contenet qui est un client des "phares Blériot". Ce que Blériot est venu solliciter de lui, c’est le prêt d’un hangar. Contenet ne fait pas de manières pour accepter. Projetant en avant son torse nerveux, il aboie :

- C’est pour faire quoi ?

- Une machine volante...

 

 Des mois de travail plus tard, une association va naître avec Voisin qui a construit un planeur à Billancourt. Le premier enfant de ce mariage d’inclination est un "hydroaéroplane". Voisin l’essaye sur la Seine. Superbement, l’appareil s’engloutit dans l’eau. Ce jour-là, la carrière d’aviateur de Voisin a bien failli s’arrêter définitivement.

 Ils essayent alors sur la pelouse de Bagatelle. Le pilote a tenté à plusieurs reprises de décoller. En vain. Le 3 septembre, il a quitté le sol et parcouru 7 mètres. Le 23 octobre, il s’est élevé au dessus des arbres et à parcouru 25 mètres, décrochant ainsi la coupe Archdéacon, tant convoitée. Le 12 novembre, l’appareil butte dans un caniveau et se brise.

Au retour, Blériot développe ses nouvelles idées. Voisin a aussi les siennes. Malheureusement, ce ne sont pas les mêmes.

La collaboration avec Blériot, c’était une gigantesque engueulade, dira Voisin. Il fallait discuter à perte de vue pour la moindre chose.

Cette fois, Voisin ne veut plus discuter. Fixement, Blériot regarde les épaules de son chauffeur. Sans tourner la tête, il lance :

- Séparons-nous.

- J’allais vous le proposer.

  Blériot construira seul son nouvel avion. En même temps, il a pris la décision la plus importante de sa vie : il expérimentera lui-même ses appareils.

 A l’aviation, il a déjà sacrifié son temps, sa fortune. Ce qu’il met en jeu maintenant, c’est sa vie.

 

 Quand il est prêt cet avion, Blériot le conduit à Bagatelle. Il s’agit d’un monoplan. Car Blériot croit au monoplan. Sur la pelouse, un éclat de rire :

- On dirait un canard !

- Eh bien, je l’appellerai le canard.

 

Premier essai du canard : les roues s’affaissent. Deuxième essai : les fourches des roues fléchissent. Troisième essai : l’hélice se fausse. Quatrième essai, le 5 avril 1907 : enfin il décolle !

 

Le 19 avril, l’appareil atterrit brutalement. Il faut envoyer le canard au cimetière. Son successeur, c’est la libellule. Et la Libellule volera ! Le 11 juillet : 25 mètres. Le 25 : 50 mètres. Le 6 août : 150 mètres à 12 mètres de haut.

Faut-il prendre Blériot au sérieux ?

 

 Chaque jour, Henri véhicule Alice Blériot à Bagatelle. Avec un peu d’angoisse, elle voit le "monstre" cahoter sur l’herbe, décoller, s’élever, retomber... Le 17 septembre, la Libellule monte jusqu’à 25 mètres ! Jamais Blériot ne s’est élevé si haut. Soudain, un cri : le moteur de la Libellule s’est arrêté. L’appareil glisse, amorce une descente, l’une de celles que l’on baptisera plus tard "en cheminée".

Le coeur d’Alice bat à grands coups. Terrifiée, elle voit son mari se soulever de son siège, ramper vers la queue de l’appareil et s’écraser au sol avec une relative lenteur.

C’est une ruée vers la machine en morceaux. Alice court aussi vite que le lui permet sa jupe entravée. Des débrits de ce qui fut la libellule, Blériot, couvert de poussière, est déjà sorti en souriant. Il recommencera.

  Il recommence. De l’atelier, les modèles sortent, se succèdent. Voilà le BL VI, le VII, le VII bis, le VIII, le VIII bis.

 Tous ils volent. Mais tous ils tombent.

 

 On finit par appeler Blériot : l’homme qui tombe toujours. Un journal imprime méchamment : "Encore une chute de Blériot. La dernière, espérons-le !"

 

 Il faut être juste : chaque appareil marque un progrès sur le précédent. Malgré tout, Blériot reste loin derrière ses concurrents. Le 30 octobre Farman qui vole sur les biplans construits par Voisin parcourt 27 kilomètres. La France entière acclame le premier vol de ville à ville.

 Le lendemain Blériot va prendre sa revanche. Il  a accompli 28 kilomètres à 80 à l’heure avec retour au point de départ. On n’est plus au stade de l’exhibition : on découvre que l’avion est un moyen de transport.

 

 Chez les Blériot, le train de vie a diminué. Il est évident que l’on ne pourra plus tenir longtemps financièrement.

 Malgré tout, pour Blériot, une certitude : il faut continuer. Plus tard, il se comparera, à cette époque de sa vie, au "joueur qui cherche toujours à se rattraper".

 

 Le 23 janvier 1909, il essaie un nouvel appareil, le BX XI et là, il sent qu’il possède l’appareil auquel il n’a jamais cessé de rêver. Il gagne des prix, triomphe à des meetings. Il n’est plus l’homme qui tombe toujours. Ceux qui l’applaudissent ignorent qu’il se bat contre la ruine. 

Alors ? cette obstination sans faille, ce combat sans relâche, ce courage tranquille : pour rien ? Va-t-il falloir abandonner ? Reléguer le rêve définitivement ?

 

 Une solution, une seule : frapper l’opinion par un coup d’audace. Donner à l’aviation cet essor industriel à quoi elle n’est pas encore parvenue. Alors, Blériot récoltera enfin le prix de ses sacrifices. Quel exploit frapperait mieux trente-huit millions de français que la traversée de la Manche ?

 

 Au printemps de 1909, Blériot est décidé. Il faut passer à l’action. Pas de temps à perdre ! Surtout qu’il n’est pas le seul à vouloir tenter la course de la Manche. Déjà, on parle de Latham, du comte de Lambert, d’autres.

Latham. probablement l’aviateur le plus populaire du moment. La Fance de 1909 raffole de sa silhouette déguingandée, de son élégance, de son sourire toujours ironique, de son impertinence. C’est lui qu’interrogeait un jour le président Fallières :

- Et vous, mon garçon, que faites-vous à part l’aviation ?

- Homme du monde, monsieur le président !

 

Le lundi 19 juillet, il tente sa chance et lance le moteur de l’Antoinette. Quand il pique vers le large, une immense acclamation l’accompagne. Plus d’un millier de curieux ont assisté à son départ.

  8 heures. Le Daily Mail a installé un appareil de télégraphie sans fil entre Douvres et Sangatte. Une dépêche. Déception : on n’a rien vu à Douvres.

 

 8 h 45. Un représentant de la Chambre de commerce de Calais accourt. Il vient de recevoir un message d’un pigeon voyageur : Latham est tombé en mer. C’est le torpilleur Harpon qui l’a aperçu au milieu du détroit, à 15 kilomètres des côtes anglaises, tranquillement assis sur les ailes de son avion qui s’enfonçait.

Les pieds dans l’eau, il fumait une cigarette !

 

 Boulevard maillot, à Paris, Blériot est allongé sur une chaise longue, il soigne sa blessure de la jambe. Le médecin a dit :

- Repos complet. Pas d’imprudence.

- Latham est parti... Il doit réussir, affirme Blériot.

 

L’Antoinette est une bonne machine. Peut-être meilleure que le BL XI, dont le constructeur doute de lui-même quelquefois. Alice entre en courant :

- Latham...

- Et bien, quoi ?

- Latham a échoué !

 

Puisque Latham est sain et sauf, il est humain que Blériot se réjouisse. Tout pâle, les yeux brillants de fièvre, il crie à sa femme :

- Je pars !

 

Bien sûr, il y a sa jambe brûlé. Tant pis. Elle ira mieux dans quelques jours. L’air marin hâtera la cicatrisation !

Alice soupire. Louis n’en fait jamais qu’à sa tête. Il y a des années qu’elle le sait.

  Le 21 juillet, à Calais, une jolie femme, souriante sous la voilette, descend, à 12 h 45 d’un compartiment de première classe. Elle aide un monsieur vêtu de gris à mettre pied sur le quai. Le monsieur paraît souffrir. Sa jambe est bandée. En pantoufles, il ne se déplace qu’appuyé sur des béquilles.

Louis Blériot et son épouse viennent rejoindre le BL XI.

 

 Sur place, tout est prêt. Le BL XI n’attend que son maître. Tout le village, éveillé, forme cercle autour de l’appareil. Il est quatre heures du matin. Le ciel est pur, il n’y a ni vent ni brume, pas encore de soleil. 

Le règlement veut que le départ ne soit donné qu’après le lever du soleil. Bleriot attend donc. Nerveusement, il tire de sa cigarette bouffée sur bouffée.

Alors, une extraordiaire question de Blériot :

- Au fait, où est Douvres ?

- Par là, vous voyez.

 

 Alice, elle, a pris place sur le torpilleur Escopette, chargé d’escorter l’appareil. Elle a revêtu un gros manteau de voyage. Ses poches sont bourrées de papier que lui a confiées son mari. 

 

Blériot regarde sa montre : 4 heures et demi. Les yeux clairs fixent le large.

Leblanc agite violemment un fanion. Le soleil s’est levé. On peut partir.

Le moteur part.

Les mécaniciens, agrippés aux ailes, retiennent l’appareil avec des gestes de déments, les cheveux fouettés par le vent de l’hélice. Nul n’avait encore eu l’idée simple de placer les cales devant les roues.

- Lâchez tout !

 

Blériot a levé le bras. l’appareil saute sur ses roues de vélo renforcées. Il se soulève, pique droit devant lui. Blériot franchit la dune d’où Leblanc lui crie des souhaits qu’il entend mal.

Il est 4 h 41.

 Sur l’Escopette, Alice Blériot suit son mari à la jumelle. L’angoisse la fait trembler.

Le bateau force sa vapeur. Mais il ne peut suivre. Bientôt le BX XI n’est plus qu’un petit point à l’horizon. Qui disparaît. Au livre de bord, cette inscription laconique : "Perdu de vue à 4 h 58."

 Devant Blériot, le large. L’eau et le ciel. Une solitude totale, sans le moindre point de repère. Dix nouvelles minutes. Un isolement qu’il dira "sinistre". Enfin, à l’horizon une ligne grise. Son coeur bat plus vite. Où est Douvres ?

Il a dérivé et se retrouve devant Saint-Margaret. Des falaises à pic qu’il ne parvient pas à escalader.

- Le sol britannique se défend !

 

Sa provision d’essence s’épuise. Va-t-il périr à un doigt de la victoire ? Il apperçoit des petits bateaux. Il a l’idée de voler dans le sens de leur route. Il longe la côte du nord au sud. Dieu soit loué ! Les falaises diminuent de hauteur. Il passe ! Le vent s’est levé et le BL XI tangue dangereusement. Où atterrir ?

Tout à coup, il aperçoit un drapeau qu’on agite éperdument. Un drapeau tricolore. Depuis, plusieurs minutes, le journaliste Fontaine secoue son drapeau. Il pleure de joie. Il hurle : Vive la France ! Blériot glisse vers la terre. A l’atterrissage, une roue se brise, une pale de l’hélice éclate. L’appareil s’immobilise.

Il est 5 h 12.

La Manche est vaincue.

 

 Charles Fontaine est allé chercher une voiture. Blériot y monte, roule vers Douvres. La nouvelle l’y a précédé. Une foule à peine éveillée mais délirante remplit les rues. A la mairie, on lui tend un télégramme : "Bien sincères félicitations. Espère vous suivre." C’est signé : Latham.

 

A 5 h 30, l’Escopette a fait son entrée dans le port. Une vedette britannique accoste le torpilleur.

Un officier monte à bord, salue Alice dont les lèvres tremblent.

- Je vous présente mes félicitations, madame.

Alors, elle pleure.

  

Par le télégraphe, la nouvelle court le monde, les journaux l’annoncent sur huit colonnes.

Dans l’atelier, l’équipe attendait, nerveuse, anxieuse. Un petit télégraphiste a sonné. On s’est rué sur l’enveloppe bleue. Peyret l’a ouverte.

- Il a réussi !

- Hurrah ! hurle P’tit Louis.

 

Les caquettes volent en l’air. Les mécanos vocifèrent en improvisant une danse de papous. Au premier instant de calme, Grand-seigne intervient :

- Il faut le féliciter.

 Peyret, sérieux, suggère :

- On offrira des fleurs à Mme Blériot.

  

 Le soir même, Blériot partira pour Londres où les journaux titrent : L’Angleterre n’est plus une île. Mais rien ne peut-être comparé à l’ovation de Paris. La capitale - toute entière - s’est portée à la gare du nord : une marée de canotiers.

 Un climat de victoire nationale.

- Le voilà.

Il s’avance, très pale, appuyé sur ses béquilles, entre une Alice rayonnante et un Charles Fontaine qui brandit le drapeau de Douvres. Le héros est porté en triomphe jusque sur les grands boulevards.

  Le soir, épuisé, heureux, Blériot trouvera dans son salon plein d’hommes vêtus de noir, le sourire aux dents, mais le front sérieux : des acheteurs qui veulent passer une commande de ses appareils.

  L’industrie aéronautique est née.

  Dix-huit ans plus tard, au Bourget, le Spirit of Saint-Louis déposera sur le sol français le premier homme ayant traversé l’Atlantique. Le maréchal Foch demandera au jeune Lindbergh s’il est un Français qu’il désire rencontrer.

  Et Lindberg répondra simplement :

- Louis Blériot.

 

 

Collection "Mamie explore le temps"

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Published by Régis IGLESIAS - dans Mamie explore le temps
17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 22:38

liberation-paris.jpg"Paris brûle-t-il ?

 

 Le jour de gloire est arrivé. Depuis quatre ans, Paris attend cette aube qui se lève enfin.

Aussi, dès leur réveil, ce 25 août 1944, 3 millions et demi de Parisiens sont prêts à faire rouler sur leur capitale libérée une telle vague de bonheur et de joie qu'un simple soldat américain, le romancier Irwin Shaw, déclarera : "La guerre devrait finir aujourd'hui."

 "Ils" arrivent.


 Après avoir compté les années, les mois, les jours, les Parisiens comptent maintenant les dernières minutes.

 Dans des milliers de foyers, des mains fébriles cherchent des trésors enfouis : une bouteille de champagne poussiéreuse, une robe taillée dans un morceau de tissu acheté au marché noir, un drapeau tricolore interdit depuis quatre ans, une bannière américaine tricotée maison, des fleurs, des fruits, un lapin, bref, tout ce que, dans son enthousiasme et sa gratitude, une ville peut offrir à ses libérateurs.

 Près de la place de la République, Jacqueline Malissinet se demande si elle va pouvoir adresser la parole à un Américain. Cet Américain sera un capitaine hirsute et couvert de poussière, mal rasé, originaire de la Pennsylvanie.

 Il lui apparaîtra debout dans une jeep sur le pont de la Concorde, beau et souriant, et il deviendra son mari.

 Une histoire parmi d'autres car pour bien des parisiens, ce jour apportera une joie plus inoubliable encore que la libération elle-même. Des mères retrouveront tout à coup leurs enfants, des femmes leur mari, des enfants leur père.

 En trois ans, Simone Aublanc n'avait reçu de Lucien, son mari, qu'une seule lettre venue d'un camp de prisonniers d'Allemagne. Une seule lettre et la certitude que Lucien était vivant, "car s'il était mort, pensait-elle, je l'aurai senti", avaient soutenu pendant trois ans l'espoir de la petite Simone.


 Et ce matin-là, elle éprouve une sorte de prémonition : Lucien va revenir aujourd'hui.

 Elle en est si convaincue qu'elle décide de laisser pour lui un message chez le concierge. "Bonhomme, écrit-elle simplement, je suis chez papa." Elle signe "Poulet". C'est le surnom que lui a donné Lucien quand ils se sont mariés.

 Au même moment, devant la jeep du sergent Milt Shenton, la route apparaissait déserte et pleine d'embûches. Pourtant, dès qu'il arrive Porte d'Italie, Shenton vit jaillir de toutes les portes un flot hurlant de Parisiens.

 Bientôt sa jeep disparut sous une pyramide de corps enchevêtrés qui s'écrasaient pour toucher le libérateur. A demi asphyxié, Shenton, qui deux minutes plus tôt s'était senti si seul sur la route de Paris, pleurait d'émotion et se demandait comment il pourrait continuer à avancer au milieu de cette marée humaine.

 Partout, c'est la même scène.


 A chaque tank, à chaque half-track étaient suspendues des grappes de jeunes filles et d'enfants. les chauffeurs des jeeps étaient écrasés par tous ceux qui voulaient les embrasser, les toucher, leur parler. ceux qui n'arrivaient pas à s'approcher lançaient des trottoirs des fleurs, des carottes, des radis, tout ce qu'ils trouvaient à offrir.

 A 8 heures trente - montre en mains -, Jean René Champion arrêta son char sur la place du Châtelet et se mit à attendre les ordres. Champion allait passer sur cette place "les cinq heures les plus inoubliables de sa vie". La foule chantait, dansait, hurlait autour de son char et abreuvait de vin et de champagne le Français d'Amérique.

 Pour bien des soldats de la division Leclerc, plus émouvant encore que l'accueil délirant de la foule, fut le moment des "retrouvailles" avec leurs familles et leurs amis.

 Avenue de la Bourdonnais, le caporal Georges Bouchet vit de son char une femme bondir sous une rafale de mitrailleuse et se jeter dans les bras d'un fantassin en sanglotant "Mon fils, mon fils".

 Près du Châtelet, le brigadier Georges Thiolat aperçut deux silhouettes famillières.

C'étaient ses parents qui pédalaient vers son char sur leur tandem.


 de toutes les retrouvailles qui eurent lieu ce jour-là, aucune peut-être, ne fut plus émouvante que celle qui permit à Lucien Davanture de revoir son frère. Quand il vu cet homme s'avançait vers son tank avec le bras ceint d'un brassard F.F.I., Lucien crut que son coeur s'arrêtait.

 Les deux frères qui symbolisaient les deux moitiés d'une même France combattante je jetèrent dans les bras l'un de l'autre "comme poussés par un courant électrique" et s'étreignirent longuement avant d'attaquer ensemble les Tuileries.

 Pour bien des soldats de la division Leclerc, le téléphone fut le premier lien qui les réunit à leur famille.

Le 1er classe Jean Ferracci griffonnait sur des bouts de papiers le nom et le numéro de sa soeur, charcutière à Ménilmontant, et les passait à la foule chaque fois que son char s'arrêtait. Bientôt le téléphone ne devait plus cesser de sonner chez la charcutière pour lui annoncer que son petit frère était de retour.

 Au Chatelet, le sergent Pierre Laigle bondit dans un bistrot et appela sa fiancée dont il était sans nouvelle depuis quatre ans. Quand il entendit le son de sa voix, Laigle fut incapable d'articuler un mot.

Puis il dit enfin une phrase banale et merveilleuse : "Je t'aime."

 Deux kilomètres plus loin - à vol d'oiseau -, Denise marie embrassait tous les hommes qui passaient devant elle. Soudain, elle remarqua un fusilier marin à pompon rouge qui s'était endormi de fatigue.

 Elle grimpa sur le véhicule puis se pencha vers lui et déposa un baiser sur son front. pendant quelques secondes, elle resta immobile  à contempler les grands yeux bleus du soldat qui la regardait avec tendresse. Denise sortit alors un morceau de papier de son sac, y griffonna son nom et son adresse et le tendit au guerrier en murmurant : "revenez si vous pouvez."

 Le fusilier marin Laurent Thomas devait revenir deux jours plus tard. Un an après, il reviendrait pour de bon. Denise Marie venait de réveiller l'homme qui deviendrait son mari.

 C'est bien simple, pour Ernie Pyle, l'allégresse de la capitale française représente "le moment le plus beau, les plus éclatant de notre temps". Il ajouta ensuite : "Un G.I qui ne se trouve pas aujourd'hui avec une fille à chaque bras est un pauvre type."


 Tous les libérateurs, hélas, ne furent pas accueillis par un sourire de femme et des baisers. Le sergent Kelly fut foudroyé par erreur par un résistant qui l'avait pris pour un "boche" à 50 mètres à peine du rêve qu'il caressait, Kelly ne devait jamais entrer dans Paris.

 Avant de mourir, il a dit à l'infirmière qui l'a soigné et à qui il a écrit vingt lettres avant de succomber : "Nous avons aidé un grand peuple à se libérer et je me souviendrai toujours de vous."

 La nouvelle de la capitulation du commandant du Gross Paris s'est alors répandue alors dans la ville, où la joie populaire ne connaît plus de bornes. Jamais peut-être, dans l'histoire du monde, une ville toute entière n'a ouvert son coeur comme Paris ce jour-là. On déterre dans le jardin les bouteilles qu'on avait planqué il y a quatre ans quand les Allemands étaient entrés !


 Sur les Champs- Elysées, la fanfare des pompiers jouait tour à tour God Bless America et la Marseillaise.

 Dans les jardins des Tuileries, Lucien Aublanc fonçait dans un étrange véhicule pour retrouver Simone. Quand il déboucha sur l'étroite rue Baudin, tous les habitants se précipitèrent aux fenêtres.

 Dans la rue quelqu'un cria : "C'est un Leclerc !" A ces mots, Simone pensa simplement : "C'est Lucien !"

 Elle descendit l'escalier comme une folle et se jeta dans la rue. "Pour moi, se souvient-elle, c'était un gars qui descendait de la lune, tellement j'étais étonnée."

 Lucien fut incapable de dire un mot devant sa femme. Puis il se mit à sourire et dit timidement : "Oh ! Tu mets du rouge à lèvres." Simone sourit à son tour et demanda : "Pourquoi as-tu coupé ta barbe ?" 

 Il y eut alors entre ces deux personnes qui se retrouvaient après quatre années de séparation un interminable silence. Simone vit alors Lucien fouiller dans sa poche et en sortir une énorme savonnette Palmolive. "Tiens dit-il, j'ai mis du temps... mais voilà, je te rapporte une savonnette."

 A ces mots, Lucien et Simone éclatèrent d'un grand rire et se jetèrent dans les bras l'un de l'autre.

 Bouleversée par cette tragédie, l'infirmière, Mlle Thomas fit éditer un magnifique album de reconnaissance destiné au sergent américain et à tous les GIs tombés à l'entrée de Paris.

  Cet album fut intitulé "Nous nous souvenons."

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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 11:00

La-Goulue-Petit-Journal.jpg"Le Petit Journal, là, sous vos yeux.

 

 Inutile d'écrire que quand ma Mamie m'a raconté l'histoire du docteur Petiot, elle avait les chocottes. Je vous laisse seul juge...

Marcel Petiot naît à Auxerre, le 17 janvier 1897.

A deux ans, on le confie à une brave femme, l'Henriette comme on l'appelle. Un charmant bambin, le petit Marcel. Il caresse le visage de l'Henriette de ses mains potelées et, tout à coup, la pince jusqu'au sang.

  Son premier jouet ? Un petit chat pour lequel il se prend d'une passion farouche. Ce qui ne l'empêche pas de se livrer à d'étranges expériences. Par exemple, tenant le chat par la peau du cou, il lui plonge les pattes de derrière dans l'eau bouillante.

 Le soir du même jour, il exige d'emporter dans son lit pour dormir avec lui. Le lendemain matin, l'Henriette trouvera Marcel riant aux anges et serrant dans ses bras le cadavre du chat qu'il a étranglé.

  Le temps vient pour Marcel d'aller à l'école. il se révélera un excellent élève, doté d'une intelligence particulièrement vive. Ce qui n'empêche pas ce garçon de se laisser aller à un comportement bien singulier.

Il fait passer des photos pornographiques et, cependant qu'il lance son couteau, oblige ses condisciples terrorisés à se figer sur la porte des cabinets.

 La lame vient parfois se planter à quelques centimètres de la cible. Il explore les cartables et les poches des manteaux pour y prendre ce qui présente à ses yeux de la valeur.

A l'aide d'un bâton enduit de glu, il "récupère" les lettres dans les boîtes postales pour toucher les mandats qu'elles contiennent ou expédier aux uns et aux autres des correspondances qui ne leur sont pas destinées.

A dix-huit ans, Marcel est bachelier. Nous sommes en 1915. Le jeune Petiot décide qu'il sera médecin.


 Mais la guerre fait rage, le 20 mai 1917, Petiot est blessé au pied gauche par une explosion de grenade. On le transporte à l'arrière. C'est alors que les médecins constatent chez lui des troubles mentaux caractérisés, un déséquilibre profond, de la neurasthénie, de l'amnésie.

Une maladie qui vient à point ? Impossible d'en être sûr. Avec Petiot, on ne sait jamais s'il simule ou non.

 Le résultat est là : il est interné dans un asile psychiatrique.

 Plus tard, devenu médecin, on lira sur son papier à lettres : "Interne des hôpitaux et asiles." Il n'a jamais été interne des hôpitaux. Ce qui manque, c'est l'accent aigu : il aurait dû écrire : interné.

  Au cours de ses études, il se livre à des expériences originales.

 Pour empêcher la défécation, n'a-t-il pas cousu l'anus de trois chats ?

 Ses camarades l'ont vu travailler à une pompe aspirante et refoulante à matières fécales contre la constipation, pratiquer le magnétisme et l'hypnose, rechercher le mouvement perpétuel. Ils se souviendront de son rire grinçant à propos de tout ou de n'importe quoi. Pour les uns, c'était "un dingue et un salaud".

 Pour d'autres : "Il était capable de toutes les filouteries et de toutes les méchancetés hypocrites." Certains, plus indulgents, se sont contentés de voir en lui "un cynique à qui tout était bon".

 En 1922, un nouveau médecin s'installe à Villeneuve-sur-Yonne, petite bourgade de quatre milles habitants. Il soigne et même il guérit. La clientèle grossit. Il se veut amical avec les anciens, paternel avec les enfants, galant avec les dames. il se mêle à la vie des associations, il est de toute les fêtes. Il devient populaire.

René Nézondet, greffier de justice dans cette ville évoquera la vitalité exubérante de Petiot mais aussi ses fureurs et ses désespoirs. Ce qui l'a frappé, c'est son rire :

- Il riait comme on fait naufrage.


 Ainsi s'impose, à Villeneuve-sur-Yonne, l'image du bon docteur Petiot. N'offre-t-il pas des consultations gratuites aux indigents ? Ne vaccine-t-il pas les enfants sans exiger d'honoraires ? On recherche son amitié, on l'invite.

Ceux qui l'ont reçu découvrent souvent que quelque chose à disparu : un livre, une fourchette, un cendrier. Tout cela est sans valeur.

Si Petiot vole, c'est pour le principe.

 Il est célibataire. bientôt ses voisins confient, avec le clin d'oeil de rigueur, qu'il vient d'engager comme servante une belle fille d'un peu plus de vingt ans.

Aucun doute, Louisette est la maîtresse du docteur. Quand elle lui annonce qu'elle est enceinte, le docteur Petiot la rassure :

- Je vais arranger ça.

 Quand elle disparaît, certains s'étonnent. Sur un ton léger, Petiot rassure et annonce qu'elle est partie et que, sûrement, on ne la reverra jamais. Pourquoi, à la hâte, a-t-il éprouvé le besoin, en quelques heures de cimenter le sol de son garage ?

Personne ne parlera plus de Louisette.


 Il a trente ans quand il devient maire du village.

Sa distraction : collectionner non seulement des ouvrages licencieux mais aussi une série de bocaux contenant des sexes d'hommes et de femmes.

Le bruit court avec beaucoup d'insistance, qu'il pratique des avortements. il hausse les épaules et grince :

- Ragots de la curaille.

A la même époque, la laiterie de la ville flambe. Au milieu des décombres, on retrouve le cadavre de l'épouse du laitier, Mme Debauve.

 Quand on affirme devant le cabaretier Frascot que l'on ne saura jamais qui a tué, il prend des airs mystérieux.

 Si l'on insiste, il confie que, peu de temps avant l'incendie, il a vu entrer Petiot dans la maison.

  A quelques jours de là, Petiot croise Frascot et constate qu'il boîte. Il s'apitoie :

- Venez avec moi, je vais vous faire une piqûre.

Frascot accepte. Trois heures plus tard, rentrés chez lui, il est pris d'un malaise. Il meurt. En tant que médecin de l'état civil, il appartient à petiot de délivrer un constat et le permis d'inhumer : "rupture d'anévrisme".


 A Villeneuve-sur-Yonne, Petiot défraie décidément la chronique.

Il va enchaîner les condamnations. Et quand de nouveau, on le révoque de ses fonctions de maire du village, plus personne cette fois ne le défend. Il est exclu du conseil général, mis au ban de cette ville qui brûle ce qu'elle a adoré.

Où peut aller un homme devant qui se ferment toutes les portes ? A Paris, bien sûr.

Quelques mois plus tard, les habitants du IXème arrondissement apprennent que le cabinet médical du docteur Valéri, situé au n°66 de la rue Caumartin a été racheté par le docteur Petiot...

Il ne faut que quelques mois pour que Petiot acquière une véritable aisance.

Tout autre s'en contenterait mais un homme comme lui ne change pas. Petiot va donc continuer à faire du Petiot. Les clients mécontents vont commencer à disparaître...


 Il va alors mettre en place une "filière d'évasion".

Le triste Paris de l'occupation regorge de gens pourchassés ou sur le point de l'être une clientèle potentielle inestimable. Persuader des gens traqués de rassembler ce qu'ils ont de plus précieux et leur fixer rendez-vous pour le grand départ : pour Petiot, c'est un jeu d'enfant. La suite le regarde.

 Dès lors qu'il veut passer de l'artisanat à la grande industrie, il lui faut trouver des rabatteurs. Il va recruter.


 Les premiers "clients" sont des hommes du milieu : Joseph Réocreux, dit Jo le boxeur ; Albertini, dit François le Corse ; Piereschi Dionisi, dit Zé ; Adrien Ebestebeteguy, dit le Basque.

Accompagnés de leurs "femmes" - trois pour le boxeur - ils vont se rendre rue Le Sueur par groupes.

Le basque est d'autant plus pressé de quitter  la France que, pilier de la rie Lauriston, il a été renvoyé par Lafont comme "indélicat". On ne reverra aucun des truands qui se sont livrés, pleins de confiance, au docteur Eugène - tel est le nom par lequel désormais Petiot veut être désigné. Chacun avait apporté une fortune en or et en bijoux.

 Dans les bars du Paris de l'occupation, on parle trop de la filière du docteur Eugène pour que la police allemande ne s'y intéresse pas d'un peu plus près. Deux services vont se mettre en chasse de ce fameux docteur Eugène.

Qui est ce docteur que l'on ne connaît que par ses rabatteurs ? Pour le savoir, on va utiliser une technique aussi ancienne que la police elle-même : on lui enverra un "mouton".

 Une personne qui va jouer le rôle d'un client éventuel. Tout fonctionne à merveille, à cela près que Petiot n'est pas tombé de la dernière pluie. Nul ne reverra l'infortuné "mouton".

Mais ses rabatteurs vont le balancer. Sans relache, on va l'interroger. Le grand jeu : la baignoire, les dents limées, le crâne comprimé. Il crache le sang. Il parle. En apparence du moins. Les Fritz veulent qu'il soit résistant ? Excellent. Tout plutôt que cette vérité de la rue Le Sueur. Encore faut-il qu'il se comporte à l'instar d'un vrai résistant.

Il doit donc soutenir mordicus qu'il ne l'est pas. Pendant toutes ces semaines, Petiot fait preuve d'un moral d'acier et suscite l'admiration de ses compagnons de prison. René Héritier, qui partage sa cellule avant d'être déporté, témoignera : "Je crois que le docteur Petiot est très capable de se sacrifier pour une cause. A noter sa haine indomptable des Allemands : je l'ai vu à l'oeuvre."

 Aucun doute : Petiot est un patriote, un vrai.


 Au début de 1944, la Seine charrie des débris humains. Certes, il en existe toujours dans un fleuve de cette importance mais les responsables de la navigation fluviale affirment que la moyenne est largement dépassée. Ce sont des têtes affreusement défigurées, la peau du visage arrachée. Des torses découpés, des membres tronqués.

Conclusion du docteur Paul : ces cadavres ont été découpés par un médecin.

 Petiot va alors se faire interpeller mais il va s'échapper. Il ne faudra alors que quelques heures pour que le nom de Petiot soit célèbre dans toute la France.

Dans cette France de 1944 qui vit dans l'attente du débarquement, on ne parle que de Petiot.

Les journaux de la collaboration lui consacrent chaque jour de longs articles, ce qui est loin d'être innocent : mieux vaut s'étendre sur un fait divers atroce mais alléchant que sur les défaites allemandes.

Radio-Paris "révèle" que Petiot a rejoint la maquis de Haute-Savoie où il est devenu médecin-major. Information parfaitement imaginaire qui se situe dans le cadre d'une propagande délibérée.

Lui, dans la clandestinité où il a plongé, n'a pas perdu cet humour grinçant qui a toujours frappé ses amis. Le commissaire reçoit de lui un message qui ne porte que ces mots : "Il court, il court, le Petiot..."


 Quand le 6 juin à l'aube, cinq milles navires et mille bombardiers se jettent à l'assaut de la Normandie, quand les Alliés foncent à travers la France, quand Paris se soulève et se hérisse de barricades, s'étonnera-t-on que Petiot se soit trouvé sur l'une d'elles avec le brassard marqué des trois lettres FFI ?

Sur la barricade de la place de la République, des témoins se sont souvenus l'avoir vu "gesticulant et surexcité". Au lieutenant Rollet, commandant d'un groupe franc, il déclare :

"Je ne peux pas vous dire qui je suis. Pourtant, vous me connaissez. Tout le monde me connaît. Si je vous disais mon nom, vous seriez effrayé."

Paris est libéré, les barricades sont enlevées, le général de Gaulle s'est installé rue Saint-Dominique mais, dans Paris toujours en liesse, Petiot apparaît en pleine effervescence.

Peut-être ne s'est-il jamais trouvé aussi parfaitement à son aise que dans cette ville où tout change quasiment d'une heure à l'autre. On dirait qu'il tient à appliquer lui-même le programme annoncé à Massu : il n'arrête pas de courir, Petiot.


 Ensuite, on va enfin mettre lui mettre la main dessus. Petiot enfin sous les verrous !

 Il déclare alors n'avoir assassiné que des collabo. Les Jo le Boxeur, François le Corse, Adrien le Basque, oui, ont eu le sort que méritaient des membres de la Gestapo. A propos de leurs femmes, il prononcera une formule d'un incroyable cynisme : "Que voulez-vous que j'en fasse ?" Mais les autres ? tous les autres. La liste ne cesse de s'allonger.

 Sur les murs de sa cellule, les gardiens découvriront cette inscription : "Ce que j'ai fait, c'est par esprit sportif que je l'ai fait, je ne demande même pas de remerciement."

 On ne peut s'empêcher de découvrir, tout au long de la vie, un évident complexe de joueur. Il se met dans des situations tellement inextricables ! D'autres s'y seraient englués. Lui rebondit.

 Il écrira d'ailleurs dans a cellule un livre intitulé : Le hasard vaincu. Il cherche à démontrer mathématiquement la certitude de gagner à tous les jeux. Entre deux chapitres, il compose des poèmes.


 Le procès s'ouvrira le 18 mars 1946. Quand il pénètre dans le box des accusés, il domine le public et le regarde bien en face, il reste debout.

Conscient de l'attention - souvent passionnée - dont il est l'objet, il s'assied enfin. Satisfait.

Comment ne pas être frappé par le réquisitoire, impitoyable et convaincant, comment ne pas être hanté par l'admirable plaidoirie ? Floriot a parlé durant six heures mais quel avocat aurait pu sauver Petiot ? Reconnu coupable de vingt-six assassinats, il est condamné à mort. 

Il sera guillotiné.


Quand elle a fini de me raconter cette histoire, ma Mamie m'a dit, je cite : "Petiot est mort d'accord, mais son esprit est toujours là. Et si tu fais des bêtises, il viendra s'occuper de toi..."

 A ce moment là très précis, c'est moi qui avait les chocottes...

 

 

Collection "Mamie explore le temps"

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Published by Régis IGLESIAS - dans Mamie explore le temps
16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 10:30

landru-le-petit-journal-illustre-dimanche-1921-11-copie-1.jpg"Un journal (petit), là, sous vos yeux.

  

 Avril 1919. La France ne parvient pas encore à admettre que, décidément, elle n’est plus en guerre. Les démobilisés de la veille ont du mal à se réhabituer à un lit. D’affreux cauchemars les réveillent, les rappelant à la boue des tranchées, à la mort quotidienne, au carnage de chaque instant.

 Dans chaque ville et jusque dans les plus petits villages, des familles accablées pleurent un fils, un père, un époux.

Le chiffre des morts français est maintenant connu et l’on en reste effaré : un million et demi de cadavres étendus à jamais dans la terre des champs de bataille.

 

 C’est dans ce climat, lourd de trop de souvenirs,  que Mamie va lire dans le Petit journal du 13 avril un modeste entrefilet sous ce titre : Importante arrestation à Montmartre.

  En voici le texte :

"La première brigade mobile a arrêté, hier, à Paris, en plein Montmartre grâce à des dénonciations anonymes, un individu très élégamment vêtu, presque complètement chauve, mais portant une abondante barbe noire.

 Cet homme était recherché par plus de dix parquets de tous les coins de France, sous les noms de Dupont, Desjardins, Prunier, Perrès, Durand, Dumont, Morise, etc. Une fois dans les locaux de la sûreté, il a fini par avouer se nommer en réalité Henri Nandru. Les charges les plus lourdes pèsent déjà sur lui."

On a bien lu : Nandru avec un N. C’est vraiment par une très petite porte que Landru vient de se glisser dans les annales du crime.


 L’individu est sous les verrous. La tâche qui va incomber à la police, puis à la justice n’est pas de tout repos.

Il va leur falloir démontrer que Landru a bien commis onze meurtres. Onze meurtres sans cadavres.

Ce qui va perdre Landru, c’est son sens de l’ordre. Jamais criminel ne fut plus méticuleux. Jamais monstre ne s’est appliqué à mieux conserver toutes les traces de ses exploits.

On va retrouver des carnets de compte, des agendas, des pièces d’identité, des récépissés, des certificats, des notes, des lettres par centaines.

Peu à peu, ces archives uniques retrouvées à son domicile, vont permettre aux enquêteurs de lire comme à livre ouvert, l’histoire des forfaits de Landru.

 

 Ce qui ajoute à l’affaire toute sa complexité psychologique, c’est que, durant les années où Landru accumulera les meurtres, il restera un bon mari et un excellent père.

Sa fabuleuse comptabilité le prouve : chaque fois qu’une de ses compagnes provisoires disparaît, il apporte le lendemain de l’argent à sa petite famille.

  Autre sujet d’étonnement : c’est par des numéros que les siens se trouvent répertoriés dans ses carnets.

Le n°1 n’est autre que mme Landru. Landru se désigne lui-même par le n°2. Les n°3, 4, 5 et 6 désignent respectivement ses enfants Marie, Maurice, Suzanne, Charles. La police cherchera longuement à qui pouvait correspondre le n°7. Elle finira par découvrir qu’il s’agissait de Fernande Segret.

L’ami de coeur était en quelque sorte de la famille.

Tout commence avec la pauvre Madame Cuchet. 

Elle a annoncé à sa soeur et à son beau-frère qu’elle allait épouser M. Diard, un homme charmant avec qui elle sera heureuse. Celle-ci s’émerveille de vivre une telle idylle. Pas pour longtemps. Lors de la déclaration de guerre, Landru vide le compte... et disparaît.

Ensuite Jeanne Cuchet atterrée apprend qu’elle n’est pas - et de loin - la seule maîtresse du si charmant M. Diard.

Le beau-frère dit carrément ce qu’il en pense : mme Cuchet a eu affaire à un aigrefin et elle peut s’estimer heureuse que l’aventure n’ait pas été plus loin.

Mme Cuchet jure ses grands dieux qu’elle ne pensera plus jamais à l’odieux personnage.

 Serment d’amoureuse.

Elle l’aime toujours.

A ce point qu’elle ne peut s’empêcher d’aller rôder auprès du domicile de Landru.

Quand ce dernier sait qu’elle sait. Il met au point un nouveau plan. Rien ne prend Landru au dépourvu. Jamais.

 

 Sourire aux lèvres, enjôleur et contrit, il se présente au domicile de sa maîtresse qui croit s’évanouir en le revoyant.

 Elle veut le chasser mais elle va faiblir. Elle arrivera quand même à repousser son amant. Jusqu’au jour où Landru déboule avec deux petites filles agées de dix et onze ans, ses enfants bien-aimées. A l’instant même toutes les résolutions de Jeanne cèdent. Or il ne s’agissait pas des filles de Landru, déjà adolescentes à l’époque. Où avait-il "emprunté" ces fillettes ? Mystère.

 Peu importe, puisque le but est atteint. Jeanne Cuchet, bouleversée, tombe dans les bras de Landru. Elle est foutue. Nul ne reverra Jeanne Cuchet ni son fils. Le 1er mai - toujours bon mari, Landru offre la montre en or de Madame Cuchet à sa femme. Cadeau.

Le 16 mars 1915, Landru fait insérer dans un journal de Paris une nouvelle annonce matrimoniale. Il recrute. Chaque annonce déclenche un grand nombre de réponses. A toutes les femmes qui lui ont écrit, il adresse la même lettre : "Je voudrais un amour véritable, des sentiments qui puissent assurer un bonheur durable. Je suis assez indépendant pour vous déclarer tout de suite que, de mon côté, les conditions d’avoir financier n’entreront en rien dans le choix d’une épouse".

 

 Deux éventualités : ou bien la suite de la correspondance démontrait que l’intéressée ne possédait aucun bien et Landru "laissait tomber". Ou bien la piste méritait d’être suivie et Landru rédigeait une deuxième missive : "Ce n’est pas sans une certaine confusion que je réponds à votre bonne lettre et à la délicate pensée que vous avez eue de m’envoyer votre photographie... Partout où j’aurais l’honneur de vous rencontrer, je reconnaîtrai entre mille votre silhouette élégante, votre grâce... Moi, depuis longtemps, je n’ai pas eu l’occasion de me présenter devant un objectif."

 

 Rien n’est laissé au hasard.

Les archives de Landru révèleront tout un classement : "Répondre poste restante. - En réserve. - Archives. - A répondre tout de suite. - Sans réponse P.R. (sans doute petits revenus). - Soupçons de F. - Sans F. - R.A.F. (soupçons de fortune,  sans fortune, rien à faire). - Sans suite.  - Enregistrer simplement."

Chaque candidate a droit à une fiche : Mme A..., brune, boulotte, légale, rigide ; mme B..., a un fox en panier ; vulgaire, voix éraillée ; Mme Q..., rue Lebouteux. Appartement moderne. Un peu bouffie. Peu causante.

 Reconnaissons-le, Landru se donne un mal fou.

Comme il note le moindre détail, nous pouvons le découvrir sur le sentier de la guerre : "9 h 30, tabac gare de Lyon, Mlle Lydie ; 10 h 30, café place Saint-Georges, Mme B. ; 11 h 30, métro Lancry, Mlle L. ; 2 h 30 Concorde, Mme L., du 15ème ; 3 h 30, square tour Saint-Jacques, Mme D. ; 5 h 30, Mme V. ; 8 h, Saint-Lazare, Mme L." On remarquera qu’il a pris le temps de déjeuner.

Quand on lui fera observer que ses archives démontrent qu’il s’est "fiancé" à deux cent quatre-vingt trois femmes, il s’exclamera :

- Et je n’en aurais tué que dix ? Comme vous êtes indulgent ! 

 

 Séparée de son mari, aubergiste à Oloron-Sainte-Marie, dont ensuite elle est devenue veuve, Mme Laborde-Line a suivi son fils à Paris. C’est alors qu’elle a fait la connaissance de Landru. Elle a quarante-sept ans et n’est pas très laide. Les choses vont vite.

 Deux mois plus tard, elle annonce à son entourage qu’elle va épouser le monsieur barbu qui vient la voir et qu’elle est sûre d’être très heureuse avec lui. Une semaine plus tard, une voiture de déménagement vient chercher les meubles de Mme Laborde-Line que Landru attend en taxi. Avant d’y monter, la veuve crie à sa concierge :

- Je vous écrirai pour vous donner ma nouvelle adresse !

Cette lettre-là, la concierge l’attendra toujours.

 

 A la date du 7 juillet 1915, Landru a enregistré dans sa comptabilité la vente de deux meubles ayant appartenu à Mme Laborde-Line. Landru les a vendus en même temps qu’une obligation ayant appartenu à Mme Cuchet...

Au même moment, une certaine Mme Guillin raconte à ses voisins qu’elle a rencontré un homme riche et qu’elle n’a jamais été aussi heureuse. Landru - on le remarquera a entrepris une nouvelle opération. Le 15 juillet, c’est à son bras que Mme Guillin quitte son domicile. Au début d’août, elle écrit à sa fille.

A la lettre, Landru ajoute même quelques lignes de sa main ! Après, plus rien. La fille de mme Guillin n’entendra plus jamais parler de sa mère.

Pauvre Mme Guillin ! Dans la liste des "disparues", elle n’aura pas même droit de figurer sous son patronyme. Landru ne la citera que sous le nom de la rue qu’elle habitait : Crozatier.

 Un problème : les enfants de Mme Guillin connaissent l’adresse de Vernouillet. Sans nouvelles, ils ne vont pas manquer de s’y rendre et de poser des questions gênantes.

Or Landru n’aime pas les questions.

Il décide donc de déménager. Ils peuvent toujours venir, les enfants de Mme Guillin : Landru est parti sans laisser d’adresse. Il tombe sous le charme d’une maison à Gambais.

Sa première acquisition : une cuisinière.

Trois jours plus tard, sous le nom de Dupont, il signe l’acte de location. Le quincailler lui livre la cuisinière et aussi trois cents kilos de charbon qu’il a commandé.

Landru sait ce qu’il veut.

 

 Tout est prêt pour que le nouveau locataire pende la crémaillère : ce sera en compagnie de Berthe-Anna Héon. Une veuve encore qui avait eu le malheur de perdre son fils et ses deux filles. Elle vend ses meubles pour 500 francs qu’elle remet à Landru. Elle réunit ses affaires personnelles et part pour son dernier voyage.

Destination : Cambrais.

Landru n’a pas manqué de noter la dépense engagée : "Aller et retour, 3,85 F. Aller, 2,40 F." L’aller et retour est pour lui.

 Pour mme Héon, un aller suffit. Il n’y a pas de petites économies.

Dans le carnet de Landru, Mme Héon ne sera pas nommée, elle non plus. Elle n’aura droit qu’à la seule mention de sa ville natale : Havre.

 Landru a toujours, si l’on ose écrire, plusieurs fers au feu.

Mme Collomb avait réagi à l’annonce du 1er mai ainsi conçue : M. 45 ans, seul, sans famille, situation 4 000, ayant intérieur, désire épouser dame ayant situation en rapport.

Landru a soigneusement encadré au crayon bleu ce passage de sa lettre : "J’ai 39 ans, je suis veuve, sans enfant, et pour ainsi dire sans famille puisque sous peu elle quittera Paris. Je gagne 2100 F par an dans un bureau. Je suis parvenue à faire quelques économies qui, avec le petit peu que j’avais quand mon mari est mort, s’élèvent à 8000 F." Anne Collomb est veuve depuis quinze ans et dactylographe dans une compagnie d’assurances. Ce n’est pas trente-neuf ans mais quarante-quatre que lui donne l’état-civil. Elle ne les paraît pas. Brune et mince, elle ne manque pas de charme.

Cette fois, Landru va prendre son temps.

C’est que la situation ne ressemble pas tout à fait aux précédentes. Mme Collomb a un amant. par ailleurs cette famille qu’elle prétendait toute théorique veille jalousement sur elle. Landru n’est pas pressé. Berthe Héon occupe la majeure partie de son temps. Il attend que cette dernière ait disparu pour passer aux choses sérieuses.

Comme on ne résiste pas à Landru, Mme Collomb rompt avec son amant. Elle accepte de suivre le Dom Juan Barbu à Gambais. Sur le carnet de Landru, cette fois encore, on trouvera mention d’un aller et retour. Et d’un aller simple.

 

 Quand il revient à Paris, ses fonds propres se montaient en tout et pour tout à 1,05 F. Il était temps.

Grâce à Mme Collomb, il va rembourser 250 F à sa fille Suzanne, remettre 140 F. à sa femme, 10 F. à son fils Maurice et payer ses loyers de Paris et Gambais.

La suivante sera Andrée-Anne Babelay, une petite bonne de dix-neuf ans. Abordée dans la rue par Landru, elle l’a suivi et s’est mise à aimer follement cet homme dont elle ne sait rien. Le 1er mars, elle prend congé de sa patronne :

- Je vous quitte, madame... Je m’en vais avec mon fiancé ! Il a trente-cinq ans et c’est un vrai "monsieur". Dans le carnet de Landru : "Un aller et retour, 4,95 F. Un aller, 3,10 F."


 A la petite annonce du 1er mai avait également répondu une certaine Célestine Buisson.

La lettre était ainsi conçue : "Monsieur. excusez-moi, ayant vu votre annonce dans un journal. je suis veuve, j’ai 12 000 F, j’ai quarante-quatre ans, j’ai un fils au feu, donc je suis seule et voudrais me refaire une situation."

Douze mille francs, voilà qui intéresse Landru.

Après la première entrevue, il note : "A épousé un hôtelier, était bonne à tout faire, sans fonds ; a emporté le magot et les meubles au décès du vieux ; vu le 14, écrira." La suite ? Nous la connaissons à l’avance. Un petit tour à Gambais. Un aller et retour. Et un aller simple.


 Landru profite de cette nouvelle entrée d’argent pour conduire à l’opéra sa nouvelle conquête, Fernande Segret. une "fiancée" pieuse. Landru l’accompagne donc dans les églises. Son carnet en témoigne : Quête église avec Lyane : 0,10 F ; Lyane, tronc sacré-Coeur : 0,15 F ; arrêt au sacré-Coeur : 0,15 F.

Le même jour, Mme Jaume est partie pour Gambais. Avec un aller simple.


Reste sur la liste funèbre deux noms : Pascal et Machadier. Quand Landru conduite Pascal Anne à Gambais, il estimera ainsi sa récupération : "Un parapluie 5 F ; un tapis 12 F ; dentier pascal : 15 F." Quant à Marie-Thérèse Marchadier, c’est une ancienne prostituée que ses ex-clients ont connus comme la belle Mythèse. Elle disparaît à gambais le 13 janvier 1919, ainsi que les trois chiens qu’elle a emmenés et dont on découvrira les cadavres dans le jardin.

Aux Assises de Versailles, le commissaire Dautel devait avouer :

- Sans le petit carnet de l’inculpé, je ne sais pas si nous n’aurions pas été forcés de renoncer. C’est Landru qui nous a fourni toutes les preuves que nous avons aujourd’hui contre lui. Inexplicable Landru.

Presque chaque jour, la presse consacre à Landru de longs articles. Quand son avocat les lui apporte, il soupire :

- Et dire qu’il y a une crise du papier !

Ce que connaît Landru, c’est paradoxalement la véritable popularité. Il reçoit des centaines de lettres, parmi lesquelles un grand nombre de lettres d’amour.

Une femme lui écrit : "Tout à toi, jusqu’au fourneau !" Sans doute une farce. Mais d’autres semblent sincères : "Je suis si seule, mon mari me bat, tous les amants que j’ai eu me dégoûtent. Je vous écris parce que je pense que vous aussi vous êtes si seul..."

 

Aux élections du 16 novembre 1919, on va trouver dans les urnes 4 000 bulletins portant le nom de Landru !


Autour de lui, le filet se resserre. Le sire de Gambais ne rit plus quand M. Bonin brandit devant lui les mentions relevées dans l’un de ses carnets : "16 juillet 1916, 4 lames scie à 0,50 F : 2 F ; Une douzaine de scies à métaux : 6,60 F ; scie à bûche : 4,25 F ; Scie circulaire : 3,15 ; scie à métaux : 25 F."

Pourquoi toutes ces scies ? Landru ne répond pas. Il est cuit !

Il ne se départit de sa gouaille qu’avec une seule personne : Fernande Segret. Il semble l’avoir sincèrement aimée. s’il l’a conduite plusieurs fois à Gambais, jamais il n’a pensé l’y laisser. Pour elle, ce sont toujours des aller et retour qu’il achète.

L’étonnant est que cet amour est réciproque, partagé. Elle dira :  "C’est un homme doué d’une force de caractère inouïe. Il sait obtenir tout ce qu’il désire. Sa puissance de persuasion n’avait d’égale que l’autorité de sa volonté."

 

Le juge la pousse dans ses retranchements. Sur le plan sexuel, Landru n’était-il pas anormal ? Elle se récrie : jamais ! Une précision : il était "très passionné et d’une vitalité exceptionnelle". Elle soupire : 

- Malgré son âge, sa force physique était celle d’un homme jeune.


 L’avocat général requiert la mort. Moro-Giafferi se montre égal à lui-même, c’est-à-dire éblouissant. Toute son argumentation repose sur l’absence de cadavres. Ce dont dispose l’accusation, c’est d’un certain nombre d’indices, de présomption peut-être. D’aucune preuve.

Va-t-on condamner un homme sans preuve ?

Et tout à coup, la voix de Me de Moro-Giafferi s’enfle, tonne.

Il s’adresse aux jurés, annonce qu’il va écraser la thèse de l’accusation. Parce que l’une des femmes que l’on croit morte, assassinée par Landru, est bien vivante. Elle est là, derrière cette porte, elle va entrer :

- Regardez, messieurs les jurés ! Regardez-bien !

 Dans l’instant, tous les jurés tendent le cou vers la porte. Celle-ci reste close. Moro-Giafferi avoue : personne ne se trouve derrière cette porte. Le seul fait que les jurés aient cru qu’une femme pouvait s’y trouver démontre qu’ils ne sont pas absolument sûrs que l’accusation ait raison !

 

 Magnifique effet d’audience, en vérité. Le procureur va le réduire à néant, en faisant observé que Landru, lui, ne s’était pas tourné vers la porte. Il savait bien que c’était inutile.

 Deux heures de délibération.

La mort pour Landru.


Le vendredi 24 février 1922, le grand jour est arrivé. on lui offre d’entendre la messe. L'aumônier attend.

- Ce serait avec plaisir, monsieur l’Abbé. Mais je crois qu’il importe surtout d’aller vite. Je ne veux pas faire attendre ces messieurs.


Sur le chemin de la guillotine, il est très calme. 

Quand le couperet tombe, il est 6 H 5.

 

 

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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 18:55

Jean-Jaures.jpg"Une illustration, là, sous vos yeux.


 Tous les vendredis, Mamie va faire le marché sur la place Jean Jaurès de Carmaux. C'est peu dire qu'elle connaît bien sa vie. Elle nous raconte la fin tragique de l'homme qui voulait sauver la paix. Extrait :

 

 Dans la moiteur d'une journée torride qui s'achève, Jean Jaurès, attablé à sa place familière du café du Croissant finit de dîner. Malgré la nuit tombé, ce 31 juillet 1914, il fait encore si chaud que l'on a laissé ouvertes les fenêtres du café. Jaurès tourne le dos à l'une d'elles.


 Il a cinquante-cinq ans, Jaurès. Lui, qui a toujours été rond, a pris maintenant franchement de l'embonpoint. La fatigue marque son visage trop gris ou le sang n'afflue que dans la passion d'un discours ou d'un débat. Il est 21 h 40. Tout à coup, une main soulève le rideau derrière Jaurès.

 Une main qui tient un revolver. Deux coups de feu claquent, à une seconde d'intervalle. Jaurès s'affaisse sur la table, doucement, comme s'il s'endormait. Aussitôt dans le café, un cri suraigu, celui d'une femme :

- Ils ont tué Jaurès !


 Question : qui a tué Jaurès ?

Il sera facile d'y répondre.

Autre question : pourquoi a-t-on tué Jaurès ? Cette fois la réponse sera moins aisée mais ma Mamie a mené l'enquête...

Depuis l'extrême jeunesse, depuis son enfance en pays cathare, terre traditionnelle d'opposition, Jaurès est attachant. Il a adoré sa mère : pour lui elle sera toujours mérotte. Il a un frère Louis qui sera marin. Les Jaurès sont pauvres, mais heureux, dans leur ferme de la Fedial Haute, à trois kilomètres de Castres.

Rien de plus brillant que les études du jeune Jean Jaurès. Sans relâche, il s'inscrit en tête de sa classe. L'éloquence lui est naturelle. Sa prose suscite tant d'enthousiasme chez ses condisciples que désormais, à l'heure de la sortie, ils lui crieront :

- Fais-nous un discours !

On n'a pas besoin de le prier, il grimpe sur le banc et parle.


 Jaurès éblouit par son intelligence, mais surprend par le négligé de sa tenue. Ce laisser-aller l'accompagnera toute sa vie. Ses amis lui verront toujours le même pantalon jamais repassé et les mêmes boutons manquants à sa veste. Il aura plus de quarante ans quand Aristide Briand lui montrera que la boutonnière que l'on trouvait au bas du plastron était destinée à se rattacher au premier bouton du pantalon. Émerveillé, débordant de gratitude, il s'écriera :

- Ce Briand est étonnant, il sait tout !


 A l'École normale supérieure, il attache sa blouse avec une ficelle et se promène partout en pantoufles. Il sortira de Normale troisième, derrière Bergson, second, et un certain Lesbazille, premier.

Le voilà lancé dans la vie.

 Avec cela, un garçon comme les autres. Et il est amoureux comme les autres : la fille d'un châtelain. Il demande sa main, on la lui refuse. Il souffre beaucoup. Il finira par épouser, quelques années plus tard, Louise Bois, une belle jeune fille de quinze ans, plantureuse, fille d'un marchand de fromages.

Il n'est pas sûr que cette Louise lui ait apporté grand chose, ni compréhension, ni aide intellectuelle. Toujours la carrière de son mari lui restera indifférente. S'occupera-t-elle de lui sur le plan matériel. Pas même.

Il dira : "Elle me repose."

Elle se bornera à lui donner deux enfants, Madeleine et Louis.

 Dans le monde politique, on commence à parler du jeune Jaurès. Il a vingt-six ans quand il vient siéger à la chambre, ce qui fait de lui le plus jeune député de France.

 Ce qui pour lui sera déterminant, c'est sa rencontre à Toulouse avec Jules Guesde, à la fois maître à penser et prophète de l'idée socialiste. Toute une nuit les deux hommes discutent.

La grève de Carmaux va emporter cette décision.

Il va accepter de soutenir le programme du parti ouvrier rédigé et acclamé au congrès de Marseille. Il est élu.


 Dès 1893, il est chef du parti socialiste.

Il va fonder l'Humanité, organe du mouvement.

Sans cesse, il est sur la brèche, il parle, il écrit, il tient à travers la France d'innombrables réunions.

Il attire des foules gigantesques.

Jamais il n'accède au pouvoir. Il couvre les socialistes, mais ne les suit pas. Il se bat pour l'unité du mouvement ouvrier français et européen.

Après avoir cru à la culpabilité de Dreyfus et s'être montré pour lui parfaitement sévère, il se ravise aussitôt qu'on lui apporte la preuve qu'il s'est trompé et dès lors se bat pour le prisonnier de l'île du Diable. Cette grande voix exerce sur le Parlement, sur la vie politique française, une immense autorité.


 Pour l'extrême droite, il est devenu l'homme à abattre. On refuse de voir ce qu'il y a de générosité dans son action, de tolérance dans ses attaques.

Le grand, l'éternel combat de Jaurès, il le livre pour la paix, toujours.

Souvent, dans ses discours, il dépeint en véritable visionnaire. Il ne peut tolérer l'image des hommes qui vont mourir et d'autant plus qu'il s'agit des Français car cet internationaliste aime passionnément son pays. Il se déclare contre toute guerre offensive et s'oppose à la loi des trois ans. Il sait que l'entraînement d'un soldat est achevé en six mois. Alors pourquoi vouloir garder ces jeunes hommes trois années dans les casernes ?

Jamais autant qu'à cette occasion Jaurès n'a été attaqué, insulté, littéralement couvert de boue.

On a proféré contre lui des injures inouiës, la moindre étant de le dénommer : Heer Jaurès. A tout propos, on a juré qu'il était vendu à l'Allemagne. Le général Messimy a témoigné de l'intérêt passionné du député Jaurès pour notre défense, de ses adjurations répétées pour que l'on renforçât nos fortifications du Nord.

Tel est le vrai Jaurès.

Mais pour ses ennemis, il est Herr Jaurès et il est vendu à Guillaume II.


 Quand Jaurès s'oppose ensuite au voyage présidentiel en Russie, il en prend littéralement plein la gueule. Dans Paris-Midi, Maurice de Waleffe écrit : "A la veille de la guerre, le général qui commanderait à quatre hommes et un caporal de coller au mur le citoyen Jaurès et de lui mettre, à bout portant, le plomb qui lui manque dans la cervelle, pensez-vous que ce général là n'aurait pas fait son plus élémentaire devoir ? Si, et je l'y aiderais..."

Le jour de l'arrivée à Paris de Poincaré, Léon Blum croise Jaurès, sa valise à la main.

Un poème cette valise.

Il y entasse généralement un peu de linge, des livres et pour parer à une petite faim, un morceau de fromage. Souvent cette valise mal fermée s'ouvre sur le quai de la gare et les employés, mi-attendris, mi goguenards, aident M. Jaurès à rassembler ses trésors.

A Léon Blum, Jaurès déclare :

- Je pars pour Bruxelles.


 Toute l'Europe socialiste s'est rendue dans la capitale belge. Il dira dans son discours : "Est-il possible que des millions d'hommes puissent, sans savoir pourquoi, sans que les dirigeants le sachent, s'entre-déchirer sans haïr ? Il me semble lorsque je vois passer dans nos cités des couples heureux, il me semble voir à côté de l'homme dont le coeur bat, à côté de la femme animée d'un grand amour maternel, la Mort marcher, prête à devenir visible." 


 Le 28, venant de Reims, Raoul Villain est arrivé à la gare de l'Est pour tuer Jaurès. A travers le premier signalement de police que l'on connaisse, nous découvrons celui qui va peser si lourdement sur le destin de tant d'hommes : "Paraissant âgé de vingt à vingt-trois ans, grand, mince, ce jeune homme était vêtu correctement. Blond, les cheveux assez longs, il porte la moustache taillée à l'américaine."

Qui est ce Raoul Villain ?

 Le fils d'un greffier de Reims. Quand il avait deux ans, sa mère l'a jeté par les fenêtres. Les Villains habitent au premier étage, l'enfant s'en est tiré, mais dès lors sa mère a vécu dans un asile d'aliénés et y est morte. La grand-mère de Villain était folle, elle aussi.

 Lourde hérédité. Une enfance morne, apathique.

Raoul parvient à l'âge d'homme sans avoir touché une femme.

Il est dévot, presque bigot.


 Souvent il a rêvé de mourir pour la patrie. Et à partir de 1913, Jaurès va occuper son esprit. Il l'a découvert dans les journaux ses propose déformés. La lecture des journaux est pour lui une véritable passion Et parmi les admirateurs de Villain, il y a Péguy. D'abord grand admirateur de Jaurès, Péguy s'en est séparé jusqu'à devenir l'un de ennemis les plus ardents.

 Il a même écrit : "Je demande pardon aux lecteurs de prononcer ici le nom de Jaurès. C'est un nom qui est devenu si bassement ordurier."

Il l'appellera aussi un "malhonnête homme" et encore "un pleutre, un fourbe parmi les fourbes, un grossier maquignon du midi, une de nos hontes nationales". Puis en avril 1913, un de "ennemis de l'intérieur" qu'il convient de "mettre au pas". Ce sont très exactement les termes qu'emploie Raoul Villain, le jour des obsèques de sa grand-mère, devant deux témoins successifs.

 La guerre ? Villain y croit, Villain la souhaite. Or Jaurès lui fait barrage.

La simple logique commande d'abattre Jaurès.

Le 30, il erre sur les boulevards, il tombe sur des hommes qui crient "A bas la guerre, vive la paix !" Villain sursaute, cet abominable jaurès ! C'est décidé, il va attendre Jaurès à la sortie de l'Humanité et l'abattre, là, sur le champ. 

Ce n'est qu'à minuit que Jaurès sort du journal. Villain le voit entouré de trois journalistes. Il est surpris par la jeunesse de son regard. S'agit-il bien de l'ennemi exécré ? A des passants qui l'entourent, il demande :

- Pardon, lequel est Jaurès ?

- C'est celui qui marche au bord du trottoir !

- Merci.


Il n'a pas tiré. Il n'en a pas eu la volonté. Quelques heures plus tôt, il voulait tuer Jaurès à la sortie de l'humanité ! Mais Raoul Villain n'est pas à une contradiction près.

Jaurès prend congé de ses amis. On lui a appelé un taxi dans lequel il monte. Villain, immobile, regarde s'éloigner la voiture rouge.

Le lendemain, l'heure est grave, Jaurès est bouleversé, atteint au plus profond de lui-même.

Mais il n'est pas homme à oublier l'heure des repas.

Son appétit n'a d'égal que sa capacité d'absorption. Dîner mais où ? Quelqu'un propose le Coq d'or.

- Non, dit Jaurès, c'est un peu loin. Allons au Croissant, c'est plus près. 

On y va. La salle est bondée, tout le monde le regarde. On entend :

- C'est Jaurès ? Ah ! s'il pouvait empêcher la guerre !


Le dîner traîne. Le personnel ne parvient pas à faire face à tous ces consommateurs assoiffés qui entrent et commandent des demis.

Un journaliste, René Dolier, s'approche, montre à Landrieu une photo :

- C'est ma petite fille.

- Peut-on voir ? dit Jaurès.

Il se penche sur la photo.

A cet instant précis, le rideau s'écarte brusquement. Une main, un revolver. Deux coups de feu. Un cri de femme :

- Ils ont tué Jaurès !

C'est fini, il n'y a plus d'obstacles à la guerre.


 Dehors, le metteur en pages de l'Huma a vu Villain tirer et tenter de s'enfuir vers la rue de Réaumur. Il l'a rattrapé, l'a assommé d'un coup de canne. Un policier les a rejoints, s'est emparé de l'assassin.

En apparence rien de plus simple, rien de plus évident que le meurtre de Jaurès par Villain. Un personnage instable, "bizarre", fils et petit-fils de folles", très proche du déséquilibre mental, un raté qui se découvre tout à coup une raison d'être et un but qui le valorise à ses yeux. Intoxiqué par une presse qui renouvelle de jour en jour, les appels au meurtre contre Jaurès.


 Mais ma Mamie n'est pas dupe : "Comment Villain a-t-il pu trouver l'adresse de Jaurès qui était cachée ? Comment a-t-il pu, en sortant de la gare de l'Est, prendre sans hésiter prendre l'autobus qui menait au pavillon qu'habitait Jaurès, si personne ne lui avait fourni les précisions nécessaires ? Ou a-t-il dormi ? Qui étaient ces gens qui regardaient par la fenêtre avant qu'il abatte Jaurès ?"

Un rapprochement vient à l'esprit, irrésistiblement : comment ne pas évoquer l'assassinat de John F. Kennedy ? C'est le grand mérite de Mamie de l'avoir souligné la première. Dans les deux affaires, on s'est hâté de tenir pour indiscutable que Raoul Villain autant que Lee Harvey Oswald, déséquilibrés l'un et l'autre, avait agi isolément. Dans les deux cas, on entendit proclamer une vérité officielle, inspiré par la raison d'Etat.

Il était de la première importance d'assurer que le criminel avait agi seul. Et si, d'autre part, on prouvait qu'il n'avait pas "toute sa tête", on évitait ainsi ces remous politiques qui troublent la bonne conscience d'une nation. Et si Villain a eu des complices, quels sont-ils ?

Ma Mamie n'en dira pas plus, mais elle a son idée derrière la tête...


 Ce n'est qu'en 1919 que l'on jugera Raoul Villain.

Il sera acquitté !

On est au plein de l'ivresse de la victoire. Douze jurés ont donc considéré que ce n'était pas une faute d'avoir abattu Jaurès : si on l'avait écouté, n'aurait-il pas privé la France la France de sa victoire ? La famille Jaurès devra même payer les frais du procès.

Villain est allé se réfugier dans l'île d'Ibiza. Grâce à un petit héritage, il s'est fait construire une maison. Là, éternel solitaire, il va vivre dans une saleté repoussante. Il erre dans l'île en chantant Frère Jacques. Les enfants le poursuivent, se moquent de lui et lui lancent des pierres.

On l'appelle le "fou du port".

La guerre espagnole éclate. A Ibiza, les nationalistes tentent de prendre le pouvoir. Les républicains bombardent l'île, y débarquent. On leur indique la maison du "fou du port" comme pouvant abriter un suspect. ils s'y rendent, interrogent le propriétaire, découvrent son identité.

Sur la plage des galets, on retrouvera un cadavre, la gorge éclatée, la poitrine percée d'un trou rouge, béant.


C'était là tout ce qui demeurait de Raoul Villain, l'homme qui avait tué Jean Jaurès. 

 

 

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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 18:42

12.jpg"Le Petit Journal, là, sous vos yeux.

 

  Le 28 juin 1914, le Tout-Paris élégant se presse à Longchamp. C'est le Grand Prix !

 Les femmes emplumées, corsetées, le buste pigeonnant et fleuri, arborent fièrement leurs dernières robes.

En jaquette et en chapeau haut de forme, les hommes transpirent sous le soleil.

 Demain, la saison de Paris terminée, ce sera le déshonneur pour ceux qui ne pourront pas quitter la capitale... et certains préféreront vivre derrière leurs volets clos plutôt que d'avouer leur présence.

 On parle de Poiret qui achève sa tournée triomphante à travers l'Europe ; on parle de L'Otage de Claudel, que vient de monter Lugné-Poe.

 On parle encore de Mme Caillaux qui a tué le directeur du Figaro, et dont le procès vient d'être fixé au 20 juillet. On parle surtout de sardanapale, le cheval du baron de Rothschild, qui va sans doute gagner le Grand-Prix...

  La troisième course s'achève... "La pureté du ciel, racontera Raymond Poincaré, l'affluence des spectateurs, tout nous annonçait un après-midi charmant. Je suivais d'un regard un peu distrait le galop des chevaux..."

 La quatrième course va prendre le départ.

 A cet instant, un télégramme est porté au Président, annonçant la nouvelle qui va balayer tout un monde : ce même jour, à onze heures du matin, l'archiduc héritier d'Autriche-Hongrie François-Ferdinand et son épouse ont été abattus à coups de revolver dans les rues de Sarajevo, en Bosnie, par un étudiant nationaliste serbe, Gavrilo Prinzip.

  Immédiatement, Poincaré communique le télégramme au comte Seczen, ambassadeur d'Autriche-Hongrie, qui blêmit, et demande au Président l'autorisation de se retirer. On s'en doute, les prouesses de Sardanapale n'intéressent plus personne.

 Tandis que dans son équipage à la Daumont, Poincaré retourne à l'Elysée, le kaiser apprenait la nouvelle à Kiel où il assistait aux régates. La dépêche a été jetée sur le pont du yacht dans l'étui à cigarettes de l'amiral Muller qui s'est rapproché le plus possible du bateau impérial.

- Il faut balayer les Serbes ! S'exclamera-t-il plus tard.

 Bismarck avait eu raison de dire autrefois :

- La prochaine guerre sera déclenchée par une sacrée chose idiote qui se produira dans les Balkans.

 

 C'est doucement, très doucement que le monde glisse vers la catastrophe.

 

 Le 28 juillet, l'Autriche déclare la guerre à la Serbie. L'absurde jeu des alliances va déclencher la folie des hommes.

- J'ai tout prévu, avait déclaré l'octogénaire François-Joseph.

 Tout, sauf la fin de la mosaïque autrichienne.

 

Le 29, Belgrade est bombardée "et ne s'en aperçoit pas", affirme sans plaisanter Le Matin. La Russie mobilise. Ce même jour Poincaré rentre en France après sa visite au tsar. Dans les rues pavoisées, la foule hurle son enthousiasme.

 "Voilà la France unie, note Poincaré, voilà le coeur du pays qui se révèle dans sa généreuse réalité."

 Mme Caillaux, acquittée la veille, passe à la seconde page des journaux...

 Le lendemain, 30 juillet, des troupes allemandes sont signalées à la frontière française. Manifestement, elles viennent prendre position.

Le 31 juillet, à seize heures, un banquier d'Amsterdam téléphone à Messimy, ministre de la Guerre : l'Allemagne a proclamé le Kriegsgefahrzustangd, mot disgracieux dont la langue allemande possède le secret et pouvant se traduire par : en état de danger de guerre. Il s'agit là d'une mobilisation déguisée.

 

 L'Humanité publie le matin du 31 juillet un article de Jaurès espérant encore... malgré tout : "Toute chance d'arrangement pacifique n'a pas disparu."

 Jaurès est l'un des rares, le seul peut-être, dans cette folie qui monte, à se rendre compte de ce que sera la guerre.

  Il l'avait crié à Lyon-Vaïsse six jours auparavant : "Songez à ce que serait le désastre pour l'Europe, quel massacre, quelles ruines, quelle barbarie !"

 A cela, Urbain Gohler avait répondu : "S'il y a un chef en France, M. Jaurès sera collé au mur en même temps que les affiches de la mobilisation."

 Maurice de waleffe dans Paris-Midi avait, lui aussi, poussé à l'assassinat... et à vingt et une heures, ce vendredi 31, la terrible nouvelle courait Paris :

- Ils ont tué Jaurès ! Ils ont tué Jaurès !

Au café du Croissant, Raoul Villain avait tiré sur le tribun...

 

 Les Allemands préparaient minutieusement, et cela depuis des années, l'attaque simultanée contre la France et contre la Russie. Dès son arrivée à la direction de l'état-major, von Schlieffen estimait pouvoir écraser la France en deux mois, tout en ne laissant, face à la lente mobilisation russe, qu'un rideau de troupes. Il avait dit :

- Toute action comporte des risques. Il s'agit de déborder l'aile gauche française avec notre masse la plus importante. Cette masse, ayant traversé la Belgique, doit marcher sur Paris au-delà des armées françaises, les coupant de Paris, et doit ensuite se rabattre sur leur arrière pour les acculer au Jura.

 En un mot, ou plutôt une formule lapidaire :

- La manche de l'uniforme de notre soldat le plus à droite devra balayer le rivage de la Manche.

 L'armée française n'inquiétait nullement l'Allemagne.

L'envahisseur Allemand qui, le 4 août 1914, violait la neutralité Belge, franchissaient en chantant la frontière, déferlait à travers le pays de Liège et approchait à grande allure de la petite ville de Visé. Déjà le gendarme Bouko - premier mort de la tuerie - était tombé...

 Trois heures plus tard, un peloton de lanciers belges se trouvait posté non loin de Remouchamps. Soudain un cri jaillit :

- Les voilà !

 Le lieutenant Picard - tel était son nom - prend ses jumelles et voit un groupe de uhlans. Picard tire son carnet d'adresse, racontera Laurent Lombard, "en détache une page" et, d'une écriture fine et nerveuse, griffonne quelques mots : "Apercevons peloton de uhlans en direction de Remouchamps. 4 août, deux heures. Lieutenant Picard."

- Passe-moi un pigeon.

"Un soldat plonge la main dans le panier de pigeons qui se trouve au pied d'un arbre. On attache le message à la patte du volatile qui, en claquant des ailes, fonce comme une flèche vers les profondeurs bleutées du ciel. Les soldats le suivent un moment du regard."

 Là aussi, les dés sont jetés.

 

 Le matin de ce 4 août, à Berlin - un Berlin sous la pluie -, l'empereur, en grande tenue, le casque sur la tête, assis sur son trône, recevait les députés et déclarait :

- Nous tirons l'épée avec une conscience claire et les mains nettes.

 

 A Paris, les convois quittaient la gare de l'Est portant ces mots tracés à la craie : Train de plaisir pour Berlin. Et les mobilisés criaient : "On sera de retour dans deux mois..."

  La veillée d'armes s'achève. Les ambassadeurs vont se trouver au chômage. La parole est désormais au canon. 

 

 Le matin du dimanche 2 août, le lieutenant allemand Meyer recevait cet ordre : "Franchissez la frontière et faites un service d'éclaireurs pour établir où se trouvent les rassemblements de troupes." La patrouille - un témoignage allemand le dira - fut "pleine de joie et de désir de combattre, fière d'apprendre la première, à l'ennemi, la force du cavalier allemand".

 A Jonchery, à douze kilomètres de la frontière, devant la maison appartenant à M. Decourt, se trouvait un petit poste du 44ème régiment d'infanterie : quatre soldats commandés par un caporal : le caporal Peugeot. Mais, donnons la parole à la fille de M. Docourt qui, un demi-siècle plus tard, a raconté la scène à ma Mamie :

- Il était dix heures du matin, je suis sortie de la maison pour aller chercher de l'eau à la fontaine. Soudain, j'aperçus une patrouille allemande. Je revins précipitamment vers la maison en criant : "Au secours ! Voilà les Prussiens !" Les cinq soldats qui étaient chez nous sortirent au plus vite et j'entendis le caporal Peugeot faire les sommations réglementaires...

Mais la patrouille allemande ouvrit le feu. Peugeot tomba. Il était mortellement blessé. Il eut encore la force d'épauler et de faire feu ; le lieutenant allemand s'écroula.

- Je vis le caporal Peugeot se relever ; il fit quelques pas en titubant vers la maison et tomba là, dans l'encadrement de la porte, à l'endroit même, Madame, où nous nous trouvons en ce moment...

 Le sang a coulé - le premier sang de la plus affreuse tuerie de l'Histoire.

 

 

Collection "Mamie explore le temps"

Lee Harvey Oswald -  Stavisky ou la corruption - Sarajevo ou la fatalité - Jeanne d'Arc -  Seul pour tuer Hitler -  Leclerc - Sacco et Vanzetti - La nuit des longs couteaux - Jaurès - Landru - Adolf Eichmann - Nobile - Mr et Mme Blériot - Les Rosenberg - Mamie embarque sur le Potemkine -  L'horreur à Courrières - Lindbergh - Mamie au pays des Soviets - Jean Moulin face à son destin - Mamie est dos au mur - L'assassinat du chancelier Dolfuss - L'honneur de Mme Caillaux - Mamie au pays des pieds noirs - La Gestapo française

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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 18:40

051.jpg"Le Petit Journal, là, sous vos yeux.

 

 C'est à Chinon que commence la plus belle histoire du monde : celle de Jeann d'Arc.

 Du château, il ne reste plus que des ruines. Cependant, quand on erre parmi les pierres usées, c'est Jeanne d'Arc que l'on voit. Elle est là, à dix-sept ans, en habit d'homme, tempes et cou rasés.

Si jeune et si forte.

 

 Ce soir-là, trois à quatre cents personnes font leur cour au roi. Tous, seigneurs et dames, vivent un prodigieux suspense. On la sait arrivée. Ce soir, elle doit se présenter au château.

 Qui l'inspire ? Dieu ? Le démon ?

 Et Charles VII ? L'accueillera-t-il ? Que lui dita-t-elle ? 

 La voilà. On la conduit à la salle des gardes. Perdu dans ses angoisses et ses complexes, le roi doute.

Comme toujours.

 Le mieux n'est-il pas de mettre cette pucelle à l'épreuve ? Donc, un familier prendra la place du roi. Charles VII se perd dans la foule des courtisans qui en rient déjà.

La pauvre fille !

 On l'introduit. Chez elle, nul embarras. Une aisance admirable. Un large regard sur la foule qu'elle fend de son pas assuré de paysanne. Cette démarche est aussi celle d'une reine.

 "Quand j'entrai dans la chambre du roi, dira-t-elle, je le connus entre les autres par les conseils de ma voix qui me le révéla." Elle va vers Charles, s'incline et de sa voix claire, avec son accent lorrain, elle lance sans inutile crainte :

- Dieu vous donne longue vie, gentil dauphin !

Et ce roi, qui voulait juger, se sent jugé. Il murmure :

- Quel est votre nom ? Que voulez-vous ?

La réponse pleine de fierté ne tarde pas :

- J'ai nom Jeanne la Pucelle et vous mande le roi des cieux par moi que vous serez couronné à Reims et serez le lieutenant et le roi des cieux.

La foule écoute en silence. Plus personne ne songe à ricaner.

Et la voix juvénile poursuit :

- Je te dis, de la part de Messire - c'est la façon dont elle désigne Dieu - que tu es le seul vrai héritier de France et fils de roi ! Et il m'a envoyé à toi pour que tu sois couronné si tu le veux !

Le roi triste a tressailli. Vrai héritier de France et fils de roi. N'est-ce pas là sa hantise quotidienne, son cauchemar de chaque heure ? On lui a tant soufflé qu'il était peut-être un bâtard.

Stupéfaits, les courtisans voient alors Charles emmener la paysanne à l'écart et causer avec elle. "Un long moment", précise un témoin. Que lui a-t-elle dit ?

 Jeanne s'est toujours tue là-dessus. Tout ce que ma Mamie s'est là-dessus, c'est ce que Charles VII a confié :

- Jeanne m'a dit un certain secret que personne ne sait et ne peut savoir si ce n'est Dieu, et c'est pourquoi j'ai grande confiance en elle.

 Dès lors, Jeanne entre dans l'Histoire. Elle n'en sortira que hissée sur le bûcher de Rouen, son jeune corps consumé par les flammes.

 

 Tout est extraordinaire, dans cette aventure.

 D'abord que la fille d'un simple laboureur de Lorraine soit parvenue devant le roi. Ensuite que ce roi l'ait écoutée avec l'attention que l'on accorde à une personne de son rang. Qu'il lui ait presque aussitôt constitué une maison quasi princière.

 Qu'il lui ait confié le commandement de son armée - à elle dont il ignorait l'existence quelques jours plus tôt et qui, en fait de formation militaire, n'avait appris qu'à filer la laine et garder parfois les troupeaux.

 C'est cette étrangeté sans égale qui a frappé certains. Ils ont vu une paysanne tout droit sortie de son village chevaucher parmi les soldats comme si elle l'avait fait toute sa vie, ils l'ont vu battre les Anglais, se tenir près du roi lors du sacre à Reims paraissant étendre sur lui sa protection. 

Une question demeure : demandons-nous si, oui ou non, Jeanne d'Arc était bien la fille d'un paysan nommé Jeanne d'Arc. Ou bien si, dans ses veines, coulait du sang royal comme le prétend beaucoup d'historiens qui affirment comme une quasi-certitude qu'elle était la fille adultérine d'Isabelle de Bavière et du duc d'Orléans, son amant.

 Ouvrons le dossier.

 Charles VI avait plongé la France dans les pires calamités.

 Cette folie était sujette à des rémissions. Pendant ses accès, il ne reconnaissait pas sa femme, Isabelle de Bavière. Quand venaient les rémissions, il la retrouvait comme il l'avait quittée la veille.

 Le résultat : douze enfants, à peu près un tous les ans, furent conçus pendant les retours du roi à la lucidité.

 On a prêté de nombreux amants à Isabeau. De son vivant, l'opinion l'a accablée et la postérité n'a fait guère mieux.

 Le plus illustre que la tradition lui impute n'est autre que le Duc d'Orléans. En juillet 1405, si grande se révèle leur intimité qu'ils passent plusieurs jours ensemble au château de Saint-Germain. Un peu plus tard, ils s'installent pour deux mois à Melun, ne craignant pas de s'afficher dans la même demeure.

 Isabeau, à trente-deux ans, est presque obèse.

Louis d'Orléans, lui, est un prince charmant et incertain, généreux jusqu'à la prodigalité, gai, spirituel, chevaleresque.

Il vit pour les femmes - et aucune ne lui en veut d'être trompée, pourvu qu'elle ait sa part à ce festin multiplié.

 Paisiblement, il orne les murs de son palais des portraits de ses maîtresses et invite les maris à les contempler. Il pense que tout lui est permis.

 Au cours d'une fête, il prend de force, derrière une tapisserie, la comtesse Marguerite, femme de Jean de Nevers qui accouchera d'un garçon : ce sera le "beau Dunois", bâtard d'Orléans. Isabeau accepte, Isabeau consent. Trop heureuse quand son cher Louis vient la retrouver.

 On peut se demander quel plaisir ce prince couvert de femmes - et des plus belles et des plus jeunes - trouve à ces rencontres avec une femme envahie par la graisse et que les contemporains nous dépeignent comme devenue hideuse. La passion politique comporte de ces étrangetés.

 Le duc d'Orléans raffole du pouvoir et seule Isabeau peut le lui dispenser.

 Au début de 1407, Isabeau de Bavière s'aperçoit qu'elle attend un enfant.

 Or, selon les tenants de la thèse de la bâtardise, ses rapports intimes avec Charles VI ont cessé en 1404. Ma Mamie admire que l'on soit à même d'être formel quand il s'agit de ce genre de détail.

Les historiens qui se montrent si affirmatifs n'ont-ils pas tendance à traiter de la sexualité comme s'il s'agissait d'une science exacte ?

 Acceptons néanmoins qu'il n'y ait plus de rapports intimes entre le roi et la reine, cet enfant qui s'annonce pose donc un sérieux problème.

 D'autant plus que, disent les "bâtardisants", l'enfant ne peut être que celui du duc d'Orléans. Là aussi ma Mamie admire leur assurance.

 N'oublient-ils pas que cette femme fut appelée par certains la "reine Vénus" ? On nous la montre en mal d'amants de la même façon qu'on nous présente le duc investi par cent maîtresses. L'enfant qu'elle attend, pourquoi ne serait-il pas le résultat d'une aventure nouée en compagnie d'un seigneur de passage ?

 Mamie est sûre qu'il s'agit du duc d'Orléans.


 Quoi qu'il en soit, le 10 novembre 1407, Isabeau met au monde un fils qui est prénommé Philippe.

Un enfant mort-né. Isabeau s'en est montré vivement affecté. On l'a vue dans les larmes pendant tout le temps des relevailles. Par la même source, nous n'ignorons rien des visites fréquentes que rendait à la reine le duc d'Orléans qui s'efforçait "d'apaiser sa douleur par des rapports de consolation".

 En fait, le Petit Philippe n'es pas mort.

 Affolés par la réaction possible de Charles VI s'il revenait à la raison et apprenait l'existence de cet enfant qu'il saurait à coup sûr n'être pas le sien, Isabeau et Louis d'Orléans avaient, dès le commencement de la grossesse de la reine, décidé de le soustraire "aux dangers dont ils le sentaient menacé" avec une audacieuse manoeuvre.

 C'est ma Mamie qui raconte : "Ils prirent le parti de soustraire l'enfant et d'en substituer un autre à sa place mais il ne pouvait introduire dans la famille royale un individu vivant. Par quelque agent bien secret et bien dévoué, ils firent donc chercher dans Paris un enfant mort."

Voilà un récit précis, en apparence solidement argumenté.

 Il nous faut nous demander sur quels documents et témoignages il s'appuie. Réponse : aucun.

 Pas un seul texte contemporain ne fait allusion à une possible substitution. La naissance de Philippe de France est un fait historique. Sa mort en est un autre, ses obsèques un troisième. C'est tout.

 Mamie rappelle qu'il ne s'agit pas d'une grossesse clandestine, qu'elle a été connue de tous et que ce n'est pas la soustraction ou la substitution de l'enfant qui anéantissait la réalité de l'adultère.

 Cet échange d'une fille remplacée par un garçon, cette mort du garçon, la disparition de la fille ne changeait absolument rien.

 Le roi Charles VI, revenu à la raison,  ne pouvait que manifester le même étonnement : l'enfant avait existé. Etait-il donc né de l'opération du Saint-Esprit ? C'est sur cette évidence seule que la colère du roi pouvait s'élever.

 Mais ne nous fermons pas définitivement aux raisonnements des "bâtardisants". Interrogeons-les. Donnons d'abord la parole à Jeanne d'Arc elle-même.

 Je suis née au village de Domrémy qui fait un avec le village de Greux. Voilà ce que déclare Jeanne d'Arc, à son procès, dès la première séance. Elle dit encore : "Mon père s'appelait Jacques d'Arc, et ma mère Isabelle."

 Donc, de sa part, aucune ambiguïté. Quand on lui demande son âge, elle répond :

- Comme il me semble, à peu près dix-neuf ans.

C'est donc qu'elle serait née vers 1412.

 Voilà un point important.

 Parce que le duc d'Orléans a été assassiné le 23 novembre 1407. Pour que Jeanne d'Arc soit sa fille, il faudrait qu'elle ait été conçue la même année. Elle ne pourrait donc pas être âgée de dix-neuf ans lors du procès mais de vingt-quatre ans. Certes, on nous rappelle que les gens de ce temps-là ignoraient leur âge.

 Que Jeanne d'Arc ne sache pas si elle a dix-huit, dix-neuf ou vingt ans, nous pouvons l'admettre parfaitement. Qu'elle ait cinq ans de moins que son âge réel, voilà qui est plus difficile à accepter. De même, lorsque Jeanne dit à ses juges qu'elle a dix-neuf ans, personne ne sursaute. Elle fait bien jeune.

 Or à cette époque-là, à vingt-quatre ans, on n'était plus "bien jeune".

 

 A Domrémy, elle a vécu la plus grande part de sa vie si brève : seize ans. Là, elle a grandi.

 Une bergère ? Ce sont plutôt les garçons, en ce temps-là, qui gardent les troupeaux.

 Elle-même ne s'est occupée des bêtes qu'en quelques occasions. De son propre aveu, elle se chargeait plutôt des soins du ménage. Elle s'écriera un jour : "Je ne crains femme de Rouen pour filer ou coudre !"

 Le père n'est certes "pas bien riche" mais il n'est pas démuni. Le cadre de l'enfance de Jeanne ? C'est la guerre, le désastre de l'enfance occupé par les Anglais, livrée aux factions, aux combats entre Armagnacs et Bourguignons. C'est le gémissement quotidien des parents, des voisins, sur des amis trop grands - trop longs.

 C'est aussi le temps des prophéties. On se répète surtout l'une d'elles qui veut que "perdu par une femme, le royaume sera sauvé par une femme".

 

 Cette histoire, nous la connaissons depuis l'enfance. Et si certains, dans les jeunes générations d'aujourd'hui, l'ignorent, c'est bien dommage pour eux et fort grave pour ceux qui les en ont privés.

 

La suite :

Jeanne d'arc, la fin

 

 

Collection "Mamie explore le temps"

Lee Harvey Oswald -  Stavisky - Sarajevo ou la fatalité - Jeanne d'Arc -  Seul pour tuer Hitler -  Leclerc - Sacco et Vanzetti - La nuit des longs couteaux - Jaurès - Landru - Adolf Eichmann - Nobile - Mr et Mme Blériot - Les Rosenberg - Mamie embarque sur le Potemkine -  L'horreur à Courrières - Lindbergh - Mamie au pays des Soviets - Jean Moulin face à son destin - Mamie est dos au mur - L'assassinat du chancelier Dolfuss - L'honneur de Mme Caillaux - Mamie au pays des pieds noirs - La Gestapo française - Auschwitz - Le discours d'un Général - Mamie à Cuba - Le discours d'un Maréchal - Mamie et les poilus - Guernica -  Mamie lit le journal Paris-Soir -  Mamie a rendez-vous chez le docteur Pétiot - Guynemer 

 

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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 18:21

dumas.jpg"Le Petit Journal, là, sous vos yeux. 

 

 Rue de Valois, 3 juin 1827.

 La salle est pleine. Alexandre promène son regard parmi le public. Soudain, il rencontre celui d'une jeune femme qui se garde de baisser les yeux.

Après la conférence, il se retrouve dans un jardin pour prendre une tasse de thé. Elle est là. Avec sa fille. Dumas lui offre des friandises. Du coup, Mélanie se rapproche. Jolie et frêle, avec des yeux qui troublent infiniment Dumas, elle est mariée depuis sept ans avec un officier. Elle ne l'a jamais aimé, lui reprochant de l'avoir courtisée "froidement". A ses garnisons successives, elle préfère la tendre hospitalité de ses parents.

 

 Dès la première heure, elle plaît à Dumas.

Donc il lui fait la cour à sa manière : la prenant brutalement dans ses bras quand personne ne les regarde, l'embrassant sans qu'elle puisse protester.

Cela dure. Il lui écrit de plus en plus souvent.

Il jure qu'il l'aimera toujours. Le 22 septembre, un dimanche, trois mois après leur première rencontre, elle se donne enfin mais par la suite, la rareté de leurs rencontres les enflamme tous deux. Alexandre à Mélanie : "Tu pourras me dire, quand tu le voudras, fusses-tu sur mon coeur, que tu me hais, que tu me détestes - mais le toucher me révèle le contraire..."

 

 Désormais, ils se voient chaque soir. Une chambre louée par Dumas, rue de Sèvres, abrite leurs ébats. Imaginons le cri poussé par Mélanie qui se précipite dans la chambre en brandissant une lettre qu'elle lit aussitôt à Alexandre : tout heureux le capitaine Waldor annonce à son épouse qu'une permission va lui permettre de la revoir bientôt. Bien sûr, elle sanglote. On le voit, lui abasourdi.

 

 Que signifie, aux retrouvailles du lendemain, le grand sourire d'Alexandre ?

Il explique : il s'est rendu dans la journée au ministère de la Guerre, a rencontré un officier ami et a obtenu de lui l'annulation du congé de l'intrus. L'officier n'a pas hésité après que Dumas lui eut annoncé que, si Waldor regagnait Paris, il le tuerait à l'instant : Mélanie et Alexandre sont sauvés.

 

 L'infortuné capitaine Waldor ne comprendra jamais pourquoi ses autorisations de permission seront désormais régulièrement supprimées.

 

 La clandestinité ne peut survivre longtemps, le couple s'installe rue Cassette. Intelligente et cultivée, elle commence à s'intéresser de près à la carrière théâtrale de son amant. Quand elle se sait enceinte, elle s'enfuit à la Jarrie, propriété de ses parents en Vendée, afin d'y poursuivre sa grossesse sans témoin.

Les amants sont convenus d'appeler Antony l'enfant qu'elle porte, nom de la pièce qui vient d'être reçu à la Comédie-Française. Dumas lui a juré de la rejoindre bientôt. Chaque jour, à la Jarrie, Mélanie est sûre de voir paraître Alexandre.

 

 Il ne vient pas : il a rencontré Belle Krelsamer, comédienne dont le talent et la beauté l'ont sur-le-champ subjugué. Mélanie ignore tout de cette rivale, et son ventre s'arrondit.

De leur rencontre en Vendée, on retient surtout qu'il lui a révélé sa nouvelle liaison avec Belle.

 On s'étonne d'un comportement auquel rien ne l'obligeait. L'ayant beaucoup observé, Mamie m'en a livré le secret : "Jamais il n'a su quitter une femme. Ce que l'on refusera de croire, ce qui est véritable cependant, c'est la constance fabuleuse du grand romancier dans ses amours. Je ne dis pas sa fidélité, remarquez-le. Il établit une différence totale entre ces deux mots."

 

 Quand Dumas affirme à Mélanie qu'il l'aime toujours, il est sincère. Quand Mélanie pleure, quand elle laisse libre cours sa colère, il ne comprend pas.

Mamie encore : "Si les femmes ne lui avaient rendu le service de l'abandonner, il aurait encore toutes ses maîtresses, depuis la première."

Hélas, le désespoir de Mélanie se change en une crise de nerfs qui, au grand chagrin d'Alexandre, provoque une fausse couche. Les voici, dans ce malheur, unis derechef. Quand Dumas quitte Mélanie, il lui jure de rompre avec Belle. A Paris, il oublie son serment. Désarroi compréhensible de Mélanie qui, regagnant la capitale, se rue chez... Belle Krelsamer. S'ensuit un échange de cris, de larmes, d'implorations : chacune jure qu'elle est seule à être aimée.

 Les coups sont évités de justesse. Le pire, le pire de tout : Mélanie apprend que "la krelsamer" est enceinte de Dumas.

La totale !

 

 Mélanie veut mourir. Pour de bon. Elle adresse au médecin une lettre testamentaire :

"Je veux un marbre blanc avec écrit dessus ces quatre dates :

"Le 12 septembre 1827 (le jour où elle lui a avoué son amour)

"Le 22 septembre 1827 (date où elle s'est donné à lui)

"Le 18 septembre 1830 (quand il est parti de la Jerri)

"Et le 22 septembre 1830 (jour ou elle a décidé de se donner la mort)."

 

 Elle ne se l'ai pas donnée. A quoi bon ? Elle a compris qu'elle voulait avant tout être libre. Après une séparation de corps avec le capitaine Waldor, elle entame une carrière littéraire, publie des romans, fait jouer une pièce, collabore à plusieurs journaux.

De Dumas, il ne lui reste que son fils Alexandre auquel, tout enfant, elle s'est profondément attachée. Alexandre II lui rendra bien d'ailleurs. Quand elle apprend la mort de Dumas, c'est à lui qu'elle écrit :

- Je pense à toi mon cher Alexandre en pensant à ton père que je n'oublierai jamais".

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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 14:41

Guynemer.jpg"Une illustration, là, sous vos yeux.

 

Guynemer, l'as des as. Quand ma Mamie m'a raconté son histoire, je me suis dit qu'un jour je serais aviateur, qu'un jour je volerai comme Guynemer...

 

"Foutez-moi ce petit con-là à la porte !

Cette réplique mémorable a été prononcée, le jeudi 10 juin 1915, par le capitaine Brocard, chef de l’espadrille M.S.3 à l’intention d’un jeune pilote fort inconnu, arrivé la veille et qui se nommait Georges Guynemer.

 Il n’est pas grand, Guynemer : pas plus de 1,70 mètre, mais comme il est maigre !

Une sorte de "fil de fer monté en graine". 

 Si le capitaine Brocard, fou de colère, l’appelle "petit con", c’est parce qu’il a "cassé" deux avions en une seule journée. Par chance, un pilote qui traîne par là prend la défense du blanc-bec. Un pilote qui  s’appelle Védrines et qui dispose d’un pedigree propre à le faire prendre au sérieux. En effet, il a remporté deux courses réputées et il insiste : les deux avions sont parfaitement réparables et quand le "petit con" aura surmonté sa nervosité, on pourra en faire quelqu’un.

 Difficile, même quand on est capitaine, de résister à un Védrines. Brocard grommelle dans sa moustache quelques onomatopées que personne n’entend mais que tout le monde comprend : on va garder Guynemer.  Provisoirement.

Pour les pilotes de la M.S.3 - qui deviendra bientôt la fameuse escadrille des Cigognes - ce Guynemer-là l’a échappé belle. Or il revenait de bien plus loin encore.

 

 Sept mois plus tôt, le capitaine Bernard-Thierry, commandant l'école des pilotes à l’aérodrome de Pont-Long, près de Pau, a vu entrer dans son bureau un monsieur de grande allure, arborant une moustache agressive et escorté d’un adolescent blafard, transparent à force de maigreur.

 Le monsieur s’est présenté comme étant Paul Guynemer, "ancien" officier.

Bernard-Thierry a tout de suite senti que, derrière lui, il y avait "beaucoup d’argent et quelques châteaux". Déjà le père s’explique. Poli, correct mais sachant ce qu’il veut, il expose que son fils - le gringalet n’a pas ouvert la bouche - a fait de bonnes études, qu’il a préparé Polytechnique mais que sa santé délicate l’a empêché d’y entrer.

 Le capitaine se demande où ce M. Guynemer veut en venir. Il a d’autres chats à fouetter que d’écouter des confidences sur les études secondaires d’un fils souffreteux. Tout se résume en peu de mots : ce fils veut se battre.

Au premier jour de la guerre il a déclaré à son père : je m’engage. Le père a répondu : je t’envie.

 Ils étaient comme ça, les grands bourgeois de 14. Mais le fait est que personne n’en veux du petit.

 Georges a été pesé : un peu plus de 40 kg pour 1,70 m. On a tâté ses muscles : inexistants. Comment marcherait-il quarante km par jour ? Comment porterait-il son sac et le fusil ? Ajourné pour faiblesse de constitution. M. Guynemer parle toujours : son fils a pris cela comme une insulte. Il ne s’en est pas remis.

 

Une lourde erreur du service de santé, assure le père avec force. Le petit est beaucoup plus robuste qu’il n’y paraît. Il est de première force au fleuret, bon joueur de tennis et il rêve d’aviation.

 Quand ce père loquace demande d’accorder à son fils l’honneur de s’engager en qualité d’élève pilote, l’officier répond par une fin de non-recevoir : que ce jeune homme fasse ses classes et l’on verra. Pour la première fois, le père abandonne sa superbe. Tristement, il confie que son fils s’est présenté dans cinq ou six bureaux de recrutement et que partout il a été refusé.

 Rien à faire, conclut le capitaine. Il se lève pour signifier à ses visiteurs que l’entretien est terminé : "Or, ayant accompagné ces messieurs jusqu’à la porte de l’école, je m’aperçus que le petit Georges pleurait." C’est à ce moment très précis que Bernard-Thierry a craqué. Il a regagné son bureau, il s’est plongé dans ses papiers et puis, brusquement, il s’est levé pour appeler son planton : 

- Va me chercher les deux messieurs qui sortent d’ici. Ramène-les moi !

Les voici de retour dans le bureau. Du coup, il ne pleure plus, le garçon. Il observe le capitaine avec une attention extrême. On dirait qu’il le transperce du regard.

Un quart d’heure plus tôt, Bernard-Thierry ne voyait en lui qu’une mauviette. Maintenant, il ressent l’impression d’être confronté à de l’énergie à l’état pur.

 Il s’étonnerait moins s’il savait qu’un jour, le même garçon, qualifié de plus petit de la classe, a giflé un professeur !

- Avez-vous des notions de mécanique ?

 Le père répond : "C'est bien simple, mon fils sait tout faire". Tant de détermination achève de convaincre Bernard-Thierry. Il signe même dans la foulée un certificat d’aptitude professionnelle.

Plus tard, il jurera que ce fut là le seul faux de sa vie. Nous le croyons sur parole.

 A mesure que progresse l’escalade, Bernard Thierry sent le trouble s’accroître en lui. Encore faut-il que tout cela ait au moins l’air vrai ! Le capitaine conseille donc au petit, avant de se présenter, d’aller acheter une salopette de mécano et de se salir un peu. Voilà comment Georges Guynemer, l’après-midi du même jour, entre comme élève mécanicien dans l’aviation française.

 Le 26 janvier 1915, la sonnerie du téléphone retentit dans le bureau du capitaine Bernard-Thierry. Le général Hirschauer lui annonce qu’il va recevoir une nouvelle fournée de cent élèves pilotes.

Tout à coup, une idée folle traverse l’esprit de Bernard-Thierry. Il demande alors au général s’il ne pourrait pas ajouter à la liste un 101ème... Oui, un sujet d’élite qu’il garantit sur facture. Il en est sûr, archisûr.

  Le général accepte. Il demande simplement au capitaine de lui faire connaître le nom du 101ème.

- Guynemer Georges, mon général. 

- Au bout du fil, un silence. Le capitaine comprend que le général est en train d’inscrire Guynemer en queue de sa liste. Une question pour la forme :

- Il est bien dans le service armé, votre Guynemer ?

Ici, Bernard-Thierry s’entend répondre, la gorge serrée, comme s’il se jetait à l’eau :

- Oui, mon général, naturellement.

A peine a-t-il raccroché que Bernard-Thierry se prend la tête à deux mains.

 Le général Hirschauer a ajouté : "Vous m’enverrez son dossier." Or il n’existe pas de dossier. Il décide donc de ne rien envoyer.

 Pendant des mois, avec une remarquable constance, l’administration réclame le dossier de Guynemer. Toutes les quatre ou cinq semaines, une nouvelle lettre : "Suite à notre demande de telle date, nous prions l’autorité militaire de l’Ecole de Pau de bien vouloir faire suivre le dossier de l’élève pilote Guynemer Georges."

 A quoi Bernard-Thierry répond avec la même régularité que le dossier a déjà été envoyé et qu’il a dû se perdre. L’administration s’est fatiguée la première. Un beau jour, on n’a plus rien réclamé.

 

 Le premier carnet de vol de Georges Guynemer contient à la première page cette simple mention :

Mercredi 27 janvier : corvée de neige.

Ce carnet de cinquante feuillets se termine le 28 juillet 1916 par le procès-verbal de la 11ème victoire de Guynemer : un avion allemand abattu sur la Somme.

En effet, en l’air, on le sent comme dans son élément. Il s’amuse.

Prenons-en conscience : la guerre aérienne n’a pas commencé. Allemands et Français ne se provoquent pas. On s’observe. Il arrive même qu’on se salue.

Tout cela n’est pas du goût de Guynemer.

Il veut en découdre.

 Brocard qui s’est fait descendre - et qui s’en est tiré - n’en dort plus : il a juré de rendre coup pour coup.

 Le 3 juillet, il atterrit, saute à terre et fou de joie, hurle : "J’en ai eu un." L’escadrille toute entière rêve de réitérer un tel exploit. Guynemer le premier.

Le 19 juillet 1915, un lundi, Charles Guerder dort à poings fermés quand il se sent secoué comme un sac de vieilles pommes. Il a du mal à ouvrir les yeux. Il reconnaît Guynemer penché vers lui et qui lui crie : "Debout, lève-toi, viens comme tu es !"

 Un peu plus tard, l’artillerie allemande les prend pour cible. Ce n’est pas là l’important. Guynemer découvre en dessous de lui, volant tranquillement vers le sud, un autre avion allemand. Il ne ressent pas la moindre hésitation : la proie tant attendue, tant espérée, est enfin à sa portée.

 Il le laisse passer, l’Aviatik, "sournoisement", écrira-t-il.

 Et puis, il fait demi-tour, s’engage dans un piqué plein gaz.  A 50 m de l’Allemand, Guynemer fait un signe à Guerder qui,  aussitôt, lâche sa ravale, puis une seconde, puis une troisième, puis une quatrième. Le boche a été atteint mais il réplique !

 Finalement, à la 115 ème cartouche, le pilote ennemi est atteint.  "J’ai eu l’émotion bien douce, dira Guynemer, de le voir s’effondrer dans le fond du fuselage. L’observateur boche a levé les bras au ciel dans un geste de désespoir et l’Aviatik a piqué du nez et s’est enfoncé dans la brume, en flammes. Il est tombé entre les tranchées."

 L’émotion bien douce. Un peu gênante, la formule. On pouvait espérer de sa part un peu de compassion pour ses adversaires qui n’ont pas plus que lui manqué de courage. Ne nous leurrons pas : ce n’es pas le genre de Guynemer.

Jules Roy qui l’a compris mieux que personne nous dévoile sa vraie nature : Guynemer est un tueur. Chaque fois qu’il abattra un appareil ennemi, il criera sa joie. Souvent il atterrira pour voir de près ses victimes et, devant les cadavres, sourira cruellement.

 Ses lettres à sa famille contiennent des phrases qui nous glacent tant elles sont impitoyables.

Un tueur ? Si l’on veut désigner un guerrier sans complexe, il faut admettre le mot. Après tout, une guerre est faite pour être gagnée. Et la seule alternative est : tuer ou être tué. La survie est la condition de la victoire. Et Guynemer  ressent la rage de la victoire.

Pour s’en convaincre, n’oublions pas le dialogue historique entre Guynemer et Guerder, le lendemain ou le surlendemain de l’affaire :

- Dis-donc Guerder, c’est bien avec le zinc de Bonnard qu’on a descendu notre premier Fritz ?

- Oui. Et Bonnard, parce qu’il s’appelle Charles, l’a toujours appelé Vieux Charles.

- Alors, pour celui-là et tous ceux qui viendront après, ce sera la même chose :  Vieux Charles.

Après tout s’enchaîne. Le second ? "Ça s’est passé au dessus de la forêt d’Ourscamp. Il y avait une heure et demi que je le guettais... J’ai constaté avec joie qu’il tombait en vrille."

Trois jours plus tard, il abat un L.V.G allemand et note : "Le passager tombe à Bus. Le pilote à Tilloloy." Le jour où il recevra la Légion d’honneur, il esquissera un "mince sourire".

  Le 1er juillet s’engage la bataille de la somme. Rude partie.

 Son carnet de vol enregistre sa neuvième, dixième et onzième victoire.

 Un jour c’est l’as des as allemand, Ernst Udet, qu’il rencontre. Udet s’en est toujours souvenu. Il a vu le Spad français fonçer sur lui. Il a viré à gauche.  L’autre aussi.

 Sur le fuselage du Français, Udet a distingué le mot Vieux... Il a compris : Guynemer. 

 Une longue traque commence entre les deux hommes. "Peu à peu, je m’aperçois qu’il m’est supérieur. Ce n’est pas seulement la machine qui est meilleure, l’homme qui pilote est aussi plus fort que moi.

 J’ai essayé tous les moyens : tonneaux, glissades latérales. Rapide comme l’éclair, il devine chacun de mes mouvements et la riposte est là, elle aussi, comme l’éclair. Ma mitrailleuse s’est alors enrayée.

 J’ai lâché un moment le manche et je martèle ma mitrailleuse des deux poings. Guynemer m’a vu. Il sait que la proie est à sa merci. De nouveau il vient raser ma tête. C’est alors que se produit une chose inouïe : il étend le bras et me fait signe, un tout petit signe de la main, puis il plonge et disparaît..."

Epargner un adversaire ? Un de ces boches tant haïs ? Voilà qui ne ressemble guère à Guynemer.

  Pourtant, il l’a fait. Peut-être parce que cet ennemi était seul, qu’il s’était bien battu, aussi bien que lui. Parce qu’il l’a senti son égal. Il ne s’est pas trompé : Udet finira la guerre auréolé de 62 victoires, second des as allemands derrière Richthofen.

 La gloire de Guynemer grandit de mois en mois, sa photographie s’étale dans les magazines avec des légendes époustouflantes.

 Ses exploits ont déjà pris figure de légende - et aucun jupon ne se profile à l’horizon, Guynemer serait-il mort puceau ?

 Heureusement, ma Mamie est passé par là. elle nous a rassurés. Il y a eu des femmes dans la courte vie de Guynemer : une charmante Mme de Cornois, à Valenciennes, une Marie-Louise à Breille-Sec. Mais l’aventure de sa vie, la vraie, c’est à Paris qu’il l’a vécue.

  En ce temps-là, la capitale toute entière vibre pour les aviateurs. Dès qu’ils apparaissent dans leurs uniformes si reconnaissables, on s’empresse, on leur fait la fête, on les acclame.

 Les caissières de cinéma refusent leur argent. Montmartre leur appartient et le café de la Paix, et le Fouquet’s, et Maxim’s.

 Pour eux, le meilleur champagne, les plus longs cigares et les plus jolies filles. Elles sont bien rares, celles qui ont le courage de leur résister.

 Ce soir-là, en compagnie d’un copain, Guynemer est allé au théâtre. Une chance, parce que justement de bien jolies filles évoluent sur la scène. Quand, on baisse le rideau, les aviateurs décident de ne pas en rester là, se glissent dans les coulisses, font passer leurs cartes de visite aux deux comédiennes qu’ils ont repérées.

 Celle qu’à choisi Guynemer est blonde, avec des yeux immenses, un petit nez retroussé de l’effet le plus coquin et une voix aux modulations exquises. Elle s’appelle Yvonne Printemps.

Quand l’ouvreuse lui passe la carte de Guynemer, Yvonne sursaute : Sous-lieutenant Georges Guynemer. Il était donc dans la salle ! Il est venu l’applaudir ! Il veut la voir !

 Elle le fait entrer à l’instant et, toute bête pour une fois, ne sait que dire. Un regard à vous faire entrer sous terre ou à vous expédier au ciel.

 Elle le trouve beau. Et tranquille, et heureux. Il faut qu’elle se secoue, Yvonne, pour s’exclamer avec cette gouaille qui accroît d’autant son charme.

- Dites donc avec tout ça, où est-ce qu’on va ?

 C’est chez Maxim’s qu’on est allé.

Plus tard elle s’est demandé de quoi ils avaient bien pu parler ce soir-là. Impossible de s’en souvenir.

 Deux ou trois fois, elle l’a fait rire. Mais qu’est-ce qu’il l’attendrissait ce petit Guynemer ! Comme elle se sentait bien avec lui ! Quand il a réclamé l’addition, le maître d’hôtel est accouru :

- Il n’ y a pas d’addition pour vous, mon lieutenant !

 Guynemer a grommelé quelque chose qui devait ressembler à un merci.

 Il s’est levé brusquement, a entraîné Yvonne.  Au matin, le lit où ils se sont retrouvés était devenu un champ de bataille.

 Une étrange liaison commence. Sur l’uniforme de Guynemer, Yvonne découvre toujours un galon de plus : sous-lieutenant Guynemer... Lieutenant Guynemer... Capitaine Guynemer. Capitaine à vingt-deux ans !

Elle en est toquée du petit Guynemer. L’ennui, c’est ce Sacha Guitry qui commence à faire une cour sérieuse à celle qu’il appelle Vonvon.

 Sacha ne déplaît pas à Yvonne.

Coucher avec le talent, voilà ce qui est nouveau pour elle. Et pas désagréable. 

Elle a conscience d’avoir jusque -là mal administré sa carrière, d’avoir joué n’importe quoi.

 Sacha, acclamé par le public, porté aux nues par la critique, écrit déjà pour elle des rôles sur-mesure !

Mais rien n’y fait : quand le téléphone sonne, quand elle entend la voix de Guynemer, elle court au rendez-vous. Certes, elle deviendra Madame Sacha Guitry, mais elle n’oubliera jamais son petit aviateur.

 

 Impossible de raconter une à une toutes les victoires de Guynemer. Il est tombé sept fois. Sept fois il s’en est tiré. Comment oublié ce combat au cours duquel il a foudroyé trois Fokker en cinq minutes et, son avion touché, a réussi à se poser en catastrophe dans nos lignes ? L’avion s’est à peu près retourné, le train écrasé, l’empennage dressé à trois mètres du sol.

 Et lui, Guynemer, vivant !

Imaginez les poilus qui ont aperçus ça au fond de leurs tranchées.

On s’élance pour voir de près l’aviateur. Quelqu’un hurle : c’est Guynemer ! Quoi ? Guynemer ? Le vrai ? On se rue sur lui. On veut le voir, le toucher mais il souffre. C’est à peine s’il peut tenir debout. On a prévenu le général commandant la division. Il accourt.

- C’est vrai que vous êtes Guynemer ?

Le général fait rassembler ses troupes. Il veut que le héros les passe en revue avec lui. Il obéit. Tout se brouille devant ses yeux. Il n’ira pas jusqu’au bout, il est est sûr, mais voilà que des rangs de tous ces poilus s’élève le chant de la Marseillaise.

 Alors, lui, Guynemer, oublie tout. Il lâche le bras du général, affermit son pas et achève de passer les troupes en revue comme s’il était à l’exercice.

Le 28 juillet 1917, il remporte sa cinquantième victoire homologuée mais, écrit-il à son père, "Si on avait tout compté, ce serait le double".

L’aube du 11 septembre 1917, le soleil l’emporte sur le brouillard. Belle journée pour voler.  A 8 h 25, Guynemer décolle. Il ne reviendra pas. Toute la journée l’escadrille le recherchera.

 En vain.

 Le 27 septembre, la Gazette des Ardennes, journal allemand imprimé en français, publiera un récit qui dissipera le mystère : le 11 du même mois, à 10 h du matin, heure française, un aviateur s’est écrasé dans les lignes allemandes.

 Un sous-officier allemand s’est rendu avec deux hommes à l’endroit de la chute. Le pilote portait sur lui une carte d’identité dont le journal reproduit la photographie. Celle du capitaine Georges Guynemer.

 On a su plus tard que le pilote qui l’avait abattu s’appelait Wissemann. La mort avait été causée par une balle dans la tête. Qu’est devenu le cadavre de Guynemer ? Impossible de le savoir. 

 La conclusion du communiqué ne manquera pas d’allure : "Les aviateurs allemands regrettent de n’avoir pu rendre honneurs au vaillant adversaire."

 

Nul n’a porté en terre les restes de Georges Guynemer, homme du ciel.

 

 

Collection "Mamie explore le temps"

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Published by Régis IGLESIAS - dans Mamie explore le temps

Livre d'or

Première affiche

 

  "MA MAMIE M'A DIT"  

Spectacle nostalgique 

 

"On nous avait promis la magie, promesse tenue : un spectacle plein de féérie de souvenirs où chacun se retrouvait. Une belle énergie. Les résidents ont adoré. Merci." Marie ("La Clairière de Luci" - Bordeaux)
 
"Formidable ! Nous sommes tous remontés dans le temps, nous avons vingt ans, on a ri, on a presque pleuré et surtout on a chanté. Merci." Cathy (Arles)
 
"Un véritable petit chef d'oeuvre" ; "La légion d'honneur pour la créativité" "Un véritable artiste" ; "Après-midi formidable" ; "Absolument parfait" ; "Une rétrospective originale" ; "Un très bon moment d'évasion". Propos recueillis à la résidence Emera d'Angoulême  
 
"Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux... C'était magnifique. Nous avons revu toute notre jeunesse et notre enfance. Et c'est beau de redevenir jeune dans l'ambiance d'autrefois." Aimée et Janine
 
"Les chansons, les réclames et les anecdotes ont transporté les résidents dans leur enfance. Une après-midi de nostalgie mais aussi de chansons et de rires. Merci encore pour ce magnifique spectacle." Sandrine
 
"Spectacle complet, tellement agréable et thérapeutique pour nos personnes âgées, encore félicitations !" Docteur Souque
 
"Un choix extraordinaire de chansons, des moments magiques, des photos magnifiques, vous nous avez mis de la joie dans le coeur. Et retrouver sa jeunesse avec tous ces souvenirs, ça fait plaisir et j'espère que vous reviendrez nous voir." Mme Lorenzi (Juan-Les-Pins)
 
"Pour ma fête, par un pur hasard je me suis retrouvé dans un club de personnes âgées où j'ai pu assister à votre spectacle sur le passé. Cela m'a rappelé mes grands-parents et mes parents et c'était vraiment un moment magique." Josette, La Roque d'Antheron
 
"Bravo bravo bravo Regis, c'est le meilleur spectacle que j'ai vu depuis que je fais le métier d'animatrice." Bénédicte La Salette-Montval (Marseille)
 
"Je n'imaginais pas lorsque je vous ai accordé un rendez-vous que vous enchanteriez pendant 1 h 1/4 les personnes âgées d'une telle façon. Merci pour votre prestation qui a fait revivre les moments publicitaires, évènementiels et musicaux de leurs vies." Michelle, CCAS de Toulouse
 
"Un super voyage dans le temps pour le plus grand plaisir des résidents. Merci à Régis pour cette magie et à bientôt." Brigitte (Lunel)
 
"Enfin un retour à notre "époque". Quel bonheur, que de souvenirs, quelle belle époque ou l'amitié était de mise. Merci pour cette très belle après-midi, on s'est régalé avec ce très très beau spectacle". Danielle (Mirandol)
 
"Super - divinement bien -  tout le monde était enchanté même que M. Benaben a dit : "Vous nous avez donné l'envie de revivre notre vie"." Sylvie (Sainte Barthe)
 
"Un grand merci pour ce bon moment et je crois, je suis sûre, qu'il a été partagé par mon mari." Mme Delbreil
 
"Une féérie de l'instant." Christian
 
"Beaucoup d'émotion dans ce spectacle plein de chaleur et d'humanité." Sylvie
 
"Une soirée inoubliable. Continuez à nous émerveiller et faites un long chemin." Claude
 
"Le meilleur spectacle que j'ai jamais vu. De loin." Tonton Kiko
 
"C'est bien simple, je n'ai plus de Rimmel !" Claudine (seconde femme de Tonton Kiko)
 
"A ma grande surprise, j'ai versé ma larme. Tu as atteint mon coeur. Bravo pour ces sentiments, ces émotions fortes, j'ai eu des frissons par moment." Ta couse Céline
 
"Redge, encore un bon moment passé en ta présence. On était venu plus pour toi que pour le spectacle, mais quelle agréable surprise ! On est fier de toi, continues d'oser, de vivre !" Pascale
 
"J'avais froid, un peu hagard, l'humeur moribonde et puis voilà, il y a toi avec toute ta générosité, l'intérêt, l'affection que tu as toujours su apporter aux autres, à moi aussi et Dieu sait si tu m'as rendu la vie belle depuis qu'on se connaît comme tu as su le faire une fois de plus." Jérôme
 
"Ce spectacle est nul à chier et je pèse mes mots." Gérard
 
memoria.viva@live.fr

Ma Mamie m'a dit...

Madka Regis 3-copie-1

 

COLLECTION "COMEDIE"

Mamie est sur Tweeter

Mamie n'a jamais été Zlatanée !

Mamie doit travailler plus pour gagner plus

Mamie, tu l'aimes ou tu la quittes

"Casse-toi pauvre Régis !"

Papi a été pris pour un Rom

Mamie est sur Facebook

Papi est sur Meetic

Il y a quelqu'un dans le ventre de Mamie

Mamie n'a pas la grippe A

La petite maison close dans la prairie

 

COLLECTION "THRILLER"

Landru a invité Mamie à la campagne...

Sacco et Vanzetti

Mamie a rendez-vous chez le docteur Petiot

La Gestapo française

Hiroshima

 

COLLECTION "SAGA"

Les Windsor

Mamie et les cigares du pharaon

Champollion, l'homme qui fit parler l'Egypte

Mamie à Tombouctou

 

COLLECTION "LES CHOSES DE MAMIE"

Mamie boit dans un verre Duralex

Le cadeau Bonux

Le bol de chocolat chaud

Super Cocotte

Mamie ne mange que des cachous Lajaunie

 

COLLECTION "COUP DE COEUR"

Mamie la gauloise

Mamie roule en DS

Mamie ne rate jamais un apéro

Mamie et le trésor de Rackham le Rouge

 

COLLECTION "DECOUVERTE"

Mamie va au bal

La fête de la Rosière

Mamie au music-hall

Mamie au Salon de l'auto

 

COLLECTION "SUR LA ROUTE DE MAMIE"

Quand Papi rencontre Mamie

Un Papi et une Mamie

Mamie fait de la résistance

Mamie au cimetière

24 heures dans la vie de Mamie

 

COLLECTION "MAMIE EXPLORE LE TEMPS"

Jaurès

Mamie embarque sur le Potemkine

Mamie et les poilus

Auschwitz

 

COLLECTION "FRISSONS"

Le regard de Guynemer

Mr et Mme Blériot

Lindbergh décroche la timbale

Nobile prend des risques

 

COLLECTION "MAMIE EN BALLADE"

Mamie chez les Bretons

Mamie voulait revoir sa Normandie !

La fouace Normande

La campagne, ça vous gagne...

Mamie à la salle des fêtes

Launaguet

La semaine bleue

Le monastère

 

COLLECTION "MAMIE AU TEMPS DES COURTISANES"

Lola Montès

Les lorettes

Mme M.

Napoléon III

Plonplon

La marquise de Païva

Mme de Pompadour

Générique de fin